AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
>

Critique de berni_29


berni_29
  31 mars 2019
Eloge des voyages insensés est un récit qui nous amène aux contrées les plus extrêmes, que ce soit au sens propre ou au sens figuré. Vassili Golovanov nous amène à ce qu'on appelle le bout du bout du monde. Il est vrai que l'île polaire de Kolgouev paraît bien loin, aux antipodes à tous points de vue. Cette terre paraît belle vue de loin et abimée plus on s'en rapproche. Abimée par les hommes, le progrès, l'alcool, le communisme qui y est passé par là durant de nombreuses années.
C'est un livre rare, pas forcément facile d'accès tout comme cette terre des rêves, de l'oubli et de la fuite, dont il est question ici.
C'est un livre au confins de tout, un peu comme l'île qui est au coeur de ce récit.
C'est une île isolée. Elle couvre 5 000 km2 dans la mer de Barents, côté russe, elle est éloignée de tout et on s'en rend vite compte lorsqu'on tente de la chercher sur une carte. Voilà pour le décor.
C'est un récit de voyage, puissant, envoûtant, vertigineux, sombre et lumineux en même temps.
La prose est belle, lyrique et baroque. Au début, on ne sait pas trop où on va sur cette île mystérieuse, on avance avec la narrateur qui est perdu un peu comme nous.
C'est un morceau de terre à la dérive, où vivent et peut-être survivent quelques centaines d'habitants, descendants de chasseurs de rennes.
L'idée d'une île est merveilleuse, romanesque, elle crée l'enchantement, le rêve de partir ailleurs. Les îles sont des rêves en partance, des morceaux de terre qui se détachent de nous-mêmes, pour partir à la dérive. Nous tendons les mains comme pour comme retenir cette île qui est une barque qui file, tenter de l'arrimer et puis s'y jeter au dernier moment, vers ce voyage improbable...
Vassili Golovanov est un journaliste et l'île de Kolgouev devient peu à peu un territoire d'investigation. Pourquoi ? Sans doute parce qu'un rêve d'enfant sommeille encore dans le coeur de cet homme. Nous sommes au début des années 90, autant dire que nous sommes dans le début de l'effondrement du régime soviétique.
Les paysages semblent immenses sur ce petit territoire, donnent parfois l'impression que le narrateur est happé par cette immensité.
C'est une île désolée.
Le récit est sans doute décousu, nous ne savons où nous cheminons, quel est le fil qui nous mène et d'ailleurs où nous mène-t-il vraiment ? Le narrateur tâtonne sur cette île, il s'y reprend à plusieurs fois. Parfois j'ai eu l'impression de marcher dans une nuit immense, septentrionale, sans fin.
C'est une île désirée.
Au fur et à mesure que le narrateur découvre l'île, s'engage en elle, un contraste étonnant nous saisit entre les couleurs merveilleuses qui enrobent les paysages et les déchirements d'une population en lambeaux. Il y a des personnages attachants, violents, désoeuvrés.
C'est une île insensée.
Ou bien c'est le voyage qui lui donne cet aspect. Il y a plusieurs voyages. Il faut plusieurs voyages pour visiter cette île hostile, faite de terre, de toundra et de sable.
Il y a une humanité qui se dégage dans ce voyages entre les rires et les fables des insulaires et c'est beau.
C'est une lumière, la seule lumière qui permet de pousser la barque vers l'autre rivage...
J'ai beaucoup aimé ce récit de voyage. Il m'a emporté dans une île dont la géographie s'est peut-être mélangée durant quelques pages à l'imaginaire d'un journaliste poète. N'est-ce pas le propre d'un étonnant voyageur ?
Commenter  J’apprécie          422



Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Ont apprécié cette critique (42)voir plus