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Gustave Aucouturier (Éditeur scientifique)Henri Mongault (Traducteur)Vladimir Pozner (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070364251
512 pages
Gallimard (12/07/1973)
  Existe en édition audio
4.02/5   915 notes
Résumé :
Jeune escroc ambitieux, Tchitchikov débarque dans la ville de N. Charmeur, drôle, attentionné, il séduit bien vite les notables locaux par ses bonnes manières et son entregent. Mais tout change quand il leur fait une curieuse proposition : il veut acheter leurs morts. Car les propriétaires terriens doivent payer un impôt pour leurs serfs, y compris ceux qui sont morts dans les cinq dernières années. Le héros compte placer ces "âmes mortes" sur un terrain fictif qu’i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (76) Voir plus Ajouter une critique
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sur 915 notes
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Nastasia-B
  28 novembre 2021
Francis Scott Fitzgerald débute son Gatsby par la formule : « Quand tu es sur le point de critiquer quelqu'un, souviens-toi simplement que sur cette terre tout le monde ne jouit pas des mêmes avantages que toi. »
Peut-être est-ce le message que semble avoir voulu délivrer Nicolaï Gogol à propos de son personnage principal Tchitchikov dans les Âmes mortes ? Mais c'est tellement bizarre, tellement contourné, tellement boiteux, tellement discordant, je trouve, que c'en devient presque inintelligible.
Pourtant, croyez-moi, j'apprécie beaucoup Gogol : j'avais adoré ses Nouvelles de Pétersbourg ; j'ai pris un énorme plaisir au Révizor, mais là, là, je dois confesser que je me suis pratiquement ennuyée de bout en bout dans Les Âmes mortes, dont j'attendais pourtant beaucoup.
Pourquoi ce ressenti ? Eh bien, si vous me permettez l'analogie, d'après moi, la littérature, c'est comme une voiture : le roman en est le moteur, et nous, lecteurs, les roues. Nous ne demandons qu'à rouler, qu'à être mus par le roman…
Malheureusement, s'il prend trop souvent à l'auteur l'idée d'appuyer sur l'embrayage, cela nous désolidarise à tout coup de son roman : nous continuons à tourner quelque temps, mais nous ne sommes plus entraînés, et il faut vite retourner en prise, sans quoi tout s'arrête.
Or, dans la première partie du roman, Nicolas Gogol ne cesse d'appuyer sur l'embrayage en interrompant constamment sa narration par des interpellations directes du lecteur, des formes de justification, des patatis, des patatas et finalement, patatras, on décroche, en tout cas, moi, je décroche. Mon attention s'étiole, l'histoire m'échappe et finalement mon plaisir de lecture s'envole loin, loin, au moins jusqu'au Kamchatka…
Le roman a une histoire : son sujet en fut soufflé à l'auteur par le grand Pouchkine, lui-même, et l'on sait comment ce dernier s'éteignit brusquement, et donc, combien Gogol avait à coeur d'honorer la mémoire de son maître dans cette oeuvre. Mais je la considère franchement mal née.
J'ai constamment le sentiment que Gogol ne savait plus, à mesure qu'il progressait dans l'écriture, ce qu'il voulait vraiment dire ou faire passer à travers ce roman. J'y perçois clairement un changement d'orientation entre la première et la deuxième partie (inachevée et non publiée du vivant de l'auteur). On sait encore que la troisième partie, quasiment terminée échut aux flammes d'une cheminée dans un moment de désarroi de Gogol face à ce qui lui semblait être une mauvaise fin.
Eh oui, dans la première partie, on croit assister à une sorte de remake du Révizor, en moins drôle, en moins bien senti. Un personnage un peu roublard (un peu beaucoup même), Pavel Ivanovitch Tchitchikov, plutôt désargenté mais appartenant à la toute petite aristocratie, arrive dans une région rurale et se met en quête, auprès des aristocrates locaux, de leurs paysans défunts. (Les moujiks appartenant à un domaine étaient désignés comme des « âmes », d'où ce titre, ô combien provocateur dans la Russie hautement croyante et pratiquante de l'époque.)
Apparemment, dans ces années-là (premier tiers du XIXème siècle) les propriétaires devaient s'acquitter d'un impôt auprès du Tzar, et qui dépendait du nombre d'âmes que comportait le domaine à une date fixe. Si bien que si des paysans mourraient, le propriétaire devait encore payer pour chacun jusqu'à la nouvelle date de fixation du nombre de moujiks par domaine.
C'est peut-être un peu compliqué, mais c'est indispensable pour flairer la supercherie de Tchitchikov qui se propose, magnanime, de « racheter » ces âmes mortes à leurs détenteurs. (Laquelle nature exacte de la supercherie ne sera dévoilée au lecteur que bien plus loin dans le roman.)
Beaucoup de ces propriétaires fonciers ouvrent de grands yeux ahuris quand Tchitchikov leur présente son marché ; certains acceptent d'effectuer la démarche gratuitement, en grands seigneurs ; d'autres subodorent l'arnaque sans en connaître la nature exacte et refusent tout net ; d'autres enfin, s'imaginant la combine de notre aigrefin, veulent le faire casquer un bon prix avant de se délester de leurs cadavres sur le registre.
Bref, Tchitchikov suscite bien des discours, bien des interrogations parmi les hautes sphères rurales : les opinions sont très partagées à son propos. Et durant toute cette partie, Gogol ne fait rien pour nous rendre ses personnages attachants, si bien qu'en ce qui me concerne, j'étais distante de tous, et ça, convenons que ce n'est pas très bon signe pour la bonne appréciation d'un roman. Dit plus concrètement, l'auteur ridiculise ses personnages, les caricature, parfois grossièrement, si bien qu'on n'entre spontanément dans le costume d'aucun.
Sitôt entamée la deuxième partie, changement de ton radical, l'auteur se veut moins drôle, moins caricatural mais, de ce fait, les deux parties ne collent pas trop ensemble. Pour moi, ce fut plus agréable à lire, mais à ce moment là, je me suis mise à ne plus trop comprendre où l'auteur m'emmenait.
Et puis, papillonnant de personnage en personnage, lesquels personnages on abandonne très vite en cours de route, on se dit que Gogol veut nous parler de la Russie en général, peut-être nous en dresser une sorte de portrait à la Dos Passos, mais tout cela est très bizarre, et puis peu à peu vient se greffer une autre dimension, une sorte de message moralisateur chrétien du type : « Hors des routes droites, point de salut ».
En somme, le genre de message qui termine de m'achever quand je ne suis déjà pas tellement enthousiaste face à ma lecture. Cette dernière tendance est véhiculée essentiellement par le personnage du vieil Athanase Vassiliévitch Mourazov qui fait figure de quasi prophète biblique. Très peu pour moi de cette farine…
Bon, ceci étant dit, il n'est pas nécessaire de m'appesantir plus longuement sur le fait que, dans l'ensemble ce roman m'a déplu, que je suis déçue et que je n'en garderai probablement pas un grand souvenir. Il est bon d'aller consulter d'autres avis, parfois très différents du mien, pour savoir si vous souhaitez ou non tenter l'expérience des Âmes mortes car, conservez toujours à l'esprit que ceci n'est que mon avis, qu'il pèse à peu près autant que le poids d'une âme morte, c'est-à-dire, pas grand-chose…
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aouatef79
  03 juin 2015
Tout écrivain porte en lui un livre essentiel , l 'oeuvre où il doit "tout dire ". du jour où il l 'a entrevu , où il a commencé à en prendre conscience ,se pensée ,sa vision du monde et la conception de sa propre vie gravitent autour de ce pôle ; l 'oeuvre devient le symbole de
l'homme , son message .
"Les Ames Mortes "est l 'oeuvre majeure de Gogol ( avec un autre livre :Le Manteau
de quoi s 'agit-il dans "Les Ames Mortes " ? IL s 'agit d un 'escroc ,Pavel Ivanovitch TCHITCHIKOF .Ce dernier a une extraordinaire idée pour faire fortune : il va
racheter des âmes mortes .
Dans l 'ancienne Russie ,les paysans ( les âmes mortes ,comme l 'on disait étaient considérées comme une valeur mobilière : on les vendait ,on les achetait ,et le propriétaire payait un impôt par tête de serf mâle et adulte . le recensement avait
tous les dix ans ,si bien qu 'entre temps il continuait de payer l 'impôt sur tous les serfs décédés de sa propriété .L'idée géniale et magistrale de TCHITCHICOF consistait à racheter en bonne et due forme les âmes mortes depuis le dernier recensement : le propriétaire serait bien heureux de céder un bien fictif et de se libérer d 'un impôt réel et tout le monde y trouvera son compte : rien d 'illégal dans
cette transaction ; et lorsque l 'acquéreur possèderait quelques milliers de serfs , il portait ses contrats à une banque de Moscou ou de St-Pétersbourg et emprunterait sur ces titres une forte somme .IL serait riche et en état d 'acheter des paysans de chair et d 'os !
En conclusion ce livre de Gogol est une satire de la médiocrité humaine et une critique virulente et impitoyable de la Russie tsariste .
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Gwen21
  24 janvier 2017
Pour aborder ce très grand classique du patrimoine littéraire russe, je disposais de deux traductions : celle de 1859 d'Ernest Charrière et celle de 2009 de Marc Séménoff (pour Garnier Flammarion). Entre les deux, plus de 300 pages de différence ! Intriguée, j'ai commencé par lire successivement un chapitre de l'une et un chapitre de l'autre. Constat : je ne pensais pas avoir un jour des reproches à adresser à Garnier Flammarion mais c'est un fait, leur traduction des "Âmes mortes" est si terriblement appauvrie, synthétisée et tronquée que j'en ai été choquée. Dès lors, mon parti a été vite pris et je me suis concentrée sur l'édition contemporaine de Gogol.
Pavel Ivanovitch Tchitchikof est un petit escroc, ancien fonctionnaire qui sillonne les contrées provinciales russes pour faire l'acquisition "d'âmes mortes". Avant l'abolition du servage en Russie, une âme désignait un serf mâle et les barines (nobles propriétaires fonciers) payaient l'impôt à l'Empereur sur le nombre d'âmes de leurs domaines. Notre héros Tchitchikof entreprend une tournée des propriétés pour racheter les âmes mortes, c'est-à-dire les moujiks morts entre deux recensements administratifs (qui survenaient environ tous les cinq ans) mais encore inscrits dans les rôles, ceci dans le but secret et obscur de s'enrichir illégalement.
A travers les pérégrinations - ou peut parler d'odyssée ! - de Tchitchikof, c'est un grand tableau social et moral de la Russie de l'époque qui se dresse verste après verste devant le lecteur qui se retrouve plongé jusqu'au cou dans un contexte unique, un voyage dans le temps époustouflant qui, s'il souffre de vraies longueurs, n'en brille pas moins par le génie de son auteur dont l'humour et le don pour la caricature servent à merveille ce qu'il définit lui-même comme un grand poème épique, masquant une très réelle satire sociale et politique.
Difficile de faire bref quand on aborde un tel roman, dont le thème fut inspiré à Gogol par le grand Pouchkine et dont le corps fut livré sans merci aux censeurs. Dans cette oeuvre colossale - dont le second tome fut publié à titre posthume -, le propos de Gogol est de présenter non pas une âme morte mais au contraire une âme bien vivante, celle de la Russie éternelle. Pour avoir voyagé en Russie et y compter plusieurs amis, en ville ou à la campagne, j'ai été frappée tout au long de ma lecture par l'actualité de l'argument et par la justesse des portraits qui sont faits des différents types sociaux qui composent le peuple russe et font l'identité de ce qu'on nomme avec romantisme "l'âme russe".
D'état d'escroc, Tchitchikof va finalement, par ruse et procédés illégaux, se hisser jusqu'aux fonctions les plus élevées et terminera sa carrière en qualité de maréchal de gouvernement - c'est-à-dire maréchal de la noblesse de son district. A ses yeux, la fin justifie les moyens et Gogol le conforte dans cette vue, son dessein d'auteur étant de montrer plus que de dénoncer la corruption éhontée de l'administration, la crasse et l'ignorance de la paysannerie et l'oisiveté des nobles et des nantis.
"Politique, diplomatie, administration intérieure, justice, hommes, choses, défauts, préjugés, vices, abus nombreux, variés, universels, il acceptait, il protégeait, il adorait tout, tout ce qui était en Russie, tout ce qui était russe, parce que c'était russe, parce que cela existait au profit de la noblesse dans son pays, parce que, à travers tout cela, le Russe habile, en dirigeant bien la barque de ses convoitises, pouvait, même sans talents particuliers, sans génie, sans services illustres, arriver à la noblesse, à la fortune, aux honneurs, et rêver même les plus grandes dignités ; et que les vices, les torts, les crimes, les anomalies et les fréquentes contradictions d'un état de choses où tout le monde croit au mal et personne à la loi, avaient à ses yeux leurs bons côtés pour les ambitieux, et, en tout cas, le droit de prescription. Que trente millions de familles, serfs et bourgeois, restassent immolées aux jouissances douteuses, à l'existence de luxe barbare et de fantaisies insensées souvent sauvages, de trois cent mille satrapes, appuyés sur un million de hobereaux corrompus et flanqués de trois ou quatre mille nababs juifs, grecs ou mongols, il n'y voyait pas d'inconvénient pour la patrie." (Chant XX)
Les Russes adorent "Les âmes mortes" malgré tout ce que l'oeuvre dénonce de leur état d'esprit et de leurs manières ; et il n'y a pas à s'étonner de cet engouement car le paradoxe est viscéralement au coeur de "l'âme russe". Avec "Les âmes mortes", on peut dire que si Gogol doit beaucoup à Pouchkine, la Russie doit beaucoup à Gogol.

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mh17
  05 avril 2022
Les Ames mortes (1842) est un ouvrage extravagant et inclassable que Gogol commença dans l'allégresse, sur une idée de Pouchkine et qu'il ne finit jamais. Il préféra semble-t-il brûler ses derniers manuscrits et sombra dans la folie.
« Après le Revizor, écrit Gogol, je me décidai à rassembler en un seul tas tout ce que je pouvais connaître alors de mauvais en Russie, toutes les injustices qui se commettent dans les emplois et dans les circonstances où l'on doit exiger de l'homme le maximum de justice, et une fois pour toutes rire à tout cela ».
Après avoir lu les premiers chapitres, Pouchkine s'exclama : « Dieu que notre Russie est triste ! » Mais Gogol n'a jamais eu l'intention d'écrire un livre réaliste :« Je n'ai jamais aspiré à être l'écho de tout et à refléter la réalité telle qu'elle est autour de nous. Je ne peux même pas, maintenant, parler d'autre chose que de ce qui touche de près ma propre âme » Après la mort de Pouchkine qui le bouleversa, Gogol projeta de racheter son héros dans une seconde partie, puis une troisième à la manière de Dante dans sa Divine Comédie. Mais il n'y parviendra pas. Son échec l'anéantira et il jettera le manuscrit de la seconde partie au feu.
Tchitchikov est un personnage mystérieux. Il voyage dans une britchka brinquebalante en compagnie d'un valet qui pue et d'un cocher qui boit. C'est dans la description de ses domestiques et de leurs chevaux que l'on pressent à qui on a à faire. On ne comprend son projet immoral et sacrilège que peu à peu au fil de ses négociations croquignolettes avec de petits propriétaires terriens. On apprend ensuite qu'il rêve d'accéder au confort bourgeois, à un bonheur assez médiocre somme toute. le lecteur est emberlificoté par ce gaillard car il souhaite malgré lui sa réussite. D'abord son escroquerie semble légère à première vue : faire passer des morts pour des vivants afin d'obtenir des subventions. Ce n'est pas un crime bien terrible, il a même un petit côté folklorique. Et puis les propriétaires avec lesquels il négocie les âmes mortes sont pires que lui, bêtes à manger du foin, grotesques, risibles. Un sacré échantillon, pittoresque et universel, magistralement portraituré avec un souci du détail phénoménal. C'est très drôle. En plus le narrateur nous fait part de ses réflexions sarcastiques mais justes à leur sujet. On se dit c'est bien fait pour eux ! Et on rit de bon coeur, âmes égarées que nous sommes, aidés en cela par les apartés de l'auteur qui en rajoute une couche bien garnie. Mais les tractations bizarres de Tchitchikov ont fini par éveiller les soupçons des notables. le gouverneur mène l'instruction. Mais de quoi l'accuser au juste ? La scène est grotesque et absurde. Une âme n'est pas matérielle, il n'a donc rien dérobé. Il a fraudé le fisc, l'Etat mais il n'a causé de tort à personne en particulier. Ils ont été bernés par plus filou qu'eux c'est tout. Et puis pour l'administration, ce ne sont que des listes, rien de réel. Tchitchikov n'éprouvera jamais aucune culpabilité. Au contraire, à la lecture des noms de paysans et d'artisans sur les listes il a imaginé dégouté et joliment inspiré leur vie grossière de poivrots paresseux. le personnage est méprisable, méchant, diabolique. On rit jaune. On a enfin compris que les âmes mortes, c'est eux, c'est lui, c'est nous.
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Erveine
  25 juillet 2016
Si tant bien portraiturés qu'aussitôt je m'encanaille à les fréquenter, les personnages des Âmes mortes qui rejaillissent sous la plume de l'auteur, puis sous le trait accentué de Marc Chagall, (édition du Cherche Midi) lequel force à souhait, la rondeur, des figures aux caractères, ou brossant le crin de quelque animal. Comme il est plaisant de s'en aller fureter et d'antres se repaître, entre les pages illustrées jalonnant la campagne russophone de Nikolaï Gogol. Chacun reflétant un unique aspect, le très bon Appatov, la mièvre dame Kassolette, ce bandit de Nasov, l'ours grosse pogne Kabotievitch et sa longiligne Théodulie, ainsi que le rustre et avare Pluchkine. Et en avant la troïka : « Allez, mes gaillards » dit Sélifane le cocher, ici, tout vit, du bai, du truité et de l'alezan, l'animal n'est pas en reste, qui des chevaux aux gens de peu ou l'inverse, il n'y a pas d'avant après.
―La clochette sonne à tout va, mélodieuse, l'air déchiré gronde et se fait tempête, tout, tout ce qui est au monde défile vers l'arrière, cependant que, lui jetant des regards obliques, États et nations se rangent pour lui livrer passage…
Ainsi s'achemine une histoire qui n'a pas de fin, telle est la consonance du poème de Gogol qui perdure dans le temps tandis que s'élèvent les âmes et se figent les desseins dans l'imaginaire destination d'un Tchitchikov volant.
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Citations et extraits (176) Voir plus Ajouter une citation
lecottageauxlivresFannylecottageauxlivresFanny   17 mai 2022
Partout en ce bas monde, parmi les basses classes végétant dans la crasse, parmi les sphères supérieures figées dans un ennui morne et correct, chaque homme fait, au moins une fois dans sa vie, une rencontre qui éveille en lui des sentiments jusqu'alors inéprouvés. Parmi les chagrins dont notre vie est tissée, luit toujours, à un moment donné, un éclair de joie.
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Nastasia-BNastasia-B   20 septembre 2020
« Que le diable emporte les bals et les inventeurs de ce sot divertissement ! maugréait-il. Il y a vraiment sujet de se réjouir : les récoltes sont mauvaises ; la vie renchérit ; et pourtant nos gens ne songent qu'à se trémousser, à faire parade de leurs atours ! Une de ces péronnelles en avait pour mille roubles sur le dos ; la belle affaire ! Qui paye tout cela ? Les redevances, ou qui pis est, le mari… au détriment de sa conscience. Car pourquoi prenons-nous les pots-de-vin, sinon pour donner à nos femmes des châles, des paniers et autres fanfreluches dont j'ignore le nom ? Pour qu'une chipie quelconque n'aille pas dire que la directrice des postes était mieux habillée que notre chère épouse, nous lâchons tout de suite un millier de roubles ! On vante les bals, leur gaieté ; quelle erreur ! Cette absurde invention ne convient ni à l'esprit ni au tempérament russes. Eh quoi ! Un homme adulte n'a pas honte de se faire voir tout de noir habillé, étriqué comme un diable, et de gigoter. D'aucuns même, tout en sautillant comme bouquetins, ne craignent pas de parler de choses graves… Singeries que tout cela ! Parce qu'à quarante ans, les Français sont aussi enfants qu'ils l'étaient à quinze, il faut que nous les imitions ! Franchement, après chaque bal, je crois avoir commis un péché, et j'ai hâte de l'oublier. J'en sors la tête vide comme après un entretien avec un homme du monde : le disert personnage effleure tous les sujets, étale des bribes de lectures, vous éblouit de sa faconde ; mais vous ne retirez aucun profit de ses phrases et vous vous apercevez bientôt que la moindre conversation avec un homme de négoce, qui ne connaît que son affaire, mais la connaît à fond, vaut cent fois mieux que toutes ces fariboles… Franchement, que peut-on tirer d'un bal ? »

Première partie, chapitre VIII.
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PenelopePenelope   19 juillet 2010
Un autre sort attend l'écrivain qui ose remuer l'horrible vase des bassesses où s'enlise notre vie, plonger dans l'abîme des natures froides, mesquines, vulgaires – que nous rencontrons à chaque pas au cours de notre pèlerinage terrestre, parfois si pénible, si amer, - et d'un burin impitoyable met en relief ce que nos yeux indifférents se refusent à voir ! Il ne connaîtra pas les applaudissements populaires, les larmes de reconnaissance, les élans d'un enthousiasme unanime ; il ne suscitera nulle passion héroïque dans les coeurs de seize ans, ne subira pas la fascination de ses propres accents ; il n'évitera pas enfin le jugement de ses hypocrites et insensibles contemporains, qui traiteront ses chers créations d'écrits misérables et extravagants, qui lui attribueront les vices de ses héros, lui dénieront tout cœur, toute âme et la flamme divine du talent. Car les contemporains se refusent à admettre que les verres destinés à scruter les mouvements d'insectes imperceptibles valent ceux qui permettent d'observer le soleil ; ils nient qu'une grande puissance de pénétration soit nécessaire pour illuminer un tableau emprunté à la vie abjecte et le hausser à la beauté d'un joyau de création ; ils nient qu'un puissant éclat de rire vaille un beau mouvement lyrique et qu'un abîme le sépare de la grimace des historions ! Niant tout cela, les détracteurs tourneront en dérision les mérites de l'écrivain inconnu ; nulle voix ne répondra à la sienne : il demeurera isolé au beau milieu du chemin. Austère est sa carrière, amère sa solitude.
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Gwen21Gwen21   18 janvier 2017
Sans doute Nozdref était un hâbleur et un affronteur ; personne n’ignorait que de sa bouche il ne pouvait guère sortir que des rafales de choses impertinentes et folles ; mais un homme, un homme quelconque, énonçant, n’importe en quel état, une idée nouvelle, ne manquera jamais de l’inoculer à un autre homme qui en sera fortement saisi, lors même qu’en la rapportant à son voisin, il aura employé cette précaution oratoire : "Voyez un peu quelles bêtises on colporte !…"
Et le voisin y sera pris de même manière, bien qu’il dise : "Oui, oui, ce sont des bourdes, et on ne s’arrête pas à de tels propos." Il s’arrête si peu, quant à lui, qu’il court à l’instant conter la chose à son compère et à une bonne dame qui se trouve là par hasard, et le trio de s’écrier : "Des folies, des folies ! ce n’est pas à nous qu’on fera croire…" Et le trio se sépare pour aller communiquer la nouveauté absurde, sans songer qu’elle a déjà fait bien du chemin avec sa formule obligée : "Je vous demande un peu quelle bêtise !" L’idée nouvelle fait ainsi deux ou trois fois le tour de la ville, des faubourgs et de la banlieue, quoique indigne d’aucune attention et ne méritant nullement qu’on en daigne parler aux gens de bon sens.
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Gwen21Gwen21   11 janvier 2017
Et la bonne éducation est donnée, comme on sait, dans des pensionnats. Et dans les pensionnats, comme on sait, il est enseigné qu’il y a trois choses qui constituent la base des vertus humaines : le français, indispensable au bonheur de la vie de famille ; le piano, pour charmer les moments de loisir du mari ; et enfin, la partie du ménage proprement dit, qui consiste à tricoter des bourses et à préparer de jolies petites surprises. Pourtant il y a des raffinements, des perfectionnements dans les méthodes, surtout dans ces derniers temps ; tout ceci dépend de l’esprit et des moyens de la maîtresse de pension. Il est d’autres pensions où c’est la musique qui est en avant, puis le français et enfin la partie du ménage. Et quelquefois il arrive que, dans le programme, la première chose est la science du ménage, ou les ouvrages de mains pour surprises, puis le français et enfin la musique. Il y a méthodes et méthodes, programmes et programmes.
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Pour en savoir plus : http://ateliershenrydougier.com/moscou.html Lire un extrait : https://fr.calameo.com/books/005553960838d5c676209 A commander en ligne : https://www.interforum.fr/Affiliations/accueil.do?refLivre=9791031204802&refEditeur=155&type=P
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