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ISBN : 2070120570
Éditeur : Gallimard (25/08/2008)

Note moyenne : 3.29/5 (sur 131 notes)
Résumé :
"Elle n'avait pas vraiment cru à la grâce. Au début oui, ils avaient l'air si sûrs. Et puis l'idée s'est érodée, lentement, sous l'effet de l'attente. Et maintenant ils viennent lui trancher la tête. Pour de vrai. Tout de suite. Ils avaient donc raison, ces juges, elle est un monstre, le jour du procès ils ont dit que les monstres commettent le mal sans même en avoir conscience. Tout d'un coup elle pense que c'est peut-être juste, alors, qu'elle doive mourir."
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
carre
  28 février 2014
Trois destins qui vont se croiser par la force des choses. L'un dans vingt quatre heures sera décapité, son crime faiseuse d'anges. L'autre à l'image d'une de ces femmes avortées dans la clandestinité, le troisième, le bourreau, l'exécuteur et ces questionnements. Trois solitudes pour un récit âpre et pesant. Valentine Goby lache son récit comme une longue plainte parfois à la limite du supportable.
Le roman peu mettre mal à l'aise c'est certain, tant la souffrance de ces personnages est rendue sans la moindre complaisance. L'écriture de Goby est fiévreuse, à la limite d'une transe, elle égrène ces heures insoutenables comme un long chapelet sans espoir. C'est noir, c'est cru, ça traite d'un sujet sensible. C'est forcement à découvrir. Moi, j'ai aimé.
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ladesiderienne
  13 septembre 2016
Ce livre m'aurait sûrement procuré davantage d'émotions si je l'avais lu à un autre moment. Pendant les vacances, j'ai envie de légèreté, de dépaysement et là, je reconnais que ce fut l'erreur complète de le mettre dans ma valise. Les thèmes abordés m'ont poussée à un premier abandon mais comme je n'avais rien d'autres sous la main, la seconde tentative, contrainte et forcée, a été la bonne.
J'avais beaucoup apprécié "Kinderzimmer" de Valentine Goby mais je n'en garde pas le souvenir d'une écriture si complexe. Ici, l'auteure nous raconte trois destins que la vie va dramatiquement lier en 1943 : celui de Lucie qui a choisi de mettre fin à la vie qu'elle porte en elle, celui de Marie la faiseuse d'anges qui attend sa condamnation à mort et enfin celui d'Henri, l'exécuteur des hautes oeuvres c'est-à-dire le bourreau en charge de la guillotine à cette époque (inspiré de l'histoire vraie de Jules-Henri Desfourneaux). Dans l'urgence, chacun confie sa vie passée et ce qui l'a conduit là, au lecteur. On peut noter l'importance des relations avec la mère, la quête d'identité, la vision de la société sur la vie des femmes, le rapport au corps assez tabou. C'est à la fois poignant et tellement confus car sans ordre chronologique, l'émotion se délite en passant d'un personnage à l'autre. J'ai ressenti ce roman comme une demande ultime au lecteur de ne pas juger ces trois personnes qui tentent de justifier le fait qu'elles aient toutes donné la mort.
Une lecture très noire que j'ai eu du mal à apprécier à cause du style et à laquelle j'accorde 10/20.
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Nathv
  02 juin 2015
J'avais découvert Valentine Goby, lors de la rentrée littéraire de 2013, avec Kinderzimmer (magnifique roman où elle évoque le sort des femmes enceintes et de leurs bébés dans les camps de concentration durant la seconde guerre mondiale).
"Qui touche à mon corps je le tue", datant de 2008, est, récemment, tombé dans mon caddie lors d'un passage à Tournai (La Bourse aux Livres, véritable caverne d'Ali Baba) et je ne regrette pas, absolument pas mon achat.
Valentine Goby y aborde, à nouveau durant la seconde guerre mondiale, vingt-quatre heures de la vie de trois personnages: Lucie L. qui, dans des conditions clandestines, vient de subir un avortement - Marie G. la faiseuse d'anges dénoncée qui entame ses dernières vingt-quatre heures dans le couloir de la mort et, enfin, Henri D. le bourreau qui, dès l'aube, devra exécuter la condamnée.
Ce récit est noir et brutal. La plume de Valentine Goby est, tout comme dans Kinderzimmer, très particulière; chaque phrase est une logorrhée tentant d'illustrer au mieux les pensées de chaque personnage, telle une transe.
S'il fallait trouver un "défaut" au livre, je dirais que, parfois, l'auteur nous perd dans les souvenirs des personnages et qu'il faut faire preuve de gymnastique intellectuelle pour recomposer le puzzle... mais c'est vraiment minime.
La beauté de ce roman réside, surtout, selon moi, dans le choix des deux thèmes majeurs du livre:
- présenter de manière factuelle le sort d'une avortée et de la faiseuse d'anges, dans une France n'ayant pas encore autorisé l'IVG (la loi autorisant celle-ci date de 1975),
- et présenter de manière tout aussi factuelle (mais véritablement glaçante), le sort (peu envieux) du bourreau qui avait la tâche de faire tomber le couperet de la guillotine sur la tête des condamnés (pour rappel, en France, la peine de mort - et donc la guillotine - a été abolie en 1981 - le dernier guillotiné l'a été en 1977).
J'en ressors conquise... et pensive!
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mimipinson
  15 juin 2010
J'ai lu ce livre dans le cadre d'une lecture commune . Ma première réaction fut de ne pas vouloir le lire dans la mesure où le sujet ne m'inspirait pas du tout. le hasard a voulu que mes yeux rencontrent ce livre…le sort en était jeté.
Hélas, ma première impression se confirmait assez rapidement ; avec bien du mal je parviens à venir à bout de cette lecture.
Le récit se déroule sur 24 heures, et a pour cadre 3 personnages dont les destins se croisent et s'entrecroisent. Lucie L. vient de se faire avorter et attend… ; Marie G faiseuse d'anges, est dans sa cellule, condamnée à mort, et attend, elle aussi…….. Henri d'.actionne la guillotine à la prison, il attend l'aube…….
La lecture a été pour moi pénible, à la limite du supportable. Les propos sont d'une rare violence, et dureté. Certes, les 3 personnages ont des passés douloureux, semés d'embuches. Mais tout de même ; ce n'est pas une raison pour traiter l'avortement de cette manière là. Si la société a longtemps condamné celles et ceux qui transgressaient l'ordre établi, la maternité comme seul voie possible pour les femmes, si le sort réservé à celles qui à cette époque (la seconde guerre mondiale) avortaient ou se faisaient avorter était cruel, un peu de douceur dans ce monde de brutes n'aurait pas fait de mal.
La construction de ce roman, ne m'a pas plus conquise. J'ai trouvé les phrases longues, trop longues, au point parfois de manquer de souffle pour les lire jusqu'au bout.
Au fond, je n'ai rien compris à ce récit : ni le sens que l'auteur a voulu y donner, ni les raisons de cette violence. La seule chose que je parvienne à formuler, c'est de dire que cette lecture ne m'a pas plu. En revanche je suis incapable de déterminer la ou les émotions qu'elle m'a inspiré. Rarement une lecture aura été pour moi, à ce point un grand moment de solitude.
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leslivresdecamille
  07 mai 2015
Au cours de vingt-quatre heures, de l'aube du 29 juillet 1943 à l'aube du 30 juillet 1943, trois voix vont s'exprimer. Il y a Lucie L, Marie G. et Henri D. Ils ne se connaissent pas. Pourtant, ils côtoient la mort, chacun à leur manière. Nous les rencontrons à un moment de leur vie, en cette fin juillet 1943.
Lucie L. est en train de réaliser son deuxième avortement, seule, dans son appartement.
Marie G, version féminine du « Dernier jour d'un condamné » de Victor Hugo, a été condamnée à mort pour avoir été une faiseuse d'anges.
Henri D. est bourreau. Il est exécuteur, guillotineur de la justice française.
Tour à tour, on les suit à la fois dans le moment présent, mais aussi dans leur enfance où le lien maternel est décortiqué. Car c'est la relation mère-fille ou mère-fils qui les a façonnés et mis sur leur route d'adulte. Mais c'est bien d'eux, psychiquement et physiquement dont il est question ici et maintenant.
Vais-je être assez objective pour vous parler de ce roman, dans la mesure où je me délecte de la plume de Valentine GOBY depuis peu?
Les mots sont justes. L'auteur ne juge pas, n'est pas moralisatrice.
Pourtant, j'entends, en filigrane, un plaidoyer pour l'IVG et contre la peine de mort. En France, en 1943, les femmes mourraient parce qu'elles n'avaient pas le contrôle de leur corps. Elles ont attendu 1967 pour la légalisation de la contraception et 1975 pour avoir le droit d'avorter. Tandis que d'autres ont été condamnées et guillotinées pour les avoir aidées à essayer de prendre ce contrôle. Qui touche à mon corps je le tue. Et il aura fallu attendre fin 1981 pour l'abolition de la peine de mort. A l'échelle de l'Histoire, c'était hier. A aucun moment l'auteur donne son avis, elle reste objective, descriptive, intimiste mais réussi avec brio l'exercice d'apporter ce petit grain de sel qui donne un autre angle de vu. Il en va de mon interprétation, peut-être que j'y vois ce que je souhaite, mais peu importe finalement…
Mais revenons au livre suite à cet aparté.
Nos trois personnages ont leur propre histoire, avec le lot de douleur et de bonheur qui peuplent une vie. On retrace leur enfance pour mieux appréhender le pourquoi d'aujourd'hui. Même si cela peut paraître réducteur comme approche psychologique, cela les rend attachants, humains, on peut se reconnaître à travers eux; le rythme des phrases, le choix des mots tendres et durs ne peut laisser indifférent. Les mouvements des corps sont décrits, quant à eux, avec art. Les lignes sont un miroir qui montre Lucie L, Marie G et Henri D. dans leur quotidien avec leur force et leur faiblesse. Ni coupables, ni victimes, ils sont portés par leurs choix, leurs actes, dans un système qu'ils essaient de maîtriser.
Un livre puissant assurément.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
MorganeJollivetMorganeJollivet   14 mai 2012
Qu'un homme la prenne, me prenne, entière, la peau, le dedans le dehors, les nerfs, le sang les cavités les creux les bosses, les trous noirs, la lumière dans le ventre les pupilles, tout ça serré dans une étreinte totale, qu'on la tienne fort sans que rien ne dépasse qu'on l'embrasse qu'on la presse qu'on la lèche, qu'on la suce et qu'elle jouisse à pleurer, qu'on l'épluche, patiemment, couche après couche, qu'on la délivre des j'ai peur, des je ne peux pas, il ne faut pas, je ne sais pas, des peut-être, du bien, du mal, des bonnes intentions, des craintes de mal faire, de la morale bourgeoise, qu'on lui plaque une main sur la bouche et qu'on noue ses poignets, tais-toi, qu'on la force à jeter une à une toutes les chairs artificielles superposées depuis l'enfance et dans lesquelles elle s'est perdue, où je me perds, invisible, inconnue à moi-même, qu'un homme arrache toutes les peaux mortes et qu'il la trouve recroquevillée dessous, lave brûlante, me trouve, au lieu de ça elle a fait toute sa vie l'amour vêtue comme en hiver, étouffant, elle a vécu comme ça, ensevelie vivante et pourtant persuadée d'être heureuse et en donnant l'image, elle n'a pas fait l'amour elle a fait la morte, sans savoir. Au lieu de l'homme qui aurait pris creusé son corps, l'aurait trouvée à l'intérieur et dont elle aurait dit j'ai envie de toi les muscles tendus comme un arc pensant j'ai envie de moi, un autre homme, raisonnable, a déposé son sperme en elle, s'est déposé lui-même, avec amour sûrement, et puis parce que c'était ainsi, un mariage un enfant, prends donc ce vêtement supplémentaire pour te tenir chaud, son sperme, avec tendresse, ce n'est pas elle, ma mère, qu'il a trouvée au bout de son sexe, ce n'est pas cette matière sanguine et palpitante qui ne ressemble à aucune autre, c'est lui, c'est moi. Moi l'enfant qui a poussé et qu'elle a pris pour elle, toi l'enfant qui tombe avec la sonde, qui s'en va. Je dors encore tout habillée, j'attends l'homme qui me mettra nue, qui me mettra moi, dans je t'aime il y a "je", sans "je" rien n'est possible, mon père mon mari sont des hommes admirables, ils ont lu Kant et Smith, admirent Monet et Renoir et tout le Louvre, ils sont allés à Rome et à Athènes, ils discourent sur le cinéma, fabriquent des machines, savent cuisiner le poulet basquaise et réparer un moteur de voiture, ils goûtent le vin, parlent trois langues, font des dons aux œuvres de charité, vont à l'opéra, ils ont des opinions politiques, ce sont des hommes bons qui épongent nos visages quand nous sommes malades, serrent nos mains dans la douleur, baisent nos fronts au coucher par-dessus toutes les strates accumulées depuis le début de la vie, et aucun n'a su nous en extirper, nous faire jouir, vraiment, nous dépouiller de tout ce que le monde extérieur a jeté sur nos épaules, nous sommes lourdes et rongées de mousses, de coquilles, de lichens, nous mettre à vif, ils ont tout fait, tout su sauf ça, ils ont donné leur sperme, je l'ai rejeté, ma mère l'a pris, elle m'a eue à la place d'elle, voilà, et moi j'espère encore l'homme qui m'attendra, aura cette patience, cette impatience et m'atteindra, par qui je deviendrai vivante une fois pour toutes, qui aimera le goût de mon sel, le goût de mon sexe dans sa bouche par-dessus tout le reste, et moi pareil et définitivement parce que ça ne peut pas être autrement, s'il me trouve je le trouve je le garde, peut-être il sera incapable d'autre chose, d'éplucher les champignons, d'allumer le gaz, de changer un fusible, de remarquer ma nouvelle robe, de discourir sur le naturalisme, de danser la valse, de distinguer le bœuf de la carpe sur sa langue, d'assortir sa chemise à son pantalon, parfois j'en souffrirai parce que je n'y suis pas habituée, je lui apprendrai, ou pas, ça n'a pas d'importance; j'espère cet homme, à en crever, qui ne pourra se passer de ce qu'il aura vu, touché, délivré: moi, ma jouissance, moi vraie, sans défenses, moi dans le désir, dans l'abandon, moi dans la faim, et belle, vraiment je serai belle, ressuscitée, il me dira je t'aime et je pourrai lui répondre, yeux grands ouverts, et sans mentir d'aucune parcelle de mon corps parce que, enfin, j'existerai. Pendant ce temps mon mari a faim, il a froid, là-bas, en Allemagne, peut-être est-il malade, je lui manque sans doute, au moins l'idée d'une femme, consolatrice, j'ai peur pour lui, souvent, et je perds tout mon sang. Je le perds, lui. Lui que j'ai aimé à cause de son amour. Lui que je n'ai pas choisi, je n'ai jamais choisi personne, personne sinon ceux qui m'ont aimée, m'ont enrobée prise en otage dans leur amour, je les ai aimés en retour mais je n'ai choisi que celui que j'attends, il n'a pas même idée de mon existence et c'est lui que je veux. Lui seul. L'homme que j'attends existe, il le faut ou je meurs, j'ai bien une chose à moi, une voix, mais elle ne me tiendra pas toute la vie. Je veux jouir ensemble. Jouir. Jouir. Vivre. Aimer. À en pleurer.
Est-ce que j'ai eu tort, qui a eu tort de ma mère ou de moi, de mon père, de mon mari, qui n'a pas vu n'a pas su qui j'étais avant que je n'en vienne à ça, risquer ma mort pour survivre, qui n'a pas eu les yeux pour voir, pour me voir, pour ne pas se mirer en moi, qui aurait pu balayer son reflet et me chercher en dessous, me trouver, est-ce que j'ai aimé qu'on me dessine, était-ce plus facile, ai-je voulu ce rapt de moi-même, ai-je le droit d'être en colère, triste, contre qui, contre quoi? Est-ce ma faute? Suis-je victime, bourreau, les deux à la fois, quelle est ma part de consentement, de libre arbitre, où est "je", où est-ce qu'il commence, quand aurait-il dû naître et s'ancrer et dire non refuser repousser tout ce qui n'est pas lui? Quand devais-je être quelqu'un et qui pouvait m'aider, ai-je été faible ou juste pas avertie, le temps est-il rattrapable, est-ce que je peux espérer l'homme qui me tiendra au bout de son sexe, dois-je sangloter sur un fantasme, existe-t-il des réponses à mes questions, en moi, hors de moi, faut-il cesser de penser, de sentir, ou bien cette torture en vaut la peine parce qu'à la fin, peut-être, il y a une promesse de bonheur, une sorte de plénitude où coexistent mon corps ma voix ma tête dans une seule enveloppe palpitante, et tout bat en même temps? Ai-je raison de vouloir? D'espérer?
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ladesiderienneladesiderienne   04 septembre 2016
Lucie n'est pas le prénom de l'absent. Il y en a tant, des absents, sous chaque prénom de la famille, tant de morts sous les vivants : quatre Sabine, quatre Marthe et trois Hortense, mères, filles et sœurs mortes les unes avant les autres, comme cette jolie petite cousine aux cheveux roux emportée par une leucémie, remplacée l'année suivante par un bébé homonyme, une autre Hortense L., elle-même décédée peu après la naissance, donnant son nom à une troisième fille, fantôme chétif et triste qui tua sa mère en couches. On compte trois Jean et cinq Léon, il suffit de suivre les branches de l'arbre généalogique. Lucie n'est pas le nom d'un mort, nulle part dédoublée en lettres noires, bouclées, sur le papier jaune pâle . Lucie n'est pas l'absente, elle est l'unique, la vivante, elle est "lux", la lumière qui ne s'éteint jamais.
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MorganeJollivetMorganeJollivet   14 mai 2012
Si on se colle très doucement au dos de Lucie L. juste tombée dans le sommeil, si on sent la brûlure de son corps en fièvre, les frissons minuscules qui la parcourent, qu'on respire là, dans le creux de son cou, l'odeur de jasmin et de menthe et celle, plus aigre, de sa transpiration ; si on approche sa peau, qu'on passe le doigt, sans les toucher, sur les grains de beauté, comme les enfants relient entre eux des points sur une page d'illustré pour faire apparaître une silhouette, chat, princesse, étoile de mer, sans rien tracer de plus que des arabesques virtuelles, incomparables à celles d'une autre peau ; si on aperçoit les taches de sang noir sur sa chemise de nuit, sur le bord du drap, et aussi ce soleil tranquille, qui palpite sur sa tempe en auréoles floues ; si on regarde autour de soi à partir de ce point du lit où Lucie L. est allongée, où elle dort miraculeusement, qu'on devine les vêtements jetés par terre,la ligne de lumière à l'endroit où les rideaux se séparent, le pupitre vide au fond de la chambre, les partitions en tas sur une commode, piles hautes, vacillantes, que le miroir fend en leur milieu,cette pièce fermée sur ce corps qu'à cet instant la terre entière ignore, on sait que Lucie L. est seule avec sa douleur, elle a mal dans sa chair et dans ces mots, sa chair, c'est le premier, sa, qui compte le plus. Qui peut prendre sa douleur ? Qui peut la lui voler ? Qui peut prendre sa chair ?
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ladesiderienneladesiderienne   07 septembre 2016
Henri D. tient le cou d'Abel Mollet bien dégagé, droit dans la lunette, cadrage qui doit permettre une section nette, propre, n'entamant ni le front, ni le menton. Chez les exécuteurs, on appelle ça le poste de photographe. Au dernier moment, le condamné rentre la tête dans les épaules ; le rhum n'y fait rien, ni la religion, ni l'infinie lassitude du corps sans sommeil depuis des nuits, ce n'est même plus le cerveau qui commande c'est la chair, le muscle, qui se refuse à la fin, à cette chose atroce, une lame de sept kilos, d'un centimètre d'épaisseur, qui vous saigne comme un bœuf.
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MorganeJollivetMorganeJollivet   14 mai 2012
Mon vêtement c'est la peau de ma mère. Je passe entre ses jambes, je ne crie pas quand je viens au monde car je n'ai pas quitté sa matrice, elle m'enveloppe, moi je la sens, tiède, douceâtre, elle nous drape elle et moi dans une membrane élastique qui se détend selon la distance entre nous, jamais rompue. Je cherche sa peau, toute la peau exposée de ma mère, je cache mes joues dans son cou, dans ses paumes, je la respire et, parfois, je voudrais la mordre. Nous avons un grand corps, ma mère et moi, son visage est le mien et moi je suis elle, c'est pourquoi nous pleurons et nous rions ensemble. Je prends son visage entre mes mains, je colle mon nez au sien, je le lui dis, qu'elle est magnifique, elle rit, elle dit Lucie, mon amour. Longtemps tout ce qui se dresse entre nous est une douleur abominable, à cause du corps coupé en deux : la nuit, l'école, les disputes. Ma mère s'oblige à me dire non, elle essaie d'être une mère, de toutes ses forces, non tu n'auras pas de biscuit juste avant le dîner, non tu ne sors pas en plein hiver sans ton manteau de laine, non tu ne peux pas te coucher dans mon lit. Cela finit souvent par une porte refermée sur moi, celle de ma chambre où je pleure, comme toutes les filles de mon âge. Alors je colle l'oreille à ma porte, et j'entends en écho les sanglots de ma mère, adossée de l'autre côté. Je crie que je l'adore, je demande pardon, j'ai mal dans mon ventre là où la porte nous sépare, je t'adore et j'ai mal. Quand la porte s'ouvre, ma mère a poudré son visage, ses yeux sont injectés de sang. Son étreinte après, quelle douceur, elle me serre fort, je m'imprime en elle, il n'y a pas de frontière, aucun vide entre nous.
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Videos de Valentine Goby (56) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Valentine Goby
Chronique de Pascale Frey sur onlalu à propos de l'ouvrage "Un paquebot dans les arbres", de Valentine Goby, paru aux éditions Actes Sud en août 2016.
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