AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : B00FEJM2PS
Éditeur : Gigamesh (30/11/-1)

Note moyenne : 4.57/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Kalpa Impérial paraît juste après la dernière dictature argentine en 1983 pour des raisons de censure : comme de nombreux livres argentins de cette époque, il n’aurait pu être publié en cette période trouble. Sa poésie, son onirisme en font un exemple parfait de la littérature argentine, de son style, de sa force, de son originalité et de sa personnalité.
Au fil d’un récit caustique et ubuesque (souvent on pense à Alfred Jarry), mais aussi fantastique (à la m... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
OumG
18 juin 2017
Il était une fois un empire. Si puissant qu'il n'a pas d'ennemi. Si vaste qu'il semble englober le monde entier. Si pérenne que l'on a perdu le compte de ses dynasties. Qui a connu bien des renaissances. Et qui existe peut-être depuis toujours.
Laissez-vous guider par Angelica Gorodischer, l'Argentine, la conteuse. Elle prend soin de chauffer et d'attiser la curiosité de son auditoire. Au début de chacune de ces onze histoires apparemment disjointes. Contes des mille et unes journées de l'empire. Ou l'on côtoie empereurs et architectes, concubines et généraux, mendiants et ministres, prostituées et révolutionnaires, laquais et tueurs à gages. Où l'on parcourt palais, jardins et bouges, champs de bataille, cités lointaines, caravanes du désert ou jungles du sud.
Des histoires qui lorgnent autant vers le conte que le réalisme magique ou que la fantasy. Des histoires écrites dans un style baroque. Envoûtant. Des contes philosophiques.
Point commun, fil rouge entre toutes ces histoires, les empereurs et les impératrices. Le pouvoir. La manière de bien l'exercer. Les qualités qu'il faut pour cela. Questions pour lesquelles Angelica Gorodischer a des idées de réponses. Ainsi que pour d'autres. Et nous les livre au travers des portraits de ces personnages. Dans ces histoires passionnantes, optimistes et cruelles, désenchantées et enchanteuses.
Cool.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          314
nebalfr
31 juillet 2017
GORODISCHER (Angélica), Kalpa Impérial, [Kalpa Imperial], traduit de l'espagnol (Argentine) par Mathias de Breyne, [s.l.], La Volte, [1983-1984, 2001] 2017, 245 p.

D'AUTRES LANGUES

En France, il n'est le plus souvent guère aisé d'avoir accès aux oeuvres de littérature de l'imaginaire composées dans d'autres langues que le français ou l'anglais. Ça n'est pas totalement inenvisageable, je ne le prétends certainement pas, et l'on peut bien relever, çà et là, telle ou telle traduction, mettons, de l'allemand, de l'espagnol, de l'italien, du russe, ou, en dehors de l'Europe, disons à tout hasard du japonais... À vrai dire, on peut relever à l'occasion des origines plus inattendues – à ceci près, bien sûr, qu'il s'agit d'exceptions qui confirment la règle, ce que l'on souligne inévitablement ; mais, certes, il y a somme toute peu de temps, j'ai pu lire du fantastique arabe (irakien, plus précisément), de la fantasy estonienne, de l'horreur suédoise ou même, attention, de l'anticipation groenlandaise. Et, si je ne l'ai pas (encore ?) lu, on peut relever qu'un prix Hugo chinois, ce n'est quand même pas tous les jours, et que cela pourrait indiquer une évolution bienvenue, à l'échelle mondiale sinon encore française... Oui. Mais c'est tout de même assez limité dans l'ensemble, pour l'heure – outre qu'il faut éventuellement y accoler une certaine ambiguïté tenant à la qualification de genre : ces auteurs ne sont pas forcément publiés dans des collections dédiées à la science-fiction ou à la fantasy, et ce quand bien même leurs oeuvres, prises « objectivement », pourraient parfaitement en relever.

Le cas de l'Argentine est peut-être singulier à cet égard. Au sein des littératures hispanophones, ce pays n'est sans doute pas le plus mal loti, loin de là, et plusieurs grands auteurs qui en sont originaires ont été abondamment traduits en français – parmi eux, un certain nombre se frottant régulièrement à l'imaginaire, mais le plus souvent guère associés à la science-fiction ou à la fantasy ou même au fantastique, et plutôt fédérés sous la bannière du « réalisme magique », le cas échéant : ainsi Jorge Luis Borges bien sûr (que j'ai évoqué sur ce blog à propos de L'Aleph et du Livre de sable), Adolfo Bioy Casares (dont j'avais chroniqué L'Invention de Morel ; compère de Borges, Bioy Casares avait parfois écrit à quatre mains avec ce dernier, comme dans Six Problèmes pour don Isidro Parodi), ou encore Julio Cortázar (que, honte sur moi, je n'ai encore jamais lu…). Des auteurs prestigieux, et bien diffusés en France.

Tous n'ont pas cette chance, et c'est sans doute regrettable – car la littérature argentine recèle probablement bien des merveilles inaccessibles à qui n'est pas hispanophone (comme votre serviteur). En témoigne donc Angélica Gorodischer, née en 1928, une auteure peut-être un peu plus connotée genre que les précités, néanmoins reconnue dans son pays (l'argumentaire de l'éditeur dit qu'elle est là-bas « aussi importante que Borges », mais je ne sais pas ce qu'il faut en penser...), et même au-delà (elle a obtenu plusieurs récompenses internationales, dont le World Fantasy Award en 2011 pour l'ensemble de son oeuvre), mais qui, pour l'heure, était totalement inconnue en France, où seule une de ses nouvelles avait été traduite...

Sans doute fallait-il une « ambassade » pour faire connaître ses écrits en dehors de la seule Argentine, et, par chance, même si c'était bien tardivement, à l'âge de 75 ans, Angélica Gorodischer a bénéficié de l'attention de la meilleure des plénipotentiaires – ni plus ni moins qu'Ursula K. le Guin (de la même génération, elle est née en 1929), l'immense auteure de science-fiction et de fantasy, La Meilleure, qui, je n'en avais pas idée, a aussi été traductrice. En 2003 paraît donc en langue anglaise, et sous ce patronage prestigieux, un étrange volume de fantasy (?), formellement une sorte de fix-up comprenant onze nouvelles, et titré Kalpa Imperial: The Greatest Empire That Never Was, reprenant deux brefs recueils en langue espagnole publiés une vingtaine d'années plus tôt, Kalpa Imperial, libro I : La Casa del poder, et Kalpa Imperial, libro II : El Imperio más vasto (qui avaient déjà été rassemblés en un unique volume en Argentine en 2001). Cette traduction a sans doute largement contribué à faire connaître Angélica Gorodischer au-delà des frontières de son pays natal – et pour le mieux, car il s'agit d'une oeuvre parfaitement brillante, et qui le mérite assurément.

Il n'en a pas moins fallu encore quatorze années d'attente pour qu'Angélica Gorodischer connaisse sa première publication française en volume à son nom, avec ledit recueil, traduit de l'espagnol par Mathias de Breyne (déjà responsable de la seule précédente traduction française de l'auteure, une nouvelle donc dans une anthologie bilingue), aux éditions de la Volte – qui méritent plus que jamais des applaudissements pour cette parution, eh bien... plus que bienvenue : nécessaire.

DES RÉFÉRENCES ?

On est souvent tenté, au contact d'oeuvres relativement méconnues, de jouer le jeu du name-dropping, afin de donner une idée au lecteur de ce qui l'attend, sur un mode superlatif qui n'est toutefois pas sans inconvénients car bien trop souvent réducteur, au risque même de diminuer la singularité de l'auteur que l'on pense honorer en lui accolant tant de noms prestigieux et intimidants.

L'éditeur, certes, ne s'en est pas privé, qui cite pêle-mêle, outre bien sûr des auteurs argentins au premier chef (incluant surtout Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares), d'autres références peut-être plus surprenantes : Mervyn Peake, Italo Calvino, et Doris Lessing. le cas de cette dernière est sans doute à part : l'idée, au-delà d'une éventuelle parenté des oeuvres, est probablement de mettre en avant une « grande dame de l'imaginaire », et, à ce compte-là, citer un prix Nobel peut paraître faire sens – surtout dans la mesure où La Volte a publié il y a peu Shikasta ? N'ayant pas encore lu ce dernier livre (mais je compte bien le faire, il serait assurément temps), je ne peux pas juger de la pertinence de cette association. Mervyn Peake, bien sûr pour sa « trilogie de Gormenghast » ? Je suis assez perplexe – guère convaincu, disons-le (à un détail près). Borges et Bioy Casares, cela paraît par contre couler de source, au-delà de la seule origine géographique ; si je ne connais pas assez le second pour me prononcer franchement, ce que j'ai lu du premier, par contre, soutient assez bien l'idée d'une parenté : les nouvelles d'Angélica Gorodischer, avec leur chatoiement, leur attention au style, leur magie narrative et leur subtile étrangeté, pourraient éventuellement côtoyer les Fictions, etc.

La référence à Italo Calvino est cependant peut-être la plus pertinente – même si je suppose qu'il faudrait ici mettre en avant Les Villes invisibles (j'y reviendrai), que je n'ai toujours pas lu, re-honte sur moi… En tout cas, c'est une mention que l'auteure paraît d'une certaine manière revendiquer, elle qui, dans ses remerciements en tête d'ouvrage, cite l'auteur du Baron perché, etc., aux côtés de deux autres, Hans Christian Andersen et J.R.R. Tolkien, « car sans leurs mots galvanisants ce livre n'aurait pas vu le jour ». L'art du conte déployé dans Kalpa Impérial suffit peut-être à justifier la référence à Andersen, que je connais mal, voire pas du tout, mais je trouve particulièrement intéressant qu'elle cite Tolkien – car sa fantasy semble pourtant emprunter des voies plus que divergentes par rapport au « Légendaire » tolkiénien. le philologue oxonien a constitué de manière encyclopédique un univers cohérent couvrant plusieurs ouvrages de taille, riches de références et renvois internes, au fil d'une architecture narrative d'une complexité et d'une précision inouïes, presque maniaques. Mais pas l'auteure argentine, même en affichant au moins la façade d'un univers cohérent parcourant le recueil Kalpa Impérial (mais absent du reste de ses oeuvres, je suppose) : ce sont l'ambiance, le vernis, plus que le détail du fond, qui justifient l'association des nouvelles du recueil – la manière de faire, le style, avec notamment cette mise en avant d'un « narrateur » qui se dit lui-même « conteur de contes », et joue de l'oralité propre à son art de la manipulation. L'Empire est là, mais il est si vaste, dans le temps comme dans l'espace, que, d'un récit à l'autre, les mêmes noms (de personnes, de lieux, etc.) n'ont aucune raison de revenir (il y a au moins une exception, sauf erreur : la Grande Impératrice figurant dans « Portrait de l'Impératrice » est mentionnée, mais juste en passant, dans « La Vieille Route de l'encens » ; mais je crois que c'est tout – je peux certes me tromper), et la continuité a quelque chose de douteux. L'idée de l'Empire, davantage que son caractère concret, et l'art du conte, unissent donc les textes, mais la précision encyclopédique n'est certainement pas de mise.

On pourrait, éventuellement, mentionner d'autres auteurs encore – dont, en fait, Ursula K. le Guin, bien sûr ; je suppose qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que la créatrice de l'Ekumen et de Terremer ait été séduite par la fantasy chatoyante autant que subtile d'Angélica Gorodischer ; ce même si la parenté entre les deux auteures n'a rien de frontal ; peut-être, en fait, faudrait-il d'ailleurs chercher plutôt du côté de l'Orsinie ? Et ce même si les Chroniques orsiniennes demeurent à ce jour le seul livre d'Ursula K. le Guin à ne pas du tout m'avoir parlé, pour je ne sais quelle mystérieuse raison…

Et d'autres noms encore, à titre plus personnel ? Oui – cette plume baroque et ce sens du conte, avec un certain humour parfois, peuvent rapprocher Kalpa Impérial de certains récits de Lord Dunsany, je crois. Et je crois aussi, à l'instar du citoyen Charybde 2, que l'on pourrait très légitimement, côté français, rapprocher Kalpa Impérial de certaines des oeuvres des rares mais brillants Yves et Ada Rémy, Les Soldats de la mer, avec cette Fédération qui grandit sans cesse, à la fois conformément à l'histoire et en la défiant, mais aussi le Prophète et le vizir – car ce petit ouvrage joue bien sûr lui aussi de l'art du conte, avec une atmosphère empruntée aux Mille et Une Nuits que l'on peut retrouver dans Kalpa Impérial.
L'EMPIRE LE PLUS VASTE QUI AIT JAMAIS EXISTÉ

L'Empire le plus vaste qui ait jamais existé… C'est ainsi que le conteur le désigne à chaque fois, ou en usant d'une périphrase du même ordre. C'est en fait son caractère déterminant – avec son ancienneté immémoriale.

En fait, l'Empire existe avant tout en tant qu'idée – à supposer qu'il existe, c'est ce qui est à la fois problématique et intéressant avec les idées. Dès lors, ses frontières, temporelles et spatiales, sont nécessairement floues. L'Empire n'est pas, disons donc, la Terre du Milieu de Tolkien, avec ses nombreux chroniqueurs jugés implicitement fiables et ses cartes soigneusement annotées dans un perpétuel souci d'exactitude ; car le récit est ici laissé à des conteurs qui, de leur propre aveu d'une certaine manière, ne sont pas à un mensonge près.

L'origine de l'Empire, dès lors, est particulièrement floue – et cela a un impact non négligeable sur l'ambiance qui lui est associée… et éventuellement, pour qui tient aux étiquettes, sur sa caractérisation dans le registre de la fantasy ou de la science-fiction. Sa technologie a priori plutôt archaïque, même avec des variantes au fil des récits (qui semblent couvrir des millénaires, et passer d'une époque à l'autre sans plus d'explications), fait semble-t-il plutôt pencher la balance du côté de la fantasy, mais, à vrai dire, la magie ou le surnaturel ne sont guère de la partie, et, à bien des égards, il pourrait bien davantage relever d'un imaginaire rationaliste, caractéristique de la science-fiction.

D'ailleurs, s'agit-il d'un monde secondaire, ou de notre monde ? La question se pose, pour qui tient à se la poser, dès la première nouvelle du recueil, « Portrait de l'Empereur », dont le contenu pourrait être d'une certaine manière « post-apocalyptique », au sens où nous y errons dans les ruines d'une société qui fût brillante, et dont pourrait surgir une nouvelle civilisation. À cet égard, l'Empire pourrait évoquer la Terre mourante de Jack Vance, ou le continent de Zothique chez Clark Ashton Smith – mais sans magie, donc.

La question du lien avec notre monde est sans doute d'une pertinence variable – mais il peut être utile de mentionner ici qu'à l'autre bout du recueil, la dernière nouvelle (qui n'est peut-être pas le dernier conte, car c'est le seul récit du recueil à ne pas être introduit par la formule rituelle « le narrateur dit », etc., désignant le « conteur de contes »), la dernière nouvelle donc, « La Vieille Route de l'encens », introduit quant à elle l'idée de ce lien avec un caractère bien plus explicite : le vieux guide y joue en définitive le rôle du conteur, au travers d'une « reprise », en forme de mythe des origines, de l'Iliade et de l'Odyssée… avec pour héros des noms propres clairement dérivés de notre histoire – et pour l'essentiel des stars d'Hollywood ! À vrai dire, c'est une dimension du récit qui m'a un peu décontenancé, et qui me fait le priser beaucoup moins que la plupart de ceux qui précèdent – mais je suppose que ça se discute, et, en tout cas, qu'il y a quelque chose à creuser, ici.

D'autant que cette nouvelle a une autre ambiguïté : elle oppose des individus ne pouvant croire qu'il y ait eu un temps où l'Empire n'existait pas, et rejetant l'hypothèse comme une baliverne, et d'autres qui son prêts à l'envisager… si cela permet une bonne histoire. Or l'idée même de l'Empire est tout à fait problématique au prisme de cette éternité supposée – car cela peut donc être d'éternité que nous parlons, ou peu s'en faut : le recueil ne s'en fait bien sûr jamais écho directement, mais le « Kalpa » figurant dans son titre est en fait une conception propre à notre monde ; c'est une notion issue de l'hindouisme, une unité de temps correspondant à une journée de vie du dieu Brahma… soit 4,32 milliards d'années ! L'Empire aurait donc duré aussi longtemps ? Cela paraît très improbable – mais surtout dans la mesure où nos conceptions historiques et même préhistoriques prohibent l'acceptation d'une telle durée dans le règne humain.

De toute façon, l'idée d'un Empire, qui semble si incontestable aux personnages figurant dans ces contes (dit-on...), est probablement sujette à caution pour le lecteur (et à cet égard pour le ou les conteurs, dont l'art est donc aussi celui du mensonge et de la manipulation). En effet, ce que tous ces récits semblent nous dire, c'est que la continuité de l'Empire est illusoire : tous ces contes ou presque nous parlent de crises, et de brutaux changements dynastiques ; peut-être y a-t-il ici quelque chose (outre la référence argentine, bien sûr, mais j'y reviendrai plus tard) de l'histoire de la Chine, disons, où le Mandat Céleste a toléré bien des ruptures chaotiques tout en maintenant l'esprit de l'unité de l'empire, mais on est ici d'autant plus porté à trouver suspecte cette continuité posée en axiome que les conteurs eux-mêmes semblent, mais avec discrétion (pour ne pas tomber sous le coup de l'accusation de subversion ?), témoigner explicitement de ce que cette histoire n'est qu'un rêve, et peut-être pire (ou mieux ?) : une contrefaçon. Sinon pourquoi parler de cette dynastie des « Trois Cents Rois »… qui n'a en fait connu que douze monarques ? À moins bien sûr que la manipulation soit le fait, non de l'histoire, mais du conteur narquois, assis en face de vous, et que vous payez pour qu'il vous raconte de belles faussetés...

Mais le récit, de manière générale, justifie bien des entorses à la vérité. Alors admettons : l'Empire est le plus vaste qui ait jamais existé, et il a toujours existé. Mobile, cependant – peut-être, ou plus qu'on ne le croirait ; car les seules choses qui semblent vraies du début à la fin sont donc l'idée même de l'Empire, sinon son existence concrète, et l'immémoriale certitude de ce que le Sud est rebelle, car « "Tel est le Sud" » (titre de l'avant-dernier conte, mais l'agitation dans le Sud est évoquée dans la plupart des nouvelles d'une manière ou d'une autre) ; en fait, le Sud est peut-être bien le meilleur critère permettant de définir l'Empire – mais par défaut : en étant, il constitue par opposition l'Empire qu'il n'est pas, dans une optique presque manichéenne où le tiers semble exclu.

L'ART DU CONTEUR DE CONTES

Reste que le conteur joue un rôle essentiel – qui va pr
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Charybde2
10 mai 2017
Dense, épique, baroque et subtilement politique, l'art du conte d'un empire imaginaire.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2017/05/10/note-de-lecture-kalpa-imperial-angelica-gorodischer/
Commenter  J’apprécie          70
SophieChalandre
07 février 2017
Angélica Gorodischer rédige une oeuvre où elle fait toute la lumière sur ses talents de conteuse, caractérisés par le recours à une écriture baroque et humoristique qui soutient un mode de l'invention historiographique. Ce roman culte est l'une des rares fictions en langue castillane à approcher la fantaisie héroïque.
Commenter  J’apprécie          40

Les critiques presse (4)
Actualitte07 juillet 2017
Kalpa Impérial c'est un souffle de liberté écrit lors d'une période trouble. C'est un roman empreint de noirceur et de lumière, de bajofondos et de lueur, souvent entremêlés, voire fusionnels.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Telerama22 juin 2017
La fable se charge d'ambiguïté, et Kalpa impérial devient aussi, voire surtout, une réflexion prophétique (le livre a près de 35 ans...) sur la communication, le mensonge et l'art de conter.
Lire la critique sur le site : Telerama
Telerama21 juin 2017
La fable se charge d'ambiguïté, et Kalpa impérial devient aussi, voire surtout, une réflexion prophétique (le livre a près de 35 ans...) sur la communication, le mensonge et l'art de conter.
Lire la critique sur le site : Telerama
Elbakin.net07 juin 2017
Livre somme porté par un souffle indéniable et une dramaturgie parfaitement maîtrisée, Kalpa Impérial ne s’érige jamais en ouvrage cherchant à faire la leçon à ses lecteurs.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations & extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
OumGOumG11 juin 2017
Mezsiadar III l’Ascète avait peur de lui-même et ses nuits étaient agitées. Je crois que cela expliquait tout. Après avoir ordonné que l’on coupe la tête des fonctionnaires, il s’assit seul dans la pénombre, dans une chambre dénudée et froide et songea attentivement à la ville multicolore qui vivait la nuit, aux rêveurs pieds nus, aux modèles nus, à la promiscuité, à l’absinthe, à l’oisiveté ; il pensa aux choses qui ont lieu dans l’obscurité, il pensa aux effleurements et aux murmures, il pensa aux chambres tapissées, aux voix rauques, aux instruments à cordes qui sonnent paresseusement, aux escaliers étroits qui mènent à des atmosphères suffocantes où l’on devine les formes des corps et où une odeur piquante s’infiltre dans le nez, il pensa aux langues, aux seins, aux cuisses, aux sexes et aux fesses, peints, nauséabonds, en chair, s’activant, grossiers, balourds, empotés, immondes d’attirance. Cette nuit-là il renvoya son repas, se coucha dans son lit sans couverture et eut de la fièvre. Le lendemain, deux corps d’armée s’élançaient vers la ville.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
OumGOumG13 juin 2017
Il était fou, certes, mais il gouverna bien. Sans doute parce que pour gouverner, bien ou mal, on ne peut pas être totalement sain d’esprit. Car comme le disent les sages, l’homme sensé s’occupe de son potager ; le lâche, de l’or ; le juste, de sa ville ; le fou, du gouvernement ; et le sage, de l’épaisseur des feuilles de la fougère.
Commenter  J’apprécie          162
Charybde2Charybde210 mai 2017
Pour une fois le sud n’avait rien à y voir. Le sud resta tranquille, prit ses aises et regarda, goguenard, aussi bien amusé que plein d’espoir, comment se massacraient ses frères du nord. Et ses frères du nord le réjouirent et lui offrirent un beau spectacle, violent et tonitruant ; et ils recouvrirent la terre et le ciel de cris de guerre et de douleur. C’est ça, je vous parle de la Guerre des Six Mille Jours. Qui ne dura pas six mille jours mais beaucoup moins et dont personne ne semble savoir pourquoi on l’appelle ainsi sauf un quelconque maniaque chercheur de bizarreries historiques qui pourrait vous dire que plus ou moins six mille jours furent nécessaires pour que l’Empire se remette de la lutte entre les trois dynasties et pour que soient rétablis l’ordre, les frontières et la paix. C’est ce que disent les histoires académiques tout du moins. La véritable vérité est peut-être qu’Oddembar’Seil le Sanguinaire eut besoin de plus ou moins six mille jours pour chercher, persécuter, exterminer les membres et les partisans des deux autres dynasties. Ce qui est certain c’est que tout le nord ne fut qu’un seul et même champ de bataille, et comme les hommes en ces temps-là n’étaient occupés à rien d’autre qu’à se battre, le port du nord resta paralysé et même les véhicules de transport de marchandises ne s’approchèrent plus de la ville des collines. La guerre, pour elle, était très loin ; la ville continuait d’être couverte de mousse et de lierre, qui s’épanouissaient dans les bassins et sur les corniches, abritant des bestioles colorées dans les anfractuosités des monuments et des fontaines de pierre, et elle perdura ainsi quasiment jusqu’à la fin et tout eût continué ainsi, pour toujours, peut-être jusqu’à aujourd’hui, si le Sanguinaire, qui méritait bien son sobriquet, n’avait pas été trahi par un général ambitieux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Charybde2Charybde210 mai 2017
Et peu de temps après il y eut une autre révolte dans le sud et l’Impératrice veuve enfila ses vieilles frusques d’homme, revêtit son armure et se mit en marche comme tant d’autres gouvernants pour aller défendre l’unité de l’Empire. Et elle la défendit et la remporta lors d’un seul affrontement, à la bataille des Champs de Nnarient, où le sud inclina sa tête rebelle et défaite. Elle triompha parce qu’elle était vaillante, qu’elle croyait en ce qu’elle faisait, qu’elle savait diriger l’armée et que le chef de la révolte était un idiot. Un idiot beau et fervent, certes, mais un idiot.
Le Traité de Nnarient-Issinn, unique dans l’histoire de l’Empire, fut signé et le sud se soumit sans restriction et jura fidélité à l’Impératrice. Elle transféra la capitale à la frontière des contrées rebelles et des États du nord, puis elle épousa le fervent idiot. La capitale à la frontière fut un coup audacieux et stratégique qui assura la paix pour un nombre d’années bien supérieur à ce à quoi on aurait pu s’attendre s’agissant du sud mais il n’en fut pas de même pour le mariage de l’Impératrice et du chef des rebelles. Quoi qu’il en soit elle l’épousa car c’était son destin, comme disent les gens qui croient en ce truc qui consiste à naître avec les yeux ouverts. Moi je dis qu’elle l’épousa parce qu’elle fut une de ces Impératrices qui ont assez de pouvoir pour faire ce qui leur chante. Et ils furent heureux et il y eut encore plus de princes pour l’Empire et de sang neuf pour le trône mais on peut lire ça dans n’importe quel traité d’histoire ou dans n’importe quel recueil de poèmes d’amour, et d’ailleurs cela n’a aucune importance.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Charybde2Charybde210 mai 2017
Vous avez sûrement lu quelque chose un jour ou entendu quelque chose au sujet du règne de l’Empereur Furet. Peu importe ce que vous avez entendu ou su, moi je vous affirme que ce fut un homme juste. Il était fou, certes, mais il gouverna bien. Sans doute parce que pour gouverner, bien ou mal, on ne peut pas être totalement sain d’esprit. Car comme le disent les sages, l’homme sensé s’occupe de son potager ; le lâche, de l’or ; le juste, de sa ville ; le fou, du gouvernement ; et le sage, de l’épaisseur des feuilles de la fougère.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
autres livres classés : argentineVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle




Quiz Voir plus

Les classiques de la littérature sud-américaine

Quel est l'écrivain colombien associé au "réalisme magique"

Gabriel Garcia Marquez
Luis Sepulveda
Alvaro Mutis
Santiago Gamboa

10 questions
213 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature sud-américaine , latino-américain , amérique du sudCréer un quiz sur ce livre