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EAN : 9782862312682
361 pages
Éditeur : Maurice Nadeau (10/01/2018)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Les récits d'enfance commencent souvent par le début, ils mettent au centre un narrateur qui se penche sur l'enfant qu'il a été et qu'il voit grandir au fil de sa plume.
Printemps amers propose à son lecteur une autre démarche : nous sommes tous formés des êtres fondamentaux qui ont porté leur ombre sur le matin de notre vie. Nous sommes tous tissés de leurs voix, de leurs regards, et nous portons dans notre chair et pour toujours la marque indélébile de leu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
lucia-lilas
  25 mars 2018
Je vous préviens tout de suite, je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous persuader de découvrir ce roman de Françoise Grard, texte que j'ai trouvé admirable à la fois par son écriture (ah, si tous les écrivains dont on entend parler tous les jours dans les médias avaient une prose aussi subtile et délectable !) et par les magnifiques portraits de femmes qu'elle fait de sa grand-mère Marthe, de sa mère Geneviève et de sa belle-mère Janine.
Un texte donc certainement très autobiographique, qui retrace la période de l'enfance jusqu'à l'âge adulte d'un être qui a cherché tant bien que mal à se construire en s'identifiant aux femmes qui l'entouraient, en tentant de se faire aimer d'elles ou en finissant par renoncer tellement elle se sentait écartée, voire abandonnée.
Difficile pour l'auteur donc de trouver des repères dans cette enfance assez tourmentée : la mère, Geneviève, divorcée, n'assume pas son rôle de mère : « - Quand vous pleuriez, raconte-t-elle, je vous installais dans la pièce la plus éloignée de ma chambre. » Tout est dit. J'en frémis, moi qui ai eu tant de mal à laisser mes enfants dormir seuls dans leur chambre... Elle peut confier ses trois filles à Marthe, la grand-mère, et revenir les chercher... un an après. Elle s'autorise même à les laisser vivre seules (à 8, 10 et 14 ans) dans l'appartement parisien tandis qu'elle part en Italie chez une amie pour quelques semaines… (Ne serait-ce pas considéré aujourd'hui comme un cas de maltraitance et puni par la loi?) Elle oublie parfois d'aller les chercher à l'école, de préparer les repas, de ranger la maison. Les filles s'en chargent, gagnent assez tôt une autonomie forcée, se réfugient dans leurs jeux ou leurs livres. « Pour ma mère, les enfants parfaits sont donc les enfants morts. Et je rêve souvent de lui procurer ce bonheur. » Les mots sont crus et reflètent toute la violence subie par celle qui fait tout pour plaire à sa génitrice « … si Geneviève s'émerveille de se retrouver en moi, c'est qu'elle ignore l'imposture que je m'impose pour la satisfaire. La question, « qu'est-ce qu'on attend de moi », en se posant à chaque instant, m'impose une vigilance épuisante. » Pas vraiment d'attention ou de gestes tendres de la part de celle dont on attend tout. Geneviève est accaparée par un seul être : elle-même.
Qui est Geneviève au fond, qui est cette femme étrange, touchée par une forme d'originalité à moins que ce ne soit de la folie, de quelle espèce d'enfance sort-elle, elle-même, où va-t-elle quand elle rentre si tard le soir tandis que les petites l'attendent sur le palier depuis des heures, comment en vient-on à abandonner comme elle le fait les êtres auxquels normalement on tient le plus au monde ? Mystère…
En tout cas, heureusement, Marthe est là, dans sa maison d'Albi, rue de Ciron « oasis de liberté et d'amour ». Toujours prête à récupérer les petites « comme des chatons perdus attrapés par la peau du cou et jetés dans un carton », les filles d'un fils diplomate, qui court le monde et qu'elle ne voit jamais. C'est un bonheur de vivre rue Ciron, dans cette maison pleine de recoins mystérieux, source de vives sensations, et dans ce jardin aux frontières mal définies tant la végétation est dense.
Il y a du Sido dans Marthe, du « où sont les enfants ? » dans les appels qu'elle lance pour signaler l'heure du goûter aux filles cachées dans les arbres...
Marthe est là, qui soigne et qui protège, qui aime et qui surveille, qui peut être dure parfois avec les gens et les animaux. Une femme dans la vie de laquelle les hommes furent de grands absents: « la cohorte des M, Marcel, l'époux, Michel le fils, Maurice le frère, formait un front d'ombre menaçant dont les torts, voire les crimes, restés innommés m'intriguaient.» Marthe qui garde au fond d'elle ses secrets et ses souffrances.
« De ce parfait amour, tu ne m'as pas seulement laissé le souvenir consolateur, mais aussi le modèle. » avoue la narratrice dès l'introduction.
Il y aura enfin Janine, la seconde épouse du père, la belle-mère. Belle femme, élégante, pas plus intéressée que ça par les trois filles dont elle a parfois la garde, pour ne pas dire embarrassée... Janine est moderne : elle aime le sport, fait de la moto, conduit. « De loin, je la contemple, de près je la redoute.» Elle force l'admiration mais elle fait peur. La narratrice partage la vie de son père lors de séjours de vacances : Budapest, Lisbonne, Hanoï. Elle les observe, son père et sa belle-mère, plus qu'elle ne les rencontre vraiment, et l'on sent toujours une distance entre elle et eux. Qui est Janine ? Encore un autre mystère.
« Ainsi j'ai connu la bonté avec Marthe, la folie ordinaire avec Geneviève, la méchanceté avec Janine. La bonté m'a sauvée, la folie m'a aguerrie, la méchanceté m'a pétrifiée.»
Trois portraits de femmes que l'auteur a aimées ou haïes, qui ont servi de modèles ou de repoussoirs et qui, dans tous les cas, lui ont permis de se construire. Des femmes qui, quels qu'aient été leur vie et leur rapport à la narratrice, sont restées, toutes, des mystères dont les racines se cachent du côté de l'enfance dans laquelle on aurait pu trouver, sans doute, l'origine de ce qu'elles sont devenues.
Je n'oublierai jamais Printemps amers, je n'oublierai jamais l'évocation de ces femmes que ces portraits rendent si vivantes : je me suis attachée à Marthe qui m'a rappelé ma grand-mère, j'ai eu bien du mal à comprendre Geneviève et à percer son mystère, souvent, je l'ai plainte, d'ailleurs, car j'ai eu le sentiment que le poids de son enfance l'empêchait d'être heureuse et d'aimer à son tour. J'ai admiré Janine, comme on contemple un portrait de Coco Chanel sur un magazine aux pages glacées.
Sous la plume si délicate et si sensible de Françoise Grard, ces femmes sont incarnées. Elles fascinent ou rebutent, attirent ou choquent mais elles existent, se débattent à leur façon dans un monde qui n'a pas été toujours tendre pour elles.
Je ne cherche surtout pas à les juger, seulement à tenter de les comprendre, même si, parfois, c'est difficile.
Et puis, il y a cette voix, celle de l'auteur, si tendre, si dure parfois, sachant aussi manier l'humour et l'ironie, cette voix qui exprime avec mille nuances et des analyses si justes et si intelligentes toutes les souffrances, mais aussi les immenses bonheurs d'une enfance assez particulière dont il a fallu sortir pour devenir adulte et parent à son tour.
Pas facile de se construire...
Un roman admirable, tant sur le plan de l'écriture ciselée et savoureuse que de l'évocation vive et intense de personnages impossibles à oublier... Une voix que j'espère pouvoir retrouver dans un prochain texte tellement elle m'a émue.
A découvrir absolument !
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
gillesnadeaugillesnadeau   06 août 2019
Janine à cette époque est une « pin-up », ou du moins travaille-t-elle à l’être.
En subissant les bigoudis, le coiffeur à domicile, en consacrant un après-midi entier par semaine à « se faire les ongles », appliquer après de longs soins minutieux un vernis couleur abricot de la coûteuse marque Héléna Rubenstein, pas du rouge, surtout pas du rouge, c’est vulgaire, soupire-t-elle. Décidément, la séduction est un travail à plein-temps. Autant qu’un impératif catégorique. D’aucunes en tireraient de voluptueuses satisfactions narcissiques. Pas Janine. Son éducation protestante lui a rendu le corps haïssable. C’est donc une question purement stratégique ; astreignante mais vitale.
Il n’empêche que celle qui, à cet instant, marche vers nous a l’air d’une publicité vivante pour cette belle piscine moderne aux nombreux bassins découpés dans des pelouses soignées. Elle dégage une légère odeur de Piz Buin, l’huile solaire qui graisse encore sa peau et dont le film invisible fait rouler des perles d’eau sur son cou.
Petit troupeau malingre de fillettes entre 6 et 11 ans, instinctivement serrées les unes contre les autres, nous ignorons tout d’elle. Nous ignorons totalement le rôle qu’elle joue auprès de notre père qui nous pousse vers elle, nous ignorons que nous en prenons pour près de 50 ans, nous ignorons qu’elle va poser des fers sur notre enfance et des chaînes sur notre vie entière.
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gillesnadeaugillesnadeau   06 août 2019
J’ai six ans, c’est le matin.
La lumière de l’été s’accroche dans le vieux voilage poussiéreux. De grands balais de perles impalpables courent sur le plafond. Même les coins sombres de la grande chambre se réveillent ; la glace du trumeau, au-dessus de la cheminée, reflète la blanche quiétude du jour.
Je n’ai fait qu’entrouvrir les yeux pour prolonger cette précieuse évidence : la nuit est chassée, la nuit est vaincue, le monde est restauré dans sa tendre banalité. C’est un miracle quotidien. Un miracle dont je désespère chaque soir quand l’angoisse me prend au coucher du soleil. Quand la grande maison plonge dans l’obscurité, et qu’elle me donne physiquement l’impression de descendre dans ses fondations comme un navire aspiré dans les profondeurs.
Sous l’édredon, je suis ramassée comme une araignée apeurée, recroquevillée dans un creux de tiédeur. Tout mon corps a fondu et je suis immense, je suis le lit tout entier. Au bout de mes orteils, je vais quêter un peu de fraîcheur sur les côtés. Si mon pied déborde, il va croiser du froid ; je reste à la lisière des draps comme sous la protection d’une main immense, celle d’une mère invisible, inerte et protectrice.
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