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ISBN : 2330076142
Éditeur : Actes Sud (05/04/2017)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Après le succès de Dette : 5000 ans d’histoire – vendu à près de 25 000 exemplaires – David Graeber revient avec un texte passionnant sur l’invasion de la bureaucratie dans notre quotidien qu'il voit comme un efficace bras armé du capitalisme financier.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
deuxquatredeux
  06 août 2016
Professeur d'anthropologie à la London School of Economics, militant anarchiste américain - il a été un des théoriciens du mouvement Occupy Wall Street -, et auteur d'un essai monumental sur la dette, Dette : 5000 ans d'histoire, David Graeber revient avec Bureaucratie.
Bureaucratie est la traduction du livre The Utopia of Rules: On Technology, Stupidity, and the Secret Joys of Bureaucracy.
On imagine sans mal que l'éditeur et le traducteur ont considéré que, pour le marché français, il serait plus vendeur de mettre l'accent sur la bureaucratie que les autres thèmes développés dans le livre. Pour renforcer cette décision, la citation suivante a été placée en première de couverture : « Il faut mille fois plus de paperasse pour entretenir une économie de marché libre que la monarchie absolue de Louis XIV ». Avec ce titre et cette citation, le lecteur français devrait être certainement plus attiré que par le nom de l'auteur, Graeber - comme il le raconte, son nom est parfois orthographié « Grueber », qui se rapproche du nom du terroriste dans Die Hard.
Le livre se compose d'une introduction - La loi d'airain du libéralisme et l'ère de la bureaucratisation totale -, de trois chapitres - Zones blanches de l'imagination. Essai sur la stupidité structurelle, Des voitures volantes et de la baisse du taux de profit, et L'utopie des règles, ou pourquoi nous adorons la bureaucratie, au fond - et d'un appendice - de Batman et du problème du pouvoir constituant. Pour l'essentiel, il s'agit de textes déjà paru sous des formes différentes - seule l'introduction et le chapitre L'utopie des règles, ou pourquoi nous adorons la bureaucratie, au fond sont des nouveautés - et qui, peu ou prou, traitent tous de la bureaucratie.
L'introduction traite de la loi d'airain du libéralisme - « Toute réforme de marché - toute initiative gouvernementale conçue pour réduire les pesanteurs administratives et promouvoir les forces du marché - aura pour effet ultime d'accroître le nombre total de réglementations, le volume total de paperasse et l'effectif total des agents de l'État » - et de l'absence d'une critique de gauche de la bureaucratie. le premier chapitre traite de ce que Graeber qualifie de stupidité structurelle, de violence structurelle. le chapitre 2 développe l'idée que le capitalisme néolibéral ne produit plus que des gadgets technologiques au lieu de grandes innovations. le chapitre 3 traite d'une espèce de paradoxe, un « attrait caché » : à savoir pour quelles raisons les individus, alors qu'ils s'en plaignent, adorent finalement la bureaucratie. L'appendice revient sur The Dark Knight Rises, le dernier film de la trilogie de Christopher Nolan consacré à Batman, perçu par les manifestants d'Occupy Wall Street, y compris Graeber, comme une propagande anti-Occupy.
J'ai apprécié l'ensemble du livre avec une préférence pour le chapitre 2 - Des voitures volantes et de la baisse du taux de profita été intéressant pour moi - et le chapitre 3 - L'utopie des règles, ou pourquoi nous adorons la bureaucratie, au fond.
Dans le chapitre 2, David Graeber développe la thèse que le capitalisme néolibéral ne produit donc plus de grandes innovations et surtout des technologies bureaucratiques - « En même temps, dans les rares domaines la créativité libre et imaginative est vraiment stimulée, comme le développement de logiciels ne source ouverte sur Internet, elle est canalisée, au bout de compte, vers la création de plateformes encore plus nombreuses et efficaces pour remplir des formulaires » - au détriment de technologies poétiques - « l'utilisation de moyens rationnels, techniques, bureaucratiques, pour donner vie à des rêves impossibles et fous » comme les voitures volantes. Cette idée rejoint le point de vue de l'auteur de science-fiction Neal Stephenson. Stephenson déplore en effet la « mort de l'innovation » (innovation starvation)* : afin de lutter contre cette « mort de l'innovation », Stephenson a lancé le projet Hieroglyph**. Cette thèse rejoint également, et de façon étonnante, le manifeste d'un fond de pension déplorant que « Nous avions rêvé de voiture volantes et nous avons eu 140 caractères ».
Dans le chapitre 3, David Graeber traite de la question de l'utopie des règles en utilisant pour sa démonstration la fantasy*** et les jeux de rôles - en l'occurrence D&D****. L'utilisation de ces deux domaines-là pour rendre compte de l'utopie des règles rend ce chapitre-là passionnant. Avant, je lisais simplement de la fantasy ou jouais à des jeux de rôles ; désormais, je m'intéresserai à l'utopie des règles et à mon rapport à la bureaucratie lors de la pratique de ces deux activités ludiques.
Comparativement à d'autres des livres de Graeber - par exemple, Des fins du capitalisme : Possibilités I -, Bureaucratie est (globalement) accessible au lecteur. Il est d'autant plus accessible que, pour assoir sa démonstration, David Graeber puise les exemples dans ses expériences personnelles - il raconte ses difficultés avec la bureaucratie lorsque sa mère est tombée malade ou lorsqu'il a essayé d'ouvrir un compte à Londres - et professionnelles - il utilise par exemple certains des études anthropologiques qu'il a faites à Madagascar - et également dans les oeuvres de fiction - évidemment Batman, mais aussi Star Trek, James Bond vs. Sherlock Holmes, Harry Potter, le Procès, ou les jeux de rôles D&D et World of Warcraft. Les réflexions et démonstrations de Graeber sont brillantes - certes, il est possible de ne pas les partager mais l'auteur ne cache ni ses idées, ni son engament. Les nombreux détours de production par la fiction et autres exemples concrets d'interaction avec la bureaucratie rendent la lecture agréable et fluide.
A la fin de l'introduction, David Graeber écrit : « Si ce livre contribue, même modestement à ouvrir une conversation de ce genre, il aura vraiment apporté quelque chose à la vie politique contemporaine » : on ne peut que souhaiter, pour le livre et surtout pour nous, qu'il ouvre de nombreuses conversations de ce genre.
* http://www.worldpolicy.org/journal/fall2011/innovation-starvation
** http://hieroglyph.asu.edu/
*** Que le traducteur a décidé de traduire par fantaisie.
**** Dungeons and Dragons.
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ErnestLONDON
  26 mai 2018
Le renversement du socialisme bureaucratique n'a pas abouti au triomphe du marché et de la liberté mais à l'emprise d'une bureaucratie publique et privée étroitement imbriquée. David Graeber formule la « loi d'airain du capitalisme » qu'il propose ensuite d'analyser : « Toute réforme du marché – tout initiative gouvernementale conçue pour réduire les pesanteurs administratives et promouvoir les forces du marché – aura pour effet d'accroître le nombre total de réglementations, le volume total de paperasse et l'effectif total des agents de l'État. »
Ne surtout pas s'arrêter au titre ce cet ouvrage dont le propos est bien plus large qu'il n'y parait. Au-delà de cette bureaucratie, il est question de la violence intrinsèque de l'État pour se faire obéir, ce dont nous avons la démonstration chaque jour.
Article complet en suivant le lien :
Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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VanBruecken
  07 novembre 2017
Au contraire de "Dette 5000 ans d'histoire", cet ouvrage ne présente pas une exploration historique fouillée de son sujet. Il s'agit en effet d'une collection de trois essais - on pourrait même dire cinq en comptant l'introduction et l'article présenté en annexe - assez variés sur le fond, mais tout aussi toniques les uns que les autres. le but est moins de faire le tour du sujet que de poser quelques jalons et pistes de réflexion pour alimenter une critique de gauche de la bureaucratie.
Et l'on est servi ! Cela va, dans le désordre, du poids des contraintes administratives et de l'évaluation sur la recherche scientifique à des considérations sur la littérature fantasy et le jeu de rôle - qui se serait attendu à voir convoqué Aragorn ou Harry Potter dans un essai au thème aussi grisâtre ?-, en passant par l'invention de la poste, les liens entre Star Trek et le communisme, les paradoxes des politiques de dérégulation néolibérales, le rôle des policiers (ces "bureaucrates armés") ou encore l'emploi du français comme langue d'autorité par les fonctionnaires malgaches, etc. le style est fluide, entraînant même, et les exemples jamais gratuits, toujours vivifiants. Un excellent livre, sympathique et débordant de réflexions stimulantes à l'image de son auteur qu'on a pu croiser, notamment, dans la fresque documentaire "Capitalisme" diffusée par Arte il y a quelques années.
Et si le sujet de cet ouvrage vous rebute, que vous détestez être baladé d'un service à un autre, passer votre temps à remplir des formulaires... bref, vous trouver d'une quelconque façon happé par les rouages de l'administration (publique ou privée), alors ce livre est d'autant plus pour vous que loin d'être un concentré de récriminations ronchonnes, il permet aussi d'ouvrir les yeux sur les charmes discrets, insidieux, de la bureaucratie, ceux-là mêmes qui permettent d'expliquer son triomphe et son règne.
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Maghily
  21 décembre 2017
C'est un ouvrage dont l'une de mes profs avait parlé l'an dernier et qui me semblait intéressant que ce soit dans le cadre de mon cursus ou pour ma “culture personnelle”. David Graeber est un sociologue américain, membre du mouvement anarchiste et du mouvement Occupy Wall Street. Dans cet essai, il entend démontrer que la bureaucratie est un outil du néo-libéralisme pour diminuer le pouvoir de l'Etat et augmenter les profits de quelques-uns [du moins, c'est comme cela que j'ai compris son propos].
Cet ouvrage se compose de quatre grands articles qui traitent de cette question. Pour égayer son propos, il s'inspire d'exemples de la pop-culture et nous propose même toute une analogie avec les mondes proposés dans la fantasy. Néanmoins, Bureaucratie reste très opaque pour qui n'est pas habitué à lire des essais sur l'économie ou la sociologie. L'auteur a tendance à perdre son lecteur au moyen de phrases à rallonge et d'enchaînements de digressions qui m'ont souvent fait piquer du nez.
Ça n'en reste pas moins un ouvrage intéressant qui attire notre attention sur l'omniprésence de la bureaucratie dans notre quotidien et la violence qu'elle peut engendrer.
Lien : https://www.maghily.be/2017/..
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alineclade
  04 novembre 2015
Premier livre que je lis sur cet auteur controversé. Il faut avoir quelques notions de management et d'économie pour apprécier et suivre l'auteur. Il y a de très bonnes idées mais elles sont noyées dans des extrapolations pas toujours pertinentes (descriptif des héros modernes...).
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   16 décembre 2015
Comme l'a souligné Giovanni Arrighi, un modèle d'entreprise analogue a émergé simultanément en Allemagne. Finalement, les deux pays - États-Unis et Allemagne - ont passé l'essentiel de la première moitié du siècle suivant à se battre entre eux, pour décider par les armes lequel allait succéder à l'Empire britannique déclinant et concrétiser sa propre vision de l'ordre économique et politique mondial. Nous savons tous qui a gagné. Arrighi avance ici une autre idée intéressante. Si l'Empire britannique avait pris au sérieux sa rhétorique à la gloire du marché libre en supprimant ses droits de douane protectionnistes par l'Anti-Corn Law Bill de 1846, qui abolissait les lois sur les céréales, les gouvernants allemands et leurs homologues américains ne s'étaient jamais intéressés au libre échange. Les Américains, notamment, étaient bien plus portés à créer des structures administration internationale. La toute première initiative des États-Unis, quand ils ont officiellement pris le relais de la Grande-Bretagne comme puissance hégémonique après la Seconde Guerre mondiale, a été d'établir les premières institutions bureaucratiques authentiquement planétaires, celles des Nations unies et celles de Bretton Woods - le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et le GATT, qui allait plus tard devenir l'OMC. L'empire britannique n'avait jamais rien tenté de comparable. Soit il envahissait les autres, soit il commerçait avec eux. Les Américains ont entrepris d’administrer tout et tout le monde.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   03 janvier 2016
A bien des égards, les États-Unis sont un pays allemand qui, en raison de la rivalité germano-américaine du début du XXe siècle, refuse de se reconnaitre comme tels. Malgré l’usage de la langue anglaise, il y a beaucoup plus d'Américains d'ascendance allemande que d'origine anglaise. (Pensons d'ailleurs aux deux incarnations suprêmes de l’alimentation américaine : le hamburger et la saucisse de Francfort - le hot dog.) Or l’Allemagne est un pays très fier de son efficacité bureaucratique. Ajoutons, pour être complet, que les Russes pensent souvent qu'ils devraient être plus doués pour la bureaucratie, et ont un peu honte de ne pas l'être.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   06 juillet 2016
Le samedi 1er octobre 2011, la police de New York a arrêté 700 militants d'Occupy Wall Street qui tentaient de manifester sur le pont de Brooklyn. Le maire, Michael Bloomberg, a justifié cette décision en faisant valoir qu'ils entravaient la circulation. Cinq semaines plus tard, le même Bloomberg a fermé au trafic automobile deux jours entiers un pont voisin, celui de Queensbroro, pour permettre le tournage du dernier film de la trilogie de Christopher Nolan sur Batman, The Dark Knight Rises.
Beaucoup ont relevé l'ironie de la chose.
Il y a quelques semaines, je suis allée voir le film avec quelques amis d'Occupy - dont la plupart avaient eux-mêmes été arrêtés sur le pont en octobre. Nous savions tous qu'il constituait sur le fond une longue tirade de propagande anti-Occupy. Peu nous importait. Nous allions au cinéma en comptant nous amuser, un peu comme un spectateur qui n'est pas raciste ni nazi irait voir Naissance d'une nation ou Le Triomphe de la volonté. Nous nous attendions à un film hostile, et même insultant. Mais aucun de nous ne pensait qu'il serait si mauvais.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   02 janvier 2016
Nous avons tous un problème. Les pratiques habitudes, et sensibilités bureaucratiques nous dévorent. Notre vie finit par se structurer autour des formulaires à remplir. Mais le langage dont nous disposons pour parler de cette situation est lamentablement inadéquate, voire de nature à aggraver les choses. Il nous faut trouver le moyen de formuler ce que nous réprouvons vraiment dans ce processus ; de parler honnêtement de la violence qu'il implique ; mais en même temps de comprendre parmi les éléments qui le composent, lesquels sont porteurs d'un potentiel de rédemption dans une société vraiment libre, lesquels représentent l'inévitable prix à payer pour vivre dans une société complexe et lesquels peuvent et doivent être entièrement éliminés. Si ce livre contribue, modestement à ouvrir une conversation de ce genre, il aura vraiment apporté quelque chose à la vie politique contemporaine.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   03 janvier 2016
Quelles qu'en soient les raisons historiques, il semble que les bureaucraties publiques et privées soient organisées de façon à garantir qu'un important pourcentage des acteurs ne seront pas en mesure d'accomplir leur tâche comme prévu. C'est en ce sens qu'il me parait juste de dire que les bureaucraties sont des formes utopistes d'organisation. Après tout, n'est-ce pas ce qu'on nous dit toujours des utopistes, qu'ils ont une foi naïve dans la perfectibilité de la nature humaine et refusent de traiter avec les humains tels qu'ils sont ? Et que cela les conduit à fixer des normes impossibles, puis à reprocher aux gens d'être incapables de s'y conformer dans leur vie ? Or, c'est ce que font toutes les bureaucraties. Elles posent des impératifs en jurant qu'ils sont raisonnables ; puis elles découvrent qu'ils ne le sont pas (puisqu'un grand nombre de gens seront toujours incapables de se conduire comme elles l'attendent) ; elles concluent alors que ce ne sont pas les impératifs qui posent problème, mais l’insuffisance individuelle de chaque être humain, qui n'arrive pas à se hausser à leur niveau.
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L'horreur des jobs à la con par David Graeber .
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