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ISBN : 2714303072
Éditeur : José Corti (01/08/1989)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 65 notes)
Résumé :
Un beau ténébreux est un roman des astres et de la catastrophe, c'est-à-dire du destin sur fond de vacances et de dérive du temps ; vacuité des personnages en attente, dans un théâtre vide.

L'arrivée d'Allan va déclencher un maelström où tous les personnages vont perdre la tête. Allan est venu sceller le destin. Tout dorénavant se déplacera par rapport à lui. (Revue 303)
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Critiques, Analyses & Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
pleasantf
01 janvier 2015
Ce roman est une construction littéraire subtile et élaborée reposant sur une trame narrative simple : l'histoire d'un homme venu rejoindre un groupe de jeunes gens en villégiature dans un hôtel en bord de mer, se finissant par son suicide probable. Il me semble que le vrai sujet de ce roman est la littérature. A partir d'une intrigue ténue et par la magie de son écriture et de ses multiples références, Gracq nous montre comment peu à peu un roman prend forme. Pour cela, il s'attache à rendre singulier ce qui pour le commun des mortels n'est que banalité voire même indiscernable. Les éléments fournis par l'auteur au lecteur sont souvent peu aisément déchiffrables et ouvrent grand la porte des suppositions romanesques. Tout semble enveloppé ou isolé dans la brume. Et le lecteur est plongé dans l'incertitude. La construction du roman renforce ce sentiment : aux trois-quarts du livre, le journal écrit à la première personne par le premier narrateur Gérard fait place à un récit reconstitué par un nouveau narrateur indéterminé. Gracq joue avec le temps (le rythme du journal intime et la durée prolongée de ces vacances d'été) et avec l'espace. Souvent les personnages se retrouvent face au vide des grands espaces (typiquement face à la mer). Cette situation est selon moi une façon pour Gracq de montrer comment des personnages se retrouvent en situation d'échapper à la toile d'araignée de la vie non romanesque, comment ces personnages sont placés face à la tentation de l'évènement , face à l'exaltation d'une autre vie. Ce roman peut paraître parfois étrange et vide. Il est en tout cas soutenu par la langue magnifique de Julien Gracq.
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Woland
27 août 2008
Peut-être vais-je me faire huer mais tant pis : il faut avoir le courage de ses opinions et on ne peut pas tout aimer. Peut-être aussi ai-je trop de goût pour les morceaux de bravoure et les fresques en tous genres pour être à même de savourer comme il se doit ce genre d'intrigues plus que ténues.
Car je suis désolée : l'intrigue d'"Un Beau Ténébreux" est si ténue qu'on peine à l'apercevoir. Ca se passe en Bretagne, dans un très beau coin qui s'appelle "La Torche", dans le Finistère - et que je vous recommande chaudement d'aller visiter si vous en avez l'occasion. le premier narrateur, Gérard, y est descendu à l'Hôtel des Vagues. Comme c'est l'été, il y a là beaucoup de vacanciers, des jeunes essentiellement, la bande "straight".
Gérard noue connaissance avec Christel - une Romantique revue à la sauce moderne car nous sommes dans l'immédiate après-guerre. Celle-ci se veut un personnage à l'Emily Brontë, entière, pleine de mépris pour qui ne l'est pas, etc, etc ... Ils vont se promener au clair de lune et c'est là d'ailleurs que Gracq commence à comparer les plages bretonnes aux blancheurs sahariennes ! (Au début, ça m'a estomaquée. Mais comme il continue tout au long du roman, ça a vraiment fini par m'énerver ! ...)
Puis arrive un couple, Allan Murchison et sa maîtresse, Dolorès. Déjà, quand ils pénètrent pour la première fois dans le restaurant, le ton est donné : les gens s'arrêtent de bavarder tant ils sont beaux. Avec ça, Allan a déposé un million de francs - en liquide - dans le coffre de l'hôtel : c'est vous dire le statut et que ce soit le dernier million d'Allan ne change rien à l'affaire.
Non seulement Allan est beau mais en plus, il est Romantique - avec la majuscule, c'est-à-dire que déjà, enfant, il n'y avait qu'une seule chose qui l'attirait : la Mort. A lire les descriptions de son séjour en pension, on évoque le Steerforth de Dickens - mais "Un beau ténébreux" n'est pas "David Copperfield", hélas !
Donc, on comprend très, très vite que - pour des raisons que je n'ai pas saisies car enfin, se compliquer autant l'existence que le fait cet Allan, franchement, on ne peut le faire que si on n'a pas d'autres soucis - le "Beau Ténébreux" a choisi l'Hôtel des Vagues pour marquer son mépris absolu de tous et de tout en se suicidant. (Il choisit, pour se trucider, un mode assez peu viril à mon sens mais très Romantique : il s'empoisonne.)
Il y a de superbes descriptions de paysages (hormis les visions sahariennes, je n'ai rien contre) et beaucoup d'intériorisation avec des passages sur le christianisme et Jésus. le style est remarquable même si Gracq donne parfois l'impression - un peu comme Huysmans - de trop rechercher l'adjectif non pas rare mais inattendu pour obtenir un effet de décalage forcé avec le substantif.
Seulement, le problème, avec un style pareil, c'est qu'il faut lui donner des personnages et une histoire à sa mesure, toute en recherche de la perfection classique. Or, tel n'est pas le cas dans "Un Beau Ténébreux" dont les personnages et la trame s'oublient aussitôt qu'on a refermé les pages de l'ouvrage.
Ce roman m'a évoqué l'univers de Delly, celui de Sagan et, également, celui de Mauriac ou de Julien Green. Avec cette différence, pour moi flagrante, que tous ces auteurs, chacun dans un genre différent, parviennent à des dialogues naturels. A l'opposé, les personnages de Gracq souffrent d'un manque total de naturel et cela n'est jamais aussi apparent que dans les dialogues. A haute voix, c'est encore pire : on dirait que le romancier s'écoute écrire !
Vraiment, je suis déçue par ce roman qui m'a paru superficiel et rien que cela, mais je le suis tout autant par ma propre réaction. Difficile à comprendre mais c'est ainsi ... ;o)
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Joualvert
24 mai 2017
Beau ? Je ne saurais dire car l'auteur ne s'étend pas sur le physique d'Allan. Ténébreux ? Alors là oui ! Cet aspect de l'énigmatique Allan est développé à profusion, de la perception qu'en ont les autres personnages jusque dans ses mémorables discours. Doté d'une personnalité sombre mais magnétique, il arrive comme un cheveu sur la soupe et viens chambouler les habitudes d'un groupe de jeunes gens ayant développé une complicité lors de leur séjour dans un lieu de villégiature au bord de la mer. Le roman m'a semblé avant tout psychologique, explorant la dynamique du groupe de personnages. Ces camarades s'échangent des propos d'une profondeur inouïe. Il y a peu d'action, mais c'est très intense. La lecture est un peu ardue ; l'écriture de Julien Gracq, que je découvre avec ce livre, est cérébrale, d'un niveau relevé et hautement poétique. L'histoire m'a plu et je ressors admiratif de cette lecture.
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lDavidl
23 juin 2015
Mais comment fait-il? Comment fait ce cher Gracq pour nous surprendre une fois de plus par l'efficacité de son écriture? cela fait le troisième roman que je lis de ce génie, et je suis encore impressionné par sa plume. En un seul livre, en une seule histoire, vous trouvez tout à la fois un récit où chaque mot à son importance, une écriture où vous pourrez apprécier la plus belle des poésies; et un nuage sur lequel vous vous allongez en vous laissant simplement bercer, sans même chercher à comprendre où vous êtes et où vous allez.Faille dans le cadre spatio-temporel, Julien Gracq est jusqu'à présent le seul auteur capable de m'emballer de cette manière, de me surprendre encore et toujours, de me faire voyager aussi loin grâce aux mots. Entre poète et artiste, guide et auteur, c'est pour moi LA figure littéraire du XXème, même si tout le monde ne sera surement pas d'accord avec ça.
Vous l'aurez compris, n'hésitez pas une seule seconde à lire un de ces livres (et notamment celui-ci ou Au Chateau d'Argol), ne serait-ce que pour découvrir son écriture et son style si particulier, si envoûtant surtout.
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EclatDuSoleil
19 septembre 2012

J'ai eu envie de lire ce livre parce qu'un autre livre en parlait, mais je ne sais plus lequel. de toute façon, peu de choses à jeter chez cet auteur, il s'agit davantage de choisir dans quel ordre on lira ses livres...
Ce que j'aime chez Gracq, c'est qu'on a l'impression de se trouver dans la peau et dans la cervelle de ses personnages, plus particulièrement ici celles de Gérard, le narrateur qui nous conte un fragment d'histoire de ce beau ténébreux, Allan, au travers d'un journal de vacances en Bretagne.
Une fois de plus, Gracq invente les lieux de l'intrigue... mais on ne s'en aperçoit que si on les cherche sur une carte. Les personnages sont tout aussi crédibles, quatre célibataires et deux couples en vacances dans cette petite station balnéaire, où ils prolongeront leur séjour bien au-delà de l'été... Comme souvent dans les romans, ils ont le loisir de s'attarder, de vivre jusqu'au bout ce qu'ils sentent ou pressentent, de laisser se dérouler les évènements jusqu'à leur dénouement, pour en tirer peut-être toutes les leçons, ou au moins les avoir vécu dans leur intégralité, même si leur mystère in fine reste en partie insondable...
Il est question ici de la condition humaine, du statut qu'on se donne ou que les autres veulent bien vous accorder par le regard qu'ils portent sur vous... sans vous protéger pour autant. Les six personnages, dont certains ne se connaissaient pas avant ce séjour, recréent une mini société où s'exprime toute la complexité des rapports humains. Comme toujours chez Gracq, les sentiments sont dénudés, exposés sans fard, dans leur grandeur comme dans leur trivialité, sans jugement de valeur non plus : juste l'humain aux prises avec l'habituelle difficulté à vivre, avec ses désirs et ses peurs, ses pulsions plus ou moins contrariées par les règles de la vie sociale.
Les paysages, toujours décrits avec minutie, forment un écrin pour l'âme, produisant ou accompagnant l'état d'esprit des personnages, on ne sait pas très bien quoi s'accorde à quoi...
Toute l'histoire tourne autour d'Allan Murchison, personnage haut en couleur qui concentre tous les regards dès qu'il pénètre quelque part, et dont on comprend mal ce qu'il est venu faire dans cette station balnéaire sans prétention, lui qui semble fait pour le faste. Admiration, jalousie, défiance, passion, il déchaîne les sentiments tout autant qu'il intrigue. On finira par savoir ce qu'il est venu faire ici, si bien pressenti par son ami Gregory qui a préféré fuir le théâtre des opérations. On ne saura pas vraiment pourquoi il en est arrivé là, même si on le pressent... Dans l'intervalle, on aura pu observer les réactions qu'il suscite, révélant un peu de la nature de chacun des protagonistes de l'histoire...

Lien : http://aimez-vous-lire.blogs..
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Citations & extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
lexotelexote05 juin 2010
Nous avons souvent parlé de littérature et vous vous rappelez, je pense la rencontre de Juliette et de Roméo :

What lady's that,which doth enrich the hand

Of Yonder Knight

C'est, n'est-ce pas, l'exemple classique, exceptionnel, du coup de foudre. Mais il y a toujours un coup de foudre. Mais je pense que sur un plan qui n'est pas forcément tragique, qui souvent est bien loin d'être tragique, le premier coup d'oeil qu'échangent deux êtres, certaine inflexion de voix qui s'impose à eux, aussi insidieuse, aussi fatale qu'une inspiration de poète, les engage pour jamais, pour le meilleur et pour le pire – ou pour l'indifférence complète.

Les journaux sportifs parlent quelque fois du "signe indien", celui qui dès la première rencontre entre deux athlètes établit pour toujours entre eux une hiérarchie secrète, une fascination de la défaite inévitable, une défaillance subite de l'espoir. "A quoi bon?" c'est joué d'avance – ce sera ainsi – ce sera toujours ainsi. Celui-ci sera un jouet pour que je m'en amuse, – sur celui-ci je serai roi, à cette connaissance de hasard je devrai rendre compte de mes actes comme l'intendant à son maître et les plus assurées de mes actions, je les sentirai creuses si elles ne reçoivent le sceau de son regard, d'un certain coup d'oeil qui me met le coeur à l'aise. – Celui-ci est un puissant de la terre, mais je n'en parlerai jamais sans une pointe de dérision qui lui percerait le coeur, s'il savait. Ce potentat dans mon code secret, se déchiffre bouffon, ce tâcheron prince. Celui-ci est un invisible – à jamais mon regard le traversera comme une vitre – il parle, mais il est à cent lieues, – un certain froncement de sourcil à son approche l'a rayé de mon univers.

- Et le jugement serait sans appel?

- Il n'a jamais d'appel. Personne ne songe à en faire. Quelle question pourrait jamais formuler l'inexprimable? D'ailleurs, ce serait à faire périr de honte, l'humilité ne descend pas jusque là. Chacun connaît d'instinct ce jeu de massacre et chacun le respecte, et, c'est assez remarquable, s'en sent même obscurément ennobli. Chacun jonche sa route de cadavres et de dieux, et personne ne ressuscite, et la Bible même veut que l'archange ne puisse tomber qu'en gardant son imprescriptible couronne.
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lecteur84lecteur8427 septembre 2016
Ce matin tout à coup, en me levant, j'ai senti au plein coeur de l'été, comme au coeur d'un fruit la piqûre du ver dont il mourra, la présence miraculeuse de l'automne. c'étaitsur cette journée, douce, chaude encore, à la merveilleuse lumière voilée ( mais je ne sais quoi d'un peu atténué, d'un peu lointain: cet affinement vaporeux d'un beau visage aux approches de la consomption) un grand flux d'airrais, régulier, salutaire...
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lecteur84lecteur8428 septembre 2016
La fenêtre s'ouvre sur une nuit de lune trop belle, une nuit insomnieuse, alarmée de souffles inhabituels, une turbulence silencieuse, de corolles blêmes, une nuit pleine de présages, où les fleurs bougent.
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Charybde2Charybde212 janvier 2016
L’Hôtel des Vagues appareille comme un navire pour la traversée de l’été. Il y a assez de monde maintenant pour qu’on s’y sente les coudes : il naît une espèce d’âme précaire à ce petit monde des vacances. Vu par ma fenêtre ce matin Jacques partant pour le bain avec sa bordée. Au-dessus de ma tête c’est dans sa chambre chaque jour un branle-bas matinal : comme dans le carré de l’équipage on pénètre sans se gêner, on rit à grand bruit, l’intimité bravement saccagée comme entre camarades de hamac. Mais le sans-gêne s’arrête toujours devant la porte de Christel, et personne ne s’aviserait même de frapper à cette porte avant que sa sortie majestueuse de jeune princesse en peignoir éponge ne donne le signal. Ainsi dans chaque petit groupe humain, chaque cellule vaguement constituée, celui qu’on consulte, auquel on se réfère d’un biais de l’œil avant le laisser-courre.
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dourvachdourvach16 juin 2015
La traversée d'une forêt, je n'ai jamais pu m'imaginer autrement l'approche d'un pays de légende. Il me semble qu'après elle la vision se décape, devient autre, que les champs découverts étincellent plus tendrement, plus doucement, dans la lueur levée derrière ce crépuscule des branches.

[Juilen GRACQ, "Un beau Ténébreux", 1945, librairie José Corti, page 73 -- extrait cité dans l'article "La mythologie de la forêt dans l'oeuvre de Juliuen Gracq" de Marc Eigeldinger, pages 236-245, "Cahier de L'Herne numéro 20 : Julien Gracq", L'Herne/Fayard, 1972, 1997, 406 pages]
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Videos de Julien Gracq (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Julien Gracq
"Lautréamont raconté par Julien Gracq", émission "Communauté radiophonique des programmes de langue française", diffusée sur l'O.R.T.F. le 14 octobre 1968.
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