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EAN : 9782221059456
Éditeur : Robert Laffont (04/09/1989)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Journal des Goncourt, tome 3
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  08 mai 2019
La lecture du tome III du Journal d'Edmond de Goncourt, de 1887 à sa mort en 1896, offre moins de plaisirs littéraires que les précédents. On y trouve moins de pages ciselées comme des émaux, moins de cruautés amusantes et peut-être même moins d'acuité de lecture et de jugement. L'homme vieillit, s'aigrit, le cercle de sa vie se referme sur des mondanités et des copinages littéraires plus ou moins sincères, jalousies, médisances, calomnies, dîners et rencontres rarement intéressants. Metteurs en scène, acteurs, actrices, directeurs de théâtre défilent, avec de puissants journalistes aujourd'hui bien oubliés. Cela trafique, marchande, négocie, et ce monde du théâtre joue un rôle décisif dans la carrière du romancier : comme Zola et tous les autres, Goncourt sait bien que ses livres imprimés n'auront de lecteurs que s'ils sont adaptés au théâtre. Ce volume est donc un document étonnant sur ce milieu à la fin du XIX°s. Le journaliste acquiert une influence déterminante, il fait et défait les succès, les échecs de la scène, la recette et les bénéfices de la salle. Un univers disparu de vieilles haines et rancunes recuites se trouve ici : l'écrivain prophète, le grand esprit dominant de 1830 est devenu l'esclave de journalistes illettrés, corrompus et malveillants. L'asservissement contemporain de la littérature à la presse commence ici, un peu plus d'un siècle avant nous. L'époque étant ce qu'elle est, M. de Goncourt est en plus d'un antisémitisme féroce, il se lie avec le Drumont de "La France juive" et du parti antisémite et suit de loin l'Affaire Dreyfus. Enfin, heureusement, il demeure l'esthète découvreur de l'art japonais qui savait charmer au tome II, mais les estampes et les objets cèdent la place à des considérations sur le marché des antiquités japonaises et sur les variations des prix. L'ère Meiji correspond en effet à un grand ménage par le vide des trésors du Japon ancien, qui affluent en Europe et en Amérique : un vrai marché se développe, et Goncourt côtoie Guimet, l'orientaliste fondateur du musée du même nom, une des merveilles d'aujourd'hui. C'est en somme un volume de journal : de l'ennui, des redites, des anecdotes, de bons endroits.
Un avantage suffira seul à faire acheter ce volume : l'index final des noms, de tous les noms figurant dans les trois tomes du Journal.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   28 avril 2019
Jeudi 9 novembre 1893.
Voici qu'en sortant de table, Léon Daudet, avec son emballement ordinaire, se met à proclamer que Wagner est un génie supérieur à Beethoven, et se montant, se montant, arrive à affirmer que c'est un génie aussi grand qu'Eschyle, que son PARSIFAL égale PROMETHEE.

Là-dessus, son père lui dit que, dans le langage 'non articulé' qui est la musique, Wagner lui a donné des sensations comme aucun musicien, mais que dans le langage 'articulé', qui est la littérature, il connaît des gens qui sont infiniment au-dessus de lui, notamment le nommé Shakespeare.

Alors Rodenbach, qui est là, prend la parole --et ce soir, il parle merveilleusement --, déclarant que les vrais grands sont ceux qui s'affranchissent des modes, des enthousiasmes, des engouements épileptiques d'un temps, et établissant que la supériorité de Beethoven est de parler à la 'cérébralité', tandis que Wagner ne s'adresse qu'aux nerfs, déclarant qu'on sort de l'audition de Beethoven avec un sentiment de sérénité, tandis qu'on sort de l'audition de Wagner endolori, comme si on avait été roulé par les vagues, un jour de grosse mer.

Puis la conversation déraille, et elle va à Rops, à cet aquafortiste du royaume de Satan, et c'est pour Rodenbach une occasion pour faire un amusant historique de la légion satanique, en tête de laquelle étaient Baudelaire et Barbey d'Aurevilly, et qui se continue aujourd'hui par Verlaine et Huysmans, légion qui avait pour opposition la légion 'bondieusante' et mystique, dont Veuillot avait le commandement.

p. 884.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   28 avril 2019
Mercredi 20 novembre 1889.
Aujourd'hui, le sculpteur Carriès, qui s'occupe de céramique, est venu me voir pour étudier mes poteries japonaises. Il a parlé d'une manière très intéressante de la cuisson en plein air ou dans des fours non complètement fermés, où le lèchement des flammes apporte des réussites imprévues, inespérées. Et son admiration va, comme la mienne, à ce qui n'a rien de porcelaineux, de glaceux, à de la poterie semblable à un morceau de bambou ou à une enveloppe de coloquinte.

En me rendant à pied chez la Princesse, je m'arrête un moment devant le fruitier exotique de la rue de Berri, qui a exposé un fruit qu'il désigne sous le nom de 'jack', fruit de l'Indo-Chine. Le curieux de ce fruit à l'écorce brunâtre et qui a le grain d'une peau du Levant, avant qu'elle soit écrasée pour la reliure, c'est que c'est tout à fait la couverte d'un porte-bouquets japonais que je montrais deux heures avant à Carriès et qui est bien certainement l'imitation de ce fruit.

p. 349
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   19 avril 2019
Vendredi 3 février 1888.

Je m'étais promis d'avance, comme une occupation charmeresse, de travailler toute cette quinzaine à notre JOURNAL et de mener à sa fin la copie du troisième volume, mais soudain, au milieu du déchiffrement de la microscopique écriture de mon frère dans les dernières années de sa vie, je me sens un trouble dans les yeux, qui se mettent à se remplir de sang, et je ne puis continuer : la lumière me fait mal et me force à me coucher... Alors, la pensée noire de ne pas pouvoir finir mon travail pour l'impression et de voir s'interrompre la publication de ce journal, dont je ne puis confier le manuscrit à personne. Et au fond, le hantement de l'idée fixe, alors, la pensée noire de devenir aveugle - ce que je crains, depuis vingt ans, sans vouloir me l'avouer -, oui, de devenir aveugle, moi, dont tous les bonheurs qui me restent sur la terre viennent uniquement de la vue.

p. 93
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   20 avril 2019
Vendredi 19 avril 1889.

Je voulais travailler aujourd'hui, mais les roulades des oiseaux, la nage folle des poissons sortant de leur léthargie de l'hiver, le bruissement des insectes, l'étoilement du gazon par les blanches marguerites, le vert pointant dans le haut des pousses pourprées des pivoines, le vernissage des jacinthes et des anémones par le soleil, le bleu tendre du ciel, la joie de l'air d'un premier jour de printemps m'ont fait paresseux et habitant de mon jardin toute la journée.

p. 260
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   05 mai 2019
Dimanche 27 janvier 1895.
Je pensais, cette nuit, qu'une des causes des implacables inimitiés littéraires que je rencontre était la propreté de ma vie. Oui, c'est positif en ce temps, on a le goût de la vie malpropre. En effet, quels sont, en ce moment, les trois dieux de la jeunesse ? Ce sont Baudelaire, Villiers de l'Isle-Adam, Verlaine : certes trois hommes de talent, mais un bohème sadique, un alcoolique, un pédéraste assassin.
p. 1079
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Video de Jules de Goncourt (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jules de Goncourt
E.Couly reçoit Pierre Ménard d'après sa biographie, "Les infréquentables frères Goncourt" Ed. Tallandier dans l'atelier du peintre d'intérieur Laurent de Commines.
Edmond et Jules de Goncourt sont comme écrasés par leur nom. Si nul n'ignore le prix qu'ils ont fondé, l'oubli a frappé la vie et l'oeuvre de ces deux frères qui se sont attaqués pendant près d'un demi-siècle à tous les genres littéraires, et plus encore au genre humain.
Suivre les Goncourt, c'est courtiser la princesse Mathilde, dîner avec Zola, survivre à la Commune, passer des salons des Rothschild aux soupentes sordides et recevoir toute l'avant-garde artistique dans leur Grenier de la Villa Montmorency.
Pamphlétaires incisifs, romanciers fondateurs du naturalisme, dramaturges à scandale, collectionneurs impénitents , ces langues de vipère ont légué à la postérité un cadeau empoisonné : un Journal secret qui fait d'eux les meilleurs chroniqueurs du XIXe siècle.
Seule la méchanceté est gratuite , aussi les deux écrivains la dépensent-ils sans compter. Chaque page laisse éclater leur détestation des femmes, des parvenus, des Juifs, des artistes et de leurs familiers. On découvre Baudelaire ouvrant sa porte pour offrir aux voisins le spectacle du génie au travail, Flaubert invitant ses amis à déguster des « cervelles de bourgeois », les demi-mondaines étalant un luxe tapageur ou Napoléon III entouré d'une cour servile qui met en bouteilles l'eau de son bain…
Réactionnaires ne jurant que par la révolution en art, aristocrates se piquant de faire entrer le bas peuple dans la littérature, les Goncourt offrent un regard aiguisé sur un monde en plein bouleversement, où, de guerres en révolutions, le paysan fait place à l'ouvrier, la bougie à l'ampoule et le cheval à l'automobile.
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