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EAN : 9782714303028
213 pages
José Corti (01/08/1989)
3.92/5   68 notes
Résumé :
« Cela se passait pendant les années de la guerre de 1914-18 ; le tramway, la savonnerie, le défilé glorieux, majestueux, du train au travers des rues, auquel il ne semblait manquer que la haie des acclamations, sont le premier souvenir que j'ai gardé de Nantes. S'il y passe par intervalles une nuance plus sombre, elle tient à la hauteur des immeubles, à l'encavement des rues, qui me surprenait; au total, ce qui surnage de cette prise de contact si fugitive, c'est-... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Ingannmic
  26 mai 2016
Depuis que j'ai lu "la forme d'une ville", je me considère comme l'une des lectrices les plus chanceuses du monde ! Car j'ai trouvé MON livre.
Celui que, si les dieux de la plume m'avaient donné une once, non pas du talent de Julien Gracq -je n'oserais pas viser si haut-, mais même d'un écrivain mineur, j'aurais pu écrire.
Celui qui a insinué, sans pudeur, les méandres de ses phrases au coeur même de mes souvenirs, qui a touché avec une acuité presque douloureuse le centre nerveux de mes émotions les plus intimes.
Et pourtant, voici un roman qui paraîtra sans doute aux yeux de la plupart des autres lecteurs comme inintéressant, voire ennuyeux. Qui passera pour le guide obsolète, partial et fragmentaire, d'une ville qu'il ne donnera probablement pas envie de découvrir.
L'auteur y évoque Nantes, où il vécut au début des années 20, alors qu'il était pensionnaire au lycée Clémenceau, situé en centre ville. Pour être juste, il évoque surtout l'empreinte qu'ont laissée en lui les souvenirs qu'il a gardés des différents lieux de la ville qu'il fût amené à parcourir, à fréquenter.
Ainsi, plus que sur la description des rues, places, et autres bâtiments, c'est sur les interactions qui s'établissent entre l'individu et l'endroit qu'il habite qu'il s'attarde. Sur la façon dont les lieux créent en vous des images mentales qui deviennent avec le temps des réminiscences, constituant des références à l'aune desquelles, durant toute votre existence, vous comparerez d'autres lieux, d'autres ambiances... Sur la façon dont, à l'inverse, le regard que vous portez sur la ville, modelé par votre expérience, votre état d'esprit, la transforme, la rendant à chacun unique et personnelle.
"... ce n'était pas là seulement une ville où j'avais grandi, c'était une ville où, contre elle, selon elle, mais toujours avec elle, je m'étais formé".
Une ville qu'il dépeint pourtant comme peu flamboyante, ne présentant d'un point de vue monumental que des beautés de second ordre. Ville de taille moyenne, qui, ayant artificiellement comblé son fleuve, n'est ni de mer ni de campagne, ni bretonne ni vendéenne... Mais c'est justement, selon Julien Gracq, cette singularité qui la rend si attachante : sorte d'électron libre, indépendante de ses racines terriennes et fluviales et donnant ainsi l'impression, centrée qu'elle est sur elle-même, de se nourrir d'une vie autonome, purement citadine. C'est aussi cette absence de grandeur architecturale qui lui a rendu la ville sensuellement plus proche, plus familière.
Nantes, décrite par l'auteur, ne s'appréhende pas dans son ensemble, mais au fil de d'itinéraires familiers, de points de repères attachés à des épisodes de sa vie, par ailleurs peu remarquables, de lycéen. Il nous en livre une connaissance viscérale, émotive, libre de toute érudition, l'histoire ou la culture étant alors occultées car associées aux contraintes d'un enseignement scolaire qui ne le passionnait guère...

J'ai déambulé avec lui dans les rues familières, entendu résonner profondément en moi les noms des parcs, des boulevards. J'ai reconnu ces résonances que laissent en nous avec une force discrète mais pérenne les lieux de l'enfance. J'ai pourtant connu Nantes, où je suis née, à la fin des années 70 et 80. C'est donc par conséquent surtout la ville où Julien Gracq revient, au moment d'écrire ce roman, en 1985, que j'ai connu. Lui-même y constate à l'occasion de ces retrouvailles le poids des évolutions -pour certaines regrettables- qui ont modifié la ville, énumère les plaies et les déchirures, les défigurations, pourtant sans regret ni nostalgie. Car peu importe l'époque, et ce que la ville est devenue... il démontre en effet que ce qui laisse en vous sa trace, n'est pas la ville telle qu'elle est, mais telle qu'à un moment, vous l'avez vue, et ressentie.
Comme l'auteur, mon existence à Nantes, bien qu'un peu plus longue, fut temporaire, puisque je la quittais à l'âge de 14 ans. Et je me demande du coup si cet éloignement n'est pas ce qui rend sa présence en moi d'autant plus marquante. L'image qu'on garde d'un lieu où l'on a vécu et vers lequel on ne revient que rarement, se pare d'une dimension immuable, et peut-être idéalisée.
En lisant "La forme d'une ville", j'ai eu l'impression que Julien Gracq avait su capter non pas tant ce qui fait l'essence de Nantes, et la caractérise, mais l'exacte vision qu'elle a imprimée en moi. Rien que ça...
Alors, je ne sais pas si son roman parlera à d'autres lecteurs. Je pourrais vous en conseiller la lecture rien que pour en apprécier l'impeccable broderie que constitue l'écriture si justement minutieuse de l'auteur, mais ressentirez-vous cette puissance d'évocation qui m'a tellement remuée ? J'en doute... sauf si, bien sûr, vous avez passé vous aussi, ne serait-ce qu'un instant de votre vie, à flâner dans les rues de Nantes...

Lien : http://bookin-inganmic.blogs..
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ATOS
  25 août 2012
La ville de Gracq prend la forme d'une orange. Quartiers d'un tout. Une toile d'araignée tissée entre la Loire et l'Erdre. Nantes la Grise - La ville à la rondeur d' un galet. Une partance. Ce sont les premières années de la vie de Gracq qui cheminent et se superposent. Et ce sont ces images, cet atmosphère, qui s'imprimeront dans son esprit et qui l'accompagneront durant tout son parcours littéraire. Pas de tourisme, pas de grande leçon d'histoire, mais des lumières, des odeurs, des contrastes, des ombres, des bruits. Un possible, une annonce dans un regard d'enfant. La ville vit, croit, s'enfouit, ressurgit en dehors de nous. Mais elle nous imprègne à tout jamais. Elle nous forme et nous la reformons. Sans cesse nous la reformulons mais nous ne la répétons jamais. L'empreinte qu'elle nous laisse est elle plus marquante que la forme que nous lui donnons ? Les strates de nos vies construisent les villes. Une déambulation très intéressante.
Astrid SHRIQUI GARAIN
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hhenry
  17 juillet 2020
C'est une ode à Nantes et à ses campagnes! C'est une nostalgie douce et qui sent bon la madeleine de Proust.
Nantes vécue et admirée par un Julien Gracq encore adolescent. Où la grille et les fenêtres du lycée, où il est interné deviennent le cadre de toutes ses projections concernants cette ville.
C'est une déambulation presque mental, l'imagination, la nostalgie faussant parfois la réalité d'une ville bercée en bord de Loir
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Ainhoa
  02 septembre 2011
Je crois qu'il s'agit du livre le plus ennuyeux que j'ai jamais lu...
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
dourvachdourvach   28 décembre 2021
Quand je poussai une dernière fois derrière moi la porte du jardinet de la rue Haute-Roche, le jour qui se levait avait cette rémission limpide, bénigne, d'après-matines, encore peuplée par le seul chant des oiseaux, qu'évoque toujours pour moi le titre d'un roman d'André Dhôtel que je n'ai pas lu : "Les Rues dans l'aurore".

[Julien GRACQ, "La Forme d'une ville", José Corti éditeur (Paris), 1989]
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AntigoneStrangeAntigoneStrange   15 novembre 2014
Je n'ai nulle aversion pour les villes fourmillantes, tintantes et résonnantes, qui semblent s'exalter dans leur propre clameur et donnent parfois le présentiment de ce que pourrait être un orgasme de la pure activité.
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ATOSATOS   25 août 2012
Et le nom de terrains vagues, que j'ai d'ailleurs salué, recouvre ici pour moi un désir en même temps qu'une image élue : la confusion embrume par places ces lisières des villes en fait des espaces de rêves en même temps que des zones de libre vagabondage.
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ATOSATOS   25 août 2012
Les livres ont leurs racines, comme les plantes, et comme celles des plantes, elles sont souvent sans grâce et sans couleur.
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ATOSATOS   25 août 2012
Une ville qui nous reste aussi longtemps à demi interdite finit par symboliser l'espace même de la liberté.
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Vidéo de Julien Gracq
Lecture de Lettrines de Julien Gracq par Constance Dollé et Emmanuel Noblet
Pour la cinquième année consécutive, la BnF invite à écouter les mille et une voix de la Bibliothèque. Lectures, performances et spectacles habitent les espaces du site François-Mitterrand, inspirés cette année par l'exposition phare de la saison, Henri Cartier-Bresson. le Grand Jeu.André Breton a été une figure essentielle pour Henri Cartier-Bresson et Julien Gracq qui ont tous deux participé aux réunions des surréalistes dans les cafés de la place Blanche. « C'est au surréalisme que je dois allégeance, car il m'a appris à laisser l'objectif photographique fouiller dans les gravats de l'inconscient et du hasard », dit le photographe. On aime l'idée qu'un même hasard, guidé par le flux des idées journalières, ait accompagné Julien Gracq dans la rédaction de ses Lettrines, « un ensemble très libre, une mosaïque de notes de lecture, de réflexions, de souvenirs ». Les comédiens Constance Dollé et Emmanuel Noblet prêtent leurs voix à quelques-uns de ces fragments dans un échange libre et inspiré, au plus proche du ton du texte.
Lecture enregistrée le 5 juin 2021 à la BnF I François-Mitterrand dans le cadre de la Bibliothèque parlante, Festival de la BnF
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