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Critique de Luniver


Luniver
  09 août 2014
Qu'y-a-t-il après la mort ? Cet ouvrage ne prétend pas apporter une réponse définitive à cette question, mais explore au contraire comment la mort a été perçue au fil du temps dans différentes régions du monde. Des historiens et des anthropologues ont été réquisitionnés pour présenter les rites funéraires, les craintes et les espoirs quant à l'au-delà de leur peuple favori. On passe ainsi en revue les cinq religions principales de notre époque : judaïsme, christianisme, islam, bouddhisme et hindouisme ; la Grèce et la Rome antique ; des tribus amazoniennes et des peuples d'Océanie (seul petit regret : l'Afrique est aux abonnés absents).

Ces voyages s'avèrent dépaysant, et remettent en question pas mal de concepts qui paraissent évidents en Occident. Ainsi, dans certaines régions, si on se préoccupe de vénérer des « ancêtres » qui forment une masse indistincte, on se désintéresse totalement de son propre sort une fois passé dans l'autre monde. Certains peuples accordent une grande importance à garder la mémoire de leurs défunts, d'autres tentent d'effacer toute trace de leur passage pour que rien ne les retienne ici-bas.

Malgré toutes ces différences, on note tout de même une série de points communs : le mythe de l'homme qui perd son immortalité en fautant (généralement à cause d'une femme d'ailleurs) ; la mort opposée non pas à la vie, mais à la naissance : un certain nombre d'âmes s'unissent à la matière pour former un individu, et se séparent à nouveau à son décès.

Les rites funéraires remplissent également des rôles similaires. Tout d'abord, faire en sorte que le défunt soit dans les meilleures conditions possibles pour accéder à l'au-delà (d'autant plus si un jugement l'attend à l'entrée), et surtout, faire en sorte qu'il y reste : les histoires de revenants le prouve, la plus grande peur des vivants est de voir un mort venir réclamer des comptes à des descendants indélicats qui n'ont pas accompli les rites correctement. Ensuite, la période de deuil impose aux personnes ayant été en contact avec la mort de rester à l'écart de la société un petit moment, et de se purifier avant de pouvoir réintégrer le monde normal.

Une constatation frappante est de voir à quel point la mort est devenue invisible dans nos sociétés. Les tâches d'accompagnement des mourants, traditionnellement réalisées par les proches, sont désormais aux mains des professionnels de la santé. Les cérémonies sont réduites au strict minimum, et les périodes de deuil, qui pouvaient durer plusieurs mois, ont désormais disparues. Est-ce dû à une diminution des superstitions, qui rend ces rites désormais vides de sens ? Ou une mise au placard forcée qui prive les proches d'un soutien utile ?

J'apprécie particulièrement ce type de livres desquels vous sortez avec plus de questions dans la tête qu'en l'ouvrant ! L'essai est suffisamment court pour s'intéresser au sujet sans se lasser, et propose une solide liste de références pour approfondir certains points. Quant à moi, je garderai un oeil ouvert sur CNRS Éditions à l'avenir, les quelques livres que j'ai pu découvrir de chez eux me semble d'excellente qualité.
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