AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070358860
Éditeur : Gallimard (08/01/2009)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 184 notes)
Résumé :
" Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. " L'auteur du Traître revient avec cinquante ans de recul sur les années décisives de son histoire. Il restai... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
Jean-Daniel
  29 janvier 2018
En septembre 2007, André Gorz se suicide à l'âge de 84 ans avec sa femme Doreen, atteinte d'une maladie incurable. Quelques mois plus tôt, il s'était retourné sur sa vie, se rendant compte qu'il n'avait jamais écrit l'essentiel, sa relation avec sa femme, et avait mis de côté son costume de journaliste et d'essayiste pour lui écrire cette lettre.
André Gorz est un homme dévoré d'angoisse que seule apaise la présence de sa femme Doreen à ses côtés. Au soir d'une carrière bien remplie de journaliste, André Gorz ne pense qu'à Doreen, son épouse qui l'a soutenu dans l'ombre pendant près de 60 ans. Face à elle et au monde, il s'interroge avec délicatesse et avec pudeur sur les fondements secrets de son amour et sur sa continuité miraculeuse. Ici c'est l'amoureux et non le penseur politique qui parle et il s'agit ici d'une lettre d'amour qui ne peut nous laisser indifférent. Quand il a écrit ce texte, au printemps 2006, Gorz n'était pas certain de le publier, par discrétion, en outre il se demandait qui il pourrait intéresser. Au fil des pages, il constate avec mélancolie que Doreen n'a pas toujours été aimée comme elle l'aurait mérité.
« Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l'autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. » C'est la fin du livre.
Ce petit texte court et dépouillé est émouvant par sa sincérité et se lit d'une traite.
A l'heure où on peut se demander si l'amour pour l'autre peut s'inscrire durablement, André Gorz nous offre la plus belle des réponses.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          391
kuroineko
  07 août 2017
Quel beau livre et quel vibrant hommage à la femme aimée. le premier paragraphe est sublime d'émotions.
Philosophe sartrien, journaliste à L'Express puis au Nouvel Obs, André Gorz est aussi auteur de plusieurs essais philosophiques. Dans cette lettre à sa femme, il revient surtout sur l'un d'eux, le Traître, dans lequel il avait injustement déprécié Dorine, trahi en quelque sorte leur relation. Il bat ici sa coulpe et retrace dans un style émouvant et poétique leur histoire d'amour. Il évoque leurs débuts, leurs débats, leurs années galère et tout le reste. Il restitue d'un ton juste tout ce qu'il lui doit, sa présence et son aide indéfectible quand lui s'abîmait totalement dans ses théories et processus d'écriture.
Le portrait qu'il brosse de son épouse nous la fait découvrir comme une femme d'une belle et grande humanité. A certains passages, je lui ai tiré mon chapeau d'avoir supporter les atermoiements existentialistes et silences qui excluent de son philosophe de mari.
Ce livre est très court et se lit dans un souffle. Il est cependant du genre à s'implanter durablement dans l'esprit du lecteur. Et quelle femme n'aimerait pas entendre dire par son aimé ce qu'André Gorz écrit en ouverture et en conclusion de sa lettre?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
AmandineMM
  26 septembre 2012
C'est amusant et assez intéressant de voir comment notre regard sur un livre peut changer, parfois du tout au tout, d'une lecture à l'autre. Dans le cas de cette Lettre à D., je me souviens l'avoir lu comme une magnifique déclaration d'amour il y a un an et demi. J'ai cru que je le lirais de la même façon dès les premières lignes :
Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien.
J'ai besoin de te redire simplement ces choses simples avant d'aborder les questions qui me taraudent. [p. 9]
La dernière phrase a finalement été la première d'un texte très différent de mes souvenirs. le ton d'André Gorz devient en effet moins « lyrique » et plus distancié lorsqu'il se lance dans le récit de son histoire d'amour avec D. Il a choisi d'écrire celle-ci pour réhabiliter en quelque sorte l'image de sa femme faussée dans son oeuvre précédente, notamment dans le traître. Il se demande pourquoi D., qui a tant compté dans sa vie, est si absente de ses textes. S'il ne répond pas à cette question, il tente en revanche de réparer cet oubli, tout en semblant tomber dans le même travers. On pourrait juger D. très absente de cette lettre où André Gorz parle encore tant de lui et de son oeuvre, mais elle s'y trouve d'après moi comme dans la vie de cet écrivain : entre les lignes, omniprésente bien qu'invisible. A travers le récit des faits marquants de leur vie commune, l'auteur prouve combien elle a compté pour lui, a été présente et l'a amené là où ils sont tous deux dans la vie. Sans elle, il n'aurait pas été celui qu'il est lorsqu'il écrit ces lignes. Sans elle, il n'aurait peut-être pas poursuivi ses projets littéraires et philosophiques avec tant de ténacité, n'aurait sans doute pas eu le même parcours professionnel.
Dans cette histoire d'un amour, André Gorz parle beaucoup de lui-même comme je le disais ci-dessus, ainsi que de son oeuvre : il laisse de temps à autre quelques réflexions sur le travail d'écriture, ses exigences et la difficulté pour quelqu'un de vivre avec un écriveur/écrivain. C'est la raison pour laquelle ce texte pourrait intéresser les lecteurs de cet auteur désireux d'en apprendre plus sur lui, sa façon d'aborder l'écriture. C'est un aspect que j'avais un peu négligé lors de ma première lecture et qui m'a frappée cette fois, tandis que je lisais davantage l'histoire de deux vies unies en une seule ou presque plutôt qu'une lettre à une femme.
Une très belle lettre à une femme aimée, qui ne tombe jamais dans le mièvre, et le témoignage d'une vie commune intense au point de refuser de la poursuivre seul.
Lien : http://minoualu.blogspot.be/..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          181
AmandineMM
  28 janvier 2012
Une déclaration d'amour absolument sublime et une analyse de soi-même très lucide, sans complaisance. J'ai particulièrement aimé la fin de cette lettre, très émouvante.
Il s'agit de sa "dernière" lettre à sa femme, malade et mourante, pour raconter leur histoire, leur amour, et lui dire une dernière fois à quel point il l'a aimée et l'aime.
"Tu m'as donné toute ta vie et tout de toi ; j'aimerais pouvoir te donner tout de moi pendant le temps qu'il nous reste.
Tu viens juste d'avoir quatre-vingt-deux ans. Tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Récemment je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide dévorant que ne comble que ton corps contre le mien."
Commenter  J’apprécie          180
Apoapo
  26 avril 2019
Cette plaquette est le testament spirituel d'André Gorz adressé à sa femme Dorine la veille de leur suicide « main dans la main », commis lors du stade terminal d'une maladie inguérissable de Dorine dans sa quatre-vingt deuxième année, afin de ne pas survivre à son décès. Ce texte a été analysé par Patrick Viveret, dans l'ouvrage : André Gorz, un penseur pour le XXIe siècle, que je viens de terminer, comme un message d'envergure beaucoup plus vaste, nous invitant à repenser aux « enjeux émotionnels de la transformation sociale ». Il est évident que, dans l'engagement politique d'une pensée militante telle que celle du philosophe d'origine juive autrichienne, l'émotivité d'une relation conjugale – de la sienne, qui plus est – ne semble pas avoir beaucoup de place. Les émotions, en général, y sont moins traitées que, par exemple, dans l'oeuvre de Raoul Vaneigem. Par conséquent, cette oeuvre ultime vient opportunément compenser cette absence, et donnant une importance tout à fait prioritaire à la fois à la circonstance autobiographique – son histoire d'amour – et à la place de l'émotivité dans sa pensée. Mais il y a là davantage. le premier ouvrage publié par Gorz est le Traître (1958). C'est un livre autobiographique, qui se veut une auto-analyse du processus réflexif de l'auteur, saisi « en cours » : l'on sait que, grâce aussi à une Préface extrêmement élogieuse par Sartre, il eut une grande fortune et l'auteur lui dut sa consécration dans l'aréopage des intellectuels français et sa profession de journaliste et auteur. Or, malgré la dédicace privée et manuscrite à sa femme, dans le texte publié, le personnage féminin nommée Kay occupe une place dérisoire et, pis, elle est « défigurée, humilié » ; les bribes autobiographiques sur la relation de couple et le mariage apparaissent délibérément manipulées jusqu'à la pure falsification. L'auteur y note : « N'est-il pas évident que je parlais de Kay comme d'une faiblesse et sur un ton d'excuse, comme s'il fallait s'excuser de vivre ? » (cit. p. 52) et, l'on peut dire, à un premier niveau, que ce testament spirituel constitue entièrement une autocritique qui peut se résumer à cet aveu : « Je ne m'aimais pas de t'aimer » (p. 58). Peut-être cette circonstance suffit-elle à elle seule à expliquer le titre...
Les biographies de penseurs et d'hommes de lettres sont pleines d'histoires d'épouses qui semblent n'avoir eu de vocation que de faciliter l'éclosion de celle de leur conjoint : c'est certainement le cas de Dorine, épouse de Gerhard, collaboratrice précieuse dans tous les aspects de sa vie professionnelle, dans ses relations sociales et dans sa création intellectuelle.
Mais si nous dépassons les aspects biographiques et même la probable raison de minoration de l'émotionnel dans l'auto-perception du devoir-être d'un philosophe, et surtout d'un philosophe politique, il reste encore un aspect encore plus fondamental. Dans le fond de la pensée gorzienne, une pensée de critique du travail, du capitalisme, de l'hétéronomie, et promotrice de l'autonomie, de la réalisation de soi, de la sphère privée comme antidote de l'aliénation du social, il est évident que la conjugalité elle-même acquiert une importance prioritaire. Dès lors, était-ce de la pudeur que d'occulter dans ses écrits cette expérience personnelle, voire de la défigurer ; était-ce le signe de relations compliquées avec soi-même, surtout avec sa propre réalité (cf. cit.), que d'exposer dans ses écrits même autobiographiques cette part de son véritable vécu – une problématique qui s'estompe au moment du trépas – ; ou bien l'auteur éprouvait-il une certaine crainte que, si l'on rétorquait la nature exceptionnelle et non généralisable de sa propre expérience amoureuse, son système intellectuel tout entier en serait affaibli ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          62
Citations et extraits (81) Voir plus Ajouter une citation
Jean-DanielJean-Daniel   27 janvier 2018
Tu n’avais aucune place à toi dans le monde des adultes. Tu étais condamnée à être forte parce que tout ton univers était précaire. J’ai toujours senti ta force en même temps que ta fragilité sous-jacente. J’aimais ta fragilité surmontée, j’admirais ta force fragile. Nous étions l’un et l’autre des enfants de la précarité et du conflit. Nous étions faits pour nous protéger mutuellement contre l’une et l’autre. Nous avions besoin de créer ensemble, l’un par l’autre, la place dans le monde qui nous a été originellement déniée. Mais, pour cela, il fallait que notre amour soit aussi un pacte pour la vie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          220
blanchenoirblanchenoir   06 janvier 2015
Nous avions beau être profondément dissemblables, je n'en sentais pas moins que quelque chose de fondamental nous était commun, une sorte de blessure originaire - tout à l'heure je parlais d'"expérience fondatrice" : l'expérience de l'insécurité. La nature de celle-ci n'était pas la même chez toi et chez moi. Peu importe : pour toi comme pour moi elle signifiait que nous n'avions pas dans le monde une place assurée. Nous n'aurons que celle que nous nous ferions. Nous avions à assumer notre autonomie et je découvrirai par la suite que tu y étais mieux préparée que moi.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
kuroinekokuroineko   07 août 2017
J'avais besoin de théorie pour structurer ma pensée et t'objectais qu'une pensée non structurée menace toujours de sombrer dans l'empirisme et l'insignifiance. Tu répondais que la théorie menace toujours de devenir un carcan qui interdit de percevoir la complexité mouvante du réel. (...) Tu n'avais pas eu besoin des sciences cognitives pour savoir que sans intuitions ni affects il n'y a ni intelligence ni sens. Tes jugements revendiquaient imperturbablement le fondement de leur certitude vécue, communicante mais non démontrable. L'autorité - appelons-la éthique - de ces jugements n'a pas besoin du débat pour s'imposer. Tandis que l'autorité du jugement théorique s'effondre s'il ne peut emporter la conviction par le débat.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
blanchenoirblanchenoir   06 janvier 2015
Avec toi j'étais ailleurs, en un lieu étranger; étranger à moi-même. Tu m'offrais l'accès à une dimension d'altérité supplémentaire, -à moi qui ai toujours rejeté toute identité et ajouté les unes aux autres des identités dont aucune n'était la mienne.
Commenter  J’apprécie          240
irreguliereirreguliere   30 avril 2010
Mais rien de tout cela ne peut rendre compte du lien invisible par lequel nous nous sommes sentis unis dès le début. Nous avions beau être profondément dissemblables, je n'en sentais pas moins que quelque chose de fondamental nous était commun, une sorte de blessure originaire - tout à l'heure je parlais d'"expérience fondatrice
Commenter  J’apprécie          130
Videos de André Gorz (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de André Gorz
"Andre Gorz" film by Marian Handwerker. part 1
autres livres classés : lettreVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
832 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre
.. ..