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ISBN : 2330061250
Éditeur : Actes Sud (06/04/2016)

Note moyenne : 4.55/5 (sur 29 notes)
Résumé :
Voici un livre capital, best-seller au États-unis et en Grande-Bretagne, en cours de traduction dans plus de dix pays, commis par l'un des intellectuels les plus influents selon le New York Times, initiateur d'Occupy Wall Street à New York.

Un livre qui remet en perspective l'histoire de la dette depuis 5000 ans et développe une approche totalement nouvelle. Il démontre magistralement que le système de crédit précède la naissance de la monnaie et que ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Luniver
  11 mai 2016
L'histoire de la monnaie m'a toujours fasciné : tenter de comprendre ce qui a poussé les individus à accorder de la valeur à des morceaux arbitraires de métal me plongeait dans un abîme de perplexité. Avec mes cours d'économie, j'ai accepté de bonne grâce l'explication de la raison de l'apparition de la monnaie, le désagrément de la double coïncidence des besoins (j'ai de la farine, je veux des chaussures : je dois trouver un cordonnier qui cherche de la farine, ou un boucher qui accepte de la farine en échange de viande, et un cordonnier qui échange de la viande contre des chaussures, etc.). Mais l'explication restait insatisfaisante : le besoin de monnaie n'explique rien sur l'entente générale sur le métal, et surtout, on prend l'histoire en cours de route : dans une économie basée uniquement sur le troc, personne n'aurait l'idée de se spécialiser dans un seul produit.
Aussi ai-je été plutôt surpris, et enthousiaste, quand l'auteur a balayé tout ça d'un revers de la main : cette explication tient du mythe fondateur, et ne correspond en rien à la situation historique. Tout comme d'ailleurs, la lente évolution proposée, troc – monnaie métallique – monnaie papier – monnaie virtuelle. Les premières économies sont fondées essentiellement sur la dette, et pas sur un échange immédiat : quand on a besoin de quelque chose, on le prend, et quand quelqu'un d'autre aura besoin de quelque chose plus tard, on lui donnera. Les communautés sont suffisamment petites pour que tout le monde se connaisse, et les abus sont empêchés par la pression sociale. Les paiements comptants ne sont exigés au départ que pour les étrangers de passage, et les individus en qui personne n'a confiance. Ce n'est que très lentement que l'argent va prendre la place de l'honneur et du respect de la parole donnée, en engendrant de sérieux problèmes moraux.
J'ai beaucoup apprécié cet essai, qui n'hésite pas à bousculer le lecteur, à remettre en cause des idées jusque là jugées évidentes. Là où j'avais toujours vu une histoire monotone et prévisible, l'auteur multiplie les hypothèses, les débats, des contre-exemples tirés des quatre coins du monde. J'ai été moins convaincu par sa lecture purement « monétaire » de l'histoire : on nous décrit parfois la naissance de philosophies, de religions, des grands massacres, comme des conséquences de simples histoires de dettes qui ont mal tourné. Mais enfin, dans l'ensemble l'essai était très rafraîchissant : il n'y a rien de mieux que de recevoir un bon coup de pied dans ses idées reçues au début d'un week-end.
Je tiens à signaler que j'accepte de troquer cet ouvrage contre un autre, mais j'en veux un en échange immédiatement, et d'un nombre de pages équivalent à celui-ci, soit 670 pages.
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Walktapus
  26 juillet 2014
Vous venez de signer pour vingt ans pour acheter la maison. le boulot n'est pas terrible mais pas question d'en changer en ce moment. Vous allumez la télé pour vous changer les idées. Aïe ! le gouvernement vient d'annoncer un train de mesures d'austérité pour faire des économies. Mais ça pourrait être pire, voyez les péons Népalais qui triment et meurent au Qatar. Vous zappez : ils passent "12 years a slave" sur une autre chaîne, un poil déprimant, peut-être ?
Bon ça suffit allez, ce soir lisez plutôt "Dette, 5000 ans d'histoire". Ca ne changera rien à votre sort, mais pour commencer vous passerez sans doute quelques bons moments, comme quand l'auteur se moque ouvertement d'Adam Smith, et à travers lui de tous les théoriciens de la science économique. Ou quand il décrit le "communisme des riches".
Ce n'est pas un livre d'économie, mais d'anthropologie et d'histoire économique, de morale économique aussi. Graeber revient aux fondements de la dette, moraux, religieux, anthropologiques. Puis il dresse un portrait historique de la Dette, en Chine, En Inde, au Moyen-Orient et en Europe, sur 5000 ans, par grands cycles, pour terminer par des considérations sur notre époque et notre avenir. Ce faisant il explore les relations entre la dette et la violence, la dette et l'esclavage, le marché et l'état, la monnaie et la puissance militaire, etc. C'est foisonnant, extrêmement érudit, inrésumable, pas toujours facile à suivre. Il aborde un million de sujets. Par exemple, c'est la première fois que je lis une vraie explication du Prix du Sang des codes de lois barbares, et on y trouve des clés pour comprendre le code d'honneur des mafieux. le concept de "monnaie humaine" est passionnant également.
C'est un livre engagé - Graeber se décrit comme un anthropologue anarchiste. Et ce n'est pas forcément toujours très honnête intellectuellement. J'ai l'impression qu'il oublie pas mal de choses quand ça ne va pas dans le sens de ses théories. Et par moment c'est un peu "les méchants contre les gentils". Mais quand un discours devient tellement dominant qu'il semble aller de soi pour tous, c'est signe qu'il a besoin de claques, non ?
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esamy
  08 novembre 2013
Ne faut-il pas rembourser ses dettes ? Oui, ça tombe sous le sens non ? Eh bien pour peu qu'on prenne le point de vue de l'anthropologue, ça n'est pas si évident que ça ! L'histoire de la dette à travers les âges montre que la dette c'est la violence, c'est l'époque où la monnaie était virtuelle (la nôtre en fait !). Effacer l'ardoise permettrait de réorganiser nos sociétés avec l'optique d'échanges non violent, alors pourquoi devons-nous absolument rembourser nos dettes ?
Les réponses sont dans ce livre, elles diffèrent selon les périodes, c'est une obligation morale quand la religion s'en mêle (avec une dette impossible à rembourser dès la naissance), c'est une nécessité quand on est sous le pouvoir d'un autres (avec le risque d'être réduit en esclavage ou tué), mais cela résulte d'une convention humaine que nous pouvons changer !
L'ouvrage de Graeber couvre tellement de sujets que les résumer ici tient de la gageure ! Et les assertions habituelles d'économistes dézinguées ici rendent certains passages du livre assez jouissifs ! le troc comme moyen d'échange avant notre ère ? Une fable ! Des marchés sans Etat ? Impossible ! La dette ? Un lien social !
La démarche est on ne peut plus scientifique ce qui rend les faits évoqués difficiles à réfuter. Pas toujours simple à lire, mais donne tellement à réfléchir que ça en vaut la peine !
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alzaia
  18 août 2014
je vous cite ici une "critique" lue en ligne par d'Etienne Chouard que j'apprécie beaucoup "Je dois avoir lu 200, 250 bouquins sur la monnaie, l'histoire de la monnaie, je n'en ai jamais rencontré d'aussi bouleversant, et éclairant que lui, tout est important là dedans (...) pour s'émanciper des marchands on va avoir besoin de cette pensée. Les économistes sont, volontairement ou pas les porteurs d'une vision étriquée, une vision marchande, qui nous réduit nous autres humains à des êtres désirants égoïstes, calculateurs, et c'est très insuffisant, ça ne correspond pas à notre réalité, nous sommes autre chose, nous sommes des "animaux" capables de nous entre-aider, capables de nous sacrifier, capables de donner sans retour, capables de voir des dettes apparaître sans nécessité de les rembourser, obligations éternelles! Les anthropologues étudient les sociétés réelles, les sociétés primitives réelles, les sociétés humaines, leurs moeurs, leur organisation sociale, et c'est infiniment plus riche et éclairant pour comprendre le réel actuel que la vision des économistes qui est à pleurer de pauvreté et de fausseté ... pour exemple cet extrait du livre ou un Inuit revenant de pêche bredouille dit "merci" à un autre qui lui offre sa récolte , le second lui dit "il ne faut pas dire merci" le premier lui répond " DANS NOTRE PAYS NOUS SOMMES HUMAINS ET PUISQUE NOUS SOMMES HUMAINS NOUS NOUS ENTRAIDONS NOUS N'AIMONS PAS ENTENDRE QUELQU'UN DIRE MERCI POUR CA; CE QUE J'AI AUJOURD'HUI TU PEUX L'AVOIR DEMAIN, içi nous disons qu'avec les cadeaux on fait les esclaves et qu'avec les fouets on fait des chiens"...
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Trigor
  03 novembre 2018
Un bouquin qui a posé plusieurs pierres fondatrices à ma compréhension du monde.
Dans un style rock and roll (mais parfois un peu confus,) Graeber nous raconte l'histoire de la monnaie, qu'elle soit matérielle ou humaine.
La caricature du bonhomme, c'est "l'anthropologue anarchiste," à mon sens tout anthropologue doit tendre au maximum vers l'anarchisme (ne pas avoir d'idéologie pro-étatique) pour être neutre envers les sociétés qu'il étudie, donc j'ai pas de souci avec ça.
Mais c'est vrai que le bouquin (robuste scientifiquement,) se déploie dans une critique philosophique anarchiste des dettes modernes, dans une prise de position (assumée de Graeber) pour l'annulation de toutes les dettes mondiales.
Ce n'est donc pas seulement "5000 d'histoire de la monnaie" dont il s'agit, mais aussi "qu'est ce que la monnaie raconte sur les Hommes ?" "quels sont les éternels schémas répétitifs de la dette ?" "est-ce que l'important avec une dette, c'est vraiment qu'elle soit payée ?" et bien sûr "faut-il absolument payer ses dettes ?"
La réponse va vous étonner.
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critiques presse (2)
LaViedesIdees   11 février 2014
Dans son dernier livre, désormais bestseller international, l’anthropologue David Graeber analyse le rôle de la dette dans l’évolution de l’histoire humaine. Il s’intéresse tout particulièrement aux aspects moraux de la dette, et signale un retour des positions anarchistes, qui reflète une frustration grandissante par rapport à l’État et au marché.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
Liberation   11 octobre 2013
C’est un gros livre rouge, imposant et important à l’heure où la Grèce n’en finit plus de rembourser ses prêts, où les Etats-Unis s’écharpent entre démocrates et républicains pour relever le «plafond de la dette» et où toute la planète semble étouffer dans une orgie de crédits. Dette, 5 000 ans d’histoire est à ne pas manquer [...].
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
FiloxFilox   12 janvier 2019
Cela fait maintenant des siècles que les explorateurs essaient de découvrir le fabuleux pays du troc. Aucun n’y a réussit .....Au milieu du XIX e siècle, les études de Lewis Henry Morgan sur les Sis Nations des Iroquois, entre autres ouvrages, ont été publiés avec un fort tirage - et elles expliquaient clairement que la principale institution économique des nations iroquoises était «  la maison longue », où la plupart des biens étaient empilés puis alloués par le conseil des femmes, et que personne, jamais, n’avait échangé des têtes de flèches contre des morceaux de viande. Les économistes ont simplement choisi d’ignorer ces informations.
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MaldororMaldoror   24 septembre 2014
Nous devons bel et bien aux autres tout ce que nous sommes. C'est la pure vérité. La langue dans laquelle nous parlons et même pensons, nos habitudes et nos opinions, les aliments que nous aimons, le savoir grâce auquel la lumière s'allume et la chasse d'eau fonctionne, et même le style de nos gestes de défi et de révolte contre les conventions sociales - tout cela, nous le tenons d'autres personnes dont la plupart sont décédées depuis longtemps. S'il nous fallait imaginer ce que nous leur devons comme une dette, elle ne pourrait être qu'infinie. Mais est-il vraiment raisonnable de penser cela comme une dette ? C'est toute la question. Après tout, une dette est, par définition, quelque chose que nous pouvons au moins imaginer rembourser. Il est assez étrange de souhaiter être quitte avec ses parents - cela signifie plutôt qu'on ne veut plus d'eux comme parents. Désirons-nous réellement être quittes avec toute l'humanité ? Quel sens cela pourrait-il même avoir ?
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AchegothAchegoth   08 août 2017
Les idées modernes des droits et libertés dérivent de ce qu’on appelle, depuis l’époque - vers 1400 - où: Jean Gerson, recteur de l’université de Paris, a commencé à les formuler en développant des concepts du droit romain, la « théorie des droits naturels ». Comme Richard Tuck, le principal historien de ces idées, l’a relevé depuis longtemps, l’une des grandes ironies de l’histoire veut que cette approche théorique était défendue à l’époque non par les progressistes, mais par des conservateurs.
« Pour un gersonien, la liberté était une priorité et pouvait être échangée de la même façon et aux mêmes conditions que toute autre propriété » — vendue, troquée, prêtée ou cédée volontairement a un autre titre. Par conséquent, le péonage ou même l’esclavage ne pouvaient rien avoir intrinsèquement mauvais. Et c’est exactement ce qu’ont fini par affirmer les théoriciens des droits naturels. De fait, au fil des siècles suivants, ces idées ont surtout été développées à Anvers et à Lisbonne, villes qui étaient au cœur même du commerce esclavagiste émergent. Après tout, soutenaient leurs promoteurs, nous ne savons pas vraiment ce qui se passe dans les pays de l’intérieur, au-delà de ports comme Calabar, mais tout porte à croire - puisqu’il n’y a aucune raison fondamentale de supposer le contraire — que, dans les cargaisons humaines convoyées vers les bateaux européens, les gens, clans leur immense majorité, se sont vendus eux-mêmes, ont été cédés par leurs tuteurs légaux on out perdu leur liberté d’une autre façon parfaitement légitime. Pas tous, incontestablement, mais il y aura toujours des abus dans tous les systèmes. L’important, c’était qu’il n’y avait rien intrinsèquement contre nature ou illégitime à considérer que la liberté pouvait être vendue.
Bientôt, des arguments semblables ont servi à justifier le pouvoir absolu de l’état. Thomas Hobbes a été le premier à développer réellement ce raisonnement au XVe siècle, mais celui-ci est vite devenu un lieu commun.
L’Etat était fondamentalement un contrat, une sorte de transaction d’affaires : les citoyens avaient volontairement cédé certaines de leurs libertés naturelles au souverain. Et, pour finir, ces mêmes idées ont servi de base à l’institution essentielle qui domine notre Vie économique actuelle : le travail salarié, qui est, de fait, la location de notre liberté, au même titre que l’esclavage peut être conçu comme sa vente.
Ce ne sont pas seulement nos libertés que nous possédons ; une logique identique a fini par s’appliquer même à nos corps, qui sont traités, dans ces formulations, comme s’ils n’étaient pas réellement différents de nos maisons, de nos voitures ou de nos meubles. Nous sommes à nous, donc les autres n’ont aucun droit d’empiéter sur nous. La encore, cette idée peut paraître inoffensive, voire positive, mais elle prend une tout autre figure quand nous pensons à la tradition romaine de la propriété sur laquelle elle repose. Dire que nous nous possédons nous-mêmes est assez bizarre : cela revient à nous camper simultanément dans la position du maître et dans celle de l’esclave. « Nous » sommes les possesseurs (exerçant un pouvoir absolu sur notre propriété), mais aussi, d’une certaine façon, les choses possédées (objet du pouvoir absolu). La maison romaine antique, loin de s’être perdue, oubliée, dans les brumes de l’histoire, est préservée au fondement de l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes — et, là encore, comme pour le droit de la propriété, le résultat est si étrangement incohérent qu’il s’effiloche en une infinité de paradoxes dès que l’on essaie de comprendre ce qu’il pourrait vraiment vouloir dire en pratique. Tout comme les juristes ont passé un millier d’années a s’efforcer de trouver un sens aux concepts romains de propriété, les philosophes ont mis des siècles a tenter de comprendre comment il pourrait être possible pour nous d’avoir un rapport de domination sur nous-mêmes.
La solution la plus populaire - qui consiste à dire que chacun de nous a une chose appelée un ‘’esprit’’ entièrement séparée d’une autre chose nommée le ‘’corps’’, et que la première exerce une domination naturelle sur la seconde – contredit radicalement à peu près tout ce que nous savons des sciences cognitives. C’est une idée manifestement fausse, mais nous continuons à nous y accrocher, pour la simple raison qu’aucun de nos postulats quotidiens sur la propriété, le droit et la liberté n’aurait de sens sans elle.
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MaldororMaldoror   22 octobre 2014
[Un] chasseur de morses [...] s'était senti offensé quand l'auteur avait voulu le remercier de lui avoir donné de la viande - parce que les humains s'entraident et que, lorsque nous considérons quelque chose comme un cadeau, nous nous muons en êtres infra-humains : "Ici, nous disons qu'avec des cadeaux on fait des esclaves et qu'avec des fouets on fait des chiens."
"Cadeau" ne désigne pas dans cette phrase quelque chose qu'on donne gratuitement ; il ne s'agit pas de l'aide mutuelle des êtres humains entre eux, sur laquelle nous pouvons généralement compter. Remercier quelqu'un, c'est suggérer qu'il aurait pu ne pas agir de cette façon, donc que le geste qu'il a choisi de faire crée une obligation, un sentiment de dette - et par conséquent d'infériorité.
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AchegothAchegoth   16 août 2017

Mais il existe un facteur qui brille par son absence flagrante même dans les plus sensationnelles des théories du complot sur le système bancaire, sans parler des analyses officielles : le rôle de la guerre et de la puissance militaire. L’étrange aptitude du magicien à créer de la monnaie à partir de rien a une explication. Derrière lui se tient un homme avec un fusil
[….]
Depuis l’époque de Nixon, je l’ai dit, les plus gros acquéreurs étrangers de bons du Trésor américain ont été en général les banques de pays se trouvant de facto sous occupation militaire américaine. En Europe, l’allié le plus enthousiaste de Nixon à cet égard a été l’Allemagne de l’Ouest, où étaient alors cantonnés plus de 300 000 soldats américains. Dans les dernières décennies, c’est surtout l’Asie qui a retenu l’attention, notamment les banques centrales de pays comme le Japon, Taïwan et la Corée du Sud — qui sont tous, eux aussi, des protectorats militaires américains. De plus, si le dollar conserve son statut mondial, c’est en grande partie parce qu’il est, là encore depuis 1971, la seule devise utilisée pour acheter et vendre le pétrole, toute tentative de l’OPEP pour commencer à le négocier dans une autre monnaie suscitant la résistance farouche de deux de ses membres,
l’Arabie Saoudite et le Koweït — qui sont également des protectorats militaires américains. Quand Saddam Hussein a pris l’audacieuse initiative de passer tout seul du dollar à l’euro en 2000 — il a été imité par l’Iran en 2001 —, cette mesure a vite été suivie par les bombardements américains et l’occupation militaire. Sa décision de jouer contre le dollar a-t-elle pesé lourd dans la décision des États-Unis de le renverser ? Nul ne le sait, mais aucun pays en position d’opérer le même basculement ne peut ignorer cette possibilité. Le résultat chez les décideurs politiques, notamment des pays du Sud, est la terreur généralisée.
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