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EAN : 9782752908759
224 pages
Phébus (07/02/2013)
3.79/5   43 notes
Résumé :
Cédric Gras le dit et ne se l'explique pas, il est attiré par les territoires hostiles qui s'ingénient à repousser les rares voyageurs plutôt qu'à les séduire. C'est un fait, et son regard de géographe singulier n'a pas d'équivalent. Plus intrigante encore cette découverte que le Nord russe se trouve en réalité à l'Est et qu'il faudrait faire pivoter la carte du pays pour tenter de le comprendre. De la Carélie au fleuve Amour, de la Crimée à la mer du Japon, des imm... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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nadejda
  19 février 2015
Dans ce recueil, composé de voyages vers les confins de la Russie accomplis par l'auteur sur plusieurs années, on ressent une évolution de l'écriture et de la forme mais l'ensemble se trouve homogénéisé par ce Nord qui n'est pas un « Nord cardinal » mais un Nord que chacun définit selon son ressenti, selon les difficultés de vie que l'administration traduit dans ses textes législatifs par « zone de disconfort ».
« Une foi aveugle dans les points cardinaux est une mauvaise lecture de ce pays. Il faudrait toujours le voir à la verticale, la Volga au midi et l'Amour au septentrion. Car de la Sibérie à l'Extrême-Orient, ce n'est qu'un immense Nord. La machine étatique russe a du génie quand elle parle de territoires assimilés. C'est bien ainsi que les slaves se représentent la chose. Lorsqu'ils vont de Moscou sur le 50e parallèle à Khabarovsk sur le 48e, ils affirment le plus naturellement du monde qu'ils vont au nord. »
Cédric Gras n'essaie pas de séduire, il n'y a pas de nombreuses envolées lyriques ni de belles métaphores qui viennent embellir son récit et se prêteraient mal à la rudesse des régions traversées et des êtres croisés, vivant souvent dans un total dénuement, désoeuvrés, isolés dans des villages sans communication routière même pas une de ces pistes en terre qui peuvent parfois apparaître comme un luxe.
Il nous le dit « La simplicité et la rusticité me rassurent »
Le Nord c'est aussi le souvenir des camps, du Goulag, la baie de Magadan où débarquaient les prisonniers :
p 45 « La Kolyma est une jolie rivière qui coule dans les montagnes de la région et qui donna par la suite son nom à une route « construite sur des os », comme disent les locaux. Des millions de condamnés aux travaux forcés périrent pendant sa construction, conférant une dramatique notoriété à travers toute l'URSS à ces trois syllabes. »
Mais la poésie est là, dans la géographie, les étonnements et les éblouissements que réserve la nature.
« p 85 Ma balade reprit par les grèves avant de plonger dans l'intérieur des forêts, car les rives s'étaient changées en falaises. L'immensité dégagée du Baïkal disparut pour un univers d'arbres morts et de broussailles. Les sous-bois étaient d'un vert tendre et je voyais partout le tableau de Shiskin — qui est à la taïga ce qu'Aïzavovski est à la mer — « Un matin dans une forêt de pins »  où trois oursons jouent sur un tronc couché.
dans une chanson de Vysotski ou un poème de l'ukrainien Boris Smolenski qui surgit alors que le train s'éloigne et que s'estompent les camarades de Skovorodino venus l'accompagner à la gare :
La solitude tombe d'un coup
Avec les derniers cris d'adieu
Les dernières poignées de main
Une secousse et le quai s'efface en arrière…
Quand on aime, il faut partir nous dirait Cendrars : « En nous retournant pour un ultime adieu, nous vîmes les chaudes couleurs des feuillages sur fond de crêtes nacrées de flocons. L'automne est d'or et l'hiver est d'argent. C'est dans ce rare décor que nous continuâmes jusqu'aux rivages de la mer du Japon, retrouvant progressivement « le siècle », ainsi que s'expriment les vieux croyants.»
Un livre qui se mérite, où je me suis sentie un peu perdue mais ce n'est pas un reproche, au contraire. J'aime bien être « déboussolée » et là, quand le Nord devient l'est, ce ne pouvait être que le cas.
Mais il y a plus « Si le Nord, c'est l'Est, alors le Sud, c'est l'Ouest… » nous démontre l'auteur avec humour dans le dernier chapitre du volume « La guerre de Crimée » qui voit les Sibériens rejoindre la mer Noire pour leurs congés estivaux. Pendant cinq jours de train ce ne sont plus les latitudes qui défilent mais les longitudes : « La Russie est immense et ses confins paraissent souvent inaccessibles. Mais ils étaient tous réunis sur le panneau d'affichage des destinations de la gare de Simféropol. Comme si ce terminus était devenu la capitale de l'Eurasie le temps d'un été. »
Merci à Babelio et aux éditions Phébus qui m'ont offert un curieux voyage et permis une belle découverte.
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Oliv
  16 février 2015
Ceux qui connaissent mes goûts savent que la Russie, bien que je n'y aie jamais mis les pieds, est l'un de mes territoires d'exploration littéraire favoris. Et dans ce pays, je me sens de plus en plus attiré par la mystérieuse Sibérie, cette région vaste comme un continent, dont la toponymie nous est si peu familière qu'elle semble tirée d'un monde imaginaire : les régions de Touva, de Daourie, de Primorié, les villes de Soussouman, de Vanino, de Tchita, les Monts Saïan et Sikhote-Aline... Sauf qu'à la différence de Cédric Gras, je me contenterai de rêver à ces endroits, que lui a réellement parcourus et dont il a tiré ce récit de voyage.
Premier point qu'il est nécessaire d'éclaircir : le titre. "Le Nord, c'est l'Est", cela apparaît limpide quand on découvre que pour les Russes le Nord est moins une notion purement géographique qu'une affaire administrative. "Sever", le Nord, ce sont ces terres encore sauvages où l'on peut voyager des jours durant sans rencontrer âme qui vive (hormis des ours et des tigres), là où le quotidien des hommes est si rude que le pouvoir central est contraint d'y favoriser l'émigration par des primes et des salaires avantageux, en bref : le Nord, il s'agit grosso modo de la Sibérie, quand bien même celle-ci se trouverait à l'est du pays.
De l'immense masse sibérienne, Cédric Gras s'est surtout intéressé à la frontière méridionale, autrement dit le "Nord" qui se trouve au Sud-Est de la Russie. A pied, en train, en avion, en auto-stop, le voilà donc parti dans ces confins de la Fédération où se mélangent les peuples slaves, mongols, chinois, et une multitude d'ethnies autochtones telles que les Bouriates ou les Toungouses.
Je n'ai encore jamais lu un livre sur cette région qui ne soit pas passionnant, et celui-ci l'est, assurément. le seul reproche que je lui adresserais, c'est d'être trop court. A peine plus de 200 pages pour une telle expédition, ce n'est pas assez. On en voudrait le double, voire le triple ! Il faut dire que l'auteur n'est pas de ceux qui s'étendent, qui s'étalent, qui s'écoutent parler : il y a dans son écriture de la concision, parfois une sorte de retenue, et ce n'est pas forcément un défaut. Mais on aimerait passer plus de temps avec ces amis d'un jour rencontrés au hasard d'un chemin, on aimerait déambuler plus longuement dans les rues de ces villes du bout du monde ; hélas ! les présentations sont à peine faites qu'il faut déjà rejoindre une gare pour aller voir ailleurs. Ceci étant, lorsque l'on regrette qu'un voyage ne fût pas plus long, n'est-ce pas le signe qu'il fut agréable ? J'avais déjà repéré "Vladivostok", le précédent ouvrage de Cédric Gras ; cette courte virée en sa compagnie m'aura donné envie d'y retourner.
Merci aux éditions Libretto et à Babelio de m'avoir permis de lire cet ouvrage dans le cadre de l'opération Masse Critique.
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lafilledepassage
  27 octobre 2020
Chaque année, je m'offre un petit voyage en Sibérie. J'aime ces grands espaces sauvages qui me nlavent des fatigues et des angoisses. J'aime l'air pur et les horizons sans fin où une vigilance de tout instant est essentielle, au risque de se perdre ou de se faire attaquer par un ours. J'aime confronter la petitesse de ma vie et de mes préoccupations au silence de ces steppes, de ces taïgas, des berges des fleuves megamétriques. Et j'aime cette solitude, si chère et si rare. Peut-être aussi est-ce l'éloignement de toute forme de pouvoir – Moscou est si loin, comme sur un autre continent - qui me séduit …
Cette année j'ai choisi la compagnie de Cédric Gras et ce fut un réel plaisir. Déjà on a beaucoup moins bu qu'avec Sylvain Tesson, mais surtout j'ai appris mille choses sur ces territoires éloignés du centre économique et politique de la Russie, abandonnés par Moscou – on ne compte plus les villes dépeuplées où les ours et les dangereux gloutons s'approchent des habitations sans crainte - tandis que le voisin chinois lorgne sur ces étendues vierges et ces immenses réserves d'eau douce et construit de nouvelles villes de millions d'habitants le long de la frontière. Ailleurs ce sont les entreprises coréennes et malaisiennes qui investissent dans des concessions et exploitent les cèdres et autres conifères (dont des essences précieuses déclarées comme du vulgaire conifère pour éviter taxes et interdictions), et exportent les troncs vers leur pays d'origine pour que la main d'oeuvre locale, moins chère que la main d'oeuvre russe, la transforme.

On est bien loin de ma vision romantique de la Sibérie…
Cerise sur le gâteau : au fur et à mesure de notre périple, Gras nous donne d'autres livres sur La Sibérie. Ce sont autant d'invitations pour de futurs voyages vers « la toundra. Tu verras qu'on a tort d'appeler cela le bout du monde, car il est sans fin » (Paroles de Kolda Beldi, traduites par l'auteur).
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majero
  20 juillet 2021
A la découverte des gens du nord, de la  Baltique à la mer du Japon, et aussi du moins nord oú le froid est pire qu'au nord.
Contrées disputées avec la Chine et le Japon, colonnisées à coups de goulags puis de primes. Jeunes filles rêvant de marier le 'Français, babouchkas et vieux ivrognes nostalgiques trouvant une oreille attentive.
Et puis les vacances, l'exode annuel vers les plages de Crimée, le soleil, le paradis!
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BrunoA
  08 mai 2021
Ce récit du voyage que Cédric Gras a entrepris dans le vaste orient russe permet au lecteur de visiter des contrées et des confins que les aventuriers et les explorateurs ont aujourd'hui délaissées.
On y trouve les vestiges de l'immense empire soviétique qui avait entamé l'exploration, la colonisation et l'exploitation effrénée de ces terres lointaines, d'abord par l'incitation, ensuite par la déportation massive qu'entreprit Staline.
Cédric Gras nous présente chacune de ses étapes à travers les coefficients salariaux appliqués aux travailleurs qui acceptent de rejoindre ces archipels isolés du monde et d'y travailler une partie de l'année.
Au fil de la visite, on a rendez-vous avec l'Histoire de la grande Russie et de l'union soviétique qui ont façonné ces paysages et souvent dilué les populations locales dans un peuplement slave qui tend aujourd'hui à s'étioler au profit de migrations extrême orientales.
On apprend beaucoup sur la géographie de lieux aussi lointains qu'ils nous sont inconnus, mais aussi sur la culture russe et slave et, malheureusement, sur les ravages que continue de faire l'alcoolisme dans ce monde qui vit à l'écart du nôtre.
Une lecture dépaysante et intéressante, même si certaines étapes, notamment pédestres, ne font l'objet que d'une description succincte.
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critiques presse (3)
Bibliobs   11 juillet 2013
Gras a rapporté un formidable récit de ces régions dont les latitudes ne sont pas si élevées, mais qui sont comme des îles lointaines, irrémédiablement coupées du continent par des océans de toundra.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Telerama   26 juin 2013
Aussi captivant et bien écrit que son précédent Vladivostok, neiges et moussons, ce récit de voyage appelle au don total de soi.
Lire la critique sur le site : Telerama
Liberation   22 avril 2013
Un récit palpitant, à l’ironie percutante, ce qui n’empêche pas parfois, tant ce pays est «un désert profond» où Moby Dick s’est incarné en un impossible plat de nouilles froides, l’amertume de mordre une fois de retour à l’hôtel. Un récit bouleversé, celui d’un écrivain et non d’un journaliste.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
OlivOliv   13 février 2015
Une foi aveugle dans les points cardinaux est une mauvaise lecture de ce pays. Il faudrait toujours le voir à la verticale, la Volga au midi et l'Amour au septentrion. Car de la Sibérie à l'Extrême-Orient, ce n'est qu'un immense Nord. La machine étatique russe a du génie lorsqu'elle parle de territoires assimilés. C'est bien ainsi que les Slaves se représentent la chose. Lorsqu'ils vont de Moscou sur le 56è parallèle à Khabarovsk sur le 48è, ils affirment le plus naturellement du monde qu'ils vont au nord. Vladivostok, qui est aussi méridionale que les stations balnéaires d'Abkhazie est perçu comme un rivage boréal et Magadan, à la latitude de Saint-Pétersbourg, est le comble de l'enfer.
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lafilledepassagelafilledepassage   10 novembre 2020
On n’apprécie rien sans y être initié. Ce vers quoi nous porte par facilité notre envie est fait de superficialité. La rigueur et l’effort sont à imposer autant qu’à s’imposer. Et c’est sans parler du paysage. Une sorte d’esthétique facile s’est emparée de nos êtres. Le charme est une des choses qui a été balayée avec l’arrivée des plafonds tendus et des murs immaculés, la plastique parfaite de corps de rêve et le son sans accroc des tubes musicaux. Or il faut bien avouer que pour être remarquable, ce lissage général des sens nous laisse au final de marbre et n’éveille en nous que peu d’émotions. Le glaçage de la vie contemporaine ne correspond que peu à l’imperfection essentielle de l’Homme et à son irrationalité. Notre technique a atteint un idéal qui dépasse les exigences du goût, jusqu’à parfois se sentir inconfortable dans un environnement trop policé. La simplicité et la rusticité me rassurent.
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nadejdanadejda   17 février 2015
Ici ( dans l'Altaî) les rayons ont une autre substance, une teneur qui sature votre crâne d'euphorie et de plénitude.
Que dire de ces journées de solitude heureuse dans le silence et dans l'effort ? Quelques flocons, le vent qui saoule, deux ou trois faux pas au-dessus des abîmes. Je suis là parce que régulièrement une voix intérieure m'oblige à aller vérifier la maîtrise que j'ai de ma lâcheté et de mes peurs, comme dans la chanson de Vysotski :
Si un ami a surgi,
Qui n'est ni ami, ni ennemi,
Si tu ne comprends pas au premier coup d'oeil,
S'il est vaillant ou minable
Emmène-le en montagne.
Sait-on jamais si l'on est son propre ami ?

p 144-145 éditions libretto
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SepoSepo   20 avril 2014
Mes itinéraires brossent parfois un sombre tableau de ce pays. C'est oublier qu'il y a les gratte-ciel de Moskva City, les usines spatiales de Samara et les boîtes à oligarques des quartiers huppés. Mais ce n'est pas l'objet de mon périple. Un pays n'est développé, pour j'ai pu voir du monde, que lorsque les toits des fermes ont les tuiles bien alignées et que les haies des pavillons sont sagement taillées. Chaque fois que je suis rentré pour de courts séjours en Europe pendant toutes ces années en Sibérie, j'ai été surpris par nos jolis bourgs, notre agriculture moderne, nos paysans bien équipés et soucieux d'une certaine qualité qui se traduit dans le paysage. J'ai vu les provinces du Japon ou de l'Allemagne. On pourrait certes objecter qu'elles sont étriquées, mais le vaste Canada et les Etats-Unis offrent à l’œil le même tableau d'une prospérité champêtre. La Russie expose,elle, une palette richissime allant du luxe le plus inouï au complet dénuement."
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OlivOliv   13 février 2015
Pourquoi en étais-je là, à Krasnoïarsk, sous la fraîche bruine du mois d'août, alors qu'au même moment l'humanité dénudée recouvrait les plages de Trinité-et-Tobago, que des gens buvaient du chianti en Toscane et que d'autres regardaient sans fin basculer le fascinant déluge tropical des chutes d'Iguazu ? Sans doute, parce qu'au plus profond de moi, j'aime le Nord dans tous ses états.
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