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EAN : 9781021004307
Tallandier (02/01/2014)
4.39/5   42 notes
Résumé :
"Le combat n’est pas un phénomène "normal", c’est un événement extraordinaire et les individus qui y participent ne le font pas de manière "moyenne". La proximité de la mort et la peur qu’elle induit déforment les individus et leur comportement. La répartition des rôles y obéit à une loi de puissance où, entre l’écrasement et la sublimation, beaucoup font peu et peu font beaucoup."

Le baptême du feu, c’est le "dépucelage de l’horreur", selon le mot de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Michel Goya fait certainement partie de ces auteurs pour lesquels j'ai eu envie de partager mes lectures sur le web.

Quand on a la lecture comme passion première, avant même ma passion pour l'Histoire, on ressent un plaisir parfois jubilatoire à découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles approches. Si je devais retracer ces moments forts de lecteur, j'associerais bien volontiers des auteurs comme Jacques Benoist-Méchin, Henry Lachouque, John Keegan, Victor D. Hanson, René Grousset, Tom Clancy ou JRR Tolkien… et certainement récemment Jean-Christophe Notin et le colonel Michel Goya. Qu'ont en commun ces auteurs ? La capacité à me faire comprendre ou ressentir des faits historiques ou autres ! Et si à cette capacité s'ajoute un talent d'écriture, c'est tant mieux !

Revenons-en au colonel Michel Goya.

Je l'ai découvert via son ouvrage consacré à la guerre américaine en Irak (Irak: les armées du chaos). J'avais déjà bien apprécié sa méthode d'analyse, son recours aux exemples pris pour nous faire entrer dans la réalité de la guerre, son recours systématique aux autres disciplines dans une vision résolument trans-disciplinaire, rare chez les militaires… et chez les historiens. J'ai lu plus tardivement son “La chair et l'acier” consacré à l'évolution de l'armée française au feu de la première guerre mondiale. Ouvrage le plus abouti et pour cause: il était la résultante de son travail de doctorant pour sa thèse en Histoire. Bref, nous avons donc en Michel Goya à la fois un chercheur mais aussi un acteur possédant une expérience réelle de la “res militaris” et du combat d'infanterie. Faut-il également rappeler que sa carrière est indissociable de son arme d'appartenance: l'infanterie de marine ?

Mais venons en à “Sous le feu: la mort comme hypothèse de travail”.

Les lecteurs réguliers de son blog, “La voie de l'épée” y retrouveront des thèmes majeurs de ses interventions sur le combat et sur l'homme pris dans “la bulle de violence” que constitue le combat.

Michel Goya nous plonge d'emblée dans sa réalité à Sarajevo en 1995 lors d'un assaut d'une position serbe. Les comportements de la troupe, des sous-officiers et officiers sont décortiqués pour poser dramatiquement le sujet.

Suivent des chapitres assez courts sur les faits saillants comme l'environnement spécifique du combat, les réactions physiques, les pensées du combattant sous le feu, le fait de donner la mort, la décision dans l'action, la motivation à combattre, le rôle du groupe, l'armement, la préparation au combat, …

Comme évoqué plus haut, l'analyse s'appuie régulièrement sur les témoignages de combattants essentiellement de la première guerre mondiale jusqu'aux conflits actuels, en passant régulièrement des conflits de haute intensité jusqu'à la guerre asymétrique. de plus, pour appuyer son point de vue, le colonel Goya fait appel fréquemment à des disciplines peu courantes dans des ouvrages d'histoire militaire: sociologie, psychologie, sciences, management,… En fait, l'auteur reste toujours dans l'action, dans le mouvement même pour une démarche qui se veut construction intellectuelle. C'est parfois surprenant mais toujours vivifiant ! Sa volonté est permanente de faire le pont entre le vécu et le savoir.

Je ne peux m'empêcher de citer une partie de sa courte conclusion: “Devenir combattant, c'est se porter volontaire pour pénétrer dans des bulles de violence. C'est accepter la transformation que cela induit avec le risque d'y être détruit ou mutilé dans son corps ou dans son âme. C'est accepter aussi la métamorphose préalable qui sera nécessaire pour évoluer dans un tel monde sans y être broyé à coup sûr. L'homme qui survit et résiste au combat est donc un homme différent à la sortie du tunnel”. On a bien là l'essentiel de “Sous le feu”.

Comme épilogue, l'auteur nous replonge sur le terrain, une journée ordinaire en Kapisa. Juste une manière de dire que le combat continue encore et encore.

En fait, quand on referme le livre, on a envie d'émettre ue seule critique: chaque chapitre mériterait des approfondissements plus complets, bref quasiment une centaine de pages chacun… le colonel Goya ouvre ainsi de nombreuses pistes pour lui même mais aussi pour d'autres de ses pairs, militaires et/ou chercheurs universitaires. Bref, il propose des bâtons de relai à saisir avec enthousiasme.

Bref, vous l'aurez compris, je vous incite vraiment à lire les ouvrages de colonel Michel Goya et tout particulièrement ce “Sous le feu” !
Lien : http://www.bir-hacheim.com/s..
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Je doute que je lirais quoi que ce soit de mieux cette année.

Sous le feu: la mort comme hypothèse de travail de Michel Goya (ancien colonel des Troupes de Marine et historien, bien connu pour sa participation à divers magazines ou podcasts consacrés à l'histoire ou aux question de défense), nous propose d'étudier le comportement des Hommes au combat.
Parce que le combat est un acte extraordinaire (comprenez: pas une situation habituelle) il exerce sur ses acteurs une forte pression qui peut les amener à se dépasser ou à rester paralysé.

Sous le feu nous permet donc de comprendre ce qui se joue dans la tête d'un combattant lors d'une action de combat: la gestion de l'attente et de la peur, la possibilité d'agir ou non, la faculté à réfléchir et à décider, à tuer. Mais on traite aussi de ce qui fait l'efficacité du combattant: son unité, ses armes, ce qui le motive à combattre et à risquer sa vie.

Les nombreux témoignages récents et moins récents (qui vont de l'époque napoléonienne aux OPEX des années 2010, avec une emphase particulière sur la Grande Guerre) nous permettent de visualiser et de comprendre avec réalisme et force de détails les différentes notions expliquées par le livre (mention spéciale au chapitre dédié à la décision au combat).

Clair, concis, percutant et passionnant, Sous le feu est un ouvrage à lire.
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La psychologie du soldat sous le feu : voilà un sujet passionnant. Ancien militaire dans les troupes de marine (à l'instar du colonel Goya) ce livre permet de mettre des mots sur ce qu'on ne sait parfois pas exprimer. Il permet de prendre de la distance avec le vécu et de voir que la panique est une chose normale (ce qui n'est pas si évident que cela à comprendre).
Que vous soyez soldat, passionné d'histoire ou simple curieux, ruez-vous sur ce bouquin : il est synthétique, clair et vous apprendra beaucoup de choses. Il tentera de vous expliquer les mécanismes du combattant dans un état de stress intense, il vous montrera que les militaires sont loin d'être des foudres de guerre assoiffés de sang, que les héros sont rares et qu'une fois que le feu adverse se déclenche, il ne reste que des hommes qui tentent de gérer au mieux une situation que rien ne peut préparer à affronter.
Appuyée sur de nombreux exemples, notamment tirés des opex récentes de l'armée française, la lecture de cet essai est des plus enrichissantes.
Merci mon colonel !
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Michel Goya, ancien officier d'active de l'armée française, directeur du bureau Recherche au Centre de doctrine d'emploi des forces de l'armée de terre et collaborateur permanent de la revue Guerres & Histoire, livre avec Sous le feu une analyse extrêmement fine de la place du soldat au milieu des combats. Comme le rappelle l'auteur, « l'étude du comportement au combat est devenue après-guerre un monopole des Anglo-Saxons, depuis les observations réalisées sur les troupes américaines et allemandes durant la Seconde Guerre mondiale par Morris Janowitz et Edward Shils, S.L.A. Marshall et Samuel Stouffer, ou plus tard par des auteurs comme Charles Moskos, Dave Grossman, Richard Holmes ou John Keegan » (p. 19-20). le sous-titre plus qu'évocateur de l'ouvrage, La mort comme hypothèse de travail, ne laisse aucun doute sur les dangers qui contraignent de manière permanente le militaire à l'échelon tactique. Très documenté, s'appuyant sur de nombreuses enquêtes et études préexistantes, illustrant son propos de nombreux exemples et citations pertinents, Michel Goya resserre sa focale sur la psychologie individuelle du combattant et la complexité du traitement en temps réel de la menace. Il faudra ainsi distinguer l'homme face à la guerre, isolé dans sa compréhension toute personnelle du conflit dans lequel il s'engage, du soldat au sein de son unité, réceptacle des pressions – non violentes ou violentes – de ses frères d'armes. Parcourant un siècle de guerres, du premier embrasement mondial aux interventions en Afghanistan et Irak, il dresse ici un (...)
Lien : http://leslecturesdares.over..
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En écrivant un livre sur le combattant face à la guerre, Michel Goya sait de quoi il parle : il a lui-même connu des conflits armés et il est historien. Il participe aussi à l'excellente revue 'Guerre et Histoire'.
Sous le feu expose parfaitement les différents états d'esprit des soldats durant un combat. C'en est troublant. Michel Goya arrive à démonter le mythe Rambo, du guerrier sans peur. Au coeur du combat, ne reste que des humains ordinaires qui essayent de faire un métier extraordinaire.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Ce que montre Michael Doubler dans Closing with the Enemy, c’est que dès l’été 1944, la plupart des divisions d’infanterie en Europe, notamment à la 3e armée de Patton, avaient modifié leurs méthodes de tir de la même façon, pratiquant notamment systématiquement le tir a priori (marching fire) sur tous les points dangereux dans la zone de combat. Le nombre de fantassins ouvrant le feu, et comme tous les fantassins du monde rarement sur des hommes visibles, avait alors largement augmenté. Si peu d’entre eux ne ressentaient rien quant à l’idée de tuer, cette réticence était certainement loin de constituer le frein à l’action que décrivait Marshall.
C’est pourtant cette idée qui va prédominer aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à imposer l’idée que l’entraînement des soldats américains doit stimuler l’agressivité et non la maîtrise du feu. Comme le montre Dave Grossman, lorsqu’il s’agira, au Vietnam ou plus récemment en Afghanistan et en Irak, de combattre au cœur des villes et villages un ennemi invisible, les conséquences de cette incitation à ouvrir le feu seront désastreuses. Dans ce type de conflit, la multiplication des pertes civiles entraîne la multiplication des ennemis.
La conception française moderne, d’inspiration chrétienne elle aussi, qui considère l’homme comme fondamentalement perverti par un mal qu’il faut contrôler et inhibé par une peur qu’il faut compenser a abouti à la mise en avant du sacrifice, plus propre, plus noble. Cela a conduit à des aberrations comme la notion de « soldat de la paix », c’es-à-dire concrètement un soldat qui se sacrifie généralement pour rien et sans combattre. Elle reste cependant plus humaine et simplement plus efficace, au moins actuellement, que la conception américaine qui combine la protection absolue du soldat et la destruction totale de l’ennemi. L’article 11 du « credo » du soldat de l’US Army est : « Je détruirai les ennemis des États-Unis. » Il date de 2004.
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Combattre, c'est d'abord pénétrer dans un monde qui ne mesure guère plus de quelques centaines de mètres de large et un moment qui ne dure le plus souvent que quelques heures. Ce monde nouveau est une brèche dans l'espace habituel de nos perceptions. C'est un endroit sur-réel où, par tous ses sens, il faudra absorber en quelques minutes les émotions de plusieurs années de vie moyenne.
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Devenir combattant, c'est se porter volontaire pour pénétrer dans des bulles de violences. C'est accepter la transformation que cela induit avec le risque d'y être détruit ou mutilé dans son corp ou son âme. C'est accepter aussi la métamorphose préalable qui sera nécessaire pour évoluer dans un tel monde sans y être broyé à coup sûr. L'homme qui survit et résiste au combat est donc un homme différent à la sortie du tunnel.
S'il n'y a pas de bonheur des nations sans libertée, cette liberté dépend du courage des hommes qui acceptent et se portent volontaires pour cette transformation parfois fatale. Si les Francais dorment en sécurité, c'est aussi parce que des hommes veillent sur le rempart ou plus exactement par ce que ces hommes sont le rempart. Que l'on cesse de s'intéresser à la manière dont construit ce mur et celui-ci s'effritera.
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Le combat n’est pas un phénomène « normal », c’est un événement extraordinaire et les individus qui y participent ne le font pas de manière « moyenne ». Comme un objet à très forte gravité qui déforme les lois de la physique newtonienne à son approche, la proximité de la mort et la peur qu’elle induit déforment les individus et étirent leur comportement vers les extrêmes. La répartition des rôles n’y obéit pas à une loi de Gauss où tout le monde ou presque agirait de manière à peu près semblable, mais à une loi de puissance où, entre l’écrasement et la sublimation, beaucoup font peu et peu font beaucoup. Il y a peu de moyens et beaucoup d’extrêmes.
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Le drill n’est pas sans mérite, comme dans les disciplines sportives la répétition incessante de gestes individuels et collectifs est encore le meilleur moyen de les accomplir lorsque le réflexe doit remplacer la réflexion. Elle induit aussi un conditionnement utile à l’obéissance. Elle est donc toujours indispensable, mais elle est désormais aussi insuffisante pour le décathlonien qu’est devenu le soldat moderne agissant dans des contextes changeants et souvent complexes.
Elle est surtout limitée par son présupposé de sous-estimation des capacités humaines qui l’a longtemps accompagnée. Selon l’article de l’Encyclopédie écrit au milieu du XVIIIe siècle par le philosophe Jaucourt, le soldat français est recruté dans la partie la plus vile de la nation. À partir de la Restauration, il n’est même plus volontaire puisque tiré au sort dans les milieux les plus pauvres et sans instruction pour effectuer six à huit ans de carrière militaire. On parle alors de « juste milieu entre l’homme et la chose ». L’idée persiste longtemps de la faible valeur intellectuelle ou morale du « simple » soldat et cela a eu des conséquences stratégiques considérables.
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