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EAN : 9782864324041
105 pages
Éditeur : Verdier (15/01/2004)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 10 notes)
Résumé :

Il s'agit dans ce petit livre de retracer la découverte de l'existence entre et par deux langues. L'allemand maternel bien-aimé, la langue des émerveillements et des étonnements premiers, fut aussi la langue interdite, la langue a jamais défigurée par l'horreur nazie, recouverte et sauvée par la langue d'accueil, ouverte et libératrice, le français. D'une langue à l'autre, les assises du soi se fondent et ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
MarianneL
  04 août 2018
Corps à corps avec deux langues.
Né en 1928 dans une famille juive de Hambourg convertie au protestantisme au XIXème siècle, élevé dans l'ignorance absolue de ses origines juives, Georges-Arthur Goldschmidt est arrivé en France à l'âge de onze ans en 1939 après un an en Italie, tandis que l'Allemagne idyllique de son enfance était détruite dans ses fondements intimes par la barbarie nazie.
Dans ce récit court et d'une exceptionnelle densité publié en 2004 aux éditions Verdier, Georges-Arthur Goldschmidt, éminent écrivain et traducteur, entre autres, de Peter Handke et de Franz Kafka, évoque ses origines et son enfance à liens coupés, sa survie grâce à la complicité de la directrice un peu folle et très sévère du pensionnat catholique où il avait trouvé refuge et au courage de fermiers de Haute-Savoie, son expérience de la dépossession de soi par la perversion de la langue allemande irrémédiablement souillée par les nazis, de la réconciliation avec le monde et les choses grâce à la langue française et à la littérature, et enfin la redécouverte de la langue maternelle par les écrivains étrangers de langue allemande et en premier lieu par Franz Kafka.
La langue allemande qu'il aimait et que parlaient ses parents et ses camarades d'école, une langue pleine de charme et d'images a été détruite sous ses yeux dans son enfance par la peur obscure et inquiétante et par la simplification atroce de la langue par les aboyeurs nazis, transformations toxiques remarquablement analysées par Victor Klemperer dans LTI, la langue du IIIe Reich (1947).
« Cet allemand-là, froid, sec, graniteux, coupait tout, décapait, glaçait, figeait, c'était comme si le régime nazi avait ingurgité, phagocyté la langue et s'en servait pour cimenter les esprits. »
Orphelin rescapé, avec la mauvaise conscience et l'émerveillement de vivre, sa découverte de ce qui oppose la langue française, « drap de velours bleu sombre brodé de fils d'or qu'on jetait sur ce qu'on ne voulait pas voir », à l'allemand, de ce qu'elle refuse de signifier là où l'allemand n'hésitait pas à montrer le pire, est salutaire.
Dans le pensionnat catholique, monde clos où la sexualité est un interdit absolu, il fait l'expérience des punitions corporelles répétées, de la perversité et des rapports de domination et les premières expériences d'un corps à corps désormais vital, avec la littérature.
« Jusqu'en 1943, j'avais vécu dans l'affolement, de punition en punition, sans pensées, d'avanies en avanies, sans même me rendre compte que moi, petit Allemand réfugié, je parlais déjà le français comme si je l'avais parlé depuis toujours, comme si c'était une autre langue maternelle. »
Les premiers éblouissements viennent avec la lecture des Pensées de Pascal, le premier basculement dans un personnage inventé avec Sans famille d'Hector Malot, et chaque choc, chaque vertige littéraire approfondit ce compagnonnage vital de la lecture, tout en révélant la singularité et les failles de « l'existence de resquilleur du destin » de Georges Arthur Goldschmidt.
« Chaque lecture précisait, effilait ainsi cet insaisissable qu'on est au-dedans de soi. Tout se situait dans « l'entremots », comme si les bruits de langue perdaient toute consistance. le plus étrange, c'était les mots – fromage, fromage, fromage, qu'avait à voir ce mot avec le fromage ? Les mots s'effondraient, absurdes, grotesques. le « sens », c'était ce qui se déplaçait dans la phrase, qui n'y était nulle part, tout comme le filigrane des choses ne cessait d'échapper à Bouvard et Pécuchet.»
Georges Arthur Goldschmidt va renouer avec sa langue maternelle la plus ancienne, surmonter l'effroi de la langue blessée et trouver l'apaisement avec la découverte de Franz Kafka, auquel il va lier sa propre condition dès la lecture de première phrase du Procès.
« Il faudra la langue française, comme intermédiaire, pour que s'apaise cette relation tourmentée à la langue maternelle, frappée d'une blessure irrémédiable. Il faudra le passage par le français pour cerner ce point anonyme du « soi » et finir par le situer dans le flot du divers et le retrouver en avant des mots, grâce à ceux-ci ; il faudra le passage par la langue française pour qu'à l'instar de ce que fut la rencontre de Pascal et Rousseau et, plus tard, de Descartes, il puisse y avoir une rencontre semblable au sein de la langue allemande. C'est par Franz Kafka qu'elle se fit. »
Retrouvez cette note de lecture et beaucoup d'autres sur le blog Charybde 27 ici :
https://charybde2.wordpress.com/2018/08/04/note-de-lecture-le-poing-dans-la-bouche-georges-arthur-goldschmidt/
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ay_guadalquivir
  15 septembre 2011
Une nouvelle fois, l'occasion m'est donnée de dire combien j'aime les livrées dorées des éditions Verdier, qui souvent s'ouvrent sur des livres magnifiques. Georges-Arthur Goldschmidt est écrivain et traducteur, notamment de Peter Handke, mais aussi de Kafka, Stifter et d'autres. Ce livre est tout à fait essentiel, puisqu'il y raconte comment, ayant fui l'Allemagne nazie et finalement réfugié en France, il fit la connaissance de la langue française, et sans doute de lui-même. Il y a dans ce livre une sorte de de transfiguration, qui n'est pas oubli de soi, mais plutôt renaissance dans d'autres mots. Ce livre, c'est aussi la déchéance de la langue allemande, défigurée par le régime hitlérien, qui renaîtra peu à peu en lui. Au final, il apprendra de cette aventure qu'aucune langue ne circonscrit une autre, qu'elle peut s'enfouir et renaître, ou soudain apparaître. Je recommande chaleureusement ce livre à tous ceux qui aiment la langue allemande, et amicalement à tous ceux qui croient un peu à la magie des langues.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
ay_guadalquiviray_guadalquivir   15 septembre 2011
" Or, tout arriva en même temps, ce même jour d’octobre 1943 fut celui aussi d’un double accès à l’écriture. Au lieu de me donner, comme de coutume, à copier deux cents fois : « Je dois apprendre à ne pas bavarder en classe » ou « Je vais recevoir la fessée parce que je suis un paresseux », on se mit en tête de me faire copier « Le distrait » extrait des Caractères de La Bruyère. C’était la première fois que j’écrivais du français de cette façon-là. J’eus l’impression de planer au-dessus du texte, je n’avais jamais encore remarqué le bizarre et pittoresque agencement de toutes ces lettres qu’on n’entendait pas, pour la plupart, quand on lisait à haute voix et qui semblaient orner la page ; leur succession me surprenait, cela virevoltait élégamment. Dans la détresse quotidienne, cette langue que je recopiais ainsi faisait un surprenant et merveilleux refuge.
Tout y était différent de mon allemand maternel. Tout s’y passait autrement. Sous les phrases parfaites de La Bruyère se profilait, malgré moi, cette langue allemande. Elle était là, bloc d’effroi et de terreur, comme si on avait supplié jusqu’aux arbres de prendre votre place ; jusqu’aux clôtures de jardin qu’on enviait de ne pas être vous. Les uniformes brun-jaune avec le baudrier oblique du parti nazi, le NSDAP : l’épicier, le marchand de charbon, l’instituteur, tous ces gens qu’on connaissait et redoutait, raides, bottés, en rangs, qui défilaient dans les rues du village en brandissant le drapeau à croix gammée."
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blanchenoirblanchenoir   03 octobre 2013
Interdit de vie et de séjour par origine, je m'étais tout de suite heurté à l'inexplicable : on avait voulu me mettre à mort parce que j'étais quelque chose que je ne savais pas que j'étais et dont je ne sentais et ne savais rien, dont la faute que je n'avais pas commise se confondait - à mon insu - avec moi.

J'étais coupable de mon existence, de ma Schuldhaftigkeit dit ici l'allemand, de cet état de faute sans culpabilité. Je n'avais rien commis envers quelqu'un d'autre et j'étais pourtant coupable. Telle était la suffocation initiale contre laquelle on ne pouvait que s'enfoncer le poing dans la bouche ou hurler son désespoir.
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genieblancgenieblanc   29 juillet 2012
L'allemand me semblait plus cru, une langue un peu verte, une langue de lève-tôt, sac au dos, une langue du matin, à la parole un peu embarrassée, à laquelle les mots viennent difficilement parcequ'il en a beaucoup fabriqués avec peu d'éléments. C'était une langue à la démarche un peu lente. Dès qu'on ouvrait un livre, on était frappé par le côté hérissé, dru, bardé, dressé que prenait la langue lorsqu'elle faisait dans le théorique ou dans l'essai. Si admirable et riche, si souple, en réalité, et si ample soit-elle, on l'avait raidie, déformée, et pour toujours blessée.
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alzaiaalzaia   11 novembre 2015
Certains textes, ainsi, recelaient cette pesée qu'on porte en soi, certains textes, comme celui-ci, font apparaître avec une force presque aveuglante ce qu'ils ne peuvent pas dire. Je m'aperçus que je lisais pour voir apparaître dans ce que je lisais ce qui à la fois se heurtait aux mots et ne pouvait pas les franchir. Je découvris ainsi, peu à peu, pris d'une fièvre sèche, que ce que les écrivains disaient "abordait" les mots mais sans jamais les franchir, que l'essentiel, eux-mêmes, restait en suspens, toujours à portée de main et à jamais saisi.
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alzaiaalzaia   11 novembre 2015
Un livre qui ne s'inscrit pas dans le corps, qui ne change pas la respiration, ne vaut pas la peine d'être lu. Dans une lettre à son ami Oskar Pollak, Kafka écrit le 24 janvier 1904 " D'ailleurs, je crois qu'on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Quand le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un coup de poing sur la tête, alors pourquoi lire?"
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Videos de Georges-Arthur Goldschmidt (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges-Arthur Goldschmidt
Georges-Arthur Goldschmidt : Entretiens avec Marc-Alain Ouaknin (France Culture / Talmudiques). Les 11 et 18 septembre 2016, Marc-Alain Ouaknin recevait l’écrivain et traducteur Georges-Arthur Goldschmidt au micro de France Culture pour l’émission “Talmudiques”. Photographie : Georges-Arthur Goldschmidt © Jean-Luc Bertini. Le site du photographe : http://www.jeanlucbertini.com/fr/. ll faut des œuvres pour nous rappeler et vivifier la pluralité de l’être juif. Des œuvres riches et subtiles qui par l’expérience originale qu’elles décrivent donnent à entendre le questionnement permanent de l’identité juive. L’œuvre de Georges-Arthur Goldschmidt en fait partie. Georges-Arthur Goldschmidt (1928) est un écrivain et ­traducteur français, né en Allemagne et vivant à Belleville. Il a traduit un grand nombre d’auteurs, dont Peter Handke ou Franz Kafka, “Le Procès” (1974), “Le Château” (1976). Kafka à qui il consacre aussi un essai : “Celui qu'on cherche habite juste à côté” (Verdier, 2007). Ses récits autobiographiques, comme “La Traversée des fleuves” (Seuil, 1999), évoquent son enfance allemande, la question de l'identité juive, et l'importance et la jubilation de vivre entre deux langues. Il a publié récemment “Les Collines de Belleville” (Jacqueline Chambon, 2015), “Heidegger et la langue allemande” (Éditions du CNRS, 2016), et tout récemment “Un destin” paru aux Éditions de l’éclat. 0:00 1er entretien : Éprouver l’altérité - Se découvrir juif 32:28 2ème entretien : Éprouver l’altérité - Se trouver en langue étrangère : Marc-Alain Ouaknin poursuit son entretien avec Georges-Arthur Goldschmidt autour de la question de la traduction et de la perversion de la langue allemande par les nazis. Source : France Culture
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