AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres
EAN : 9791093552934
159 pages
Remanence (29/02/2020)
4/5   18 notes
Résumé :
Une Adoption particulière raconte l’histoire de deux petites filles, Camille et Léa, adoptées à l’âge de dix et huit ans.

À leur arrivée en France, elles découvrent un monde nouveau qui les ravit, mais dans lequel elles doivent franchir beaucoup d’obstacles. Celui du langage, bien sûr, et celui du bonheur, sans doute plus déroutant encore.

Leur parcours montre ce qu’il y a de magique dans cette adoption tout en dévoilant peu à peu ce q... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
4

sur 18 notes
5
4 avis
4
11 avis
3
0 avis
2
1 avis
1
0 avis

Harioutz
  15 avril 2020
L'adoption est une démarche humaniste, longue et pleine d'embûches.
Que ce soit par l'Aide Sociale à l'Enfance (qui propose très peu d'enfants à l'adoption en France) ou par les associations qui interviennent dans le champ de l'adoption internationale, la motivation des adoptants est testée de multiples manières, et elle doit être réitérée au travers de démarches très contraignantes.
De plus, les adoptants doivent faire la preuve, dans la durée, à la fois de leurs capacités à devenir parents, de leur équilibre psychologique et montrer très concrètement quelle place ils entendent faire à l'enfant (aux enfants) attendu(s).
Se voir refuser le précieux sésame qui vous place en position d'adoptants potentiels -et donc sur liste d'attente - est vraiment très dur à comprendre, puis à accepter, pour des couples qui ont souvent déjà tant souffert au moment où ils ont entrevu un espoir de parentalité au travers de l'adoption.
Chantal de Grandpré revient peu sur ce début de processus, mais l'on comprend, que le chemin entre le deuil de l'enfant biologique, la nécessaire réflexion du couple et les premiers contacts avec l'O.A.A. (Organisme Agrée pour l'Adoption) a été très long.
L'adoption internationale est synonyme d'arrachement de l'enfant à son pays d'origine. La plupart du temps, c'est à la suite de premiers mois ou de premières années de vie difficiles, de décès, de ruptures, d'abandon(s) que les enfants parviennent à entrer dans un processus d'adoption. S'ajoutent à ces multi-traumatismes, ceux liés à la rupture brutale et soudaine de leur fragile équilibre pour un départ quasi « à l'aveugle » : un pays étranger, des coutumes et une langue inconnues, des codes à assimiler, des « parents » à découvrir, un nouvel attachement à éprouver - ou pas -, un nouveau prénom … reconnaissons que le choc est énorme, même si les adoptants sont animés des meilleures intentions du monde et d'un amour incommensurable.
Dans Une adoption particulière, Chantal de Grandpré nous livre un témoignage poignant, et plus encore, déchirant.
L'adoption, tant espérée et préparée, de deux fillettes vietnamiennes – Diêm ou Camille et Anh ou Léa - a viré peu à peu au cauchemar, jusqu'à la rupture totale, et l'auteur tente de comprendre comment et pourquoi, en scindant son vécu et son analyse en quatre étapes : Ici, Avant, Là-bas, Plus tard.
J'ai trouvé très pertinent ce que Chantal de Grandpré exprime, sans rancoeur, en conclusion et que je le vous livre ci-après:
« A ce stade, et contrairement à l'idée reçue, j'en suis arrivée à me dire que peut-être n'aurions-nous pas dû aller les chercher dans leur pays d'origine. Car en allant au Vietnam, nous les avions sauvées de cet orphelinat crasseux où elles étaient extrêmement malheureuses, et sans le savoir à l'époque, nous avions aussi soustrait Camille à un destin certainement funeste.
Mais justement, celui qui sauve peut-il devenir le parent ?
Pas si l'on en croit les service sociaux, qui refusent de confier un enfant maltraité à la personne qui l'a sauvé. le sauveur ne peut pas, en effet, devenir le nouveau parent parce que le poids de la dette à son égard serait trop lourd, et l'enfant risquerait d'être victime du syndrome de Cosette, laquelle, comme on le sait, se détourne de Jean Valjean quand Marius l'y pousse.
Dans un premier temps, Camille et Léa n'ont pu qu'être soulagées et heureuses, mais par la suite, une grande part de leur animosité s'en est nourrie. Je revois encore Léa, à treize ans, me hurler que je n'aurais jamais dû aller la chercher au Vietnam.
Ce n'est donc pas non plus par hasard que le reproche d'avoir changé est revenu comme un leitmotiv. Avec le temps, le sauveur que j'avais été, une sorte de bonne fée qui les avait transformées en princesses, s'est mué en parent qui pose des limites. En voleuse aussi, puisque je les avais arrachées à leur famille.
Comment était-ce possible dans leur esprit ? Ça ne pouvait pas l'être , ni dans le leur ni maintenant dans le mien.
C'est pourquoi, plus elles recevaient, plus elles croulaient sous le poids de la dette initiale, ce poids qu'aucun enfant biologique ne ressent ».
J'ai été très touchée par cette dramatique histoire et la sensibilité avec laquelle l'auteure se remet en cause. Aucune amertume ne vient ternir son ressenti, l'amour ne l'a pas quitté, et peut-être les années passées sans se voir parviendront-elles à ressouder ce lien qu'elle a voulu construire entre ses filles et elle.
Je remercie Chantal de Grandpré et NetGalley pour cette lecture pleine d'émotions.
#UneAdoptionparticulière #NetGalleyFrance
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          14944
coquinnette1974
  01 mai 2020
Je remercie les éditions La Rémanence pour l'envoi, via net galley, de l'ouvrage : Une adoption particulière de Chantal de Grandpré.
Une Adoption particulière raconte l'histoire de deux petites filles, Camille et Léa, adoptées à l'âge de dix et huit ans au Vietnam,
À leur arrivée en France, elles découvrent un monde nouveau qui les ravit, mais dans lequel elles doivent franchir beaucoup d'obstacles.
Celui du langage, bien sûr, et celui du bonheur, sans doute plus déroutant encore.
Leur parcours montre ce qu'il y a de magique dans cette adoption tout en dévoilant peu à peu ce qu'elle comporte aussi d'illusoire..
Car les années vont passer et l'attachement qui paraissait acquis montre sa fragilité...
Une adoption particulaire raconte comment l'autrice a adopté deux petites filles et la difficulté de leur parcours. C'est un témoignage et cet ouvrage comporte quatre parties : Ici, Avant, Là-bas et Plus tard.
Nous découvrons donc l'adoption de nos jours mais aussi avant, au Vietnam et plus tard. Si nous n'avons pas suivi le même parcours que l'autrice, nous imaginons comment l'adoption se déroule réellement mais en fait nous ignorons ce qu'il en ai vraiment. J'ai trouvé ce témoignage très intéressant car rien n'est rose dans l'histoire de l'autrice et ses deux filles. Les gamines ont un passé, il est impossible de l'oublier. Les nouveaux parents vont faire de leur mieux mais découvrir au bout de quelques années que l'amour n'est pas acquis. Beaucoup de choses sont compliquées, et leur passé ne s'oubliera pas, même des années après,
C'est un témoignage poignant, et troublant. Je ne pensais pas que ça pouvait se dérouler ainsi . Je n'en dirais pas plus, ne souhaitant pas spoiler en cas où cet ouvrage vous intéresserait.
Je ne regrette pas ma lecture, même si ce n'est pas un coup de coeur.
Ma note : quatre étoiles.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
Pat0212
  03 décembre 2020
Ce livre se présente comme un roman, mais il ressemble furieusement au témoignage de l'auteur sur son vécu. J'ai beaucoup apprécié ce livre très touchant qui aborde avec sensibilité et pudeur le sujet de l'adoption internationale. Il se divise en quatre parties présentant les différentes étapes de ce processus.
La narratrice et T. ne peuvent avoir d'enfant, ils doivent d'abord faire le deuil de l'enfant biologique avant d'entamer le parcours du combattant. Il y a très peu d'enfants français à adopter, ils désirent adopter une fratrie de deux, âgés d'environ huit ans, la mère est prêt à accueillir un enfant handicapé, mais pas le père. Après de très nombreuses démarches, on leur propose enfin d'adopter deux petites filles du Vietnam. Dès la réception du dossier, elle se sent être mère, prépare leur chambre etc. Pourtant il faudra encore presque deux ans de démarches avec des hauts et des bas avant de pouvoir s'envoler vers l'Asie.
Le triste quotidien des fillettes à l'orphelinat est peu connu des nouveaux parents, comme pratiquement tout ce qu'elles ont vécu dans leur pays. Elles sont orphelines, nées de père inconnu et abandonnées par leur oncle qui ne peut pas les élever en plus de ses propres enfants. On assiste aux nombreuses démarches encore nécessaires sur place, puis c'est l'envol vers la France. Enfants et parents se découvrent avec émerveillement, mais le bonheur ne durera pas. Les difficultés casseront le couple et le rêve merveilleux tournera au cauchemar.
Je ne vais pas m'étendre davantage, pour laisser le plaisir de la découverte aux autres lecteurs, je pense qu'il s'agit d'un témoignage et non d'un roman, en tout cas ça sent vraiment le vécu. Malheureusement, les parents ne se posent pas les bonnes questions avant et sans doute que les organismes d'adoption les préparent aussi mal à la réalité. Ils sont examinés sous toutes les coutures et sont censés être des parents idéaux, ils sont aidés au début, mais se retrouvent tout seuls et en pleine incompréhension lorsque les problèmes surviennent. On leur dit que c'est normal que les adolescents soient en crise et que ça passera comme dans toutes les familles, mais ils sont face à une tornade qui détruira tout. La mère en parle plusieurs années après les évènements et j'admire sa maturité et son acceptation courageuse du comportement pourtant inacceptable de ses filles, elle est sans rancune. Finalement les démons du passé ont rattrapé les jeunes filles, elles ne peuvent accepter que leurs sauveteurs deviennent leurs parents et par conséquent leur mettent des limitations. Elles sont venues avec un lourd passé et n'ont pas pu s'adapter à ce qu'on leur offrait.
J'ai trouvé ce livre très touchant et je le recommande chaleureusement.
Lien : https://patpolar48361071.wor..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          220
Dalidie
  19 février 2021
Tout d'abord j'aimerais remercier les éditions de la Rémanence pour l'envoi du livre « Une adoption particulière « de Chantal de Grandpré et Babélio dans le cadre de l'opération masse critique de Janvier.
Ce premier roman se compose en 4 parties : « Ici », « Avant » , « Là-bas » et « Plus tard. le thème central de celui-ci est l'adoption dite tardive, des enfants qui ont déjà leur vécu et un passé pas toujours des plus réjouissant. (Ici deux petites filles de nationalité vietnamienne de 8 et 10 ans)
On y découvre avec stupeur et effroi les conditions de vie dans ces centres d'adoption, les aléas auxquels se confrontent les parents adoptants au niveau administratif. On suit avec émotion et frénésie les moments tant attendus (première rencontre, premier voyage, apprentissage de la langue..)
Ses premiers instants magiques qui perdurent 2 ans « La Lune de miel » , où l'on s'apprivoise, où l'on apprend à se connaitre, à s'aimer laisseront place peu à peu et insidieusement à l'incompréhension pour la maman .
Pourquoi un tel rejet, pourquoi ce désamour, cette haine de ces 2 petites filles devenues ados envers leur maman ?
Chantal de Grandpré nous relate avec brio l'envers du décor au travers de cette fiction , que je ressens plus comme étant un témoignage ….
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          111
Salome20s
  26 mai 2020
J'ai dévoré ce livre en deux jours et j'ai eu le plaisir de découvrir une histoire touchante, réaliste et surtout authentique. On rencontre un couple français, se bataillant contre les difficultés administratives afin de réaliser leur projet d'adoption. Toutes les péripéties de la procédure y sont décrites avec précision mais également avec beaucoup d'émotions.
Etant étudiante assistante sociale, je suis très contente d'avoir lu ce témoignage portant sur l'adoption internationale, abordant les acteurs du processus à savoir d'Aide Sociale à l'Enfance, les associations encadrant les adaptions etc. J'ai appris énormément à travers l'histoire de la narratrice qui n'hésite pas à nous faire part de son intimité familiale. Après cette lecture percutante, je peux prendre d'avantage de recul sur une procédure que l'on nous enseigne en cours mais dont on ignore toute la complexité, surtout du point de vue des adoptants et des adoptés.
J'ai apprécié la proximité entretenue par l'auteure entre les deux jeunes soeurs et le lecteur et ce malgré l'ombre du passé qui plane au dessus de la famille. Dans ce roman, l'adoption n'est pas idéalisée, bien au contraire. Effectivement, ce couple va devoir faire un constat, sûrement un des pires que les parents adoptants sont hélas parfois contraints de faire…
Une lecture à la fois émouvante et brutale qui soulève les véritables questions de l'adoption ainsi que toute sa complexité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40

Citations et extraits (5) Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   15 avril 2020
Deux ans plus tard, en fait, car il ne s'est écoulé qu'un peu plus de deux ans avant que l'ici harmonieux décrit au début ne prenne fin aussi précipitamment que brutalement.
Cette courte période est souvent qualifiée de « lune de miel » dans le monde de l'adoption, non seulement parce que parents comme enfants, nous nous découvrons avec émerveillement, mais aussi parce que nous sommes entourés et soutenus. Psychologue et assistants sociaux viennent en effet régulièrement nous voir pour vérifier que tout va pour le mieux ou intervenir si des problèmes se posent.

Ainsi, Camille et Léa demandaient-elles à être allaitées ? Excellent, expliquaient-ils, plus elles régresseront, plus elles iront ensuite de l'avant. Ils validaient aussi ce que nous constations jour après jour : les enfants étaient affectueuses, elles s'appropriaient les lieux, la langue progressait., bref, l'apparentement semblait s'accomplir parfaitement bien.

Même aujourd'hui, après après tout ce qui s'est passé, il ne me viendrait pas à l'idée de leur reprocher leur enthousiasme. Après tout, plus de cinquante pour cent des adoptions sont des réussites, et même si d'autres échouent, à des degrés divers, je reste persuadée qu'il vaut mieux, au départ être optimiste.

Mais on peut se demander si ces professionnels ne sont pas piégés, eux aussi, par ces deux premières années, et, par conséquent, insuffisamment alertés lorsque les premiers signaux dissonants apparaissent.
Exactement comme moi, qui ai volontairement sous-estimé les bouderies subites et les mensonges réitérés de Camille, ou la tendance à l'aphasie et les crises de nerfs incontrôlables de Léa, de sorte que lorsque les choses ont commencé à se dégrader, je ne me suis pas d'emblée posé les bonnes questions.
Et comme j'étais désormais privée de toute assistance, puisque les aidants sont forcés de s'éclipser lorsque la lune de miel est terminée, je ne vois pas comment j'aurais pu diagnostiquer ce qu'ils se passait réellement et dont je n'avais jamais entendu parler.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          580
HarioutzHarioutz   15 avril 2020
Elles ont vécu la plus grande partie de leur enfance dans un monde dont le mode d'emploi me parvient par bribes, la plupart du temps inintelligibles.
Elles n'en ont conservé que deux petits cahiers dont les contenus nous sont pour l'instant inaccessibles, et quelques photos plastifiées aux contours crantés que Camille, surtout, a tenu à accrocher dans leur chambre.
On y voit les deux sœurs beaucoup plus jeunes avec leur maman, leur oncle et cette autre personne qu'elles n'ont pas l'air d'aimer.
« Elle frapper maman et frapper nous », m'a dit un jour Camille.
Pourquoi ? me suis-je demandé. Parce que leur maman était une mère célibataire ? Et que c'était mal vu dans un petit village de campagne ? Mais peut-on poser de telles questions à une enfant ?

Aussi nombreux soient-ils, les papiers de leur dossier d'adoption ne nous en disent pas beaucoup plus. Ce sont des certificats et des procès-verbaux, secs et factuels.
On y trouve l'acte de naissance de leur maman, Kim, qui nous apprend que celle-ci est née en 1961, l'année même où Kennedy a décidé de renforcer l'aide américaine au gouvernement sud-vietnamien. J'en déduis que Kim a dû grandir sous les bombardements.
Elle est morte le 10 juillet 2002 d'un cancer de l'estomac. Peut-être était-ce du à l'alimentation, souvent saumurée et de toute façon extrêmement épicée ; ou à l'agent orange, quoique ce soit plutôt la jungle du sud qu'on ait aspergée de ce poison. A moins qu'elle n'ait développé ce cancer à cause d'un pesticide qui aurait été utilisé dans les rizières.
Camille affirme en effet que juste après l'épandage, beaucoup d'animaux sont morts et que sa maman s'est plainte de violents maux à l'estomac. Elle aurait fait ensuite un assez long séjour à l'hôpital avant de s'éteindre.

Une des photos que Camille et Léa ont apportées avec elles a été prise le jour des obsèques de Kim. Elles ont alors sept et cinq ans, et elles tiennent dans leur bras un grand portrait de celle-ci.
Je trouve qu'elles ne lui ressemblent pas vraiment. Le chagrin mais surtout la fatigue se lisent sur leurs petits visages sérieux, ce qui va de soi puisque lors d'un décès, on doit veiller le corps pendant trois jours sans dormir.
L'acte de décès précise encore que Camille et Léa sont nées de père inconnu présumé décédé, mais aucun document n'étaye cette affirmation. Or, nous serons dans un an qu'elles sont demi-sœurs et que leurs pères respectifs sont bel et bien vivants.

Dans le dossier se trouve aussi la lettre de l'oncle maternel dans laquelle celui-ci demande à l’orphelinat de la ville la plus proche d'accueillir ses nièces.
« Toutes les deux, écrit-il au Comité populaire de la commune, sont des enfants nées hors mariage. Leur mère est décédée et elles doivent vivre avec moi. Pourtant ma famille est en grande difficulté et n'est pas en état de les élever. Ainsi,je tiens à vous demander d'admettre ces deux enfants à l'orphelinat de X. pour favoriser leur scolarité. Si certains parents, étrangers ou nationaux, acceptent de les adopter, je donne mon total consentement. Je donne aussi procuration à l'orphelinat pour remplir l'ensemble des procédures ».

Et des procédures, il y en a ! Toutes sont d'ailleurs consciencieusement transcrites : Remise des enfants à l'orphelinat. Décision du directeur du service du Travail, des Invalides et des Affaires sociales. Acceptation des enfants par l'orphelinat. Consentement à l'adoption accompagné des décisions qui l'autorisent. Le tout en langue originale, en traduction et en double exemplaire pour chacune des deux.
Les actes de naissance de Camille et Léa signalent qu'elles appartiennent à l'ethnie dominante du pays, celle des Kinh, et les résultats des examens prescrits par l'Association - en jargon l'O.A.A., l'Organisme agréé pour l'Adoption - qui les gère depuis la France stipulent qu'elles ne sont porteuses ni du virus HIV ni de celui de l'hépatite B.

En réalité, quoi que tous ces documents représentent une quantité considérable de papier, on n'y trouve qu'un minimum désespérant de renseignements. Aussi, pendant que nous attendons le feu vert pour partir et aller chercher Camille et Léa, avions-nous demandé qu'on nous en dise un peu plus sur elles.
L'O.A.A. a donc contacté la directrice de l'orphelinat qui a dûment envoyé un document pompeusement baptisé « profil psychologique », identique pour les deux, rédigé comme un communiqué de presse et qui tient en trois lignes :  « Enfant taciturne, sage et douce, aimant jouer à la poupée, chanter et faire le ménage. Niveau scolaire : normal. Santé : normale ».
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
HarioutzHarioutz   15 avril 2020
Il faut dire que je les portais en moi depuis des mois, et que je vivais avec elles au jour le jour. Aussi, quand on me dira, plus tard, « mais ça doit te changer la vie », je répondrai « pas vraiment », car en réalité c'est à partir du moment où j'ai appris leur existence que ma vie a changé.
J'ai commencé par aménager leur chambre, la seule pièce laissée en attente lors de la restauration de la maison. J'ai tout repeint en jaune paille et bleu myosotis, et j'ai collé au plafond des étoiles et une lune phosphorescentes pour qu'elles n'aient pas peur dans le noir de la nuit campagnarde.
Une fois que les lits superposés ont été installés, je les ai habillés aux couleurs de princesses et j'ai assorti les serviettes. J'ai supervisé l'invasion des peluches et acheté des livres pour commencer à remplir un peu la bibliothèque.
J'ai aussi fait provision de sous-vêtements et de pyjamas – rien d'autre parce que nous nous doutions que les tailles ne seraient pas les mêmes qu'ici et qu'elles seraient de toute façon de petits gabarits.
Tous les matins, je suis allée jeter un coup d’œil à la chambre qui devenait peu à peu la leur. Je passais la main sur les draps de flanelle pour m'assurer de leur velouté. J'ouvrais la fenêtre pour aérer, puis je vaporisais un peu d'essence de vanille. En partant travailler, en préparant les repas, je leur parlais encore, en nageant, je les imaginais à mes côtés.
Du jour où j'ai appris leur existence, la mienne s'en est trouvée transfigurée.
Elles étaient déjà là.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          202
HarioutzHarioutz   15 avril 2020
Depuis que [Gabrielle] est arrivée chez nous, je sens que quelque chose la tracasse. Mon étonnante maternité, sans doute, comme elle l'a qualifiée elle-même.
Quand nous allons visiter la chambre des filles, elle finit d'ailleurs par me demander avec embarras comment j'ai fait pour … agir, pour .. devenir – elle cherche ses mots, et puis ça y est, elle trouve -, pour être une mère. Elle n'est pas incrédule, elle serait plutôt déroutée.
Nous savons toutes les deux, elle parce qu'elle l'a vécue dans sa chair, et moi parce que cela m'a été refusé, à quel point la conception d'un enfant est énigmatique.
En revanche, elle ignore la puissance phénoménale, à la fois spirituelle et physiologique, que représente l'irruption de l'enfant adoptif.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
NathLeNathLe   28 septembre 2020
Elle était stérile et pourtant si jeune. Je n'avais rien en commun avec ces gens, mais dans l'image de papier glacé d'un magazine people, je voyais la même détresse que celle que j'avais éprouvée; la même attente; la même foi dans l'impossible.
Commenter  J’apprécie          20

autres livres classés : viêt-namVoir plus
Notre sélection Littérature française Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura




Quiz Voir plus

QUIZ LIBRE (titres à compléter)

John Irving : "Liberté pour les ......................"

ours
buveurs d'eau

12 questions
240 lecteurs ont répondu
Thèmes : roman , littérature , témoignageCréer un quiz sur ce livre