AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
>

Critique de Pois0n


Pois0n
  29 mars 2020
Pour une fois, pas vraiment de point ni de thème commun entre les trois récits contenus dans ce recueil Harlequin. Deux relations patron-employée, deux histoires de bébé, deux personnages torturés, et c'est tout.

Si, d'ordinaire, les récits contenus dans les recueils Harlequin font peu ou prou la même taille, ici, ce n'est pas le cas pour le premier d'entre eux : « La déclaration d'une secrétaire » fait en effet moins de cent pages, pour une histoire qui se déroule sur plus d'un an. Dans ces circonstances, impossible de demander un quelconque développement des personnages lorsque l'on dispose de si peu de place pour présenter les protagonistes, les rapprocher, rajouter des conséquences inattendues, un imbroglio à démêler et conclure tout ça proprement.
En l'état, Lynne Graham s'en sort plutôt pas mal en dépit des énormes ellipses tronquant le récit en trois parties distinctes. Poppy et Santino passent assez vite aux choses sérieuses, mais le ton assez expéditif du récit évite tout sentiment de précipitation. En revanche, côté sentiment justement, inutile de chercher une quelconque alchimie entre les tourtereaux : pas le temps ! L'histoire va à l'essentiel et donc aux faits, quitte à parfois frôler le résumé lorsqu'il s'agit de traiter certains évènements de l'intrigue. Clairement, on a très (trop) souvent l'impression de lire non pas un récit entier, mais le pitch de celui-ci... A l'inverse, la narration s'attarde parfois sur des détails inutiles, même si, heureusement, ça reste assez rare.
Finalement, en cent pages, ça aurait pu être infiniment pire et si ce n'est pas la nouvelle de l'année, « La déclaration d'une secrétaire » se lit. (5/10)

Si vous aimez les histoires un minimum crédibles, alors le début de « Séduction trompeuse » vous fera lever les yeux au ciel et plus d'une fois tant tout, dans la première moitié, sonne faux. Sans parler de l'avalanche de clichés... Qu'un célèbre chroniqueur radio (célèbre au point d'être traqué par les journalistes et multimillionnaire...) vienne prendre un café précisément là où travaille à mi-temps l'actrice débutante qu'il a vertement critiquée la veille, c'est déjà fort (de café donc), mais qu'il décide en plus sur un coup de tête de l'engager (alors qu'il l'a trouvée nulle sur les planches, hein...) pour faire croire à tous (et surtout à sa vieille tante mourante) que lui, le célibataire le plus endurci de Sydney, a été victime d'un coup de foudre en l'annonçant sur les ondes une poignée d'heures plus tard, c'est d'un ridicule achevé. D'autant qu'absolument personne ne s'étonne de les voir fiancés en moins de vingt-quatre heures !
Bref, durant toute la première moitié du roman, on meurt d'envie de balancer ce truc par la fenêtre tant rien ne tient debout. Entre les manigances de Bryn, le coup de la petite soeur en détresse en Amazonie qui ne sert à rien (la famille de Mia est censée être assez aisée, mais la jeune femme est quand même fauchée ?), sans oublier les échanges de piques entre Mia et Bryn aussi artificiels que le reste, ça fait *beaucoup*.
Il faut donc attendre la seconde moitié pour que la narration se pose, oublie les situations absurdes et se concentre un peu sur la relation naissante entre les protagonistes. On voyage un peu dans le Queensland (mais juste un peu), dans une légère atmosphère de vacances teintée d'une touche typiquement Aussie, le duo cesse enfin de s'aboyer dessus (il faut dire que le désir qui crépite entre eux les aide pas mal à revoir leur jugement) et l'on découvre l'histoire, somme toute plutôt touchante, de Bryn. le récit se teinte d'une atmosphère plus amère mais réussie qui balaie aisément ses débuts maladroits. D'autant que l'autrice maîtrise le déroulement de son histoire et que la fin, aux antipodes du début, paraît crédible et ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe.
Au final, après avoir frôlé de si près la catastrophe, « Séduction trompeuse » rattrape habilement le tir et propose une romance certes peu réaliste, mais finalement pas désagréable à lire. C'est sans doute l'essentiel. (6/10)

Côté narration, « Une insupportable proposition » est l'opposé complet de « La déclaration d'une secrétaire », ses 144 pages couvrant à peine quarante-huit heures en continu, presque minute par minute, sans la moindre ellipse. Deux jours pendant lesquels Lucy, ayant précipitamment fui son foyer quelques mois plus tôt, s'efforce d'expliquer pourquoi au père de son enfant et de le convaincre de la laisser revenir dans leurs vies. Pas si simple, étant donné que Ricardo la prend depuis le début pour une croqueuse de diamants.
Et pourtant. En dépit des apparences, et du résumé totalement mensonger, « Une insupportable proposition », à des années-lumière d'une romance classique, est un roman consacré... à la dépression post-partum. Alors certes, pas d'une façon très fouillée, mais le récit des crises de shopping compulsives de Lucy, son manque d'intérêt pour tout, ses angoisses qui tournent encore en boucle dans sa tête, ses blocages à l'idée de faire la moindre erreur et son sommeil agité suffisent déjà à donner une assez bonne idée des dégâts provoqués. Et si, au début, on pourrait trouver peu crédible qu'elle ait préféré fuir sans en toucher un mot à ses proches (à commencer par son mari), les explications qui viennent plus loin tendent à rendre son raisonnement et son comportement très logiques, finalement. Alors, tant pis si l'aspect romance passe complètement au second plan du récit, le véritable sujet de l'histoire s'avérant bien plus intéressant que le rabibochage de Lucy et Ricardo. Clairement, on n'a pas l'habitude de voir un sujet aussi sérieux (et aussi peu glamour) abordé dans les romances Harlequin, et c'est une excellente surprise !
En parler, c'est bien, mais la façon de le faire, en revanche, tend à ternir un peu le tableau. Comme évoqué plus haut, la narration suit les faits et gestes des personnages sans interruption, ce qui signifie qu'à côté des retrouvailles entre Lucy et son fils, on a aussi droit à des bouts de dialogues qui n'apportent pas grand-chose en plus d'être redondants, faisant sans cesse revenir les mêmes tourments intérieurs (« quel dommage qu'on ne se soit mariés que pour le bébé », « je ne serai jamais une bonne mère »...) et repoussant à plusieurs reprises, de façon artificielle et surtout sans raison, le moment où Lucy révèle à son mari la vérité sur son état mental. de la même façon, sur le plan pratique, c'est très « un pas en avant, deux pas en arrière », Ricardo repoussant Lucy, lui disant de rester, puis à nouveau de partir..., bref, changeant d'avis et d'attitude toutes les dix minutes. A tel point qu'à quatre pages de la fin, les choses en sont encore au point mort... Vous l'aurez compris, la conclusion tombe comme un cheveu sur la soupe, les malentendus se trouvant réglés par une simple discussion... qui aurait très bien pu avoir lieu 140 pages plus tôt.
C'est dommage car pourtant, la plume de Kate Walker est fluide et les échanges entre les protagonistes semblent plutôt naturels en dehors des moments où l'on sent vraiment qu'elle « fait durer les choses » ; où, sans véritable motif, ils s'abstiennent de livrer le fond de leur pensée, bloquant ainsi l'histoire, qui s'enlise inutilement. Et l'immersion s'en ressent grandement : l'on n'est pas aux côtés de Ricardo et Lucy, « mère paumée et mari méfiant », mais de Ricardo et Lucy, « personnages de roman soumis au bon vouloir de leur autrice ».
Avec son thème audacieux mais ses maladresses narratives, « Une insupportable proposition » ne parvient donc malheureusement pas à convaincre, même s'il demeure un intéressant OVNI dans le catalogue de l'éditeur. (5/10)

Si aucun des trois récits ne s'avère véritablement mauvais, on n'est pas non plus dans le haut du panier de la collection Azur, les deux premiers s'avérant assez anecdotiques et le dernier, sortant nettement du lot de par son thème, souffrant de défauts assez difficiles à occulter. de quoi s'occuper quelques soirées, mais c'est tout.
Commenter  J’apprécie          10



Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Ont apprécié cette critique (1)voir plus