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ISBN : 2729106413
Éditeur : Editions de La Différence (01/04/1991)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Remy de Gourmont (1858-1915). L’une des personnalités les plus marquantes de la fin du siècle : essayiste aigu, et peu conformiste (La Physique de l’amour), il est aussi un poète dédaigné parce que, sans le lire, on l’imagine, au pire sens du terme, « décadent ». Ses poésies proposent cependant un mariage singulier et provocant, liturgie de l’amour de l’âme et du corps. L’auteur des fameuses Lettres à l’Amazone, orfèvre en vers, dévoile une double nature, troublante... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
colimasson
  06 janvier 2016
Ce livre ne vaudrait rien s'il n'était introduit par l'exquise petite préface de Michel Houellebecq. A l'époque, encore piètre inconnu, Michel Houellebecq se passionnait pour l'aspect taré des oeuvres des créateurs les plus angoissés. Fort d'un premier essai sur H. P. Lovecraft (qu'il faut lire à tout prix), il décide plus tard de ramasser quelques-uns des poèmes de l'oeuvre de Rémy de Gourmont. Sa passion pour ce poète se justifie moins pour ses poèmes en eux-mêmes que pour le paradoxe qui maintient la tension entre l'oeuvre intellectuelle de Rémy de Gourmont et cette oeuvre poétique, sensible voire carrément mièvre et gerbante.

Alors que Rémy de Gourmont est surtout connu pour ses essais pointus qui examinent de manière critique les valeurs, le sentimentalisme et l'amour, il jette les armes dans ses poèmes et « renonce à être un intellectuel ». A quoi ça sert ? « Il est bien des choses dans la vie que l'on peut réduire à leur représentation dans le cerveau ; dans un deuxième temps, cette représentation elle-même en viendra à être préférée : inutilité de la vie vécue, qui coûte tant d'efforts pour aboutir à des images mentales tellement plus pauvres, monotones, tellement inférieures à ce que l'imagination peut concevoir. […] Mais [Rémy de Gourmont] en prendra vite conscience : l'amour résiste à cette tentative de réduction. »

Plus loin, Michel Houellebecq ajoute : « Résignons-nous : Rémy de Gourmont n'est pas un poète intelligent. Il n'y a pas de poète intelligent. Même s'il est, par ailleurs, essayiste. » Et nous devons bien le reconnaître, Rémy de Gourmont se montre parfois vraiment con. Vieux monsieur qu'on imagine aigri la plupart du temps, il nous parle de sa vague Simone qu'il emmène se promener dans les vergers, avec qui il va cueillir les châtaignes, et il nous parle de son odeur de foin, du petit moulin dans le pré, des oiseaux et de toutes ces choses qu'on croyait réservées aux histoires de bonnes femmes. Certes, ça ne fornique guère dans ces poèmes, Rémy de Gourmont préférant consacrer ses vers aux instants qui précèdent peut-être, qui remplacement sûrement, toute agitation frénétique. Mais il y a aussi des poèmes plus hérétiques qui associent le désir et la crypte, la malveillance florale à l'insouciance sentimentale, la confession à l'effeuillage.

Michel Houellebecq nous apprend à lire Rémy de Gourmont en nous rappelant sa grande idée, « qu'il exprime dans l'Esthétique de la langue française, par cette formule d'apparence paradoxale : le vers est un mot. Une « unité de sens ». » Ainsi : « Un vers achevé, […] bien qu'il se compose d'unités sémantiques plus petites (les mots au sens habituel), formera cependant une unité nouvelle et « indéchirable ». » On pourra donc, bien à profit, s'amuser à lire un poème dans son ensemble, mais aussi vers par vers, pour se laisser porter par une histoire différente.

On comprend ce qui plaît à Houellebecq dans cette poésie : Rémy de Gourmont lui ressemble en ce qu'il démissionne de l'intelligence pour exalter l'amour, comme Houellebecq rêve, dans ses poèmes, de dépouiller la vie de sa médiocrité quotidienne pour retrouver la valeur absolue de l'amour. Et on se souvient alors qu'un amour a parfois déferlé suite à un simple instant en suspension vers un autre, ou un souffle un peu plus lent et ténébreux.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   08 janvier 2016
L’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens,
l’orgue avait des plaintes
à troubler les saintes,
l’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens.


L’église ancienne s’endormait dans un mystère,
Crypte où d’obscurs martyrs reposent en poussière,
Salle de manoir féodal :
Nous étions là, dans l’ombre, assis tous deux, les plinthes
d’un pilier nous cachaient ; vous aviez des jacynthes,
fleur au parfum impérial.


L’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens,
l’orgue avait des plaintes
à troubler les saintes,
l’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens.



Un peu de ta main brûlait dans ma main,
par nos doigts ardents le fluide humain
passait en nos chairs, noyait nos pensées,
et, cœurs galopants, gorges oppressées,
nos désirs prenaient le même chemin.


Ils allaient, dépassant la voûte,
vers la rive où jamais le doute
en sa frêle nef n’aborda,
mais, ô lamentable déroute !
ils se sont querellés en route
et la raison les rencontra.


L’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens,
l’orgue avait des plaintes
à troubler les saintes,
l’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens.


Et je songeais : Comment tenir à la tempête
Sans ce bras pour gouvernail, et sans cette tête
pour étoile, comment tenir à la tempête
sans elle ?
Et je songeais encore : Quel serait mon soleil
sans la caresse, et la splendeur, et le vermeil
éclat de ses cheveux, quel serait mon soleil
sans elle ?
Il ferait nuit sans la clarté de ses yeux bleus ;
la pourpre des matins pâlirait dans mes cieux,
plus de midis, sans la clarté de ses yeux bleus,
sans elle.


Avec elle, la vie est un puissant parfum
dont l’émanation berce et ranime l’un
et l’autre de mes jours : quel serait leur parfum,
sans elle ?


Pour elle, il n’est ni mal, ni souffrance, ni deuil
qu’on ne porte avec joie, ayant passé le seuil
de sa maison : il n’est que souffrance et que deuil,
Sans elle.


Par elle, je veux vivre, et par elle mourir :
ma force est le baiser qui me fait défaillir
et me marque au fer chaud, car il faudrait mourir,
sans elle.
En elle, j’ai mis tout, jusqu’à mon infini :
l’univers est à moi, quand sa bouche a souri,
et Dieu n’est qu’un fantôme, il n’est pas d’infini,
sans elle.


L’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens,
l’orgue avait des plaintes
à troubler les saintes,
l’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens.


Un peu de ta main brûlait dans ma main,
par nos doigts ardents le fluide humain
passait en nos chairs, noyait nos pensées
et cœurs galopants, gorges oppressées,
nos désirs prenaient le même chemin.
Ainsi, chère, ta vie a passé dans la mienne,
Plus rien ne demeure en moi qui ne t’appartienne :
Je voudrais le graver en toi, qu’il t’en souvienne,
Ainsi, chère, ma vie a passé dans la tienne.


L’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens,
l’orgue avait des plaintes
à troubler les saintes,
l’odeur des jacynthes
vibrait dans l’encens.
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colimassoncolimasson   18 janvier 2016
Simone, je veux bien. Les bruits du soir
Sont doux comme un cantique chanté par des enfants.
L'église obscure ressemble à un vieux manoir ;
Les roses ont une odeur grave d'amour et d'encens.

Je veux bien, nous irons lentement et bien sages,
Salués par les gens qui reviennent des foins ;
J'ouvrirai la barrière d'avance à ton passage,
Et le chien nous suivra longtemps d'un œil chagrin.

Pendant que tu prieras, je songerai aux hommes
Qui ont bâti ces murailles, le clocher, la tour,
La lourde nef pareille à une bête de somme
Chargée du poids de nos péchés de tous les jours ;

Aux hommes qui ont taillé les pierres du portail
Et qui ont mis sous le porche un grand bénitier ;
Aux hommes qui ont peint des rois sur le vitrail
Et un petit enfant qui dort chez un fermier.

Je songerai aux hommes qui ont forgé la croix,
Le coq, les gonds et les ferrures de la porte ;
A ceux qui ont sculpté la belle sainte en bois
Qui est représentée les mains jointes et morte.

Je songerai à ceux qui ont fondu le bronze
Des cloches où l'on jetait un petit agneau d'or,
A ceux qui ont creusé, en l'an mil deux cent onze,
Le caveau où repose saint Roch, comme un trésor ;

A ceux qui ont tissé la tunique de lin
Pendue sous un rideau à gauche de l'autel ;
A ceux qui ont chanté au livre du lutrin ;
A ceux qui ont doré les fermoirs du missel.

Je songerai aux mains qui ont touché l'hostie,
Aux mains qui ont béni et qui ont baptisé ;
Je songerai aux bagues, aux cierges, aux agonies ;
Je songerai aux yeux des femmes qui ont pleuré.

Je songerai aussi aux morts du cimetière,
A ceux qui ne sont plus que de l'herbe et des fleurs,
A ceux dont les noms se lisent encore sur les pierres,
A la croix qui les garde jusqu'à la dernière heure.

Quand nous reviendrons, Simone, il sera nuit close ;
Nous aurons l'air de fantômes sous les sapins,
Nous penserons à Dieu, à nous, à bien des choses,
Au chien qui nous attend, aux roses du jardin.
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colimassoncolimasson   25 janvier 2016
Les cœurs dorment dans des coffrets
Que ferment de belles serrures ;
Sous les émaux et les dorures
La poussière des vieux secrets
Et des lointaines impostures
Se mêle aux frêles moisissures
Des plus récentes aventures :
Chère, ôtez vos doigts indiscrets,
Les cœurs dorment.

Vos doigts ravivent des blessures
Et vos regards sont des injures,
Laissez-les reposer en paix.
Comme des rois dans leurs palais
Ou des morts dans leurs sépultures,
Les cœurs dorment.
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colimassoncolimasson   14 janvier 2016
I
Que tes mains soient bénies, car elles sont impures !
Elles ont des péchés cachés à toutes les jointures ;
Leur peau blanche s'est trempée dans l'odeur âpre des caresses
Secrètes, parmi l'ombre blanche où rampent les caresses,
Et l'opale prisonnière qui se meurt à ton doigt,
C'est le dernier soupir de Jésus sur la croix.

II
Que tes yeux soient bénis, car ils sont homicides !
Ils sont pleins de fantômes et pleins de chrysalides,
Comme dans l'eau fanée, bleue au fond des grottes vertes,
On voit dormir des fleurs qui sont des bêtes vertes,
Et ce douloureux saphir d'amertume et d'effroi,
C'est le dernier regard de Jésus sur la croix.

III
Que tes seins soient bénis, car ils sont sacrilèges !
Ils se sont mis tout nus, comme un printanier florilège,
Fleuri pour la caresse et la moisson des lèvres et des mains,
Fleurs du bord de la route, bonnes à toutes les mains,
Et l'hyacinthe qui rêve là, avec un air triste de roi,
C'est le dernier amour de Jésus sur la croix.

IV
Que ton ventre soit béni, car il est infertile !
Il est beau comme une terre de désolation ; le style
De la herse n'y hersa qu'une glèbe rouge et rebelle,
La fleur mûre n'y sema qu'une graine rebelle,
Et la topaze ardente qui frissonne sur ce palais de joie,
C'est le dernier désir de Jésus sur la croix.

V
Que ta bouche soit bénie, car elle est adultère !
Elle a le goût des roses nouvelles et le goût de la vieille terre,
Elle a sucé les sucs obscurs des fleurs et des roseaux ;
Quand elle parle on entend comme un bruit perfide de roseaux,
Et ce rubis cruel tout sanglant et tout froid,
C'est la dernière blessure de Jésus sur la croix.

VI
Que tes pieds soient bénis, car ils sont déshonnêtes !
Ils ont chaussé les mules des lupanars et des temples en fête,
Ils ont mis leurs talons sourds sur l'épaule des pauvres,
Ils ont marché sur les plus purs, sur les plus doux, sur les plus pauvres,
Et la boucle améthyste qui tend ta jarretière de soie,
C'est le dernier frisson de Jésus sur la croix.

VII
Que ton âme soit bénie, car elle est corrompue !
Fière émeraude tombée sur le pavé des rues,
Son orgueil s'est mêlé aux odeurs de la boue,
Et je viens d'écraser dans la glorieuse boue,
Sur le pavé des rues, qui est un chemin de croix,
La dernière pensée de Jésus sur la croix.
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colimassoncolimasson   27 juillet 2017
Elle est venue un soir d’hiver,
Un soir de brume et d’amertume.
Je rêvais aux rêves d’hier
Qui m’ont laissé seul dans la brume.

J’étais tout seul avec la vie
À qui je parlais du passé.
La triste, l’inclémente amie
Me répondait d’un ton lassé :

« Laisse les rêves d’autrefois
Dormir aux plis de leur suaire.
Ne réveille pas leurs émois,
Pense à des choses moins amères. »

Mais moi, je rappelais mon rêve
Ou bien je reprenais le livre
Que je lisais alors sans trêve,
Que je lisais comme on s’enivre ;

Les heures s’en allaient très lentes,
C’était un soir d’ennui amer.
Un soir de mortes et d’absentes,
Je rêvais aux rêves d’hier.

Elle est venue un soir d’hiver.
Ses yeux déchirèrent la nue
Elle est venue, c’était hier.
Elle est venue.
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