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EAN : 9781092016193
Jigal (15/05/2014)
3.76/5   23 notes
Résumé :
Lorsqu’un soir d’hiver 2013, Samia frappe à la porte de la Varune, Clovis se doute très vite qu’elle a besoin de son aide… Samia, Clovis l’a rencontrée en 82, alors qu’il était encore correspondant de guerre. Avec son ami François, ils avaient sorti la jeune Palestinienne des massacres de Sabra et Chatila…
Depuis, elle lui a préféré François, mais Clovis n’avait jamais rien pu lui refuser. Et justement, François a disparu. Il a quitté sa paisible retrai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Eskalion
  26 octobre 2014
Quand vous entamez un roman de Maurice Gouiran , vous savez avant même de connaitre la teneur de ce qu'il va vous raconter, que vous vous apprêtez en sa compagnie, à faire un détours par les méandres boueux de l'histoire des Hommes.
Dans « l'hiver des enfants volés » on retrouve des personnages récurrents de son oeuvre , en l'occurrence Clovis et Samia.
Quand elle vient le voir à l'improviste à La Vérune , là où il vit à Marseille, Clovis voit les souvenirs remonter à la surface et son coeur s'enflammer à nouveau pour celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer.
Car Clovis et Samia, c'est une très longue histoire qui plonge ses racines dans le fracas des bombes et la barbarie des hommes. C'était le Liban, c'était en 1982. Israël avait envahit le pays du cèdre et avait contraint le leader palestinien et ses hommes à s'exiler. Laissée sans défense la population palestinienne allait alors subir la folie meurtrière des phalanges chrétiennes qui massacrèrent sans distinction hommes , femmes et enfants avec la complicité bienveillante des israéliens. C'était Chabra, c'était Chatila.
C'est au milieu de ce carnage que Clovis et François ,alors journalistes tous les deux et couvrant les évènements du Proche-Orient, trouvèrent au milieu de ce chaos indescriptible où la mort venait de déployer ses ailes , une jeune femme terrorisée, rescapée du massacre et belle comme un lever de soleil. Samia.
Ils ne devaient plus se quitter , Samia rentrant avec eux en France. C'est avec François qu'elle choisit de faire sa vie, à Niort, tandis que Clovis resté à Marseille tut à jamais l'amour qu'il lui portait depuis le premier jour. Reste l'amitié , indéfectible .
Aujourd'hui si elle vient le solliciter, c'est parce que François a disparu. A la retraite celui-ci continuait de faire quelques piges pour des journaux, histoire de ne pas rompre totalement le lien avec l'univers qui fut le sien pendant des années. C'est pour l'un d'entre eux qu'il est parti en Espagne enquêter sur un scandale qui était en train de défrayer la chronique de l'autre côté des Pyrénées .
Pour son ami, pour Samia, Clovis va reprendre à son compte l'enquête et partir sur les traces de François, direction Barcelone.
Là bas , il va très vite s'intéresser à une maternité mise en cause dans une des plus glauques et des plus ignobles pratiques du pouvoir franquiste. Celle qui a consisté à enlever des bébés à de jeunes mères en leur faisant croire que leur enfant n'avait pas survécu après l'accouchement, pour les offrir moyennant finances, à des notables proche du pouvoir.
Si ce scandale a fini par éclater au grand jour, provoquant une onde de choque énorme dans la société espagnole, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, et on ne remue pas impunément la boue sans risquer sa peau. Surtout au moment où le Vatican s'apprête à canoniser la religieuse qui pendant longtemps est restée à la tête de cette sinistre institution. Et la menace ne tardera pas à poindre.
Difficile dans ces conditions d'assurer ses arrières, de remonter la piste de son ami sans savoir si l'on va le retrouver mort ou vif, et s'efforcer qui plus est de comprendre le sens de cette quête personnelle que ce dernier semble avoir entamé depuis plusieurs années, et qui dépasse les investigations pour lesquelles il avait pris le chemin de l'Espagne. Cette enquête sera pour Clovis un véritable chemin de croix.
Le dernier roman de Maurice Gouiran est assurément un très bon millésime ! Voilà un écrivain qui marie parfaitement le fait historique à l'intrigue et au suspens. C'est un auteur qui fait oeuvre de témoignage.
Car l'écrivain aime à souffler sur la salpêtre de la mémoire. A creuser sous cette pellicule d'oubli et d'indifférence qui s'est accumulé au fil du temps et qui paralyse le souvenir. Il n'a de cesse dans ses romans de mettre en face de ses lecteurs des vérités qui dérangent, qui interpellent et qui appellent à la vigilance. Car la démocratie est un château de sable qui peut du jour au lendemain s'envoler brutalement sous le coup d'une rafale un peu violente du vent de l'histoire.
Avant- hier la guerre d'Espagne, ses charniers et sa » Retirada », hier la dictature argentine ,ses folles de mai et ses desaperecidos, et aujourd'hui le régime franquiste et ses funestes maternités.
Mais Maurice Gouiran ce n'est pas seulement cette faculté à faire revivre l'histoire, c'est aussi celle d'emmener son lecteur en ballade dans les villes où se déroulent l'action de son roman. Les quartiers populaires de Barcelone, les terrasses de café et les petits resto catalans où vibre l'âme de cette ville nourrie au soleil méditerranéen. Et dans le reflet du port de Barcelone, celui de Marseille, cité omni- présente dans le coeur de Clovis.
Maurice Gouiran c'est tout ca. La force d'une vérité, aussi sombre soit elle qu'il ne cesse de ramener aux hommes à chacun de ses ouvrages, et la poésie de son écriture autour de ses personnages et du monde qu'il parcourt, comme autant d'hymnes à la vie et à l'amour face à la barbarie des hommes.
Un écrivain humaniste dont il serait dommage de passer à côté.
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austen
  21 juin 2016
Avant que j'oublie (ça arrive, dans le feu de l'action, enfin de l'écriture…), un grand merci à Babelio et aux éditions Jigal, de Marseille, pour « l'hiver des enfants volés » de Maurice Gouiran .
L'histoire commence avec la visite de la belle Samia à Clovis, journaliste plus ou moins retiré dans le massif de la Nerthe. Samia et Clovis se sont connus une trentaine d'années auparavant, quand Clovis et son ami François, alors journalistes de guerre, avaient réussi à aider Samia à survivre aux massacres des camps de Sabra et Chatila.
Alors qu'il ne se sont pas vus depuis des années, Samia demande à Clovis de partir à la recherche de celui qu'elle a épousé : François. Celui-ci est parti en Espagne, enquêter sur une histoire d'enfants volés dans les années 80, et qui aurait des ramifications encore aujourd'hui. Or depuis plusieurs jours Samia est sans nouvelles de François et elle s'inquiète.
A partir de l'enquête que mène Clovis sur les traces de François, à Barcelone, puis à Madrid, nous abordons un aspect dramatique de l'histoire espagnole : des enfants, souvent issus de familles pauvres, et/ou communistes, étaient volés à leurs parents pour être confiés à des familles bourgeoises et bien-pensantes.
Ce trafic était à l'origine organisé par l'État espagnol sous la dictature franquiste pour des motifs idéologiques ; il fallait sauver ces enfants de l'influence débilitante du marxisme. Il a été perpétué jusque dans les années 80, voire plus, pour des motifs plus bassement matériels, avec la complicité de l'Église catholique, ainsi que de médecins, gynécologues, infirmières…
J'avoue que j'avais bien entendu parler de ce scandale, mais je n'avais pas vraiment saisi l'ampleur du problème : ce sont des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers d'enfants qui ont été victimes de ces rapts. En 2016, il y a encore des gens en Espagne qui cherchent, qui leur enfant perdu, qui leurs parents biologiques.
De plus, ainsi que Clovis et François l'apprendront à leurs dépens, l'histoire n'est pas réellement terminée. Les responsables de ce trafic sont encore bien souvent au pouvoir dans les années 2000, et ils font tout, jusqu'au meurtre dans le roman(??), pour empêcher la vérité d'éclater.
Parallèlement à cette enquête espagnole, Clovis tombe sur le journal intime de François qui lui aussi était à la recherche de ses parents biologiques.
Là l'histoire prend un tournant encore plus terrible : sa quête le mène à la période de la 2nde guerre mondiale et du nazisme. le principe de la purification ethnique est alors poussé à son extrême, et François apprend des choses vraiment dures sur ses origines… Tout comme la lectrice, j'allais dire innocente, disons ignorante, que je suis.
En suivant Clovis, Samia et François, je suis entrée dans les zones sombres de certaines périodes troublées de l'histoire et j'ai appris… beaucoup.
Par exemple, l'histoire de Samia, bien qu'effleurée, ramène à la surface des évènements horrifiques, que j'avais bannis de ma mémoire, et dont je ne connaissais pas les tenants.
Du coup, j'ai fait plein de recherches sur internet (vive le net, on faisait comment avant ???) : c'est la première fois qu'un roman me fait cet effet. Après la lecture de « l'hiver des enfants volés », j'ai lu des articles de journaux, des monographies et des textes historiques, et à mon avis, je ne serai pas la seule.
Maurice Gouiran prend le prétexte du polar pour nous raconter, en romançant quelquefois à peine, des pans oubliés, peut-être même tabous, de l'histoire récente.
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alaiseblaise
  12 mars 2015
« Même s'il fait référence à des événements historiques, ce roman est une fiction. »
Gouiran nous plonge dans le scandale des bébés volés du franquisme.
“Veiller sur toutes les femmes qui ont fait un faux pas et souhaitent retrouver leur dignité”, qu'ils disaient les fachos de Franco avec la complicité de l'Eglise espagnole. Quand le sabre et le goupillon se donne la main.
Purifier la race, rééduquer la mauvaise graine, le fameux gène « rouge » et confier les bébés volés à des familles proches du régime, à l'aristocratie espagnole.
« Les relations intimes existant entre le marxisme et l'infériorité mentale sont évidentes et concluent, sur base de ce postulat, que la mise à l'écart des sujets, dès l'enfance, pourrait affranchir la société de cette idéologie… »
Dr Antonio Vallejo Nágera, médecin psychiatre et franquiste.
Franco et ses sbires, l'Eglise, ses soeurs et ses curés mains dans la main, copains-copains comme « cochons ».
Retenez bien ça, cher lecteur, la glaive et la croix complices de crimes contre l'humanité.
L'Inquisition, Les Croisades, la Guerre d'Espagne, les massacres au Liban, la dictature en Argentine, les tueries du Rwanda, j'en passe et des bien pires…
Clovis, journaliste sans frontière, coule une retraite paisible.
Quand Samia frappe à sa porte : son ami François a disparu.
« Elle avait défait son manteau et pris place sur le canapé de cuir défoncé, là même où j'avais fait l'amour à des filles que je n'avais jamais vraiment aimées. Tandis qu'elle…Elle avait hanté mes nuits et attisé mon désir sans que j'ose effleurer, ne serait-ce qu'une fois, son cou de mes lèvres. »
Samia et François, lui aussi un ancien journaliste, ami de Clovis. Samia et François, ça dure depuis plus de trente ans. Eux aussi se la coulent douce dans le marais poitevin près de Niort.
Clovis et François, deux amis rebelles à l'information officielle , à la recherche de la vérité à travers le monde.
Samia, rescapée des massacres de Sabra et Chatilla, a choisi François.
François a disparu. Il enquêtait en Espagne sur ces enlèvements. Une horreur où se mêlent, se mouillent gynécologues, avocats, médecins, prêtres et religieuses.
Carmen a été internée en 1981. Elle n'a pas oublié l'infirmerie où étaient emmenés les bébés malades. “Certains ne redescendaient jamais. Je me souviens qu'on disait aux mères qu'ils étaient morts, mais une rumeur circulait selon laquelle des familles d'adoption les avaient emmenés. Je ne laissais pas ma fille seule une minute, j'étais paniquée à l'idée qu'elle tombe malade et que je la perde.”
On estime aujourd'hui le nombre d'enfants volés à plus de 300 000.
Clovis va reprendre du service et partir à Barcelone à la recherche de François.
Et il va mettre les pieds dans un plat pas très, hum, comment dire, pas très catholique.
Le trio, Samia, François, Clovis, peint par Gouiran est un régal nourri d'amitié, de blessures et de regrets.
Le dessin de Barcelone esquissé par Gouiran est un modèle d'amour pour cette ville qui fleure bon l'anarchisme.
« Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart Espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu'en Espagne on ne les comprend pas » chantait Léo Ferré.
La très recommandable maison d'Edition Jigal nous offre là, encore, un polar frappant fort au coeur et au corps qui sait avec habileté mêler des destins personnels et la Grande Histoire, celle qui tue dans la plus honteuse des légalités, celle que l'on ne devrait jamais oublié, celle qui devrait nous servir de leçon.
Frère lecteur, n'oublions pas notre sombre passé pour éviter le noir à venir, le terrible avenir.
« Tu sais, on sera jugé non pas sur ce que nous avons fait, non pas sur ce que nous n'avons pas fait, mais bien sur ce que nous aurions dû faire. »
Eteignez votre télé, nom de Dieu et lisez ce bon, ce très bon Gouiran !
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umezzu
  12 septembre 2015
Maurice Gouiran entraîne Clovis Narigou en Espagne, où à la demande de Samia, un de ses amours de jeunesse, il part à la recherche de son mari François, disparu depuis plusieurs jours. Clovis effectuait avec François des reportages de guerre au Liban en 1982, où tous deux ont connu Samia, rescapée des massacres commis contre les palestiniens par les forces phalangistes dans les camps de Sabra et Chatila, sous la supervision de l'armée israélienne. Samia s'en était sorti, François l'avait sauvée et elle était devenue sa femme, sous le regard sentimental et vaguement jaloux de Clovis.
Aujourd'hui retraité, François s'était lancé dans un papier journalistique sur les trafics d'enfants commis pendant le franquisme, et même après sa chute. Pendant des décennies, des enfants, fils d'opposants, ont été séparés de leurs parents biologiques pour être confiés à des familles plus proches de l'opinion du régime en place. Certains membres de l'Église catholique ont soutenu cette pratique et l'ont facilité dans des maternités qu'ils contrôlaient. C'est en menant son enquête que François a disparu, laissant Samia désemparée.
A son tour Clovis s'élance vers l'Espagne, au volant de son automobile aussi fatiguée que son conducteur, pour à son tour faire face à des oppositions larvées. D'ailleurs, il se pourrait bien que, dans le décor architectural splendide de Barcelone, la mort ait frappé des personnes qui recherchaient leurs origines et qui remuaient par trop au goût de certains le passé.
Un Gouiran assez classique dans sa forme, qui brasse pas mal de sujets historiques, comme la guerre du Liban en 1982, appelée «opération Paix en Galilée » par les Israéliens, et la coopération en Espagne entre le régime franquiste et une partie du clergé dans la construction d'une société « mieux pensante ». Les motivations profondes de la quête de François sont à trouver dans un autre sujet lié à l'Histoire du vingtième siècle, assez facile à deviner dés le début du récit. Gouiran laisse Clovis se dépêtrer dans ces pans d'histoire, des plus traumatisants, en rappelant que les sociétés humaines glissent facilement vers l'horreur quand les idées de pureté raciale prolifèrent.
Un rappel ne fait pas mal, comme l'écrit Gouiran : « le monde avait su pour la Shoah, le monde avait su pour le massacre des Arméniens, mais le monde avait une sacrée tendance à oublier... Des exactions analogues – des génocides dans ces cas là – s'étaient produites au Cambodge, au Rwanda, en Bosnie, ou au Darfour, et le monde s'était contenté de détourner pudiquement son regard de ces lieux maudits. Pour ne pas voir, pour ne pas entendre, pour ne rien avoir à dire ».
Le récit est moins gouailleur que d'ordinaire, le paysage et les personnages plus sombres, et Marseille est quasiment absente. Clovis s'avère un bon guide touristique à Barcelone, puis à Madrid. Les sujets sont abordés avec l'humanité coutumière de Gouiran. L'enquête policière n'est qu'un simple prétexte à ces éclairages d'histoire contemporaine.
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YvPol
  07 juin 2014
Clovis, François et Samia se sont connus en 1982, sur les cendres des camps de Sabra et Chatila, les deux hommes faisaient leur métier de journaliste, Samia était une victime de la barbarie la plus sauvage : "Notre guide a finalement retrouvé les siens dans un charnier à ciel ouvert. Des dépouilles lacérées et emmêlées. [...] La plupart des corps étaient amputés. Des nourrissons avaient été éventrés. Les phalangistes s'en étaient donné à coeur joie au nom de Dieu, violant, tuant à bout portant tout ce qui vivait dans ces bidonvilles." (p. 21) Ils ne se sont plus quittés, aussi Clovis ne peut que partir à la recherche de son ami. Et sa trace le mène sur les chemins de l'église catholique espagnole et sa frange la plus dure, ceux qui veulent la béatification de soeur Encarnacion, directrice à l'époque de la maternité qui organisait un trafic d'enfants : "Les tenants du régime répondaient alors à l'injonction de Vallejo-Nàjera, un psychiatre dément mais encensé par le Caudillo, qui prétendait qu'il existait un gène communiste et qu'on pouvait combattre cette saloperie en retirant les bébés de leurs familles "rouges". Sous le prétexte d'une loi promulguée en 1939 qui confiait à l'Etat les enfants nés sous X, on avait subtilisé, dans les maternités et les prisons, les enfants de républicains. Les nourrissons étaient alors placés dans des familles phalangistes qui allaient les éduquer selon les principes moraux du régime." (p.42) Ce trafic au départ pour la cause franquiste perdurera après la mort du Caudillo pour de viles raisons pécuniaires, puisque les nouveaux parents pouvaient acheter un bébé entre cent mille et trois cent mille pesetas. L'enquête est délicate surtout lorsque Clovis est à son tout victime d'agressions, d'intimidations.
Après un début un rien long et lent lorsque Maurice Gouiran nous promène dans les rues de Barcelone, la Marseille de l'Espagne -ou Marseille la Barcelone de France-, il nous fait visiter une ville qu'il connaît et aime. le mieux serait sans doute de connaître soi-même un peu la ville, mais finalement, ce n'est pas un problème, on se balade. de même, parfois, une allusion est faite à un personnage qu'on ne connaît pas si l'on n'a pas lu les livres précédents de l'auteur, d'ailleurs le nom même de Clovis n'est pas vraiment su dès le départ, mais, ce qui pourrait être un handicap n'est pas vécu comme tel ; c'est un peu comme un copain avec qui l'on parle : on ne sait pas tout de sa vie, mais ça ne nous empêche pas de le comprendre, de l'apprécier et de s'intéresser à lui. Ce qui me fait penser à cette comparaison, c'est sans doute le langage de l'auteur qui s'adresse à ses lecteurs comme s'il leur racontait une histoire, dure certes, mais les personnages qu'il crée font passer le message plus sûrement qu'un essai sur le sujet.
L'intérêt principal du roman est de mettre le doigt sur un sujet sensible et dont on parle assez peu, le traitement des enfants sous les dictatures, les enfants volés d'Espagne ou encore les Lebensborn nazis censés faire naître de bons aryens pour repeupler l'Europe, des soldats nazis engrossaient des jeunes femmes blondes, véritables esclaves. Puis, le rendement étant jugé insuffisant, des enfants correspondant aux critères aryens furent enlevés dans les territoires occupés par Hitler et déportés dans ces Lebensborn. Très documenté, ce roman noir est dérangeant, met mal à l'aise parce qu'il concerne un nombre d'enfants de l'époque encore en vie aujourd'hui, tant ceux qui sont nés ou ont été déportés dans les Lebensborn -qui ont entre 70 et 80 ans- que ceux qui ont été pris dans la spirale du trafic espagnol qui a perduré jusque dans les années 80 et qui ont donc pour les derniers une petite trentaine d'années. Tous sont victimes d'un système morbide, immonde -on pourrait aligner les qualificatifs-qui les laisse sans racines, parce qu'en plus, Maurice Gouiran le montre très bien, les recherches sont difficiles et freinées plus qu'aidées par les autorités notamment religieuses -mais pas seulement- qui voient d'un mauvais oeil qu'on puisse mettre en cause leurs pratiques répugnantes et leurs accointances avec des régimes pourtant infréquentables pour qui se prévaut de valeurs humanistes, fraternelles (cf. un article du Huffington post). Clovis Narigou est un dangereux anticlérical, un libre-penseur (Maurice Gouiran sans doute aussi) c'est sûrement ce qui me le rend éminemment sympathique ! On partage des valeurs.
Lien : http://lyvres.over-blog.com
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
umezzuumezzu   12 septembre 2015
-Tout le monde doit savoir, lâcha-t-elle, comme pour justifier sa démarche en me servant.
Elle était un peu comme Samia : tout le monde devait savoir pour éviter que leurs malheurs ne se répètent indéfiniment.
J'étais, pour ma part, assez pessimiste à ce sujet : le monde avait su pour la Shoah, le monde avait su pour le massacre des Arméniens, mais le monde avait une sacrée tendance à oublier... Des exactions analogues – des génocides dans ces cas là – s'étaient produites au Cambodge, au Rwanda, en Bosnie, ou au Darfour, et le monde s'était contenté de détourner pudiquement son regard de ces lieux maudits. Pour ne pas voir, pour ne pas entendre, pour ne rien avoir à dire.
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umezzuumezzu   15 septembre 2015
La casa Morera, la casa Amatller et la casa Batllo en enfilade. Construites au début du vingtième siècle par trois ténors un peu allumés de l'architecture moderniste catalane, Montaner, Cadafalch et Gaudi, les trois immeubles sont très proches géographiquement, mais très différents esthétiquement, d'où le terme de discorde. J'avoue ma préférence pour celui de Gaudi. J'adore égarer mon regard sur son exubérante façade où se côtoient la pierre, le fer forgé ouvragé, la céramique polychrome, et le trencadis de verre qui épouse les surfaces courbes. Avec Gaudi, il a toujours quelque chose à découvrir.
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doublepagedoublepage   05 septembre 2018
C'est souvent à la mort de ses parents qu'on mesure ce qu'on leur doit, mais aussi - et surtout - ce qu'on n'a pas voulu ou su leur donner. C'est le fait de ne pas avoir été à la hauteur de leur affection qui me tourmente.
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BMRBMR   25 octobre 2015
[...] J’avais en mémoire ces photographies en noir et blanc sur lesquelles les notables de l’Église et les prêtres posaient, bras tendu et main ouverte, parfois armés de fusils, auprès des militaires putschistes. Chez eux, le salut phalangiste avait trop souvent remplacé le signe de croix.
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umezzuumezzu   11 septembre 2015
Barcelone avait toujours senti bon l'huile de lin, l'acrylique et l’essence de térébenthine. On ne peut pas traverser cette ville sans avoir la vue brouillée par des centaines de toiles ou de fresques murales. Dali, Picasso, Miro, et bien d'autres hantent ces ruelles.
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Maurice Gouiran, en plein confinement, vous parle de ses longues journées de travail ! Et comme c'est un homme multi casquettes… attendez-vous aux surprises !
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