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Pierre Bertaux (Traducteur)
EAN : 9782277301400
90 pages
J'ai lu (01/11/1998)
3.96/5   25 notes
Résumé :

1942.
Front de l'Est. Dans l'armée nazie, un pasteur rend visite à un jeune déserteur emprisonné. L'ordre hitlérien règne. Ici, pas de pitié, pas de sentiments ! Les hommes sont traités comme des chiens. Demain, celui-ci sera abattu. Pour le pasteur, l'amour est une vertu primordiale, un rayon de lumière dans un monde inhumain. Comment rendre supportable une mort injuste dans un système intolérable ? Un pari presque impossible...
Mais n'y a-t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Albrecht Goes - Jusqu'à l'aube - 1949 : Une fois de plus un livre nous assénait combien la guerre est une absurdité vu du promontoire qui permet a une partie de l'humanité de se parer des attributs de la vertu. Mais justement n'est ce pas ceux qui se disent les plus vertueux qui déchaînent les pires violences pour faire le monde à leur image. Les nazis entraient largement dans cette catégorie avec leur obsession pour la race pure et cette dévotion dévoyée à la famille traditionnelle germanique. Ce racisme lui même qui valut au 3ème Reich la mort de millions de juifs et de tsiganes était présenté par le régime comme la façon ultime de sauvegarder une culture européenne blonde et vertueuse. Albrecht Goes abordait ici la solitude de l'homme devant la mort et l'intransigeance d'un système dont la foi malgré elle se rendait complice. En effet nul ne pouvait ignorer les exactions commises par la wehrmacht sur le front de l'est ou servait l'aumônier le personnage principal de ce roman. Mais quel acte de résistance autre que la bienveillance et la compassion envers les soldats et les populations des pays occupés était possible sans subir immédiatement une répression implacable ? En assistant les ultimes instants d'un jeune militaire condamné à mort pour avoir déserté ou en favorisant la dernière nuit d'un officier et de sa maîtresse avant le départ pour le front, le pasteur apaisait sa conscience rongée par les affres de la guerre. Ce petit livre simple et pudique décrivait le temps d'une nuit une soldatesque fidèle à ce que pouvait être l'humanité dans son ensemble, tantôt bonne et miséricordieuse quand elle était touchée mais le plus souvent haineuse, injuste et sans pitié... un manifeste
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Publié en 1949, ce court récit (90 pages) relate 24 heures de la vie d'un pasteur protestant, aumônier de la Wehrmacht, en octobre 1942. Ce jour là, il est appelé en urgence dans une autre kommandantur pour accompagner les dernières heures d'un soldat qui doit être exécuté. Au fil des rencontres qui jalonnent cette journée jusqu'à l'ultime rencontre avec le condamné, nous croisons des salauds et d'autres qui tentent comme ils le peuvent de conserver une dignité humaine. Notre pasteur qui est désespérément en quête d'humanité nous livre ses doutes et ses interrogations.

Écrit avec beaucoup de sobriété et d'humilité, ce livre renvoie non seulement à notre faible marge de liberté à exister en tant de guerre mais aussi aux tourments liés à l'acceptation ou au refus d'exécuter un ordre. L'auteur ayant été lui-même été aumônier militaire dans l'armée allemande pendant la seconde guerre mondiale, on peut supposer que ce récit est très largement autobiographique. Et il est particulièrement intéressant de suivre le regard de cet homme de religion avec ses doutes et ses faiblesses. Je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer combien dans les années 50 ce livre a du résonner dans les consciences de ceux qui ont survécus. Il résonne encore de bien des manières....

Un jour d'octobre 1942 comme les autres sans être tout à fait comme les autres...
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Petit recueil dans la collection librio, à lire en une nuit, ou un matin, ou un soir mais à lire. En une seule fois. Comme la supplication du condamné à mort. Je pense que nous nous sommes éloignés considérablement et dangereusement de cette compassion-là.
Ce courage, qui est présenté comme de la lâcheté (version officielle) , qui est entendu, écouté, absorbé par ce petit aumônier, qui n'a pas la formation, qui n'a pas la cellule psychologique... et qui a entendu, vécu, survécu.
C'est un très beau récit, poignant, qui arrache... et on sait que malheureusement ce n'est pas de la fiction. A mettre entre toutes les mains.
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Ce petit livre, d'une grande profondeur, aborde le sujet de la seconde guerre mondiale, vu du côté allemand.
L'action se situe en 1942, à proximité de Stalingrad. L'Allemagne a perdu la bataille.
Un soldat allemand, Baranowski, a tenté de vivre dans la forêt. Il est aussitôt condamné à mort pour tentative de désertion.
Comme l'exécution de la sentence ne saurait attendre, on fait venir , de toute urgence, un pasteur luthérien pour l'accompagner car chaque soldat allemand a le droit de mourir avec l'assitance d'un "pasteur" de sa religion.
C'est donc la relation que le pasteur va faire, de cette rencontre avec les prisonniers pour leur rappeler qu'ils sont des êtres humains, leur faire sentir que les circonstances, leur sort même ont un sens profond. Il va également nous faire entrer , en confidence, dans la dernière heure de vie de Baranowski.
Un livre d'une grande profondeur qui fait appel à la mémoire et nous démontre que pour les soldats de chaque nation, elle n'est que souffrance et horreur.
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Front de Russie, octobre 1942, un pasteur, aumônier militaire est appelé d'urgence pour assister aux derniers instants d'un condamné à mort, un jeune soldat, dont le seul crime est d'avoir déserté par amour. le pasteur passe une nuit chargée de doute et de tristesse, ce sera à lui, le lendemain matin, d'annoncer l'exécution imminente. Dans un monde devenu fou et inhumain, le pasteur va passer un moment avec le condamné avant l'exécution, et le soldat perdu lui parle. Jamais il ne s'était ainsi confié. Sur cette terre, il aura connu une dernière nuit de paix... le pasteur va rencontrer dans ce court récit, des hommes biens avec encore un peu d'humanité qui survivent comme ils peuvent et des hommes devenus des vrais brutes, par bêtise, méchanceté ou tout simplement broyés par le système.
Ce roman est poignant de vérité et d'humilité, l'auteur était lui même aumônier sur le front de l'est pendant la deuxième guerre mondiale. C'est un témoignage plein d'humanité, écrit dans un style simple, limpide.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
-Oui, je sais : faire le mal, pour éviter le pire ; c'est bien cela ? La mission du glaive est la mission de l'ordre. Mais voulez-vous me dire quel est l'ordre que nous défendons dans cette guerre ? L'ordre des cimetières. Et le dernier cimetière, le plus vaste, c'est nous qui en serons les occupants. À supposer que nous survivions, on nous demandera : vous, qu'avez-vous fait pendant ce temps ? Nous viendrons dire : quant à nous, nous ne sommes responsables de rien ; nous n'avons fait qu'exécuter les ordres que nous avons reçus. Je les vois d'ici, mon cher frère, les acceptants en foule, qui, ce jour-là, se laveront les mains dans l'onde d'innocence. Il faudra un grand essuie-main pour tant de mains à sécher ; oui, un essuie-main grand comme un linceul. Non ; sérieusement, ce que je voulais vous demander : pensez-vous que nous valons mieux que Kartuschke et ses semblables ; ne sommes-nous pas pires qu'eux, nous qui sommes conscients de ce que nous faisons ?
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-Monsieur le Pasteur ?
-Oui.
-Je suis le capitaine Ernst.
-Bonsoir, monsieur Ernst.
En le saluant ainsi, je retrouvais l'avantage, le bien-fait de ma fonction, qui me mettait à même de m'adresser à la plupart des commandants d'unité comme un civil parle à un civil. au fond, je n'étais pas intégré à la hiérarchie du commandement; nous avions à peu l'équivalence avec les commandants, et nous appartenions à un univers à part. Pour Hitler, le secours spirituel en campagne était un accessoire superflu; plusieurs fois il fut sur le point de le supprimer purement et simplement. L'institution en elle même n'avait guère d'importance; mais chacun de ceux qui étaient investis de cette charge avaient des possibilités qui n'étaient pas négligeables.
-Je suis commandant de compagnie dans un bataillon de pionniers; la Kommandantur nous a chargés de fournir pour demain matin le peloton d'exécution n° 1/10; j'ai moi-même été désigné pour commander ce peloton.
-Triste mission.
-Je suppose que nous n'avons ni l'un ni l'autre à nous féliciter, mon ... cher collègue.
-Comment cela? Vous êtes ...
-Oui, je suis pasteur. Dans un village prés de Soest. Je ... pardonnez-moi mon cher frère, mais cette mission est au dessus de mes forces.
Il s'arrêta, et pendant quelques temps nous marchâmes en silence l'un à coté de l'autre. Je ne pouvais voir le visage de cet homme; seule sa voix venait jusqu'à moi, s'adressait à moi. Il avait une douzaine d'années de plus que moi, peut-être quinze. Il appartenait à une génération qui avait fait la guerre de 14. Il avait de la peine à se tenir droit. Il s'arrêta.
-Je ne peux pas.
C'était la conclusion d'un long débat intérieur, épuisant et pénible.
-Tout ça, c'est fait exprès. C'est encore une méchanceté du commandant Kartuschke.
-Le commandant vous en veut particulièrement?
Le capitaine Ernst se rapprocha de moi, baissa la vois et répondit:
-Nous nous connaissons Kartuschke et moi. Nous nous connaissons même très bien. pour mon malheur, puis-je dire. Il y a vingt-deux ans en 1920 exactement, Kartuschke et moi nous vivions dans la même maison: il était mon vicaire.
-Ce n'est pas possible? Kartuschke, lui un théologien?
De stupeur, j'avais sursauté, et élevé la voix.
-Pas si fort, mon cher confrère, le vent a des oreilles
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Il ne faut pas rater un suicide ; on ne s'attire que des ennuis, ou pire. C'est la guerre. On n'a pas le droit de vivre à sa guise. Mourir à sa guise, encore moins.
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Devant le bâtiment de la Kommandantur, un poste en armes ; il y a des huiles ici ; qui sait ? peut-être bien un général. J'entrai dans l'immeuble et cherchai, comme d'habitude, le bureau du major de la garnison. "11 A, Commandant Kartuschke" ; voici la bonne porte. Tous les bureaux ont leur atmosphère propre. Celui qui, comme ma fonction m'y amène, a l'occasion de pénétrer dans beaucoup de bureaux acquiert un flair spécial pour ce genre de choses. On peut y faire une étude approfondie des particularités régionales de l'Allemagne ; on apprend à reconnaître l'Allemagne du Nord, celle du Sud, à distinguer la Bavière de l'Autriche ; on s'habitue aussi à mesurer le degré de conviction hitlérienne du chef de chaque bureau, comme on pèse le degré d'alcool d'un vin.
- Le commandant est en conférence, dit le sous-officier. L'atmosphère n'était vraiment pas agréable. À tout prendre, j'aimais encore mieux la nôtre, là-bas. Ce n'est pas que chez nous elle ait été gaie ou d'une exquise urbanité. Après tout, il n'y avait pas de quoi être gai. Mais il régnait ici quelque chose qui me déplaisait souverainement. Je me tournai vers la porte, avec l'impression pénible de sentir rivé sur moi le regard de l'un des deux sergents installés au milieu de leurs dossiers. Avant de refermer la porte derrière moi, j'eus encore le temps d'entendre ce même sergent dire à l'autre avec un gros rire :
- Ben oui, pour une conférence, c'est pas une conférence? Hein ?
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Je répliquai que précisément j'essayais de me faire une idée de l'affaire en question ; mais son ricanement m'avertit tout de suite que je faisais fausse route ; il n'avait pas pensé une seconde au dossier du tribunal, mais à mon billet de logement et aux diverses formalités de mon séjour.
- L'affaire ? Qu'est-ce qui ne vous paraît pas clair dans cette affaire ? dit-il en martelant la table du poing. Qu'est-ce que vous voulez de plus ? Des détails psychologiques, peut-être ? Moi, quand j'entends parler de psychologie, ça me donne envie de dégueuler. Demain matin au petit jour, un bon Notre Père. Point, à la ligne. Terminé pour les machines. Non, mais quoi ? Si on a du temps de reste, c'est pour les troupes combattantes. Les crétins comme ça, ça me ferait mal ! Ça vous regarde, après tout, dit-il encore, quand la seconde porte de son bureau s'ouvrit, et le général apparut.
Kartuschke se raidit au garde-à-vous en se tournant vers son chef. Le général, un homme d'une soixantaine d'années, des décorations sur la poitrine, avait son manteau déboutonné. Un visage d'alcoolique, rouge, couturé de cicatrices, sans expression.
J'avais salué ; j'attendais que le général m'adressât la parole, s'il en avait envie. Le commandant Kartuschke me présenta.
- Le pasteur, dit-il. Au fait, il aurait pu dire : monsieur le Pasteur. Le pasteur est venu pour assister demain à l'exécution de Baranowski.
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