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EAN : 9782714303417
276 pages
Éditeur : José Corti (01/08/1989)
4.08/5   26 notes
Résumé :
Ces deux séries d'entretiens ne feront pas mentir la légende d'un Julien Gracq, aussi secret qu'il est célèbre. Chez lui, à Saint Florent le Viel, il répond aux questions de Jean Paget en 1969 et de Jean Daive en 1977.

Tout livre pousse sur d’autres livres, et peut-être que le génie n’est pas autre chose qu’un apport de bactéries particulières, une chimie individuelle délicate, au moyen de laquelle un esprit neuf absorbe, transforme, et finalement re... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
BVIALLET
  30 octobre 2012
Ce recueil comporte quatorze textes de formes assez différentes ayant tous pour sujet la littérature en général et les « préférences » de Gracq en particulier. Certains articles sont des analyses assez savantes de l'oeuvre et du style littéraire d'auteurs aussi connus que Chateaubriand (qu'il nomme le « Grand Paon », c'est tout dire), Racine et Barbey d'Aurevilly qu'il égratigne au passage, Lautréamont, Edgar Poe, Junger et Novalis pour qui il a une grande admiration. Il nous propose également de véritables études littéraires comme le « Spectre du poisson soluble » sur le surréalisme, « A propos de Bajazet » sur le classicisme ou « Un centenaire intimidant » consacré à l'oeuvre de Rimbaud. le lecteur découvrira une conférence donnée à l'Ecole Normale Supérieure intitulée « Pourquoi la littérature respire mal » dans laquelle, entre autres choses, il démontre qu'il y a deux sortes de littératures : celle des créateurs et celle des monnayeurs qui « vulgarise pour les lecteurs attardés la production au ton d'avant-hier ». La littérature de création se subdivisant elle-même en deux écoles, une littérature de rupture (celle du nouveau roman, de l'existentialisme ou du surréalisme) et une littérature de la continuité ou de la tradition. Toutes deux coexistent au lieu de se combattre et de s'annihiler. « Les yeux bien ouverts » est un entretien radiophonique sous forme de dialogue sur le thème de la rêverie, du voyage et de la chambre interdite.
Et enfin, last but not least (en réalité le texte d'ouverture de l'ouvrage et le plus intéressant à mon goût) « La littérature à l'estomac », un long article ou un court essai sous forme de véritable pamphlet publié en 1950 dans la revue « Empédocle » de Marcel Camus. Gracq y brosse un état des lieux argumenté de la littérature de son époque. Au sortir de la guerre, il constate que les gens lisent de moins en moins (que dirait-il aujourd'hui ?). Les lecteurs et critiques préfèrent se baser sur des réputations et répéter ce qu'ils ont entendu ici ou là sur tel ou tel écrivain sans pour autant faire l'effort de réellement connaître son oeuvre. Quant à l'écrivain, son statut s'apparente de plus en plus à celui du fonctionnaire. L'éditeur lui procure une véritable rente de situation. Des clans, des coteries politiques s'organisent pour établir une sorte de totalitarisme de la pensée. Il vise Sartre et l'existentialisme. « Autant Nietzsche a toute sa place en littérature, autant Kant ne l'a pas. » dit-il.
Un peu daté, mais très finement observé, cette charge (et tout l'ensemble de ces textes d'ailleurs) résonnent d'autant plus cruellement à nos oreilles aujourd'hui que les maux dénoncés par ce professeur qui avait abandonné la fiction pour se consacrer à disséquer la littérature sont toujours les mêmes et en bien pire maintenant. A lire en le réservant quand même aux « spécialistes ».

Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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Medulla
  11 janvier 2018
Plusieurs interviews, retranscriptions de conférences sont retranscrits dans cette ouvrage. Hormis le bonheur de lire et de découper les feuillets d'un livre édité chez José Corti, le lecteur fait face à une plume brillante et des partis pris très subjectifs mais intelligents sur l'état de la littérature française. Existentialisme, nouveau roman, la place de la littérature dans une société de spectacle, le "dire" qui supplante la pensée, l'appel à la langueur, la paresse pour laisser mûrir une pensée... c'est riche, brillant et terriblement contemporain.
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Charybde2
  20 juillet 2016
En deux essais et onze approches d'auteurs, Gracq nous montre comment la lecture nourrit son écriture.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2016/07/20/note-de-lecture-preferences-julien-gracq/
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VACHARDTUAPIED
  08 avril 2013
Ce recueil regroupe la plus grande partie des essais de Julien Gracq parus entre 1947 et 1960 dont La littérature à l'estomac.
Jamais une oeuvre de Gracq ne m'a déçue....
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
dourvachdourvach   14 juin 2015
Dans une oeuvre d'imagination tous les éléments sont fournis -- ils sont seulement recomposés d'une autre façon. Il ne peut en être autrement [...] Je pense ici tout à coup à un titre de poème de Rimbaud qui va loin en moi : "Le pauvre songe". Je serais tenté de croire, en fait je crois très profondément -- que la vraie rêverie créatrice est une rêverie pauvre, ressassante, à caractère plutôt obssessionnel. il s'agit surtout d'avoir la faculté d'accrocher, à quelques images capables d'électriser toutes les autres, un énorme coefficient émotif : c'est à partir de là que toute la masse de matériaux empruntés au donné pourra s'échauffer, se colorer de proche en proche, par contact.

[Julien GRACQ, "Préférences" (Essais, conférences, textes critiques) : texte radiodiffusé "Les Yeux bien ouverts", José Corti, 1961, 253 pages]
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Charybde2Charybde2   20 juillet 2016
La première est qu’une œuvre réellement nouvelle est nouvelle non seulement par rapport aux œuvres précédentes, mais aussi par rapport à la perspective de recherche que les œuvres précédentes dessinaient aux yeux de la critique, ou plutôt semblaient dessiner. C’est même pourquoi, en littérature, une œuvre neuve peut être, au sens précis du mot, réactionnaire. L’œuvre de Stendhal, au milieu du romantisme, reste invisible non à cause de ses qualités alors sans emploi, comme on le dit souvent, mais plutôt parce qu’elle renvoie, de façon agressive, à l’idéologie du Directoire. Si ouverts que le critique essaie de tenir ses yeux, ils ne balaient jamais tout le champ du possible : ils sont orientés ; comme ces politiciens qui savent d’avance de quel côté l’histoire penche, ils savent, à défaut de la faire, de quel côté la littérature a le devoir d’aller. La critique moderne intelligente, par exemple, est ce que j’appellerais une critique de gaillard d’avant : elle a l’œil braqué d’avance sur les nouveaux mondes. Ces mondes nouveaux, elle en a déjà dépassé beaucoup : elle s’est fait à la longue une idée de leurs signes distinctifs : elle sait qu’avec chacun tout est neuf et étrange, dépaysant : les fleurs, les odeurs, les bêtes, et ces mondes neufs s’appellent, si l’on veut, Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud, Jarry, les poètes du surréalisme ; ils s’appellent aussi, dans un autre ordre, Proust, Joyce, Kafka. Elle s’est fait tant bien que mal une idée du moment où il convient de crier : « Terre ! » Elle sait que chaque fois l’apparition a été marquée par une sorte de secousse d’ordre métaphysique : une modification violente, très apparente, des rapports de la conscience avec le monde, avec le temps, avec la liberté. (« Pourquoi la littérature respire mal », 1960)
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Charybde2Charybde2   20 juillet 2016
Ce qu’il y a eu dans cette époque de plus authentiquement révolutionnaire n’a jamais, semble-t-il, admis à fond l’avantage qu’il y avait à mettre de son côté les forces obscures. Celles-ci ont toujours invariablement joué en faveur des réactionnaires, peu scrupuleux pour la défense d’une cause perdue d’avance, à faire flèche de tout bois. Ainsi, d’une certaine manière, peut-on dire que les élites nanties, chargées du dépôt de toute une culture, et les révolutionnaires les plus conscients se trouvèrent toujours depuis trois siècles d’accord pour parler une même langue (et de nos jours encore ce qui frappe le plus dans la cacophonie de la presse, c’est l’application que mettent révolutionnaires et réactionnaires à parler raison, comme des somnambules à marcher droit). Le grand jeu, par une espèce d’accord tacite, n’a peut-être jamais été joué. Ce qui donne à la figure de Robespierre ce rayonnement sans égal, c’est qu’il a été le seul à en comprendre la nécessité, à vouloir par un coup de barre d’une hardiesse inégalée « réécrire au bien » ce que des siècles de luttes terribles avaient écrit au mal, sans pouvoir le frapper de caducité pour autant. Robespierre a voulu que dans la Révolution qu’il rêvait, pût entrer l’homme complet, avec armes et bagages, qu’il pût s’y accroître et s’y développer dans tous les sens, dût-on même lui laisser pour hochet provisoire un dieu à qui par ailleurs les hommes de 1793 s’entendaient de la bonne manière à arracher les crocs les plus venimeux. (« Lautréamont toujours », 1947)
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johnfooljohnfool   01 mars 2013
Tout livre […] non seulement des matériaux que lui fournit la vie, mais aussi et peut-être surtout de l’épais terreau de la littérature qui l’a précédé. Tout livre pousse sur d’autres livres, et peut-être que le génie n’est pas autre chose qu’un apport de bactéries particulières, une chimie individuelle délicate, au moyen de laquelle un esprit neuf absorbe, transforme, et finalement restitue sous une forme inédite non pas le monde brut, mais plutôt l’énorme matière littéraire qui préexiste à lui.
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BVIALLETBVIALLET   30 octobre 2012
L'Amérique ne pouvait pas donner un public à Poe, à moins de perdre son âme toute neuve. Mais l'Europe - « l'Europe aux anciens parapets » - à la fin a reconnu cette image maladive, affinée, exténuée, terriblement expressive d'elle-même, que lui renvoyait le « merveilleux ivrogne de Baltimore ». Elle l'a adoptée. C'est par ses admirations surtout que le symbolisme a été grand. Il a mis presque tout son génie à choisir ses patronages. Wagner, Baudelaire, Poe : nulle école n'a été plus exemplairement, plus impitoyablement renseignée dès le début sur ses plus intimes exigences – seulement ce qu'elle voulait, c'était déjà fait : elle ne s'en est jamais remise ni consolée, victime d'une fixation trop précoce de tard-venue. 
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Videos de Julien Gracq (33) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Julien Gracq
Lecture de Lettrines de Julien Gracq par Constance Dollé et Emmanuel Noblet
Pour la cinquième année consécutive, la BnF invite à écouter les mille et une voix de la Bibliothèque. Lectures, performances et spectacles habitent les espaces du site François-Mitterrand, inspirés cette année par l'exposition phare de la saison, Henri Cartier-Bresson. le Grand Jeu.André Breton a été une figure essentielle pour Henri Cartier-Bresson et Julien Gracq qui ont tous deux participé aux réunions des surréalistes dans les cafés de la place Blanche. « C'est au surréalisme que je dois allégeance, car il m'a appris à laisser l'objectif photographique fouiller dans les gravats de l'inconscient et du hasard », dit le photographe. On aime l'idée qu'un même hasard, guidé par le flux des idées journalières, ait accompagné Julien Gracq dans la rédaction de ses Lettrines, « un ensemble très libre, une mosaïque de notes de lecture, de réflexions, de souvenirs ». Les comédiens Constance Dollé et Emmanuel Noblet prêtent leurs voix à quelques-uns de ces fragments dans un échange libre et inspiré, au plus proche du ton du texte.
Lecture enregistrée le 5 juin 2021 à la BnF I François-Mitterrand dans le cadre de la Bibliothèque parlante, Festival de la BnF
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