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EAN : 9782070358861
96 pages
Éditeur : Gallimard (08/01/2009)

Note moyenne : 3.87/5 (sur 202 notes)
Résumé :
" Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. " L'auteur du Traître revient avec cinquante ans de recul sur les années décisives de son histoire. Il restai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (41) Voir plus Ajouter une critique
berni_29
  05 juillet 2020
Lettre à d': Histoire d'un amour, c'est à la fois un livre concis et une longue lettre écrite par André Gorz à l'amour de sa vie, Dorine.
Comment décrire l'auteur de cette lettre d'amour ? Qui était André Gorz ? Il fut un intellectuel engagé dès les années cinquante, philosophe, journaliste, économiste, utopiste, pionnier de l'écologie politique et aussi visionnaire amoureux. Il fréquenta Sartre, fut journaliste à L Express puis au Nouvel Obs.
Dans Lettre à d': Histoire d'un amour, André Gorz revient avec cinquante ans de recul sur les années décisives de son histoire et de celle de sa bien-aimée.
Visionnaire amoureux, comme ces deux mots vivent bien ensemble, je trouve... Penser et voir le monde comme il va devenir tanguer et chavirer, c'est-à-dire une sorte de dérive apocalyptique dont l'humanité est responsable et imaginer cela, conceptualiser cela avec l'amour de toute une vie qui vous porte à vos côtés dans vos pensées et vos actes, dans vos écrits, dans vos combats, dans vos engagements.
Le titre déjà évoque un mystère, comme quelqu'un qu'on ne veut pas nommer, mais qu'on peut deviner ou imaginer. J'ai appris que Dorine ne voulait pas que son prénom soit cité dans le titre... Jusqu'au bout, discrète et humble, elle tenait à demeurer dans l'ombre.
Mais demeurer dans l'ombre ne lui ressemble pas pour autant, du moins tel qu'on l'imagine.
Dorine était une femme emplie d'énergies et de convictions, elle était solaire, un socle indéfectible qui aida au commencement de leur rencontre à cette conversion intellectuelle, ce cheminement qui allait rendre célèbre André Gorz, l'aider à porter et faire entendre ses idées.
« Ce qui me captivait avec toi, c'est que tu me faisais accéder à un autre monde. »
Les mots sont pleins de pudeur et de poésie aussi lorsque l'auteur parle des premiers gestes qui les ont invités à s'éprendre de leurs corps. L'âme n'est jamais loin.
Ils se sont aimés corps et âmes. Ils se sont créé une place à part dans un monde qui leur était peut-être au départ déniée. Leur amour fut comme une expérience fondatrice.
« La découverte avec toi de l'amour allait enfin m'amener à vouloir exister ; et comment mon engagement avec toi allait devenir le ressort d'une conversion existentielle. »
C'est une bouleversante lettre d'amour, bouleversante parce qu'écrite au printemps 2006, elle annonce déjà ce qui sera ou ne sera plus quelques mois plus tard ; Dorine avait une maladie incurable, elle allait inexorablement vers la mort et sans doute avec souffrance. Ce n'est pas un point final posé sur deux existences fusionnelles. C'est peut-être simplement une manière de ne jamais se quitter...
« Récemment je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois. »
André Gorz était un intellectuel pur, austère, enfermé dans ses idées. Dorine lui a apporté la joie de vivre, l'élan nécessaire à ses idées, l'ouverture au monde, aux autres.
« Avec toi j'étais ailleurs, en un lieu étranger, étranger à moi-même. Tu m'offrais l'accès à une altérité supplémentaire, - à moi qui ai toujours rejeté toute identité et ajouté les unes aux autres des identités dont aucune n'était la mienne. »
L'amour nécessite-t-il la fidélité ou bien a-t-il besoin de connaître l'épreuve ?
« Tu as tout donné de toi pour m'aider à devenir moi-même."
André Gorz reconnaît à Dorine ne pas lui avoir offert dans ces publications toute l'attention et la place qu'elle méritait. Il reconnaît même avoir donné une image si peu reluisante de sa bien-aimée dans son premier livre le traître, il tente ici de la réhabiliter à sa juste valeur.
Il est sans complaisance avec lui-même, reconnaissant ses torts.
J'ai ressenti que leur amour a nourri leur engagement au monde et que l'inverse aussi le fut.
"J'ai compris avec toi que le plaisir n'est pas quelque chose qu'on prend ou qu'on donne. Il est manière de se donner et d'appeler le don de soi de l'autre. Nous nous sommes donnés l'un à l'autre entièrement."
On pourrait voir dans ce texte un homme qui parle à une femme qu'il aime, on pourrait voir aussi un homme qui parle de lui-même à cette femme. Dans cette lecture, j'ai vu que le JE s'effaçait pour passer au NOUS. J'y ai lu le chemin de deux vies unies côte à côte, et peut-être bien plus encore, la fusion de deux vies en une seule ou presque, sans pour autant effacer chacune de ces vies...
« Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. »
On pourrait y voir l'amorce d'un point final, d'une fin annoncée. Ne peut-on pas y voir autre chose, l'idée simplement que l'amour est plus fort que tout lorsque deux êtres décident que l'un ne partira pas avant l'autre, là où on ne sait pas ce qui est ?
« J'aimerais pouvoir te donner tout de moi pendant le temps qu'il nous reste. »
Le 22 septembre 2007, à Vosnon, le philosophe et sa femme Dorine se donnaient la mort, après avoir envoyé des lettres à leurs amis les plus proches pour expliquer le sens de leur geste.
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Jean-Daniel
  29 janvier 2018
En septembre 2007, André Gorz se suicide à l'âge de 84 ans avec sa femme Doreen, atteinte d'une maladie incurable. Quelques mois plus tôt, il s'était retourné sur sa vie, se rendant compte qu'il n'avait jamais écrit l'essentiel, sa relation avec sa femme, et avait mis de côté son costume de journaliste et d'essayiste pour lui écrire cette lettre.
André Gorz est un homme dévoré d'angoisse que seule apaise la présence de sa femme Doreen à ses côtés. Au soir d'une carrière bien remplie de journaliste, André Gorz ne pense qu'à Doreen, son épouse qui l'a soutenu dans l'ombre pendant près de 60 ans. Face à elle et au monde, il s'interroge avec délicatesse et avec pudeur sur les fondements secrets de son amour et sur sa continuité miraculeuse. Ici c'est l'amoureux et non le penseur politique qui parle et il s'agit ici d'une lettre d'amour qui ne peut nous laisser indifférent. Quand il a écrit ce texte, au printemps 2006, Gorz n'était pas certain de le publier, par discrétion, en outre il se demandait qui il pourrait intéresser. Au fil des pages, il constate avec mélancolie que Doreen n'a pas toujours été aimée comme elle l'aurait mérité.
« Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l'autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. » C'est la fin du livre.
Ce petit texte court et dépouillé est émouvant par sa sincérité et se lit d'une traite.
A l'heure où on peut se demander si l'amour pour l'autre peut s'inscrire durablement, André Gorz nous offre la plus belle des réponses.
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LesPetitesAnalyses
  13 avril 2020
A l'heure où le monde continue de tanguer sous nos yeux incrédules, il est permis de monter sur le pont de nos vies. En pleine tempête. Et de jeter un regard sur cette mer agitée. Sommes-nous perdu au milieu de l'océan à bord d'un bateau qui prend l'eau? A chercher, les yeux fermés, un moyen de colmater la faille qui a éventré la coque. A s'époumoner dans un effort incessant afin de faire sortir l'eau hors de notre embarcation. Ou peut-être, notre panique généralisée nous empêche de voir que nous sommes simplement dans une baignoire, à nous noyer dans trente centimètres d'eau ?
Notre manière d'aborder la vie, me fait parfois penser à ce dualisme. Tel le pharmakon de la Grèce antique, nous sommes à la fois notre remède et notre poison. Nous pouvons tout autant déployer des éclats de génie dans nos problèmes que torpiller nos solutions les plus simples. Sans s'en apercevoir, cette dualité régit la plupart des difficultés qui se dressent devant nous.
André Gorz a publié en 2006 Lettre à D. en l'honneur de sa femme, Dorine, qui était un exemple parfait d'une personne mettant son énergie et sa clairvoyance au coeur de l'instant présent. Elle qui vécu dans l'ombre d'un mari connu, était un socle indéfectible pour lui. Elle était la réalité même de ses idées théoriques. Nous apprenons, par exemple, qu'elle n'hésitait pas à jouer des coudes chez les éditeurs afin que son mari soit publié. Là où lui s'enfonçait dans ses pensées et son écriture, elle le ramenait les deux pieds sur terre par le simple fait d'être elle-même, c'est-à dire une femme qui vivait ses convictions à même sa chair sans se poser mille et une questions.
Leur histoire d'amour commence près de soixante ans avant cette fameuse lettre. En 1947. Dorine est cette séduisante britannique fraîchement débarquée en Europe et lui est ce jeune juif autrichien marqué au fer rouge par cette guerre qui vient de s'achever. Ils traverseront les décennies en portant leurs idées socialistes et écologistes à bout de bras. Avec ce court récit autobiographique André Gorz rend publique leur intimité sans que cela ne soit obscène et tente une réhabilitation de son épouse. Lui qui avait donné une image si peu reluisante d'elle dans son premier livre (Le traître) tente de rétablir la vérité.
Dans un souffle intarissable, l'écrivain-philosophe déclare sa flamme, comme au premier jour, à celle qu'il aime mais aussi à celle qui souffre puisque dans les dernières années de sa vie, elle dû faire face à une maladie incurable surmontée d'un cancer. Lorsqu'il entreprit d'écrire ce récit autobiographique, sans doute savait-il que la mort de Dorine n'était plus qu'une histoire de jours. Cette lettre d'amour est une prise de recul sur ce qu'ils ont fait ensemble et qu'ils regardent depuis le balcon de leur vieillesse. Cette rétrospective amoureuse semble avoir redonné une fluidité à l'écriture d'André Gorz. Un style dépouillé qui dit l'essentiel d'une relation avec pudeur. Oui, l'amour a cette force:
“ Tu t'étais unie, disais-tu, avec quelqu'un qui ne pouvait vivre sans écrire et tu savais que celui qui veut être écrivain a besoin de pouvoir s'isoler, de prendre des notes à toute heure du jour ou de la nuit ; que son travail sur le langage se poursuit bien après qu'il a posé le crayon, et peut prendre totalement possession de lui à l'improviste, au beau milieu d'un repas ou d'une conversation. “Si seulement je pouvais savoir ce qui se passe dans ta tête”, disais-tu parfois devant mes longs silences rêveurs. Mais tu le savais pour avoir toi-même passé par là : un flux de mots cherchant leur ordonnancement le plus cristallin ; des bribes de phrases continuellement remaniées ; … Aimer un écrivain, c'est aimer qu'il écrive, disais-tu. “Alors écrit ! ”
Cette oeuvre est aussi celle d'un écrivain qui a roulé sa bosse pendant des décennies. En même temps de passer en revue sa vie amoureuse, Gorz nous livre son vécu dans le monde de l'écriture. de journaliste à philosophe, il a toujours gardé un contact étroit avec la production littéraire. Un passage est, à ce titre, éclairant sur sa manière de voir l'après publication d'un livre:
“ Je n'ai jamais relu aucun des textes de moi qui étaient devenus des livres. Je déteste l'expression “mon livre” : j'y vois le propre d'une vanité par laquelle un sujet se pare des qualités que lui confèrent les autres. "
En définitive, Lettre à D. est un petit objet littéraire qui se lit rapidement. Il laisse son empreinte sur nos coeurs grâce à l'élégante plume de l'auteur mais surtout grâce à la confidence de la vie intime de deux personnes qui n'avaient pas l'habitude de se mettre sur le devant de la scène. de manière prémonitoire, André Gorz écrit dans cette lettre qu'il ne peut pas vivre sans elle. Une année plus tard la parution du livre, les deux amoureux se donnaient la mort.
Lien : https://lespetitesanalyses.c..
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kuroineko
  07 août 2017
Quel beau livre et quel vibrant hommage à la femme aimée. le premier paragraphe est sublime d'émotions.
Philosophe sartrien, journaliste à L'Express puis au Nouvel Obs, André Gorz est aussi auteur de plusieurs essais philosophiques. Dans cette lettre à sa femme, il revient surtout sur l'un d'eux, le Traître, dans lequel il avait injustement déprécié Dorine, trahi en quelque sorte leur relation. Il bat ici sa coulpe et retrace dans un style émouvant et poétique leur histoire d'amour. Il évoque leurs débuts, leurs débats, leurs années galère et tout le reste. Il restitue d'un ton juste tout ce qu'il lui doit, sa présence et son aide indéfectible quand lui s'abîmait totalement dans ses théories et processus d'écriture.
Le portrait qu'il brosse de son épouse nous la fait découvrir comme une femme d'une belle et grande humanité. A certains passages, je lui ai tiré mon chapeau d'avoir supporter les atermoiements existentialistes et silences qui excluent de son philosophe de mari.
Ce livre est très court et se lit dans un souffle. Il est cependant du genre à s'implanter durablement dans l'esprit du lecteur. Et quelle femme n'aimerait pas entendre dire par son aimé ce qu'André Gorz écrit en ouverture et en conclusion de sa lettre?
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AmandineMM
  26 septembre 2012
C'est amusant et assez intéressant de voir comment notre regard sur un livre peut changer, parfois du tout au tout, d'une lecture à l'autre. Dans le cas de cette Lettre à D., je me souviens l'avoir lu comme une magnifique déclaration d'amour il y a un an et demi. J'ai cru que je le lirais de la même façon dès les premières lignes :
Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien.
J'ai besoin de te redire simplement ces choses simples avant d'aborder les questions qui me taraudent. [p. 9]
La dernière phrase a finalement été la première d'un texte très différent de mes souvenirs. le ton d'André Gorz devient en effet moins « lyrique » et plus distancié lorsqu'il se lance dans le récit de son histoire d'amour avec D. Il a choisi d'écrire celle-ci pour réhabiliter en quelque sorte l'image de sa femme faussée dans son oeuvre précédente, notamment dans le traître. Il se demande pourquoi D., qui a tant compté dans sa vie, est si absente de ses textes. S'il ne répond pas à cette question, il tente en revanche de réparer cet oubli, tout en semblant tomber dans le même travers. On pourrait juger D. très absente de cette lettre où André Gorz parle encore tant de lui et de son oeuvre, mais elle s'y trouve d'après moi comme dans la vie de cet écrivain : entre les lignes, omniprésente bien qu'invisible. A travers le récit des faits marquants de leur vie commune, l'auteur prouve combien elle a compté pour lui, a été présente et l'a amené là où ils sont tous deux dans la vie. Sans elle, il n'aurait pas été celui qu'il est lorsqu'il écrit ces lignes. Sans elle, il n'aurait peut-être pas poursuivi ses projets littéraires et philosophiques avec tant de ténacité, n'aurait sans doute pas eu le même parcours professionnel.
Dans cette histoire d'un amour, André Gorz parle beaucoup de lui-même comme je le disais ci-dessus, ainsi que de son oeuvre : il laisse de temps à autre quelques réflexions sur le travail d'écriture, ses exigences et la difficulté pour quelqu'un de vivre avec un écriveur/écrivain. C'est la raison pour laquelle ce texte pourrait intéresser les lecteurs de cet auteur désireux d'en apprendre plus sur lui, sa façon d'aborder l'écriture. C'est un aspect que j'avais un peu négligé lors de ma première lecture et qui m'a frappée cette fois, tandis que je lisais davantage l'histoire de deux vies unies en une seule ou presque plutôt qu'une lettre à une femme.
Une très belle lettre à une femme aimée, qui ne tombe jamais dans le mièvre, et le témoignage d'une vie commune intense au point de refuser de la poursuivre seul.
Lien : http://minoualu.blogspot.be/..
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Citations et extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
Jean-DanielJean-Daniel   27 janvier 2018
Tu n’avais aucune place à toi dans le monde des adultes. Tu étais condamnée à être forte parce que tout ton univers était précaire. J’ai toujours senti ta force en même temps que ta fragilité sous-jacente. J’aimais ta fragilité surmontée, j’admirais ta force fragile. Nous étions l’un et l’autre des enfants de la précarité et du conflit. Nous étions faits pour nous protéger mutuellement contre l’une et l’autre. Nous avions besoin de créer ensemble, l’un par l’autre, la place dans le monde qui nous a été originellement déniée. Mais, pour cela, il fallait que notre amour soit aussi un pacte pour la vie.
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blanchenoirblanchenoir   06 janvier 2015
Nous avions beau être profondément dissemblables, je n'en sentais pas moins que quelque chose de fondamental nous était commun, une sorte de blessure originaire - tout à l'heure je parlais d'"expérience fondatrice" : l'expérience de l'insécurité. La nature de celle-ci n'était pas la même chez toi et chez moi. Peu importe : pour toi comme pour moi elle signifiait que nous n'avions pas dans le monde une place assurée. Nous n'aurons que celle que nous nous ferions. Nous avions à assumer notre autonomie et je découvrirai par la suite que tu y étais mieux préparée que moi.
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berni_29berni_29   05 juillet 2020
Tu viens juste d'avoir quatre-vingt-deux ans. Tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Récemment je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide dévorant que ne comble que ton corps serré contre le mien. La nuit je vois parfois la silhouette d'un homme qui, sur une route vide et dans un paysage désert, marche derrière un corbillard. Je suis cet homme. C'est toi que le corbillard emporte. Je ne veux pas assister à ta crémation ; je ne veux pas recevoir un bocal avec tes cendres. J'entends la voix de Kathleen Ferrier qui chante "Die Welt ist leer, Ich will nicht leben mehr" et je me réveille. Je guette ton souffle, ma main t'effleure. Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l'autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble.
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kuroinekokuroineko   07 août 2017
J'avais besoin de théorie pour structurer ma pensée et t'objectais qu'une pensée non structurée menace toujours de sombrer dans l'empirisme et l'insignifiance. Tu répondais que la théorie menace toujours de devenir un carcan qui interdit de percevoir la complexité mouvante du réel. (...) Tu n'avais pas eu besoin des sciences cognitives pour savoir que sans intuitions ni affects il n'y a ni intelligence ni sens. Tes jugements revendiquaient imperturbablement le fondement de leur certitude vécue, communicante mais non démontrable. L'autorité - appelons-la éthique - de ces jugements n'a pas besoin du débat pour s'imposer. Tandis que l'autorité du jugement théorique s'effondre s'il ne peut emporter la conviction par le débat.
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berni_29berni_29   05 juillet 2020
À l'époque, je n'ai pas cherché la réponse à cette question dans l'expérience que j'étais en train de vivre. Je n'ai pas découvert, comme je viens de le faire ici, quel était le socle de notre amour. Et que le fait d'être obsédé, à la fois douloureusement et délicieusement, par la coïncidence toujours promises et toujours évanescente du goût que nous avons de nos corps - et quand je dis corps je n'oublie pas que "l'âme est le corps" chez Merleau-Ponty aussi bien que chez Sartre - renvoie à des expériences fondatrices plongeant leurs racines dans l'enfance : à la découverte première, originaire, des émotions qu'une voix, une odeur, une couleur de peau, une façon de se mouvoir et d'être, qui seront pour toujours la norme idéale, peuvent faire résonner en moi. C'est cela : la passion amoureuse est une manière d'entrer en résonance avec l'autre, corps et âme, et avec lui ou elle seuls. Nous sommes en deçà et au-delà de la philosophie.
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