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Critique de SeriallectriceSV


SeriallectriceSV
  26 mars 2020
Très beau livre sur la résilience, le courage, l'abnégation, l'introspection, les souffrances du corps meurtri, les combats à mener au quotidien pour rester en vie d'abord, accepter son handicap ensuite.
Valentine Goby aborde un sujet difficile, celui du handicap avec une force incroyable.

Victime d'un grave accident, François, le "héros" de ce roman, subira une chirurgie de la perte, amputé des deux bras, il ne lui restera pas l'ombre d'un moignon. Geste nécessaire, mais geste de l'horreur pour le chirurgien.

Il est Lycaon prisonnier du loup, Io enfermée sous la peau de la génisse, Battus cloîtré dans la pierre...
Mais il n'est pas mort, ça tient du miracle; il a eu de la chance...si l'on peut le formuler ainsi. Survivre est-il toujours une chance quand vivre exigera un effort colossal ? Quand l'avenir manque à l'appel ?

« Il revient sur la chance parce que ce qu'il dira tout à l'heure ouvrira un abîme de douleur, il faut que l'idée de chance allume une lumière, provisionne du jour pour la nuit qui vient. »

Quand le corps devient impuissant à accomplir seul les gestes du quotidien : manger, s'habiller, rendre la monnaie, ouvrir une porte, couper du pain, beurrer une tartine, porter un sac, lacer ses chaussures, lire un livre...il faut dépasser ses limites pour mener un semblant de vie "normale".
Il lui faudra rassembler toutes ses forces pour franchir le seuil de chez lui, s'ouvrir à une autre vie et pas seulement être pas mort, accepter d'être parfois contraint à l'invisibilité pour avoir le droit de faire ce que font les gens ordinaires. L'eau sera son second souffle et le ramènera du côté de la vie.

« L'eau comble les interstices, fait des palmes entre ses orteils, tend des voiles invisibles entre ses cuisses, ses genoux, ses chevilles, le prolonge et l'augmente. Il a envie de pleurer soudain, comme dans l'amour lorsqu'il est grand amour, à cause des corps parfaitement imbriqués, les creux et les reliefs visibles et invisibles complètement épousés, la sensation du plein retrouvée et bénie [...]. »

Bel hommage également au corps médical (soignants, infirmiers, chirurgiens...) dévoués, souvent passionnés, qui, dans des cas extrêmes doivent agir vite pour sauver une vie, accompagner les familles, rassurer.
Très belle leçon de vie, d'une grande humanité.
Une plume sans faille.
Des descriptions au cordeau, des énumérations brillantes.

« Il est question d'or ce soir-là dans le studio de João, sa médaille, le mousseux dans les verres, le sabre d'or remis par la princesse Michiko à Serge Bec, escrimeur français d'exception. D'or aussi en fines veines sur le vase de céramique que João tend à Muguette, souvenir de Tokyo il dit, viens voir François, c'est pour vous. Un vase bleu outre-mer à long col zébré d'or. Il a plus de valeur qu'avant d'être brisé. Muguette suit les ligatures du bout de son index.- Ils appellent ça le Kintsugi. L'art des cicatrices précieuses. »

Merci Valentine Goby.
Vous avez ce pouvoir de rendre vos écrits inoubliables. Des scènes de KinderZimmer viennent encore me hanter, les mots de Charlotte Delbo ne sont jamais bien loin, et Mathilde, que dire de Mathilde et de son amour incroyable pour son père et sa famille. Peu de chance que j'oublie François !
Lien : https://seriallectrice.blogs..
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