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Critiques sur Les Âmes mortes (45)
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aouatef79
  03 juin 2015
Tout écrivain porte en lui un livre essentiel , l 'oeuvre où il doit "tout dire ". du jour où il l 'a entrevu , où il a commencé à en prendre conscience ,se pensée ,sa vision du monde et la conception de sa propre vie gravitent autour de ce pôle ; l 'oeuvre devient le symbole de
l'homme , son message .
"Les Ames Mortes "est l 'oeuvre majeure de Gogol ( avec un autre livre :Le Manteau
de quoi s 'agit-il dans "Les Ames Mortes " ? IL s 'agit d un 'escroc ,Pavel Ivanovitch TCHITCHIKOF .Ce dernier a une extraordinaire idée pour faire fortune : il va
racheter des âmes mortes .
Dans l 'ancienne Russie ,les paysans ( les âmes mortes ,comme l 'on disait étaient considérées comme une valeur mobilière : on les vendait ,on les achetait ,et le propriétaire payait un impôt par tête de serf mâle et adulte . le recensement avait
tous les dix ans ,si bien qu 'entre temps il continuait de payer l 'impôt sur tous les serfs décédés de sa propriété .L'idée géniale et magistrale de TCHITCHICOF consistait à racheter en bonne et due forme les âmes mortes depuis le dernier recensement : le propriétaire serait bien heureux de céder un bien fictif et de se libérer d 'un impôt réel et tout le monde y trouvera son compte : rien d 'illégal dans
cette transaction ; et lorsque l 'acquéreur possèderait quelques milliers de serfs , il portait ses contrats à une banque de Moscou ou de St-Pétersbourg et emprunterait sur ces titres une forte somme .IL serait riche et en état d 'acheter des paysans de chair et d 'os !
En conclusion ce livre de Gogol est une satire de la médiocrité humaine et une critique virulente et impitoyable de la Russie tsariste .
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Gwen21
  24 janvier 2017
Pour aborder ce très grand classique du patrimoine littéraire russe, je disposais de deux traductions : celle de 1859 d'Ernest Charrière et celle de 2009 de Marc Séménoff (pour Garnier Flammarion). Entre les deux, plus de 300 pages de différence ! Intriguée, j'ai commencé par lire successivement un chapitre de l'une et un chapitre de l'autre. Constat : je ne pensais pas avoir un jour des reproches à adresser à Garnier Flammarion mais c'est un fait, leur traduction des "Âmes mortes" est si terriblement appauvrie, synthétisée et tronquée que j'en ai été choquée. Dès lors, mon parti a été vite pris et je me suis concentrée sur l'édition contemporaine de Gogol.

Pavel Ivanovitch Tchitchikof est un petit escroc, ancien fonctionnaire qui sillonne les contrées provinciales russes pour faire l'acquisition "d'âmes mortes". Avant l'abolition du servage en Russie, une âme désignait un serf mâle et les barines (nobles propriétaires fonciers) payaient l'impôt à l'Empereur sur le nombre d'âmes de leurs domaines. Notre héros Tchitchikof entreprend une tournée des propriétés pour racheter les âmes mortes, c'est-à-dire les moujiks morts entre deux recensements administratifs (qui survenaient environ tous les cinq ans) mais encore inscrits dans les rôles, ceci dans le but secret et obscur de s'enrichir illégalement.

A travers les pérégrinations - ou peut parler d'odyssée ! - de Tchitchikof, c'est un grand tableau social et moral de la Russie de l'époque qui se dresse verste après verste devant le lecteur qui se retrouve plongé jusqu'au cou dans un contexte unique, un voyage dans le temps époustouflant qui, s'il souffre de vraies longueurs, n'en brille pas moins par le génie de son auteur dont l'humour et le don pour la caricature servent à merveille ce qu'il définit lui-même comme un grand poème épique, masquant une très réelle satire sociale et politique.

Difficile de faire bref quand on aborde un tel roman, dont le thème fut inspiré à Gogol par le grand Pouchkine et dont le corps fut livré sans merci aux censeurs. Dans cette oeuvre colossale - dont le second tome fut publié à titre posthume -, le propos de Gogol est de présenter non pas une âme morte mais au contraire une âme bien vivante, celle de la Russie éternelle. Pour avoir voyagé en Russie et y compter plusieurs amis, en ville ou à la campagne, j'ai été frappée tout au long de ma lecture par l'actualité de l'argument et par la justesse des portraits qui sont faits des différents types sociaux qui composent le peuple russe et font l'identité de ce qu'on nomme avec romantisme "l'âme russe".

D'état d'escroc, Tchitchikof va finalement, par ruse et procédés illégaux, se hisser jusqu'aux fonctions les plus élevées et terminera sa carrière en qualité de maréchal de gouvernement - c'est-à-dire maréchal de la noblesse de son district. A ses yeux, la fin justifie les moyens et Gogol le conforte dans cette vue, son dessein d'auteur étant de montrer plus que de dénoncer la corruption éhontée de l'administration, la crasse et l'ignorance de la paysannerie et l'oisiveté des nobles et des nantis.

"Politique, diplomatie, administration intérieure, justice, hommes, choses, défauts, préjugés, vices, abus nombreux, variés, universels, il acceptait, il protégeait, il adorait tout, tout ce qui était en Russie, tout ce qui était russe, parce que c'était russe, parce que cela existait au profit de la noblesse dans son pays, parce que, à travers tout cela, le Russe habile, en dirigeant bien la barque de ses convoitises, pouvait, même sans talents particuliers, sans génie, sans services illustres, arriver à la noblesse, à la fortune, aux honneurs, et rêver même les plus grandes dignités ; et que les vices, les torts, les crimes, les anomalies et les fréquentes contradictions d'un état de choses où tout le monde croit au mal et personne à la loi, avaient à ses yeux leurs bons côtés pour les ambitieux, et, en tout cas, le droit de prescription. Que trente millions de familles, serfs et bourgeois, restassent immolées aux jouissances douteuses, à l'existence de luxe barbare et de fantaisies insensées souvent sauvages, de trois cent mille satrapes, appuyés sur un million de hobereaux corrompus et flanqués de trois ou quatre mille nababs juifs, grecs ou mongols, il n'y voyait pas d'inconvénient pour la patrie." (Chant XX)

Les Russes adorent "Les âmes mortes" malgré tout ce que l'oeuvre dénonce de leur état d'esprit et de leurs manières ; et il n'y a pas à s'étonner de cet engouement car le paradoxe est viscéralement au coeur de "l'âme russe". Avec "Les âmes mortes", on peut dire que si Gogol doit beaucoup à Pouchkine, la Russie doit beaucoup à Gogol.


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Erveine
  25 juillet 2016
Si tant bien portraiturés qu'aussitôt je m'encanaille à les fréquenter, les personnages des Âmes mortes qui rejaillissent sous la plume de l'auteur, puis sous le trait accentué de Marc Chagall, (édition du Cherche Midi) lequel force à souhait, la rondeur, des figures aux caractères, ou brossant le crin de quelque animal. Comme il est plaisant de s'en aller fureter et d'antres se repaître, entre les pages illustrées jalonnant la campagne russophone de Nikolaï Gogol. Chacun reflétant un unique aspect, le très bon Appatov, la mièvre dame Kassolette, ce bandit de Nasov, l'ours grosse pogne Kabotievitch et sa longiligne Théodulie, ainsi que le rustre et avare Pluchkine. Et en avant la troïka : « Allez, mes gaillards » dit Sélifane le cocher, ici, tout vit, du bai, du truité et de l'alezan, l'animal n'est pas en reste, qui des chevaux aux gens de peu ou l'inverse, il n'y a pas d'avant après.
―La clochette sonne à tout va, mélodieuse, l'air déchiré gronde et se fait tempête, tout, tout ce qui est au monde défile vers l'arrière, cependant que, lui jetant des regards obliques, États et nations se rangent pour lui livrer passage…
Ainsi s'achemine une histoire qui n'a pas de fin, telle est la consonance du poème de Gogol qui perdure dans le temps tandis que s'élèvent les âmes et se figent les desseins dans l'imaginaire destination d'un Tchitchikov volant.
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LAULAULA
  04 mai 2014
Lorsque j'ai refermé ce livre, il y a longtemps, j'ai pensé: ce Gogol est un génie ! Les âmes mortes, les aventures de Tchitchikov est tout simplement un chef d'oeuvre. La trame de cette histoire est née d'un grand esprit ; les personnages sont réels et absurdes à la fois à tel point que l'humour, mordant et précis, est présent à chaque page. Et que dire des descriptions de la Russie qui nous font aimer ce pays et ses habitants, malgré tout ?
C'est le récit d'une gigantesque escroquerie, réalisée par un héros fin stratège. Quant aux personnages secondaires, ils sont impitoyablement caricaturés par l'auteur : exemplaires uniques d'une humanité moralement monstrueuse. le tout transporté par une écriture d'une pureté intemporelle.
Bref... Un très grand livre, à la fois en dehors du temps et terriblement actuel.
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Allantvers
  05 mai 2019
Comment se sent-on en refermant Les âmes mortes?
Epuisé par le chemin parcouru sur les routes de la grande Russie, bringuebalé d'isba en domaine seigneurial aux côtés de l'intrigant Tchirchikov, embarqué dans une quête éperdue autant des âmes mortes de moujiks que de sa propre âme;
Vivifié par la Nature immense, âpre et généreuse, et par les parfums d'humus, de vodkas et de pin qui exhalent à chaque page tournée;
Riche des innombrables rencontres faites avec une mosaïque de personnages de tous statuts, de toutes natures, qui fonctionnaire, qui propriétaire foncier, qui serf, qui jouisseur impénitent, qui profiteur décadent, qui avare décrépi, qui amoureux de la terre, du vin ou de l'or, formant tous ensemble une peinture magistrale de "l'âme russe";
Dépité de souvent la voire dépeinte en roman, cette âme russe, sans pouvoir réellement la pénétrer;
Excité par les facéties de l'auteur et les rebondissements qu'il apporte au récit;
Fasciné par l'ampleur de la mission qu'il s'est donnée pour cette oeuvre, pan-roman que seuls les grands auteurs russes savent concevoir;
Frustré de son caractère inachevé;
Reconnaissant au grand Gogol d'avoir déjà, avec ce qui existe de l'oeuvre, richement et durablement nourri son lecteur.

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Zebra
  19 août 2012
C'est en 1837 que Gogol poursuit, à Rome, l'écriture de son oeuvre capitale, les "Aventures de Tchitchikov ou les Âmes Mortes", oeuvre dont il avait déjà esquissé le début à Pétersbourg puis à Paris. La 1ère partie de ce roman, intitulé poème fut publiée en 1841; la seconde partie ne devait jamais voir le jour, Gogol ayant jeté au feu tous ses brouillons par une nuit de janvier 1852, quelques semaines avant sa mort.

Gogol ne se consacra définitivement à la littérature que parce qu'elle était à ses yeux un "service social"; c'est probablement ce qui explique ses descriptions au scalpel de la société russe de son temps. Car l'art de Gogol est spontané, gratuit, comme un jeu auquel il se livre pour son propre plaisir, mais un jeu basé sur l'observation singulièrement aiguë de la réalité. le ton est tout à tour enjoué, sérieux, raisonneur mais jamais ennuyeux.

On a reproché à Gogol d'avoir observé et rapporté les travers d'une société composée d'être nuls et plats : les personnages des Âmes Mortes réunissent en fait des traits de gens qui se considèrent meilleurs que les autres. Cocasses ou pitoyables, grotesques ou ridicules, jamais ternes ou conventionnels, les personnages des Âmes Mortes sont de tous les temps, de tous les pays. Quant aux descriptions du paysage russe d'alors, elles relèvent d'une minutie quasi photographique. Bref, un vrai documentaire sur la Russie du milieu du 19ème siècle.
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Mimeko
  03 décembre 2018
Cette version publiée chez Verdier poche, est celle qui a bénéficié d'une nouvelle traduction d'Anne Coldefy-Faucard en 2005 et concerne le premier tome seulement.
Avec Les Âmes mortes, Gogol nous plonge dans la Russie du XIX siècle et s'empare de personnages hauts en couleur, des notables aux serviteurs en passant par les petits fonctionnaires, il y dépeint les travers et la médiocrité des personnages, les propriétaires terriens pour certains bambocheurs, joueurs et querelleurs comme Nasov, pour d'autres comme Pluchkine plus avares qu'Harpagon, mais tous laissant leurs domaines allant à vau l'eau...Les soirées chez le gouverneur, président du tribunal, procureur ou chef de la police, sont autant d'occasions pour y décrire toute une société de province peu érudite, naïve, prête à être séduite par le premier venu qui passe - Tchitchkov en l'occurrence - un petit combinard qui souhaite acheter les âmes mortes - les paysans attachés au domaine des propriétaires et décédés - et ce, avant le prochain recensement, un projet dont je l'avoue, je n'ai pas compris la finalité, mais là n'est pas l'intérêt car le coeur du propos c'est la fresque sociale que Gogol nous offre...
Les Âmes mortes sont une peinture sociale humoristique de la Russie provinciale du XIXème siècle que Gogol nous décrit avec toute sa verve et son style léger, une image de cette Russie encore féodale et cruelle, une Russie vérolée par les petites affaires de chacun, agissant pour leur propre intérêt, dans la démesure et dans l'instant sans penser aux lendemains qui déchantent, quelques facettes peut-être de l'âme slave.
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ninamarijo
  07 juillet 2017
C'est Pouchkine qui insuffla l'idée des Ames mortes à Gogol, et Gogol va y travailler avec acharnement.
Gogol est vraiment « génial » il a écrit là, une critique savoureuse et drôle de la société russe. Cette oeuvre il n'a pas cessé de la remanier toute sa vie, 17 ans de travail et jamais satisfait, il a brulée la deuxième partie puis réécrite mais jamais terminée.
Tchitchikov « un noble de troisième main », un personnage quelconque un petit escroc va arpenter la campagne russes à la recherche « d'âmes mortes », des serfs décédés mais considérés vivants par l'administration. Car, le nombre d'âmes déterminait la valeur de la terre.
Ce récit est une épopée vivante et très détaillée, dans ce commerce ubuesque Gogol sonde l'âme humaine avec beaucoup de réalisme, et, un humour amer et grinçant, ses portraits satiriques sont cocasses et finalement pour certains terriblement contemporains. Tel celui de la veuve méfiante, craintive et suspicieuse, qui, après maintes hésitations tombe finalement dans le piège de l'escroc.
Gogol a aussi le génie d'interpeller constamment le lecteur et de créer ainsi une belle connivence.
La lecture de cette grande oeuvre malheureusement inachevée est vraiment jubilatoire ! Et Gogol a écrit : « Ma dernière oeuvre c'est l'histoire de ma propre âme »
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PiertyM
  24 février 2019
Gogol: véritable maitre de l'absurde! J'ai rigolé avec des personnages, je me suis marrée de toutes les tournures de situations qu'expose ce livre! Mes rires n'ont rien avoir avec le burlesque ou encore de la bouffonnerie, non il ne s'agit pas de ça ici. Mes rires éclatent pour apprécier justement le génie de l'auteur qui traite dans Les âmes mortes d'un sujet d'une grande importance, d'une mascarade administrative astucieusement menée, intelligemment bâtie, d'une grande escroquerie qu'on qualifierait de siècle, d'une satire sociale saisissante, dans une atmosphère guillerette, espiègle et hilarante. Chaque chapitre est une nouvelle rencontre pour notre héros. La rencontre peut être sulfureuse, affable , embarrassante ou complément désorientée, décalée mais n 'y avait qu'une chose pour notre héros, ou ça passe, ou ça casse, il n'aime pas les embrouilles, ni les hommes trop intelligents ou philosophes, encore moins des hommes souffreteux, avec eux, les affaires ne se traitent pas. Et moi, j'ai adoré ces moments de rencontres, j'y consacrais deux heures chaque nuit avant de m'endormir, ça m'a pris 21 jours de lecture, et je dirais 21 merveilleuses nuits que j'ai passé en compagnie de Tchitchikof et de ses aventures...


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najnaje
  19 mai 2015
Je m'attendais à une oeuvre triste le titre m'a induite en erreur. J'ai été très agréablement surprise, j'ai découvert une oeuvre très drôle, de cet humour, comme dit une babéliote, fait de férocité et de tendresse, où Gogol n'est pas tendre avec ses contemporains. Je suis restée sur ma faim parce que Gogol nous offre une première partie exceptionnelle et s'est laissé aveuglé par son obsession de vouloir écrire un chef d'oeuvre et n'a jamais réussi à en écrire la fin ( écrite et détruite plusieurs fois). La deuxième partie d'après ce que j'ai compris a été compilée après sa mort et c'est ce qui explique les nombreuses lacunes. Comme on dit le mieux est l'ennemi du bien.
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