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EAN : 9782714311733
158 pages
Éditeur : José Corti (25/08/2016)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 13 notes)
Résumé :
Au pays de la fille électrique est d’abord un livre choc sur la violence. Le récit s’ouvre par un prologue d’une cruauté absolue. Une bande de dégénérés sous l’empire de la drogue et de l’alcool s’en prend à la première fille rencontrée. Leur cruauté, leur acharnement sadique témoignent d’une rupture complète avec l’idée même de civilisation et nous rappellent la bande d’Orange mécanique.

Ce qui est proprement fascinant chez Graciano, c’est à la fois ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
MarianneL
  31 juillet 2020
Dès son premier livre, Liberté dans la montagne (éditions Corti, 2013), la marche d'un vieil homme et d'une petite fille dans les montagnes, remontant le cours d'une rivière jusqu'à sa source sans que l'on ne sache pourquoi, j'ai été happée par la magie particulière du texte de Marc Graciano, par la force de la voix et par l'acuité du regard qui sous-tend une écriture d'une précision extrême.
J'ai pourtant tourné longtemps autour du Pays de la fille électrique, présenté par Ismaël Jude et Claire Fercak, libraires d'un soir chez Charybde en 2017, entamant et abandonnant le prologue, avant de réussir enfin à le lire – ébahie et subjuguée par le choc de ce grand livre.
Au pays de la fille électrique, troisième roman de Marc Graciano publié en 2016 chez Corti est le premier situé dans la période moderne, les deux précédents (Liberté dans la montagne et Une forêt profonde et bleue) se situant dans un Moyen-âge indéterminé et mythique, mais les trois romans forment un triptyque aux multiples échos.
En une accumulation de violence insoutenable, le prologue terrible de ce roman décrit sans aucune émotion comment une jeune femme enlevée à proximité d'une boîte de nuit est systématiquement violée et torturée par quatre hommes dans un hangar, avant d'y être laissée pour morte. L'allure, l'apparence physique et la tenue vestimentaire de ces quatre individus est décrite avec beaucoup de précision, leur attelage hétéroclite dressant un tableau sinistrement banal de quatre facettes de la vulgarité masculine. Ce prologue, bloc compact de texte extrêmement éprouvant, est un indispensable abordage traumatique avant la traversée, le reste du récit.
Après une ellipse temporelle – un trou noir -, on retrouve la jeune femme, seule, marchant au bord de la nationale pour gagner l'océan. Elle marche, se nourrit sommairement, se lave consciencieusement, se faufile aux marges des villes et dans la nature. Elle a été déliée de toute vie sociale, traîne ses affaires dans un gros sac poubelle. Avec son corps de liane plein de grâce, ses vêtements délavés et usés, elle a désormais une drôle d'allure d'exilée, le regard vague et fiévreux et le buste droit, la fragilité alliée à une force miraculeusement épargnée.
"2.
Elle était de grande taille et elle était très maigre, et elle avait de longues jambes très souples et nul doute qu'elle avait fait beaucoup de danse depuis l'enfance, et elle marchait de son immense pas de danseuse sur le bord de la nationale, et elle possédait des cheveux longs et blonds qui étaient coiffés en dreads minces, comme si elle avait omis de défaire de fines tresses qu'elle aurait possédées autrefois et qui se seraient transformées en dreads au fil du temps, et elle avait attaché sur une dread, avec un petit élastique rose, des plumes d'oiseaux qu'elle avait trouvées sur le bord de la nationale et qu'elle avait trouvées belles et les plumes flottaient doucement dans les remous de l'air durant sa marche, et elle possédait un visage long et mince avec une peau hâlée par le soleil et l'air libre, et elle possédait un petit nez écrasé et dévié à sa base, et elle possédait, sur la lèvre inférieure, une mince cicatrice qui serait restée invisible si la pâleur de la cicatrice n'avait pas contrasté avec le hâle du visage, et ses yeux étaient bleus comme le ciel et continuellement brillants et comme électrisés, et son regard semblait si perdu à tous ceux qu'elle croisait sur sa route que, lorsqu'ils l'observaient passer, ils avaient l'impression qu'elle ne les voyait pas, ou que, même, elle aurait eu la bizarre certitude, tellement elle n'aurait pas existé, que c'étaient les autres qui ne la voyaient pas."
Le texte a mué, changé totalement de forme, retrouvé des pauses et des respirations. Après le bloc compact de violence, cette seconde partie, « As-tu jamais été (au pays de la fille électrique) » se compose de longs paragraphes d'une seule phrase, numérotés de 1 à 84, décrivant la marche de la jeune femme, son allure et ses actes – forme emblématique de cette déliaison, d'une dissolution indispensable de son être social. Poursuite d'une existence tendue vers un seul but, l'océan.
Quelques rares rencontres émaillent ce chemin, un infirmier particulièrement touchant d'humanité lors d'un bref séjour dans une institution psychiatrique, respectant ses secrets, ou encore un vieux gitan en habit de cowboy. Marc Graciano nous épargne toute morale, introspection ou psychologie, mais nous offre une extraordinaire accumulation du regard, la nature et la grâce comme baumes, la force de la poésie face à la violence.
"45.
Il y avait un infirmier ou une infirmière qui travaillait par demi-journée dans cette petite unité où elle avait été mutée, et le jeune infirmier y travaillait presque toujours l'après-midi et c'était exceptionnel qu'il ait été là à son réveil dans l'autre unité, et si tous les autres infirmiers et infirmières cherchaient plus ou moins à la faire parler et à savoir ce qu'elle pensait, il ne lui demanda jamais rien, et, pour tout dire, on aurait eu l'impression qu'il n'était pas infirmier et cette impression était amplifiée par le fait qu'il ne portait pas de blouse comme les autres mais ses fameuses chemises à carreaux qui lui donnaient l'allure d'un Jésus déguisé en bûcheron, et on sentait qu'il était profondément gentil et serviable, et il était d'une pat ience infinie avec les patients bizarres, et le plus surprenant était qu'il ne leur parlait pas comme à des idiots mais comme à des gens normaux, et même, des fois, il leur tenait des discours un peu compliqués mais toujours en vrais, et les patients bizarres donnaient l'impression de toujours le comprendre, et, quand il travaillait l'après-midi, tout le monde était beaucoup plus calme dans l'unité, même les autres infirmières et infirmiers."
L'épilogue qu'on ne dévoilera pas, comme une envolée du coeur du traumatisme, clôt ce roman dans lequel on entre en serrant les dents, au coeur de la terreur, et que l'on termine plein d'admiration face à son audace et son souffle lumineux.
Retrouvez cette note de lecture et beaucoup d'autres sur le blog de la librairie Charybde : https://charybde2.wordpress.com/2020/07/31/note-de-lecture-au-pays-de-la-fille-electrique-marc-graciano/
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karkarot
  19 septembre 2018
Je connais Marc Graciano par ses romans hors du temps, en pleine nature, un peu médiévaux, assez violents: Une Forêt Profonde et Bleue, Liberté dans la Montagne. Je les ai adoré.
Et voilà qu'il arrive avec une histoire contemporaine.
J'avoue que j'espérais continuer à explorer son monde de collines, de ruisseau, d'animaux sauvages à chasser, d'homme voyageant dans un monde brutal et sauvage. J'avais donc peur de la déception.
Il n'en fut presque rien, ouf ! A ceci prêt que les aspects sauvages et mythiques ont disparu, j'ai retrouvé l'écriture de Graciano et sa puissance.
Le prologue est une phrase, une longue phrase de 22 pages, d'un souffle on assiste à un viol collectif. C'est horrible, c'est glauque, c'est très bien décrit sans aucune compromission ni volonté de racoler. On souffre avec la jeune fille, impuissant.
Ensuite, les hommes s'en vont, la fille presque morte et le roman commence.
Elle marche, mange, dort, se lave, boit beaucoup, rencontre quelques personnes, très rares présences humaines du roman, discrètes, évanescentes, sans parole, sans dialogues.
Graciano n'aime pas les dialogues et ça tombe bien, la fille ne parle pas. Elle voyage.
Tout est extrêmement imagé, en longues phrases descriptives, fortes. On comprends ce qui traverse la jeune femme, ce que son corps vit, ce qu'elle essaie de faire, ce que le monde autour lui évoque. On est touché par la beauté de certaines images, certaines scènes, la nature est encore présente tout autour, même si ce n'est pas la même que dans les romans précédant, elle est toujours capitale et tient un rôle important pour la jeune femme.
La langue aussi est plus contemporaine, il y a moins de mots médiévaux, ceux la même qui faisait le charme et le sel de l'écriture des romans médiévaux de Graciano. Il a adapté son vocabulaire aux besoins de son histoire, et cela marche tout aussi bien.
L'épilogue donne un sens particulier aux tribulations de la jeune fille, c'est très poétiques, l'écriture danse, se colore d'un coup, magique...
Un beau roman, saisissant, poignant, violent, mais vrai.
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Virginie_Vertigo
  20 décembre 2016
Avec ce roman, je pense très sincèrement détenir la lecture la plus éprouvante et la plus étonnante de l'année.
Ce court roman s'ouvre sur un prologue de près de vingt pages racontant avec minutie et barbarie le viol d'une jeune femme par quatre hommes. Les descriptions donnent la nausée, servies par une quasi-absence de ponctuation. On se prend la violence, la barbarie en pleine gueule. En lisant ce passage éprouvant, j'ai eu l'impression de me retrouver devant la scène de viol de Monica Bellucci dans Irréversible de Gaspar Noé. Je me suis d'ailleurs demandée s'il était vraiment nécessaire d'en écrire autant, aussi longuement sur le sujet. Est-ce pour rendre la suite plus intéressante, plus belle ? Car oui, une fois ce prologue terminé, on plonge dans un autre univers. Si les différents chapitres ne contiennent qu'une seule phrase, ils sont beaucoup plus courts. Ils racontent le périple à pied de la jeune femme pour rejoindre l'océan, cet océan où elle souhaite se plonger pour se laver, laver l'horreur qu'elle a subie. Durant ce voyage, elle va croiser quatre hommes – même nombre que les violeurs, est-ce un hasard ? – qui redonnent foi en l'Homme et l'homme : l'homme au fourgon, le jeune infirmier et les deux gendarmes. Ces différentes pages sont écrites dans un style qui étonne. En effet, le récit est rempli de répétitions (« c'était », « il y avait », « et puis ») qu'on a pour habitude de déconseiller aux auteurs. Mais là, ce style rend le texte éminemment poétique. Il permet de faire ressortir l'humanité des rencontres, la fragilité mais aussi la force de la jeune femme et la beauté du rapport entre l'homme et la nature. La nature joue en effet son rôle dans l'apaisement, le retour à soi. Un épilogue de toute beauté vient clôturer ce roman qui m'a rendue exsangue.
Je ne sais pas si je peux vraiment conseiller la lecture de ce livre car je pense que le prologue peut choquer plus d'une personne mais je suis stupéfaite du traitement littéraire par l'auteur des thèmes de la violence et de la résilience. Un roman qui sort des sentiers battus et invite à sortir de sa zone de confort.
Lien : http://www.leslecturesdumout..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
DanieljeanDanieljean   08 octobre 2016
Elle était de grande taille et elle était très maigre, et elle avait de longues jambes très souples et nul doute qu’elle avait fait beaucoup de danse depuis l’enfance, et elle marchait de son immense pas de danseuse sur le bord de la nationale, et elle possédait des cheveux longs et blonds qui étaient coiffés en dreads minces, comme si elle avait omis de défaire de fines tresses qu’elle aurait possédées autrefois et qui se seraient transformées en dreads au fil du temps, et elle avait attaché sur une dread, avec un petit élastique rose, des plumes d’oiseaux qu’elle avait trouvées sur le bord de la nationale et qu’elle avait trouvées belles et les plumes flottaient doucement dans les remous de l’air durant sa marche, et elle possédait un visage long et mince avec une peau hâlée par le soleil et l’air libre, et elle possédait un petit nez écrasé et dévié à sa base, et elle possédait, sur la lèvre inférieure, une mince cicatrice qui serait restée invisible si la pâleur de la cicatrice n’avait pas contrasté avec le hâle du visage, et ses yeux étaient bleus comme le ciel et continuellement brillants et comme électrisés, et son regard semblait si perdu à tous ceux qu’elle croisait sur sa route que, lorsqu’ils l’observaient passer, ils avaient l’impression qu’elle ne les voyait pas, ou que, même, elle aurait eu la bizarre certitude, tellement elle n’aurait pas existé, que c’étaient les autres qui ne la voyaient pas.
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Virginie_VertigoVirginie_Vertigo   20 décembre 2016
Elle partirait le lendemain, […] elle alla une dernière fois sur le banc dans le parc avec le jeune infirmier, […] puis le jeune infirmier se mit à lui parler sans la regarder et lui dit qu’il ne bénirait jamais assez le jour où elle avait été hospitalisée parce que c’était ainsi qu’il avait pu la rencontrer, et il lui dit qu’elle était un être rare et beau et qu’il était heureux qu’elle existe, et il lui dit qu’il ne savait pas ce qui s’était vraiment passé pour elle mais que c’était sans doute quelque chose d’effroyable, […] mais il dit que, quoi qu’il se soit passé, ça n’avait pas pu entamer sa valeur et sa beauté…
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karkarotkarkarot   19 septembre 2018
Putain j'y crois pas dit l'homme en se donnant des gifles légères, comme pour vérifier qu'il ne rêvait pas, regardez la jolie pute qu'on s'est dénichés là, il dit aux autres hommes qui l'accompagnaient, et c'était un groupe d'hommes hétéroclite, comme on aurait jamais cru qu'il puisse se constituer, et celui qui semblait être le leader du groupe et s'était donné de petites gifles d'un air comique portait un costume gris et brilant avec une cravate en cuir noir sur une chemise rose, et il portait des chaussures italiennes avec le bout effilé qui remonte, tout à fait dans le style d'un commercial de province, et il commençait à être âgé, et il était atteint d'un début de calvitie et il avait fait teindre en blond des cheveux naturellement grisonnant...
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DanieljeanDanieljean   08 octobre 2016
Elle marchait sur le bord de la nationale et elle portait des Uggs relâchées et râpées dont la tige déchirée d’une botte avait été recousue avec du fil dentaire et dont la fourrure intérieure en laine blanche s’était beaucoup aplatie et avait viré au marron crasseux, et elle portait un jeans Diesel déjà troué et délavé à l’état neuf et qui s’était encore davantage élavé avec le temps et dont la trame élimée s’était défaite en beaucoup d’endroits mais surtout sur les cuisses et à l’arrière des fesses, ce qui laissait voir sa peau en dessous qui était très lisse et bronzée, et elle portait un blouson en polaire imprimé de chevrons orange et bleu, très vifs à l’origine mais dont la couleur s’était beaucoup affadie, et, malgré la chaleur de l’été, elle portait continuellement le polaire par-dessus une chemise Levi’s dont la toile, de même que pour le pantalon, était complètement délavée et élimée, et elle avait refermé tous les boutons pression en nacre de la chemise mais le col ne suffisait pas à entourer son cou maigre qui flottait dedans, et la peau de son cou était tellement fine et fragile que le frottement de la bordure du col, bien que le textile y soit effrangé et rendu doux de contact, l’irritait beaucoup et que la peau présentait en permanence une rougeur sur tout le pourtour du cou, et tous ces vêtements qui avaient été un jour à sa taille étaient trop larges pour elle maintenant et donnaient l’impression d’être portés depuis beaucoup de temps.
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DanieljeanDanieljean   08 octobre 2016
Elle portait plusieurs bracelets brésiliens à un poignet et la couleur des bracelets était fanée et les nœuds des bracelets étaient tellement effilochés que les bracelets semblaient proches du moment de leur chute, c’est-à-dire le moment où il est convenu qu’un vœu doive être fait, mais il ne semblait pas qu’elle ait un autre vœu à faire que celui d’avancer le plus rapidement possible sur le bord de la nationale, et elle portait sur le dos un gros sac-poubelle noir de type industriel, et elle le portait comme il est montré sur les cartes de fin d’année que le Père Noël porte son sac empli de jouets, sauf que son sac à elle était plutôt vide, et elle portait aussi parfois le sac d’une main avec son contenu posé en paquet au sommet du crâne et avec le cou bien étiré et avec le buste très droit, ce qui, avec son regard vague et fiévreux, lui donnait un air de grande fierté et de haute noblesse, comme si elle avait été une princesse en exil.
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