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Bernhild Boie (Préfacier, etc.)
ISBN : 2714310575
Éditeur : José Corti (07/04/2011)

Note moyenne : 4.38/5 (sur 13 notes)
Résumé :
Ce livre est constitué de deux textes qui s’éclairent mutuellement. Les deux manuscrits figuraient sur deux cahiers différents, parmi le fonds important de textes dont, pour certains, Julien Gracq n’avait pas souhaité qu’ils soient publiés avant longtemps.

Le premier texte est un Journal, qui commence le 10 mai et se termine le 2 juin 1940, écrit à la première personne. C’est un moment crucial de la guerre puisque, après la fameuse « drôle de guerre ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
VanilleBL
  18 septembre 2013
Parmi les manuscrits légués par Julien Gracq à la Bibliothèque Nationale de France se trouvent deux petits cahiers, un rouge, l'autre vert, frappés de l'image du Conquérant, deux petits cahiers d'écolier qui derrière leur apparente modestie constituent une véritable découverte et un trésor tant littéraire qu'historique.
Ce sont d'abord des découvertes d'une autre facette jusqu'alors inconnue de l'auteur du Château d'Argol et du Rivage des Syrtes puisque ces Souvenirs et Récit nous dévoilent un écrivain autographe et deux écrits relatant des expériences vécues, ce qui jamais ne sera le cas dans le reste de son oeuvre. Ils sont tout aussi précieux sur le plan historique, le Lieutenant Louis Poirier qu'il était alors narrant au jour le jour les trois semaines de sa campagne (10 mai 1940 - 2 juin 1940), jusqu'à ce qu'il soit fait prisonnier par les Allemands dans ses Souvenirs et tentant de saisir l'expérience de la guerre par la fiction dans le Récit en ne retenant que deux jours emblématiques de la "drôle de guerre", les 23 et 24 mai 1940.
Tout est fascinant dans ces écrits : pris dans la tourmente de la guerre, l'écrivain ne peut s'empêcher d'éprouver un prodigieux intérêt pour les événements et d'en tirer matière à l'observation, à l'analyse et à l'écriture, d'y trouver malgré tout une inspiration rare. "Même dans ces souvenirs si précisément rattachés au quotidien de la campagne, le réel à tout bout de champ fait preuve de sa prodigieuse aptitude à déraper dans l'absurde, à plonger dans la fantasmagorie et à dériver immanquablement vers l'imaginaire, montrant que l'écrivain aussi peut y trouver son bien". Lorsqu'il se retrouve au front, Gracq est encore un jeune homme, professeur d'Histoire-Géographie débutant, officier inexpérimenté et auteur d'un premier roman : "de ces trois voix, c'est celle du soldat qui parle le plus fort, celle de l'historien qui est la plus discrète alors que celle de l'écrivain se fait entendre en contrepoint."
Et l'on retrouvera dans ses romans cette tension naissant entre une attente exaltée et la menace de l'événement comme si cette expérience ancrée en lui n'en finissait pas de resurgir sous sa plume en des formes différentes. le point de vue adopté dans les Souvenirs, la forme retenue d'une sorte de carnet de bord nous plonge directement dans le quotidien vécu de la guerre "avec ses corvées, ses fatigues, ses terreurs et ses farces". D'aucuns seront surpris en effet de trouver dans cet écrit un certain humour, une ironie narquoise et corrosive. On remarque aussi une grande sobriété, voire parfois un peu de laconisme dans la présentation des faits, comme si la peur était sourde et les dangers irréels, comme si tout cela n'était qu'une grande et "vraie fantasmagorie", un "jeu de colin-maillard", une aventure intrigante : "curieux comme à ces heures qui devraient être en principe de tension grave et pesante, on vit légèrement - à fleur de peau. Sans penser à rien.", dans "un vague état d'hébétude".
La "drôle de guerre" est bien là, une guerre où tout semble faux, un simulacre de guerre où chacun fait "comme si" : "rien d'authentique ne sera sorti de cette guerre que le grotesque aigu de singer jusqu'au détail 1870 et 1914". Et par moment, "la guerre s'envole, comme le cerceau de papier qu'on crève (...) et derrière, c'est comme partout."
Mieux que personne, par sa langue précise et impeccable, par son sens aigu et intense de l'observation et de la formule, par sa lucidité sans concession, par son expérience vécue profondément, ressentie, intériorisée et exprimée, plutôt que de décrire la déroute de 1940, Louis/Julien nous la fait vivre, nous fait attendre, vibrer, frémir, espérer et désespérer, nous engager et nous replier. A travers ses yeux et son esprit, nous sommes nous aussi en campagne, embarquée dans cette "drôle d'aventure". Et avec lui, mains levées, nous crions :"Ne tirez pas, nous nous rendons."
Le Récit, lui, est court et resserré, deux jours et deux nuits qui donne à la narration son cadre temporel mais pas sa mesure, puisque des digressions de la mémoire et de l'imagination transforme l'enfilade d'événements en "nébuleuse d'impressions et de faits". Les deux journées choisies sont celles où véritablement la guerre a été pour lui à proximité avec deux épisodes dramatiques, lourdement chargées d'émotion et de sens, dont la description frappe par la véhémence de l'expression, "comme si l'écrivain tentait d'imprimer aux mots la violence des sensations vécues". Et pourtant toujours, malgré la violence, malgré la tension, il y a toujours de l'absurde, de l'irréel, du fantasmagorique, tant "le peu de cohérence de toute cette affaire frappe d'étonnement" et laisse perplexe. La menace est là, latente mais impalpable. Mais "quand on a une bonne fois pris son parti de l'absurde, commencé à respirer dedans - personne ne peut savoir où cela va mener". Et même quand arrive le temps de l'affrontement, se produit "une drôle de collision - qui faisait dans l'esprit des étincelles peu ordinaires - entre la Débâcle du père Emile et les aventures des Pieds Nickelés"...
On peut donc légitimement penser que c'est avant tout par sa part d'irréel et de fantasmatique que la guerre est devenue et a pu rester un tremplin pour l'écriture.
Dans les Souvenirs comme dans le Récit, il est à remarquer que "l'écriture est étroitement ajustée à l'émotion immédiate. Pour une réaction à fleur de peau, la plume trouve spontanément le ton et l'expression juste." Et au-delà même de cet ajustement parfait, de cette adéquation fascinante entre le ressenti et l'exprimé, la plume parvient aussi à se faire poétique et métaphorique, incisive et implacable, magnifiquement littéraire et inspirée. Les mots deviennent capables de retenir le vécu en lui donnant une forme - et quelle forme !
Et en plus du plaisir et du bonheur inattendus de la lecture de ces écrits jusqu'alors secrets, la présente édition les propose en fac-similé, ce qui permet d'observer l'écriture fine, serrée, régulière de l'écrivain, de constater que le texte a été écrit au fil des mots, avec peu de corrections, tout au plus quelques biffures, quelques suppressions de tel verbe, de telle répétition afin de désencombrer la phrase, de donner au texte l'allure incisive d'un journal de bord. On remarque davantage de ratures vers la fin du manuscrit, avec des phrases et passages entiers barrés, marquant la volonté affichée d'anéantir tout superflu, de resserrer l'expression.
Julien Gracq n'avait jamais publié ni même mentionné les textes de ce volume. On ne peut qu'être heureux de voir enfin dévoilées et offertes à notre lecture ces pages précieuses, uniques et magnifiques.
Lien : http://www.paroles-et-musiqu..
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dourvach
  13 juin 2015
Le premier long texte publié de ces deux "manuscrits de guerre" posthumes de Julien Gracq s'intitule "Souvenirs de guerre" (pages 31 à 158). Ils sont ceux du lieutenant Louis Poirier et sont une merveille... Merveille de pur témoignage et de Littérature "vraie". Il s'agit du journal de sa "Drôle de guerre", mis au propre par un écrivain débutant ("Au château d'Argol a été publié en 1938, "Un beau ténébreux" en 1945) sur un cahier "Le Conquérant" -- nom de marque dont l'ironie cruelle et tendre nous nargue ! -- sans doute au retour de son "stalag" (camp de prisonniers) ; en effet, Louis Poirier dut se rendre et rejoindre la longue file des prisonniers le 2 juin 1940.
Ce texte vibrant et sobre, est paradoxalement un "bain de vie" permanent. Ici, strictement aucun "effet" d'écrivain. Plus rien ici des bouillonnements permanents de son "chaudron de sorcier" du pur romanesque, des circonvolutions stylistiques tourbillonnantes drapant son "Au château d'Argol" de qualificatifs et d'adverbes sans nombre, d'images mentales surimprimées au long de phrases de dimension parfois impressionnante.
Nous sommes ici quasi dans les "mots-matières" chers aux "atmosphères" de notre cher Wallon universel, Simenon. Les cieux blancs aveuglants que l'on connaît "Chez les Flamands". Les petits jours à haleine sèche. Le froid qui vous mord les orteils. L'odeur lourde des eaux mortes. Humus pourrissant que l'on foule. L'heure de la sensation brute. Encerclements nocturnes par des voix germaniques... Avec pour seuls -- pesants, taciturnes et omniprésents -- compagnons d'infortune, ces personnages frustes qui hanteront son futur "Un balcon en forêt" (1958) : ces Bretons soiffards, qui se ravitaillent à la diable, dorment et ronflent comme des brutes. Le lieutenant G. (pardon, le "lieutenant Poirier", et non encore "Grange"...), pendant ce temps, ne fait pas corps avec "la troupe" : il observe, hume, calcule, emplissant malheureusement peu à peu son esprit -- qu'il voudrait toujours libre -- des plus sombres présages... " Il y a du Labiche là-dedans, c'est sûr ! " Et cette foutue impression de tourner en rond... Du 10 mai à Winnezeele jusqu'à Hoymille (Houtland) le 2 juin. Ces lisières de marécages, ces hauts de polders... L'impression de ne décidément pouvoir rien pouvoir surplomber en ce trop "Plat Pays" tendrement célébré par Jacques Brel... Errance d'un régiment, depuis la Flandre intérieure jusqu'en Frise occidentale hollandaise, pour revenir aux faubourgs de Dunkerque. Odeurs méphitiques de marais puis de cave. Se terrer. Mais c'est fini : "La porte de la cave s'ouvre. Je crie : "Ne tirez pas. Nous nous rendons." Le 4 juin, Dunkerque tombera.
Une oeuvre puissamment sensorielle... Solide introduction littéraire aux mondes enchantés, minéraux et sylvestres de "Le rivage des Syrtes" (1951) et de "Un balcon en forêt" (1958). Annonçant aussi le romantisme flamboyant à l'oeuvre aussi bien dans "Un balcon en forêt" et sa longue nouvelle "le Roi Cophetua" (dans le recueil "la Presqu'île"), récit d'une "drôle d'attente" durant la guerre de 14-18...
Ajoutons que l'avant-propos de son exécutrice testamentaire Berhild Boie (pages 7 à 31) -- qui oeuvra par ailleurs aux deux Intégrales de la collection "La Pléiade" -- est passionnant.
Le "récit" qui forme la seconde partie de l'ouvrage (pages 161 à 246) - sorte de"mise en roman et tentative de distanciation à la troisième personne du singulier des fascinants "Souvenirs de guerre" précédents n'apportent rien de plus à la puissance du premier écrit.
Gracq est un poète : réellement en toutes circonstances... ;-)
Vous invitant par aileurs à découvrir ci-dessous l'article si documenté et pertinent du "Magazine littéraire", dû évidemment au talentueux et rigoureux Pierre ASSOULINE, (pas moins de trois pages à imprimer avec ferveur !), Piere Assouline dont j'attends personnellement la future biographie monumentale de "notre" géographe sentimental universel : Julien GRACQ fut bien notre "Dernier romantique"... Réclamons-la lui, dès aujourd'hui et à voix multiples... Après celle, magistrale, de Geoges Simenon, Pierre Assouline ne nous la "doit"-il pas ? :-)

Lien : http://www.regardsfeeriques...
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Scara
  11 novembre 2011
Evidemment, des souvenirs de guerre rédigés par un futur grand écrivain ont un peu plus de poids que ceux d'un homme ordinaire, on se dit que l'écrivain en formation aura su concentrer un peu plus de cette réalité dans ses mots.
Ce que raconte l'auteur ici est pourtant très éloigné d'un roman. Pénibles tribulations d'une petite troupe qu'on envoie aux Pays Bas quand ça cartonne en Belgique, qui reçoit l'ordre de se rendre dans un patelin sans avoir la moindre idée du chemin à emprunter, mais qui trouve des cafés ouverts sur sa route, ses officiers déjeunent aux restaurants du coin.
L'unique rencontre avec l'ennemi est totalement fortuite, et ce qui deviendra un acte de bravoure n'est sur le moment qu'un jeu de hasards.
Oui vraiment, il faut sans doute un talent d'écriture pour donner à ce récit un tel réalisme!
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SCOman
  22 octobre 2013
Les éditions José Corti ont eu la très bonne idée de ressortir des placards de la Bibliothèque Nationale de France deux cahiers d'écolier inédits, rédigés par Julien Gracq lui-même. C'est pourquoi ces Manuscrits de guerre, que l'auteur ne souhaitait à l'origine pas publier, nous sont livrés aujourd'hui, en deux parties bien distinctes. La première, intitulée Souvenirs de guerre, prend la forme d'un journal tenu au jour le jour par le lieutenant Poirier (Louis Poirier est le vrai nom de Julien Gracq). Écrit à la première personne, il narre les tribulations du chef de section et de son unité en territoire belge, sur une période comprise entre le 10 mai et le 2 juin 1940. Oscillant entre le comico-burlesque et le dramatique, Louis Poirier exprime ses doutes, ses peurs, ses incompréhensions devant une guerre insaisissable. Bringuebalant son unité par monts et par vaux, aux ordres d'un commandement militaire visiblement dépassé par la vitesse de l'avancée allemande, il se retrouve confronté aux vicissitudes du quotidien : ravitaillement de la troupe, changements d'itinéraires, contre-ordres, accrochages éphémères avec l'ennemi. Récit, la seconde partie de l'ouvrage, narre quant à elle à la troisième personne les aventures du lieutenant G. et de ses hommes, sur les seules journées du 23 et 24 mai. Julien Gracq réalise l'exercice de style consistant à mettre en récit ce qui, dans les [...]
Lien : http://leslecturesdares.over..
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brigetoun
  12 mai 2011
deux textes :
le journal rétrospectif de la campagne du lieutenant Louis Poirier/Julie, Gracq, passionnant (et bien écrit) pour ce regard personnel et témoignage sur mai 40, journal d'un lieutenant perdu dans cette déconfiture, mais lieutenant en révolte rentrée, et sensible à la beauté du paysage - et un récit retravaillé, essai avorté de "mise en littérature" de deux de ces journal, écriture travaillée, troisième personne adoptée, mais grande proximité avec le journal
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Les critiques presse (4)
LaPresse   05 août 2011
L'écriture puissante, dense et parfois anaérobique de Gracq comblera les attentes de ses inconditionnels. On reste toutefois sur notre faim. Mais comme le dit sa traductrice américaine, Ingeborg Kohn, l'ouvrage permet de révéler tout un volet de l'auteur, celui d'un «officer and gentleman», dit-elle.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaPresse   27 juin 2011
L'écriture puissante, dense et parfois anaérobique de Gracq comblera les attentes de ses inconditionnels. On reste toutefois sur notre faim.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaPresse   14 juin 2011
Julien Gracq [...] décrit au présent sur 77 pages, au jour le jour et à la première personne, trois semaines de sa campagne entre la fin de la Drôle de guerre [...] et la capitulation française.

[Et il] rédige un court récit, sans titre, qui transforme en fiction l'expérience de la guerre et les tensions qui l'habitent.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaPresse   04 juin 2011
Julien Gracq, professeur d'histoire-géographie et écrivain en herbe dans le civil, rédige un court récit, sans titre, qui transforme en fiction l'expérience de la guerre et les tensions qui l'habitent.

L'écrivain passe du «je» au «il», crée le personnage du lieutenant G. et condense sur deux jours l'intrigue qui se termine dramatiquement.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations & extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   11 avril 2013
À quatre heures moins le quart le matin : je m’éveille dans ma chambre à carreaux rouges. Quel bruit ! La D.C.A. tire vraiment beaucoup plus fort que d’habitude – n’arrête pas. Partout des vrombissements de moteur. Des mitrailleuses maintenant crachent tout près dans les champs, autour de moi insistent. Il y a dans la persistance de ce fracas quelque chose d’insolite, ce matin. Faut-il me lever ? Je suis vraiment bien couché dans ce lit de ferme, dans cette chambre fraîche. Tout de même – une demi-heure, trois quarts d’heure, et le vacarme ne cesse pas. Et voici qu’on tire à deux cents mètres : sans doute un de mes fusils-mitrailleurs en D.C.A. Il fait un beau soleil tout neuf, maintenant. Pas trop tranquille pour sortir : j’ai l’impression que les éclats de D.C.A. doivent pleuvoir partout. Mes hommes sont tout affairés autour de leur F.M., mais la dernière idée à leur venir serait bien de tirer. Ouvrir le feu, après huit mois de cantonnement tranquille. Ils ont le sentiment obscur, on dirait, que cela ne peut se faire sans un peu plus de solennité. Ils me regardent perplexes. Pourtant on voit des avions. Un gros trimoteur vient vers nous dans le soleil, à cinq cents mètres. Je tire, sans trop viser, – c’est évidemment symbolique. Les hommes ont l’air de trouver ça drôle, un peu incongru. Je brise un charme, on dirait que j’ouvre la porte au malheur. Maintenant tout le monde discute : il paraît que des avions sont venus en rase-mottes mitrailler nos postes frontières. La troupe grouille un peu partout – le feu n’arrête pas de crépiter. Obscurément chacun sent que la chose prend des proportions, l’événement s’organise, se dispose. Enfin le calme : nous nous décidons à aller prendre le café. Soudain, à une dizaine de kilomètres, une énorme explosion, finale, majestueuse. On saura plus tard que c’est à Borre, le cantonnement que nous habitions il y a un mois. Un bombardier a explosé au sol avec toutes ses bombes, tuant une centaine de curieux. Je me hâte vers la popote – j’ai un mauvais pressentiment, le coeur serré. Ça doit y être, cette fois. À la porte, je rencontre De K. qui loge dans la ferme, l’air agité : « Mon lieutenant, ça y est, ils ont envahi la Belgique ». Il vient de l’apprendre par la radio. Allons, c’est fait. Quelque chose en moi se met à un autre cran : comment dire mieux. Mais c’est très vague. Comme si tout à coup on respirait un air plus raréfié – un autre régime pulmonaire, et plus moyen de redescendre
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brigetounbrigetoun   12 mai 2011
il n'y avait rien à répondre, que de serrer en soi dans un froid noir ce qui pouvait rester du courage imbécile que tout abandonne), au-devant d'un rouleau compresseur dont rien ne grippait les engrenages, et qui après vingt-cinq ans qu'on en avait tant ri s'était mis en devoir d'écraser, cette fois d'une bonne allure de galop de course et vraiment du coeur à l'ouvrage, l'asphalte enfondu de sueur des routes nationales. L'asphalte, et un peu de ce qui circulait dessus, le coeur mal à l'aise comme sur une glace pas trop solide (on avait vu comme elle se mettait à frire sous les rafales des mitrailleuses), un oeil sur les mouches brillantes et l'autre sur le fossé proche, comme les fourmis collées à la raie du plancher.
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SCOmanSCOman   22 octobre 2013
Une espèce de flou apparaissait là où tout eut dû être taillé à arrêtes vives : ordres approximatifs, destinés peut-être à sa couvrir, qui demandaient beaucoup en s’attendant à obtenir un peu moins – directions mal précisées : " par là " – " un kilomètre plus loin " – compte rendus jamais demandés, pas plus qu’on demande à un pion sur un échiquier comment il passe sont temps – missions des plus vagues, parfois complètement passées sous silence, comme s’il s’était agi avant tout de faire acte de présence pour la bonne règle dans une espèce de champ de bataille abstrait, pour " compléter le dispositif ", sans qu’on en attendit vraiment quelque résultat que ce fût.
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brigetounbrigetoun   12 mai 2011
Ce qui frappe dans toutes ces actions, c'est la complète incohérence. Du moins du petit coin où nous sommes. Ces allemands qui passent, sur qui nous ouvrons un feu d'enfer, et qui ne répondent pas d'un seul coup de fusil. Puis rien. Puis cette attention soudaine du canon anti-char. Puis on nous oublie, on nous délaisse, comme le pinceau aveugle d'un projecteur qui sautille sur une étendue de campagne.
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brigetounbrigetoun   12 mai 2011
Le soleil se levait dans un ciel magnifiquement pur, et le lieutenant G., troublé quand même et fort nerveux, s'étonnait que la fusillade assombrit si peu le paysage de matin d'été ; le feu d'infanterie derrière les masses de feuillage n'était pas déchirant, ni brutal - plutôt mat, comme un promeneur qui frotte du bout de sa canne en marchant vite les barreaux d'une grille de square.
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Videos de Julien Gracq (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Julien Gracq
"Lautréamont raconté par Julien Gracq", émission "Communauté radiophonique des programmes de langue française", diffusée sur l'O.R.T.F. le 14 octobre 1968.
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