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EAN : 978B003WPDHAU
Éditeur : TNP (30/11/-1)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 14 notes)
Résumé :
Faire rire par le ridicule, voilà la visée du dramaturge dans Les Rustres (1760), satire de la bourgeoisie commerçante vénitienne. Tantôt drôle, tantôt cruelle, cette comédie mordante met en scène quatre marchands tyranniques et bourrus qui, par leur autoritarisme, font obstacle aux désirs de leurs enfants et de leurs femmes...
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Nastasia-B
  20 octobre 2014
Carlo Goldoni signe, avec Les Rustres (I Rusteghi), une petite comédie sociale en trois actes (dite Comédie d'Ambiance Vénitienne), possiblement osée pour l'époque, mais qui, de nos jours, fait un peu l'effet d'une vesse-de-loup sur laquelle on poserait le pied ou d'un soufflé sorti du four depuis bien longtemps.
Il y dénonce, et je ne saurais m'en plaindre, la condition de la femme dans le milieu des commerçants bourgeois dans la Venise du XVIIIème siècle, trop souvent réduite à l'obéissance, quand ce n'était pas à l'asservissement pur et simple, au joug, à la férule soit du mari, soit du père.
L'auteur y démontre, assez timidement je trouve, que l'on n'obtient rien ainsi des femmes, ni de personne d'ailleurs, et que la seule chose à laquelle on s'expose, c'est à la médisance et à la tromperie car, derrière le dos du mari ou du père inflexible, se trouvera toujours une combine, une ruse, une machiavélique pensée pour contourner le carcan du patriarcat absolu.
On y lit donc une critique sociale avérée, sous les traits d'une vague comédie (les passages comiques — vraiment comiques j'entends — sont peu nombreux et pas très drôles, plutôt de légers sourires qu'autre chose), mais pas une de celles que je qualifierais d'al dente. Ce n'est pas non plus désagréable, je ne dis pas, mais cela ne m'a pas laissé une très forte impression.
Bien sûr, on y lit aussi une pique évidente au matérialisme des bourgeois, plus soucieux de la bonne marche de leurs affaires que de celle de leur foyer, mais, là encore, c'est une pique timide, pour dire sans dire, car, comprenez-vous, il ne fallait pas trop froisser non plus le possible mécène, alors on y va sans y aller. Vous voyez je vous égratigne un petit peu, mais je vous aime bien quand même, je suis de votre côté dans le fond, et si vous pouviez me glisser un petit cachet, je n'y verrais rien à redire... Aaaah, mon cher Carlo, que c'est dur d'être auteur !
Si je devais la comparer, quant au genre et au sujet, à une comédie relativement contemporaine à celle-ci, je choisirais La Colonie de Marivaux et, immanquablement, ma préférence irait à cette dernière. Selon moi, le propos est plus fort, plus drôle et plus osé chez le Français que chez l'Italien, mais encore une fois, tout ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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5Arabella
  24 mai 2020
Ecrite en dialecte vénitien, la pièce Les rustres est crée en 1760, à la fin du carnaval. La pièce sera éditée en 1762, avec une dédicace à l'ambassadeur français de Venise, il faut dire que Goldoni part quelques jours plus tard pour la France, où il finira sa vie. La pièce a inspiré un opéra-comique de Wolf-Ferrari, I quatro rusteghi, crée en 1906.
Nous sommes à Venise pendant le carnaval. Mais pas questions de fêtes et réjouissances dans la maison de Lunardo. Très sévère, il tient très serrées sa femme Margarita et sa fille d'un premier mariage, Lucietta. Il promet néanmoins aux deux femmes des réjouissances pour ce soir : il a invité des amis à lui pour dîner. S'agissant d'individus très proches par leur comportement de Lunardo, elles sont moyennement ravies. Mais cette invitation a un but : celui de marier Lucietta à Felippetto, le fils d'un des invités, Maurizio. Lunardo n'en dit rien à Lucietta, qui l'apprend en secret de sa belle-mère. Elle est partagée entre joie et inquiétude : elle aimerait voir son promis avant le mariage.
Filippetto se rend chez sa tante, Marina, mariée à un autre invité du dîner de Lunardo, Simon. Il est question du mariage, le jeune homme aussi aimerait voir sa fiancée avant de convoler. Survient Simon qui chasse Filippetto, mais il n'arrive pas aussi facilement à se débarrasser de Felicia, forte femme, venue avec son mari Canciano, qu'elle a complètement dompté, et un jeune noble. Felicia décide d'aider les deux jeunes gens à faire connaissance avant le mariage.
Au deuxième acte, nous sommes de retour chez Lunardo. Les invités arrivent peu à peu. Les hommes s'enferment entre eux, pour discuter mariage, et dire des horreurs sur les femmes. Pendant ce temps ces dernières sont laissée à elles-mêmes. Felicia annonce à Lucietta qu'elle verra Felippetto ce soir, il viendra déguisé en femme avec son noble cavalier. Les deux hommes arrivent, Lucietta et Felippetto ont un coup de foudre réciproque. Mais les hommes surgissent, Lunardo annaonce le mariage à sa fille, qui doit avoir lieu le soir même. Mais le cavalier et Felippetto cachés sont découverts, les deux pères se fâchent et annulent la noce prévue.
Au troisième acte, les hommes se plaignent des femmes et de leur comportement. Felicia intervient, prend tous les torts à sa charge et persuade ces messieurs à quel point tout cela n'est pas grave. La réconciliation intervient, et le souper peut enfin avoir lieu, annonce du mariage à venir.
Nous sommes avec des personnages de comédie connus : des vieillards tyranniques et peu policés, qui veulent régenter leurs femmes et enfants, qui s'opposent à toute nouveauté et aux joies de l'existence qui paraissent légitimes à leur famille. La comédie antique, la comédie italienne de la Renaissance, les comédies qui les ont prises comme modèle, par exemple une grande partie des pièces de Molière, nous ont habitué à ce type. Goldoni donne dans sa préface à la pièce cette définition du rustre « A Venise, on entend par rustre un homme aigri, rustaud, ennemi de la civilité, de la culture, de la conversation ».
Mais ces personnages de rustres ont un sens plus profond à ce moment de son oeuvre. Il s'agit de riches bourgeois, de notables, de gens issu d'une classe que l'on pourrait croire avide de progrès, de changement, désireux de faire bouger les règles sociales en cours, de secouer la prééminence de la noblesse en déliquescence. Or il n'en est rien : ces rustres sont obtus, et hostiles au changement, plus réactionnaires que les nobles. C'est en quelque sorte le constat d'une société bloquée : entre les nobles qui mangent leur héritage et s'accrochent à leurs privilèges, et une bourgeoisie aux vues étroites et rétrogrades, il n'y a pas de réelle possibilité d'évolution. La république vénitienne s'avance lentement vers sa fin.
Dans la pièce, ce sont les femmes qui s'en tirent le mieux, en particulier Felicia, qui a décidé d'édicter ses règles et de les faire suivre à son mari. Au final, il s'en trouve plutôt bien, et le fait presque reconnaître à ses amis peu aimables à la fin de la pièce. La femme et son bon sens remplace ici le valet de comédie, qui grâce à ses ruses et mensonges arrive à berner les vieillards obtus.
Une très bonne pièce.
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Laureneb
  13 mai 2018
J'ai lu cette pièce vénitienne du milieu du XVIIIème siècle comme l'alliance de femmes contre leur mari respectif qui les empêche de s'habiller comme elles le souhaitent, de faire venir des amis chez elles ou d'aller s'amuser au spectacle. Une solidarité féminine, voire une sororité, qui réussit à intriguer pour ridiculiser les hommes, c'est très moderne comme intrigue !
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GuillaumeSire
  23 septembre 2016
La plus française des pièces de ce fou d'Italien, et quel rythme, quel humour élastique, quels enfantillages ridicules mais dramatiques, qui font rire précisément parce qu'ils n'ont rien de drôle. L'auteur mène la danse avec brio ; rien n'est lourd, tout vient, tout s'entend, tout fonctionne.
Felice est à la liberté des femmes ce que le Figaro de Beaumarchais est à celle des petites gens.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   01 avril 2013
SIMON : Calmez-vous, mon cher ami. Vous n'y êtes pour rien. C'est la faute des femmes : châtiez-les et tout le monde vous félicitera.
CANCIANO : Parfaitement. Il faut faire un exemple. Il faut rabattre l'orgueil de ces femmes si arrogantes et apprendre aux hommes à les châtier.
SIMON : Et que les gens nous traitent de rustres ; s'ils veulent.
CANCIANO : Et que les gens nous traitent de sauvages ; s'ils veulent.
(...)
LUNARDO : Mais quel homme voudrait jouer les geôliers ? et puis, si les parents l'apprennent, ils se démènent comme de beaux diables, ils remuent ciel et terre, ils vous obligent à les faire sortir et, par-dessus le marché, ils disent que vous êtes un ours, que vous êtes un grossier personnage, que vous êtes scélérat.
SIMON : Et quand, de gré ou de force, vous avez cédé, elles reprennent le dessus et vous n'êtes plus maître de leur crier après.
CANCIANO : C'est exactement ce qui s'est passé avec ma femme.
LUNARDO : Le mieux, ce serait, pour dire les choses comme elles sont, de leur faire tâter du bâton.
(...)
CANCIANO : Et si elles se révoltent contre nous ?
SIMON : Cela pourrait arriver, vous savez.
CANCIANO : Je parle en connaissance de cause.
(...)
SIMON : Et puis, vous savez, il y a des hommes qui bâtonnent leurs femmes mais croyez-vous qu'ils parviennent pour autant à les mettre au pas ? Que non ! Elles continuent de plus belle, par esprit de contrariété ; si on ne les assomme pas, c'est sans remède.
LUNARDO : Les assommer, ça ce n'est pas possible.
CANCIANO : Mais non, bien sûr ; c'est que, voilà, on a beau retourner les choses dans tous les sens, sans femmes, on ne peut pas tenir.
SIMON : Mais ne serait-ce pas un vrai bonheur d'avoir une épouse gentille, calme, obéissante ? Quelle consolation ne serait-ce pas ?
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Nastasia-BNastasia-B   26 mars 2013
SIMON : Mariez-vous, et voilà les plaisirs qui vous attendent.
LUNARDO : Vous souvenez-vous de ma première femme ? Elle, au moins, c'était une bonne pâte, mais celle-ci, c'est un vrai poison !
SIMON : Et moi, fou que je suis, qui n'ai jamais pu souffrir les femmes, il a fallu que j’aille m'encombrer de ce bougre de diablesse.
LUNARDO : Au jour d'aujourd'hui, on ne peut plus se marier.
SIMON : Si on veut tenir sa femme, on passe pour des sauvages ; si on la laisse faire, on passe pour des sots.
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Nastasia-BNastasia-B   20 mars 2013
LUCIETTA : Cher père, qui est-ce ?
LUNARDO : Petite curieuse !
MARGARITA : Allons donc, mon vieil ami, vous ne voulez pas qu'on sache qui doit venir ?
LUNARDO : Comment ne vous le dirais-je pas ? Cela va de soi. Il y aura M. Canciano Tartuffola, M. Maurizio dalle Strope et M. Simon Maroele.
MARGARITA : Sapristi ! Trois du même calibre ! Vous les avez sortis du même panier !
LUNARDO : Qu'entendez-vous par là ? Ce ne sont pas trois hommes comme il faut ?
MARGARITA : Assurément. Trois sauvages comme vous.
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Nastasia-BNastasia-B   19 mars 2013
LUNARDO : Aujourd'hui, pour dire les choses comme elles sont, il suffit qu'un homme ait du bon sens pour qu'on le traite de sauvage. Savez-vous pourquoi ? Parce que vous autres femmes vous êtes trop faciles. Vous ne vous contentez pas d'honnêtes passe-temps. Ce qui vous plaît, ce sont les parties de plaisir, faire bombance, suivre la mode, les bouffonneries, les enfantillages. Si vous restez à la maison, vous croyez être en prison. Si vos habits ne coûtent pas les yeux de la tête, vous ne les trouvez pas beaux ; si on ne fréquente pas, vous tombez dans la mélancolie, sans voir où tout cela vous mène ; vous n'avez pas un brin de jugeote et vous n'écoutez que les flatteurs, et entendre ce qu'on raconte de toutes ces maisons, de toutes ces familles ruinées vous laisse totalement froide ; vous seconde-t-on, les langues vont bon train et l'on daube sur vous ; celui qui veut vivre chez lui dans la dignité, le sérieux, en se souciant de sa réputation, pour dire les choses comme elles sont, il passe pour un fâcheux, pour un rustre, un sauvage.
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Nastasia-BNastasia-B   25 mars 2013
LUNARDO : Quelle folie n'ai-je pas commise en me mariant !
MARGARITA : Et moi la belle affaire que j'ai faite en prenant un sauvage pour mari !
LUNARDO : Vous êtes bien à plaindre ! Manquez-vous du nécessaire ? N'avez-vous pas de quoi manger ?
MARGARITA : Pour sûr ! Quand une femme a de quoi manger, plus rien ne lui manque !
LUNARDO : Que vous manque-t-il ?
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