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EAN : 9791020906342
404 pages
Les liens qui libèrent (05/09/2018)
  Existe en édition audio
4.07/5   231 notes
Résumé :
Alors que le progrès technologique a toujours été vu comme l'horizon d'une libération du travail, notre société moderne repose en grande partie sur l'aliénation de la majorité des employés de bureau. Beaucoup sont amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles, sans réel intérêt et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société. C'est de ce paradoxe qu'est né et s'est répandu, sous la plume de David Graeber,... >Voir plus
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Alexis de Tocqueville a jadis remarqué qu'« En politique, ce qu'il y a de plus difficile à apprécier et à comprendre c'est ce qui se passe sous nos yeux. » Et je suis cent fois d'accord avec lui. Et c'est en cela que David Graeber nous offre un trésor qu'il nous faut chérir : comprendre dans les détails de son fonctionnement le monde politico-socio-économique que nous avons sous les yeux.

Je tiens à tirer deux très, très grands coups de chapeau. Tout d'abord à l'auteur, David Graeber, que je considère comme l'un des plus grands et des plus stimulants essayistes actuels dans le domaine social. Ensuite, je tiens à saluer l'éditeur Les Liens qui libèrent pour la qualité générale de ses publications, qui, avec La Découverte, L'Herne et La Fabrique est l'un des (trop) rares remparts à la toute puissance de la pensée dominante (c'est-à-dire, la pensée des dominants, rien à voir, bien évidemment avec une quelconque supériorité de fond ou de vue de ladite pensée).

Question : que dites-vous juste après avoir donné votre nom lorsqu'au cours d'une soirée entre amis l'on vous présente quelqu'un que vous n'avez jamais vu au préalable ? À un très haut pourcentage, vous allez évoquer votre profession et même, pour certain(e)s, si vous êtes actuellement sans emploi, vous allez avouer, avec une once de dépit dans la voix, que vous êtes au chômage. D'ailleurs, très souvent, vous n'allez pas dire que vous êtes au chômage, mais que vous " cherchez du boulot ".

J'ai pris conscience de ce détail, il y a longtemps déjà, lorsque fringante étudiante en éthologie des primates, j'eus le privilège de côtoyer Hans Kummer, légende (à l'époque encore) vivante (et francophone de surcroît) de la discipline. Tandis que je lui serrais la main, pleine d'admiration, il m'avait courtoisement demandé qui j'étais. Je m'étais alors bêtement présentée à lui comme étant l'étudiante de " Machin " de l'Université de " Truc ". Il me répondit du tac au tac, avec son accent suisse et la sagacité qui brûlait dans son regard : « Ça, ce n'est pas vous, c'est votre fonction. » J'en fus bouleversée : je ne m'étais spontanément définie que par ma profession, qui en plus, n'en était pas vraiment une.

J'ai depuis noté cette tendance chez de très (trop) nombreuses personnes. « Bonjour, enchantée, " Machine ", je travaille chez " Bidule " et vous ? » Jamais on ne m'a dit : « Bonjour, enchantée, " Machine ", dans le privé, j'adore la danse africaine et la peinture chinoise et vous, qu'est-ce que vous aimez ? » Parallèlement, juste après avoir décliné leur nom et leur profession, ces mêmes personnes en viennent très vite, pour la plupart ou du moins très souvent, à reconnaître qu'elles détestent leur boulot, ou que leur patron est un con ou un incompétent notoire et qu'elles aimeraient bien trouver autre chose.

Suite de la question : comment peut-on à la fois autant se définir par notre travail et autant le détester ? Pourquoi cette dissonance ? Est-ce que ça a toujours été comme ça ? Est-ce que c'est une évolution vraiment actuelle qui en est cause ? Si oui, laquelle ?

Si l'on essaie de creuser un peu le douloureux problème du " pourquoi ? " ces personnes détestent leur boulot, viennent très souvent en premier l'ennui, dû aux tâches répétitives et à la paperasse abondante, abondante, toujours plus abondante. Viennent aussi les conditions de rémunération, le fait d'être littéralement phagocyté par son travail jusque dans sa sphère privée, etc.

Bref, ce constat, tout le monde a eu l'occasion de le faire. Vous avez peut-être aussi eu l'occasion de constater combien certains énoncés de profession vous apparaissent peu clairs. « Mais qu'est-ce que c'est au juste que ce boulot ? » Et, bien souvent, vous n'êtes pas beaucoup plus renseignée après qu'avant avoir eu des explications dudit professionnel.

Voilà, nous touchons au but. David Graeber essaie de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là. Pourquoi des gens dépriment parce qu'ils se rendent compte que leur travail n'a soit aucune utilité, soit il est globalement néfaste pour la communauté.

Il montre et démontre que les emplois les plus utiles socialement et les plus productifs sont également les moins bien payés. le personnel d'entretien, les manutentionnaires, les infirmières, etc. dont personne ne remet en cause l'intérêt de leur tâche pour les autres sont payés au lance-pierre tandis que les responsables de la communication interne d'une grosse entreprise (un exemple parmi des milliers d'autres) sont payés dix fois plus. Qu'est-ce qui justifie cela du point de vue de la productivité ? du point de vue du bien général apporté aux autres ?

Il y a longtemps déjà, le regretté Coluche avait trouvé une formule percutante pour s'adresser à un homme politique bien connu de l'époque : " ministre du temps perdu à un fric fou ". Voilà ce que David Graeber appelle les " bullshit jobs " c'est-à-dire non pas les " boulots de merde ", ceux qui sont utiles mais que personne ne veut faire car mal payés et déconsidérés, non il s'agit ici de " boulots à la con ", c'est-à-dire des boulots très bien payés, qui ne servent littéralement à rien.

Un bon indicateur du bullshit job est de se poser honnêtement la question : si mon travail était supprimé, est-ce que la communauté s'en porterait plus mal ? Très souvent, la réponse est non et même, plus inquiétant, la communauté s'en porterait plutôt mieux (démarcheurs téléphoniques de mon coeur, c'est à vous que je pense très fort en écrivant cela). En général, dans le privé, la succession hiérarchique des managers située entre le grand patron et ceux qui font effectivement un vrai boulot est jugée par ces derniers plutôt nuisible à la bonne exécution de leur tâche. (Dans le public, ça devient carrément kafkaïen et, hormis les échelons en rapport direct avec la mission à accomplir, c'est-à-dire, le tout premier échelon, c'est du bullshitland sur toute la ligne !)

C'est un peu comme si toute cette flopée de contrôleurs, formateurs, managers, chef d'équipe, responsable quelconque vous demandait : « Qu'est-ce qu'on peut faire pour vous aider dans votre tâche ? » Vous leur répondriez invariablement comme il fut répondu à Jean-Baptiste Colbert : « Rien ! surtout ne faites rien ! à chaque fois que vous faites quelque chose, c'est pire, et ça se traduit par une nouvelle paperasse ou un questionnaire à la con de plus à remplir. Laissez-nous faire, surtout, laissez-nous faire, ne faites surtout rien. »

Et voilà comment, malgré tout, une longue, chaque jour plus longue chaîne hiérarchique — qui se nourrit d'elle-même à chaque échelon, que ce soit dans le public ou dans le privé — vient sucer, en bonne sangsue qu'elle est, tout l'argent généré par l'authentique travail des salariés les plus mal payés et les plus productifs.

Est-ce cela l'efficacité tant vantée du capitalisme ? Pourquoi cette longue chaîne de sangsues si l'on souhaitait vraiment rendre la production efficace ? Il y a d'autres explications que le capitalisme, d'autres fonctionnements qui sont devenus légions et c'est à la compréhension de tout ceci que nous invite David Graeber, avec mille fois plus de talent et de brio que la maigre pitance que je viens de vous servir.

Franchement, chapeau David Graeber. J'ai le sentiment, à la lecture de cet essai, qui se situe à la frontière entre le social, l'économique et le politique, de mieux comprendre le monde dans lequel je vis, ce qui est le but, je crois, de tout essai digne de ce nom. Alors merci David Graeber de nous tenir éveillés et pardonnez-moi si, une fois encore, je n'ai produit qu'un bullshit avis, car je me rassure en me disant qu'il ne représente, tout bien pesé, pas grand-chose.
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Un nombre important (et croissant) de gens, lorsque sondés à savoir si leur travail a une utilité quelconque, répondent : "non". Ces bullshit jobs, se retrouvent tout autant (sinon plus) au privé que dans la fonction publique. Qu'on parle de middle management, de ressources humaines et tout cela.

Graeber, dans cet essai, tente d'analyser pourquoi une économie capitaliste, pourtant centrée sur l'efficience, en vient à dilapider tant de ressources pour des emplois inutiles. Ne soyez pas surpris : "it's not a bug, it's a feature".

Plusieurs explications sont soulevées. La plus intéressante vient du statut social : Plus un travailleur a de gens en dessous de lui, plus il se sentira important. Les PDG aiment bien comparer combien ils ont de secrétaires pour calculer à quel point ils travaillent fort, sont occupés, bref : cela leur permet de calculer leur prestige.

Mais ce n'est pas vrai que pour les PDG. Les cadres, contre-maitres et tout poste médian entre le PDG et le concierge compétitionnent de la même façon. Plus on a d'employés sous nos ordres, plus on se convainc que notre propre poste est important et nécessaire.

Une autre raison est aussi le refus du capitalisme actuel de prendre la direction d'une société du loisir. On vise le plein emploi, convaincu que sans cela, la civilisation s'effondra. Il faut donc inventer constamment des besoins et des jobs inutiles. Après tout, la plupart des rapports de Ressources Humaines concluent que l'entreprise a besoin de plus d'effectifs... aux Ressources Humaines.

La plume de Graeber ici est particulièrement amusante, sans sacrifier dans sa rigueur habituelle.
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En 1930, John Meynard Keynes prédisait que les technologies auraient suffisamment progressé d'ici la fin du siècle pour que les pays industrialisés puissent instaurer une semaine de travail de quinze heures. Pourtant, la technologie a été mobilisée pour nous faire travailler plus en créant des emplois inutiles. Dans les grandes entreprises, alors que les campagnes de réductions de coût, les licenciements et les accélérations de cadence touchent systématiquement les personnes qui fabriquent, transportent, réparent ou entretiennent, le nombre de « gratte-papier » semble sans cesse gonfler car la classe dirigeante a compris qu'une population heureuse, productive et jouissant de temps libre est un danger. C'est pourquoi, tandis que les « vrais travailleurs » sont constamment écrasés et exploités, les sans-emplois sont terrorisés et dénigrés et les gens « fondamentalement payés à ne rien faire » adhèrent aux vues et aux sensibilités de la classe dirigeante et réservent leur animosité à ceux dont le travail a une valeur sociale indéniable.
(...)
Cette longue démonstration copieusement illustrée de très nombreux témoignages (dont nous n'avons pas du tout rendu compte ici) permet une lecture particulièrement vivante et aisée. Moins dense que d'autres ouvrages de l'auteur, son propos n'en demeure pas moins extrêmement pertinent et un excellent complément de son titre précédent Bureaucratie. de nouveau, David Graeber, en décloisonnant les connaissances, invite à un point de vue radical et totalement original sur nos sociétés.

Article (très) complet sur le blog.
Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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Les cinq grandes familles de «jobs à la con»
Par Quentin Périnel
Mis à jour le 01/09/2018 à 17:14

Dans un livre qui paraît en cette rentrée, l'anthropologue américain David Graeber étaie la notion de «bullshit job» qui l'a fait connaître en 2013. Un regard critique et cynique sur la vie de bureau contemporaine.

Lorsqu'un article fait autant de bruit dans le monde entier, c'est forcément que son auteur a visé juste. Lorsque l'anthropologue américain et militant anarchiste David Graeber - qui a animé en mars dernier une grande et passionnante conférence au Collège de France - publie, en 2013, un article intitulé «Le phénomène des jobs à la con» dans le magazine Strike!, il ne s'attendait pas à provoquer un tel émoi: des dizaines de reprises médiatiques, des traductions dans toutes les langues du monde... «Bullshit Job»: un emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflu ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence. Telle est sa définition du concept.
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À lire aussiL'art d'exercer le pouvoir quand on n'en a pas

Cinq années plus tard, le chercheur américain a étayé encore davantage sa réflexion, et publie un livre - traduit aux éditions Les liens qui libèrent - qui porte le nom du phénomène. «À tous ceux qui préfèrent être utiles à quelque chose», écrit-il en première page en guise de dédicace. Dans son essai d'environ 400 pages, l'auteur dresse notamment une typologie desdits «jobs à la con», qu'il classe en cinq grandes familles représentatives, selon lui, du monde du travail contemporain.

• Les larbins. Les jobs de larbins, explique-t-il, sont ceux qui ont pour seul but - ou comme but essentiel - de permettre à quelqu'un d'autre de paraître ou de se sentir important. En bref: d'aider quelqu'un à briller et à le tirer vers le haut tout en restant dans l'ombre. «Oui, il existe encore des boulots de domestiques à l'ancienne, de type féodal, soutient David Graeber. À travers L Histoire, les riches et les puissants ont eu tendance à s'entourer de serviteurs, de clients, de flagorneurs et autres laquais.» Exemple? Jack explique qu'il était démarcheur téléphonique chargé de vendre des actions à des clients, de la part d'un courtier. «L'idée était que, aux yeux du client potentiel, le courtier aurait l'air plus compétent et plus professionnel si l'on sous-entendait qu'il était trop occupé à faire du fric pour pouvoir passer les coups de fil lui-même, précise-t-il. Mon poste n'avait donc strictement aucune utilité, si ce n'est de faire croire à mon supérieur immédiat qu'il était un gros bonnet et d'en convaincre les autres.»

• Les porte-flingue. Naturellement, le terme n'est pas à prendre au premier degré. Il s'agit d'une appellation métaphorique pour désigner ceux dont le travail a été créé par d'autres et comporte une composante agressive. «Un pays n'a besoin d'une armée que parce que les autres pays en ont une», explique Graeber. Un exemple qui vaut aussi, selon lui, pour les lobbyistes, les experts en relations publiques, les télévendeurs ou les avocats d'affaires. «L'université d'Oxford a-t-elle réellement besoin d'employer une douzaine d'experts en relations publiques, au bas mot, pour convaincre le monde de son excellence?, questionne-t-il. Il me semble au contraire qu'il faudrait au moins autant d'attachés de presse et des années d'efforts pour détruire sa réputation d'excellence, et je me demande même s'ils y parviendraient.»

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• Les rafistoleurs. Ou bricoleurs professionnels. Qui sont les rafistoleurs? Ceux dont le job n'a d'autre raison d'être que les pépins ou anomalies qui enrayent une organisation: ils sont là pour régler des problèmes qui ne devraient pas exister. le terme est notamment employé dans l'industrie du logiciel, mais il peut être d'application plus générale. «Les premiers exemples de rafistoleurs auxquels on pense, ce sont des subalternes dont le boulot est de réparer les dégâts causés par des supérieurs hiérarchiques négligents ou incompétents», lit-on dans le livre Bullshit Jobs. «Une fois, j'ai travaillé dans une PME comme «testeuse», témoigne une employée. J'étais chargée de relire et corriger les rapports écrits par leur chercheur/statisticien star.»

• Les cocheurs de case. Pour qu'une organisation puisse exister et que tout le monde sache qu'elle existe, il faut des cocheurs de case. Il s'agit d'employés dont la seule principale raison d'agir est de permettre à une organisation de prétendre faire quelque chose qu'en réalité elle ne fait pas. Voilà une bonne définition de la réunionnite: des réunions sans cesse, pour le principe, et sans intérêt apparent ni aucune décision de prise. Graeber explique que dans la majorité des cas, les cocheurs de case sont tout à fait conscients que leur job n'aide en rien la réalisation du but affiché. Pire encore: il lui nuit, puisqu'il détourne du temps et des ressources. «L'essentiel de mon travail consistait à interviewer les résidents afin de noter leurs préférences personnelles dans un formulaire «loisirs», explique ainsi Betsy, qui était chargée de coordonner les activités de détente dans une maison de repos. (...) Les résidents savaient très bien que c'était du pipeau et que personne ne se souciait de leurs préférences.» le temps que Betsy passait à remplir ces formulaires était précisément du temps qu'elle ne passait pas à les divertir!

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• Les petits chefs. C'est peut-être le profil le plus connu... et le plus haï aussi. Les petits-chefs se divisent en deux sous-catégories. Ceux du premier type n'ont qu'une fonction: assigner ou déléguer des tâches à d'autres. Ils peuvent être considérés comme le reflet inversé des larbins: ils sont tout aussi superflus, mais au lieu d'être les subordonnés, ce sont les supérieurs. Si cette première catégorie est inutile, la seconde est nuisible: il s'agit des petits chefs dont l'essentiel du travail consiste à créer des tâches inutiles qu'ils confient à leurs subalternes, ou même de créer de toutes pièces des «jobs à la con.» «Il est très difficile de recueillir des témoignages de petits chefs», observe Graeber. Logique: il est difficile d'admettre être chef et d'avoir un job inutile. «J'ai dix personnes qui travaillent pour moi, mais pour autant que je puisse en juger, toutes sont capables de faire le boulot sans qu'on les surveille, constate Ben, manager intermédiaire dans une entreprise. Mon seul rôle, c'est de leur distribuer les tâches - notez que ceux qui conçoivent ces tâches pourraient parfaitement les leur confier directement.» Ben va même encore plus loin dans sa lucidité quant à son travail: «J'ajoute que bien souvent, les tâches en question sont produites par des managers qui ont eux-mêmes des jobs à la con; du coup, j'ai un job à la con à double-titre.»

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Un livre éclairant qui date un peu je crois. Ces notions ont été pas mal médiatisées et il n'est plus besoin de les expliquer à l'honnête citoyen. le "Job à la con" est donc ici classé par catégories de nuisance sociale et d'autonuisance, les deux pouvant avoir lieu simultanément.
Si des sociétés étaient classées par le pourcentage de jobs à la con qu'elle produit, notre société moderne décrocherait le pompon.
La société soviétique sans chômage produisait des travailleurs pauvres qui ne faisaient pas grand chose. La société moderne produit des parasites qui s'évertuent à faire croire qu'ils font quelque chose et qui sont par contre très bien payés pour ce subterfuge.
Il est vrai que engraisser des talentueux clowns en crampons, des magnifiques bimbo.e.s marseillais.e.s, des très fin.e.s influenceurs.euses, des tendres et affectueux présentateurs de shows télévisés, des powerpointeurs de mac Kisait etc..., il est nécessaire d'exploiter des travailleurs inutiles comme les infirmiers, les profs, les petites mains de la restauration, les ouvriers de chantier etc...
Ici, ces jobs à la con qui ne servent à rien à part encaisser des sommes indues sont plutôt situés du côté des grandes structures, publiques comme privées. On a le droit à des explications sur l'intérêt d'avoir autour de soi, quand on atteint un certain niveau de rémunération, une cour servile qui renvoie une image flatteuse de sa fatuité.
Cela depuis suffisamment longtemps pour être à peu près certain que cela perdurera.
Enfin, tant que les premiers convaincront les seconds qu'il faut préserver l'habitabilité de la planète pour qu'ils continuent d'en jouir.

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critiques presse (2)
LaViedesIdees
03 septembre 2019
On connaît le phénomène des « boulots à la con », ces emplois inutiles qui se multiplient, au détriment de ceux qui les occupent, et sans réelle nécessité productive : le dernier ouvrage de David Graeber propose des explications - individuelles, économiques et sociales, politiques et culturelles.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
Lexpress
18 septembre 2018
Après une brillante réflexion sur le travail, son avenir et son rôle symbolique, l'auteur nous abandonne, hélas, à notre ennui. "J'ai moins cherché à proposer des solutions politiques concrètes qu'à inviter à la réflexion et au débat sur cette question essentielle : à quoi pourrait ressembler une société authentiquement libre ?"
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (129) Voir plus Ajouter une citation
Notons ce point capital : l'importance que revêt l'allure séduisante du rapport. C'est un thème récurrent dans les témoignages de cocheurs de cases, au sein des entreprises plus encore que dans les administrations. Si l'influence d'un manager se mesure au nombre de personnes qui travaillent pour lui, la manifestation concrète, immédiate, de son pouvoir et de son prestige, c'est la qualité visuelle de ses présentations et rapports. D'ailleurs, les réunions au cours desquelles ces emblèmes sont exposés aux regards sont un peu les rituels suprêmes du monde de l'entreprise. De même que la suite d'un seigneur féodal pouvait comporter des serviteurs dont le seul rôle — du moins, le seul rôle apparent — était de polir l'armure de ses chevaux ou d'épiler sa moustache avant les tournois ou les spectacles, les cadres d'aujourd'hui ont parfois des subordonnés dont la seule fonction est de préparer leurs présentations PowerPoint et de réaliser les cartes, croquis, montages photo ou illustrations qui les accompagnent. La plupart de ces rapports sont de simples accessoires dans une comédie digne du kabuki — personne ne les lit réellement du début à la fin. Mais cela n'empêche pas les cadres ambitieux de claquer joyeusement l'argent de la boîte, jusqu'à la moitié du salaire annuel d'un ouvrier, juste pour pouvoir dire : « Ah oui, bien sûr ! On a commandé un rapport là-dessus. »

Chapitre 2 : Quels sont les différents types de jobs à la con ?
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Il n'est pas rare de voir des postes très haut placés et prétendument essentiels rester inoccupés pendant des mois, voire plus, sans que cela produise d'effets notables, y compris à l'intérieur même de l'organisation. Ces dernières années, la Belgique a traversé une série de crises constitutionnelles qui l'ont temporairement privée de gouvernement : pas de Premier ministre, pas de portefeuille de la santé, des transports, de l'éducation… Bien que ces périodes de vacance du pouvoir aient parfois été exceptionnellement longues — le record s'établit pour l'instant à 541 jours —, on n'a noté aucun impact négatif sur la santé, les transports ni l'éducation.

Chapitre 6 : Pourquoi notre société reste-t-elle sans réaction face à la généralisation des emplois inutiles ?
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En 1930, John Maynard Keynes prédisait que, d'ici à la fin du siècle, les technologies auraient fait suffisamment de progrès pour que des pays comme la Grande-Bretagne ou les État-Unis puissent instaurer une semaine de travail de quinze heures. Tout laisse à penser qu'il avait raison. Sur le plan technologique, nous en sommes parfaitement capables. Pourtant, cela ne s'est pas produit. Au contraire, la technologie a été mobilisée pour trouver les moyens de nous faire travailler plus. Dans ce but, des emplois effectivement inutiles ont dû être créés. Des populations entières, en Europe et en Amérique du Nord particulièrement, passent toute leur vie professionnelle à effectuer des tâches dont elles savent secrètement qu'elles n'ont pas vraiment lieu d'être. Cette situation provoque des dégâts moraux et spirituels profonds. C'est une cicatrice qui balafre notre âme collective. Et pourtant, presque personne n'en parle.

LE PHÉNOMÈNE DES JOBS À LA CON.
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Rémunérer les femmes à la même hauteur que les hommes reviendrait instantanément à placer entre leurs mains une part phénoménale de la richesse mondiale. Or tout le monde sait que la richesse, c'est le pouvoir.

Chapitre 7 : Quelles sont les conséquences politiques des jobs à la con, et comment y remédier ?
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Un job à la con est une forme d’emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflu ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence, bien qu’il se sente obligé, pour honorer les termes de son contrat, de croire qu’il n’en est rien.
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Vidéo de David Graeber
Extrait du livre audio « Au commencement était...» de David Graeber et David Wengrow, traduit par Élise Roy, lu par Cyril Romoli. Parution numérique le 28 septembre 2022.
https://www.audiolib.fr/livre/au-commencement-etait-9791035409968/
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