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EAN : 9782253005704
Le Livre de Poche (01/01/1967)
4.09/5   28 notes
Résumé :

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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
glegat
  11 mai 2020
Comment choisir un nouveau livre ? Comment profiter de ce moment privilégié où l'on est confronté à un choix entre deux bouquins, deux univers, comme à la croisée d'un chemin. C'est un moment de flottement où l'on reste comme suspendu entre le souvenir d'une agréable lecture et la perspective de découvrir un nouveau monde. Un temps que j'aime parfois prolonger un peu pour m'informer sur l'auteur et le thème du prochain livre; assez pour me donner envie de le lire et pas trop pour ne pas perdre le plaisir de la découverte. le choix est orienté par mes lectures précédentes, si je viens de lire un épais ouvrage, le suivant sera plus mince; s'il s'agissait d'un essai exigeant de la concentration j'opte pour un roman ou un texte sur un sujet divertissant (et réciproquement), j'alterne ainsi les saveurs comme dans un menu bien composé, sans m'interdire de goûter au même plat deux fois consécutives. Souvent je suis guidé, du moins dans un premier temps, par l'aspect matériel du livre, sa couverture, son esthétique.
 Ainsi, j'ai jeté mon dévolu sur un livre d'Elisabeth Goudge paru en 1966 dans la collection du livre de poche. L'ancienneté et la simplicité confèrent à certains livres une sorte de beauté modeste. C'est le cas des livres de poche en général et de cette édition en particulier. L'image de couverture est d'un charme surrané, les tranches du livre sont impeccables, teintée vert citron (j'ai vérifié sur un nuancier), la tranche supérieure est légèrement insolée et témoigne d'une vie exposée. L'intérieur est frais, le papier, malgré son âge avancé, a conservé sa souplesse. La typographie me convient, la police de caractères n'est ni trop grande ni trop petite. Il me reste à lire les premières lignes pour me décider complètement, car ce que j'ai pu apprendre sur l'histoire, l'auteure et son style m'a déjà placé sous un vent favorable. Je largue les amarres et j'entame mon périple.
 La lecture des quatre premières pages me conforte dans mon choix. le courant m'emporte, j'entends la petite musique de l'auteure qui m'attire comme un chant de sirènes, mais je ne sais pas encore quelle sera la destination, c'est ce qui fait le piment de l'aventure !
***
 Enfin, après trois jours d'une croisière ponctuée de petites escales, je suis en mesure de vous résumer mon voyage.
 Quelques mots sur l'auteure :
Elisabeth Goudge (1900-1984) est née en Angleterre, dans la petite ville de Wells, à une époque ou les moyens de locomotion sont encore en majorité des voitures hippomobiles. Ne sachant pas quoi faire pour gagner sa vie et n'ayant pas le charme et la beauté pour attirer un mari, elle décide de commencer une carrière d'enseignante en arts appliqués. Elle exercera cette activité à Ely puis à Oxford lorsque son père sera promu professeur de divinité puis de théologie. Dans sa jeunesse elle a beaucoup lu : Waverly, Dickens, Thackeray, Trollope, Brontë et Jane Austen, ces lectures ont aiguisé son envie d'écrire. Elle se découvre une âme de romancière.
 Son premier livre publié en 1919 est un échec, il faudra attendre 1934 pour qu'elle obtienne un premier succès avec "Island Magic". Enfant unique, elle sera préoccupée toute sa vie par les problèmes de santé de ses parents qu'elle ne quittera jamais, cette anxiété se traduira par une période dépressive. En 1944, avertie qu'elle ne pourrait publier son roman "Le Dauphin vert" à cause d'une pénurie de papier, elle l'envoie à son éditeur américain. Peu de temps après elle apprend qu'elle a remporté un prix de 125 000 dollards attribué par la MGM. le film inspiré de ce livre sera une grande réussite et contribuera à sa renommée. En 1946 elle publie "Le petit cheval blanc" un roman pour enfants qui obtiendra un succès exceptionnel au Royaume-Uni. Ses oeuvres comptent quarante-six titres dont certains ont été traduits en plusieurs langues.
 Après avoir été l'un des écrivains du XXe siècle les plus lus en Europe et dans le monde, elle est aujourd'hui retombée dans l'oubli. Je n'ai pas trouvé une seule biographie d'Elisabeth Goudge en langue française, toutefois quelques-unes de ses plus belles oeuvres ont fait l'objet de publications récentes aux éditions Phebus libretto, notamment : "Le pays du Dauphin vert" et "L'arche dans la tempête".
Elisabeth Goudge semble avoir mené une vie quasi monastique tournée vers les autres, à la recherche de la paix de l'esprit et de l'âme. On retrouve dans ses livres l'obsession du salut, de la rédemption et du rejet de la vie égoïste tournée vers soi. Elle montrera une très grande force de caractère pour maintenir un parcours irréprochable du point de vue des enseignements du christianisme. On voit sur ses photos qu'il s'agissait d'une femme frêle à l'allure modeste mais l'expression de son visage dégage une grande énergie. Elle menait une vie simple consacrée en grande partie à l'écriture.
 Dans les années 1970 elle est atteinte d'arthrose, elle fait une mauvaise chute en 1978 et se trouve hospitalisée. Sa santé se dégrade peu à peu et en 1983 une cataracte l'empêche de poursuivre son travail d'écriture. Après une nouvelle chute elle décède chez elle, quelques semaines avant son 84e anniversaire.
 Peu de romanciers ont montré une telle foi dans la bonté de la nature humaine. Son style et ses histoires sont marqués par sa personnalité à part. Sa manière d'écrire est unique et il se dégage de ses romans une élégance désuète et raffinée. Elle a su transposer dans ses textes la paix intérieure qui était la sienne. Ses descriptions de la nature et des évènements de la vie de tous les jours, ses portraits d'enfants ou de personnes âgées, la finesse d'analyse de ces personnages, le sens du merveilleux, sa bienveillance, le mystère dont elle entoure les objets, en particulier les maisons et les villes auxquels elles prêtent une sorte de présence et d'intentionnalité, tout cela donne un ton particulier à ses écrits et m'a fait découvrir un univers où l'on voit le monde tel qu'il est, parfois dure et injuste, mais jamais sans espérance.
"La cité des cloches" :
 Jocelyn, fils de bonne famille revient de la guerre des Boers estropié d'une jambe, que va-t-il pouvoir faire de retour au pays ? Afin de débarrasser la famille de sa présence, il décide de revenir à Torminster chez son grand-père, le chanoine Fordyce. Ses grands-parents élèvent son jeune cousin, Hugue antoine et une très jeune fille au passé mystérieux qu'ils ont adopté; Henriette. Jocelyn est accueilli chaleureusement par son grand-père qui lui propose de rester un an s'il le souhaite, le temps de retrouver ses esprits et de concevoir un projet de vie. Jocelyn s'installe dans une chambre qui ressemble à une cellule de moine, puis il fait le tour de la ville et s'intéresse à une maison inoccupée. Il apprend qu'elle appartient à Gabriel Ferranti, un jeune poète tourmenté qui, après s'être lié d'amitié avec Henriette et le grand-père de Jocelyn, a quitté la ville sans donner de ses nouvelles. À Torminster certains pensent qu'il était dépressif et qu'il s'est suicidé. Jocelyn fait aussi la connaissance d'une jeune actrice : Félicité Summers. Peu à peu, il apprend l'histoire de Ferranti et s'y intéresse de plus en plus ainsi qu'à sa maison qui semble receler des secrets. Il est aidé dans ses recherches par Henriette et Félicité. Cette quête sera riches en rebondissement, l'intrigue est parfaitement menée, la construction du récit est très intelligente et l'auteure nous fait découvrir par petites touches chacun des personnages, des lieux et des évènements qui ont une importance dans l'histoire. Chaque chapitre est découpé en plusieurs parties assez homogènes. Dans chacune d'elles l'auteure relate des évènements qui peuvent sembler de peu d'importance : un dîner de famille, une visite à la maison de Ferranti, une conversation entre Jocelyn et grand-père, un goûter chez Félicité, les préparatifs de la fête de noël et la décoration de la cathédrale, l'atmosphère de Torminster "humide et déprimant", la pluie… Mais, de ce quotidien Elisabeth Goudge fait ressortir un aspect fantastique. Peu à peu je me suis senti comme envoûté par cette ambiance pleine de mystère et par l'élégance de l'écriture. Les informations et les détails se succèdent et forment une trame solide. On s'aperçoit bientôt que chaque élément à son importance. Un style simple, sans emphase mais d'une très grande beauté et sans pareil.
 Cette lecture m'a plongé dans une rêverie heureuse et j'ai découvert une très grande romancière qui par certains aspects me fait penser à Émilie Brontë et à Jane Austen. le souvenir de cette lecture m'accompagnera longtemps, et j'ai hâte de découvrir ses autres romans.
Bibliographie :
- "La cité des cloches", Elisabeth Goudge, Plon, le livre de poche (1966), 435 pages.
Adaptations au cinéma :
- "Le Pays du dauphin vert" (Green Dolphin Street) est un film américain réalisé par Victor Saville, sorti en 1947, d'après le roman Green Dolphin Country de Elizabeth Goudge.
- "Le Secret de Moonacre" (The Secret of Moonacre) est un film de fantasy, réalisé par Gábor Csupó, sorti en 2008. Il est adapté du roman le Cheval d'argent d'Elizabeth Goudge, sorti en 1946.
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mireille
  08 avril 2022
Je m'engouffre dans La Cité des Cloches d'Elizabeth Goudge. Les premières pages me ravissent. Quel délicieux ouvrage ! Lisant accompagnée par les notes romantiques et apaisantes d'un Chopin, d'un Mendelsohn, envoûtantes et entraînantes d'un Bach, je ne peux résister d'introduire ce passage de la page 175 concernant Jocelyn, personnage principal, qui me correspond tout à fait, compte tenu du contexte actuel :
« Presque aussitôt son humeur maussade s'évanouit et il se plongea dans une rêverie heureuse. Tandis qu'il commençait à parcourir le livre, la poésie des premières scènes chanta dans son esprit, comme si ses yeux errants sur la page avaient été des doigts glissant sur un clavier. » p. 175
Un trésor que j'avais dans la bibliothèque de mes parents, puis de la mienne, par héritage, depuis mes 4 ans, soit 63 années et que je n'avais jamais ouvert. Seulement placé, replacé au gré des divers aménagements des étagères, passant du salon à la chambre, après une escale dans le bureau, le nombre des livres croissant. Mieux vaut tard que jamais, me direz-vous. Enfin, c'est fait, grâce à Babelio et au Challenge Solidaire. Je n'ai pas envie de le lâcher.
Avec Jocelyn, rescapé de la guerre des Boers, au début du 20e siècle, mais resté handicapé d'une jambe, nous découvrons la vie tranquille d'une petite ville de la campagne anglaise, Torminster, où vivent ses grands-parents qui l'accueillent. Il y retrouve son cousin Hugues Antoine, orphelin recueilli également, ainsi qu'une fillette, Henriette, adoptée pour « tenir compagnie » au jeune garçon. Sans savoir comment il va occuper son avenir, une rumeur vite éparpillée parmi le bourg va le conduire à réaliser un rêve dont il n'avait pas réellement conscience : devenir libraire, en faisant l'acquisition d'une jolie petite maison abandonnée, et sans égouts.
Le locataire précédent, Gabriel Ferranti, s'est volatilisé sans laisser de traces, à part quelques papiers récupérés par Madame Jameson. C'était un poète italien, très solitaire, dont les seuls amis acceptés par lui, étaient Henriette et Grand-Père. Grand-Père a donné pour mission à Jocelyn de découvrir qui était Ferranti. Félicité, jeune actrice, vit entre Torminster, chez sa marraine, Madame Jameson, et Londres. Devant repartir à Londres, pour une pièce, elle rappelle à Jocelyn, amoureux de la jeune fille, la mission dont son grand-père l'a chargé.
Son travail de libraire lui plait et l'occupe bien. Un soir, plongé dans Hamlet, ouvrage ayant appartenu à Ferranti, il découvre certains passages soulignés par ce dernier. Cela décide Jocelyn à découvrir qui était le poète. Il se rend, très tard, chez Madame Jameson, pour espérer sauver les papiers du poète, du feu auquel ils étaient destinés par la vieille dame. Malheureusement beaucoup ont déjà disparu dans les flammes. Il en sauve quelques-uns, dont un long poème manuscrit. Jocelyn, arrive peu à peu, avec difficulté, à le déchiffrer, et complète les parties manquantes.
Petit à petit, il ébauche des hypothèses concernant Ferranti qui se confirment quand le manuscrit terminé sera monté et joué par la troupe où Félicité évolue et qui aura le rôle féminin.
Mes premières impressions sur ce roman se confirment, sa lecture terminée. Je ne veux pas paraphraser Legat, un autre lecteur Babelio de la Cité des Cloches, car il a tout dit.
Par contre, la traduction du roman ne me paraît par très judicieuse, parfois, par exemple à la page 168 avec le texte suivant :
- Si la pièce fait un four, ce qui est certain parce qu'elle est intelligente et belle, je serai de retour à Noël.
Définition de « faire un four » : "subir un échec complet et retentissant". le Larousse précise que cette expression est surtout utilisée en parlant d'une oeuvre théâtrale ou littéraire.
Je consulterai le texte anglais pour vérifier.
Dans tous les cas, je lirai d'autres ouvrages d'Elizabeth Goudge.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
BrigidaBrigida   19 mai 2015
Je crois que cela durera, répondit Grand-Pere. J'ai remarqué que, lorsque les gens ont commencé à lire, ils continuent. Ils commencent parce qu'ils s'y croient obligés, mais ils continuent parce que cela leur plaît. Oui. Ils s'aperçoivent que cela élargit leur vie. Nous sommes tous affamés de vie, et la brièveté de notre existence ne peut nous apporter tout ce que nous souhaitons, car le temps est trop court et nos facultés trop faibles. Mais dans les livres, nous goûtons la vie par procuration. P 154
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mireillemireille   04 avril 2022
Mais l’événement le plus palpitant fut l’arrivée des livres. Il y avait des ouvrages d’occasion pour la bibliothèque circulante et des volumes tout battant neufs pour la vente, dans des reliures rouges, bleues, vertes, violettes et noires, titrés en lettres d’or et parfois dorés sur tranches, en sorte que le livre refermé semblait un coffret d’or enfermant les paroles de la sagesse.
Jocelyn, Félicité, Grand-Père et les deux enfants les déballaient et les rangeaient. Jocelyn et Félicité ouvraient les colis et assortissaient les livres ; Henriette et Hugues Antoine faisaient la navette du comptoir aux rayons pour porter les volumes à leur place. Grand-Père les aidait dans cette tâche, mais il ne rangeait guère qu’un livre toutes les demi-heures, parce qu’il le feuilletait et le parcourait plus d’à moitié avant de s’en séparer.
Vers le milieu de l’après-midi, il s’arrêta court, debout au milieu de la boutique, tenant d’une main Orgueil et Préjugés et de l’autre Les Hauts de Hurlevent, et entama un sermon sur la profession de libraire.
- C’est la vocation la plus sociable qui soit, dit-il.
p. 135-136
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mireillemireille   04 avril 2022
Le libraire, reprit Grand-Père, est le lien qui unit un esprit à un autre esprit ; il nourrit les affamés, et souvent même il panse les blessés. Voyez-le, ce libraire, entouré des milliers d’esprits si joliment enfermés dans leurs reliures : esprits courageux, épris de beauté, vigoureux, sages – esprits de toute sorte et de toute condition. Voici d’autres esprits qui entrent, affamés de beauté, de science, de vérité, d’amour ; et du meilleur de son pouvoir il leur donne à tous satisfaction. Oui, c’est une belle vocation. p. 136
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mireillemireille   05 avril 2022
Quand l’artiste, qu’il soit poète ou peintre, a exprimé le sens caché d’une chose, il a rendu l’essentiel du sujet, et, ce faisant, il a créé un chef-d’œuvre. Assurément les chefs-d’œuvre sont instructifs. Et certainement ils ne sont jamais ennuyeux, sans quoi, Anatole France nous le rappelle, leurs ailes ne les auraient pas portés jusqu’à nous à travers les siècles. p. 163-164
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