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Olivier Guez (Directeur de la recherche)
EAN : 9782246830474
464 pages
Grasset (02/03/2022)
3.83/5   6 notes
Résumé :
“Au dix-huitième siècle, le Grand Tour menait les jeunes aristocrates du nord de l’Europe vers les rivages méditerranéens. Ils allaient parfaire leur éducation et leur connaissance des Humanités. Notre Grand tour, plus modestement, vagabonde dans l’imaginaire européen et invite ses lecteurs aux voyages en montant à bord d’un Trans-Europ-Express utopique - les trains reviennent à la mode, dit-on. Il conte des destins, des villes et des paysages. Il ausculte l’Europe ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Tempsdelecture
  30 mai 2022
Grasset nous a gratifiés, avec bonheur, de cet ouvrage collectif : la présidence française à la tête de l'Union européenne n'ayant pas commencé sous les meilleurs hospices, cet ouvrage tient à nous rappeler les racines de cette union. Politique, économique, avant tout, mais aussi culturelle : et dans la mesure où elle est à l'origine de conséquentes subventions à destination du domaine de l'édition, spécialement des moyennes et petites structures, il est toujours bon de s'en rappeler.
Fort des vingt-sept pays de l'Union Européenne, le maître d'oeuvre de cet ouvrage, l'auteur Olivier Guez ouvre, avec sa préface, la voie aux vingt-sept auteurs respectifs, certains que j'ai pu lire dans le passé. C'est cette diversité de nationalités, dont certaines encore peu représentées dans l'édition française, et spécialement celles est-européennes, qui m'ont donné envie de m'atteler à ce Grand Tour littéraire par la lecture de l'Union Européenne. Pour commencer, il y a Olivier Guez, l'auteur de l'inoubliable et passionnant La Disparition de Josef Mengele. le fait que son roman m'ait laissé une impression très favorable a sans doute favorisé ma décision. Que je ne regrette pas. J'ai beaucoup aimé l'idée de réunir en un ouvrage autant de perceptions différentes de l'Union Européenne qu'elle compte de pays, vingt-sept déclinaisons d'une union basée avant tout sur une union économique, de ce qu'elle provoque dans ces vingt-sept esprits différents, vingt-sept symboles différents. Si le domaine financier est d'abord l'enjeu premier de cette union, on peut considérer ce recueil comme une prolongation de cette union puisqu'il la concrétise sous le point de vue littéraire. J'attendais certaines avec plus d'impatiences que d'autres, les nouvelles baltes, des pays issus de l'ex-Yougoslavie, des Balkans. Mais il y a eu d'agréables surprises, pas forcément celles que j'attendais.
Le recueil est divisé en cinq parties selon la direction qu'a choisi de prendre l'auteur : la première partie Cicatrices se concentre sur le passé des nations. Si on retrouve l'Allemagne en tout premier lieu, on ne s'étonnera pas que Daniel Kehlmann ait choisi un symbole fort du pays divisé, la prison de Hohenschönhaus, qui servit à la Stasi à enfermer ni vu ni connu les prisonniers politiques. On retrouve le même parti pris pour la Finlande et Sofi Oksanen qui a choisi le navire M/S Georg, qui servait à rejoindre la Finlande et l'Estonie. Chypre et la Lituanie. On retrouve un deuxième chapitre, Errance, la France, représentée fièrement par Maylis de Kerangal, la Suède, la Slovénie et la Lettonie. le troisième chapitre, Fantôme, inclut la Pologne, l'Irlande, la Roumanie et la Slovaquie. le quatrième chapitre, Chair, ouvre la voie à l'Espagne, Malte et la Bulgarie. le cinquième chapitre, Villégiatures, présente le Danemark, l'Autriche, la Grèce et les Pays-Bas. le sixième chapitre, Blessures, annonce le Luxembourg, l'Italie, le Portugal et la Croatie. le septième et dernier chapitre, Nostalgie, présente la Hongrie, la Belgique, l'Estonie et la République Tchèque. Chacun des récits de ce recueil mêle la culture et le passé d'un pan du pays avec un présent marqué, entre autres chose, par la présence du Covid, ce qui constitue que l'on veuille ou non un point commun entre les pays. En lisant ce récit, on se rappelle que l'Union européenne, c'est aussi Chypre, Malte, la République d'Irlande, les pays Baltes ainsi que la Bulgarie. Et c'est l'occasion de découvrir des auteurs. Il se trouve que j'en avais déjà lu certains : Sofi Oksanen et le parc à chiens, Kapka Kassabova et Lisière, Rosella Posterino et La goûteuse d'Hitler.
Il y aurait beaucoup à dire sur ces différents chapitres au travers desquels les auteurs recréent chacun à leur façon le lien qui unit leur pays à l'union européenne : si Rosa Postellino a choisi l'angle politique qui fait de son pays une plaque tournante des réfugiés, Maylis de Kerangal a choisi de traiter une page historique à travers les plages normandes du débarquement. D'autres comme l'irlandais Colm Toibin a choisi la figure de proue littéraire irlandaise, James Joyce, et avec succès, ce fut l'un des textes que j'ai préférés. J'ai aimé lire Tomas Venclova expliquer l'identité de la Lituanie d'après ses trois villes principales, Vilnius, Kaunas et Klaipéda, l'auteur grec Ersi Sotiropoulos évoquer le temple de Bassae. Nous avons vingt-sept points de vue uniques et précieux sur le rapport de leur pays à l'Europe, Tomas Venclova présente le sien comme une sorte d'Europe en miniature. Björn Larsson, porte-parole de la Suède, démontre de la position extra de son pays, pour qui l'Europe représente le sud, dont le Danemark est le point de départ. Il y démontre la variabilité du concept même Europe/Union Européenne, où les uns sont à l'euro et pas les autres. le texte de Norman Manea, qui représente la Roumanie, cerne parfaitement bien cet espace géographique, par le biais d'une des région la Bucovine, et ses mouvements migratoires. Vingt-sept perspectives différentes qui forment un kaléidoscope, bien sûr incomplet et partial, de ce territoire dont les racines slaves, scandinaves, latines, germaniques lui donnent sa richesse aussi bien que sa complexité et son ambivalence. À l'image de ce temple grec de Bassae, unique en son genre par cet alliage de « caractéristiques archaïques » aux « tendances novatrices », issu du récit relatif, que l'auteur pose en symbole de l'Européanisme, démocratie, citoyen contre barbares, et qu'il qualifie de « mariage unique d'éléments disparates » : on ne saurait trouver meilleure définition. Cette Union Européenne, quoique morcelée, est finalement unifiée par ses mers, ses fleuves, ses frontières qu'elle est détentrice au fond d'une histoire commune, avant comme aujourd'hui : des frontières au sud et à l'est, qui nous concerne tous.

Je conseille vivement la lecture de cet ouvrage collectif, les textes se lisent rapidement et étant donné la variété des pays et des thématiques, on ne se lasse jamais. On redécouvre certains pays, on en découvre d'autres, la lecture de ce recueil est une expérience culturelle inégalable. J'ai également très apprécié de découvrir ces auteurs que je n'ai pas encore lus – le recueil est en plus doté d'une partie biographique en fin d'ouvrage – et que j'aimerais appréhender plus amplement ultérieurement. Peut-être que je prendrai le temps de consacrer un post pour chacun de ces textes, la richesse de chacun des textes s'y prête totalement.

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SerialLecteurNyctalope
  19 avril 2022
À l'approche des résultats du premier tour de la présidentielle, où l'Europe pourrait vivre ses dernières heures, en pleine guerre sur le front de l'est, le Grand Tour ouvrait certaines portes. Olivier Guez a ainsi réuni vingt-sept écrivains représentant chaque État membre pour tenter une certaine Union européenne et culturelle. Cette chronique demeure difficile tant les mots d'Olivier Guez sont d'une lucidité et d'une justesse déconcertante. Je n'aurais pas touché une seule virgule de sa vision d'une Europe qui n'a pas su saisir l'opportunité, à la sortie de la seconde guerre mondiale, d'un nouvel élan. de cette peur de notre identité européenne, d'affirmer haut et fort que nous faisons partie d'un collectif. Alors oui, l'Europe n'a pas été exemplaire à bien des égards, oui chaque État a accepté de réduire sa souveraineté et de se soumettre aux juridictions européennes. Mais l'Europe pourrait s'attaquer au problème culturel dès le plus jeune âge pour créer des aspérités nouvelles.
La France qui préside depuis quelques mois l'Union Européenne devra à travers son nouveau ou actuel visage, renforcer ses liens avec les États membres et faire bloc. Elle qui pensait qu'une guerre sur son propre sol ne pourrait plus qu'être une utopie… le danger sommeille pourtant à tout instant. À travers les figures tutélaires que sont Imre Kertesz et Milan Kundera, cet ouvrage apolitique éblouit par sa richesse tant littéraire qu'intellectuelle. Ce dernier prônait alors un « maximum de diversité dans un minimum d'espace ». J'ai parfois levé les yeux pour m'en imprégner, j'ai relu de nombreux textes à travers j'ai pu passer à coté parfois, et puis dans son ensemble tout s'est éclairé. Au XVIII ème siècle, existait déjà un grand tour, avec certains aristocrates qui traversaient l'Europe pour s'enrichir personnellement.
27 autrices et auteurs aux langues, aux histoires, aux passés différents, pour se concentrer sur un lieu, une époque qui fait Europe. Des errances, des villégiatures aux fantômes, de la chair aux blessures, des cicatrices à la nostalgie, sept chapitres composent cette Europe qui fait foi littéraire en opposition à cette Europe parfois trop technocratique qui n'a plus d'âme. Cet ouvrage réaffirme la mémoire collective de totalitarismes, de dictatures incessantes et d'un communisme pesant.
Sur 27 textes, certains ont été de véritables claques. Tomas Venclova pour la Lituanie qui affirme « Les pays de l'Europe ne sont jamais à l'unisson, mais dans l'ensemble ils sont en harmonie les uns avec les autres ». Trois capitales, trois mini pays qui déjà sont si différents ne peuvent être qu'une difficulté supplémentaires à l'échelle européenne. Chaque barrière physique ou morale éloigne pas à pas les peuples les uns des autres. Et pourtant Olivier Guez a réussi à diriger un ouvrage qui petit à petit rassembles les voix littéraires à l'autre bout d'une Europe de plus en plus morcelée par les guerres.
Puis il y a le brillant Björn Larsson qui débute son texte par cette particularité qu'en Europe 47 zones où se heurtent trois nations pour le plaisir de visiter « trois pays en trois minutes ». Avec sa patte suédoise, il distingue bien la notion européenne de tous ses avatars sémantiques, il exerce avec sagesse, le droit d'interroger les trois pays scandinaves. l'identité européenne n'est pas encore au firmament de l'unanimité où les trois peuples se renvoient la balle d'une appartenance quelconque. « l'identité est une mosaïque qui se forge à travers une vie ».
Enfin il y a Agata Tucszynska qui nous raconte le ghetto de Varsovie, les réfugiés, la famine, l'enfermement. À chaque texte, je me suis interrogé sur l'inquiétante modernité de tous ces destins. Je n'en ai extrait que trois sur vingt sept et pourtant bien plus sont capitaux pour comprendre ceux qui nous entourent. Ces européens parfois un peu forcés, que nous ne regardons que d'un lointain coin d'oeil, qui sont pour certains une menace, pour d'autres des voisins à qui on irait bien demander du sel.
Avec chacune de ces voix, j'ai croisé beaucoup de langues grâce aux traducteurs que l'on doit chaque jour remercier. J'ai vu grâce à ces 27 plumes, tous ces êtres humains qui sont totalement différents de ce que je suis. J'y ai vu beaucoup de langues, de coutumes, de destins croisés, de ressemblances, en somme : du commun.
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clodermer
  16 août 2022
Quelle bonne idée : un récit, un souvenir, une tranche d'histoire, une anecdote ou une réflexion par un(e) écrivain(e) de l'Union Européenne ! Vingt-sept auteur(e)s ; toute la diversité de l'Europe ou presque.
Je n'ai pas trouvé tous les textes à mon goût, forcément, mais je ne regrette pas ce voyage à travers le temps et l'espace de mon continent. J'ai aimé longer les remparts de Tallin, découvrir la Bucovine, parcourir le siècle dernier le long des côtes croates, connaître les hauts et les bas de l'industrie textile de Brno, regarder l'immensité de l'océan comme Henri le Navigateur. J'ai ressenti de la colère en lisant les atrocités subies par les juifs de Varsovie et de la tendresse pour la mélancolie de tel ou telle autre héros de ces courtes productions. Un beau tour d'Europe.
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jack56
  24 mai 2022
L'idée est extrêmement bonne.
Regrouper un texte sur l'Europe par un écrivain majeur de chaque pays de l'union, ne pouvait que me plaire.
C'est l'occasion de s'ouvrir à cette littérature européenne, peu connue, au final.
Les textes couvrent différents thèmes, bien souvent la souffrance vécue par la bêtise humaine !
Malheureusement peu de textes m'ont fait vibrer et donner l'envie d'approfondir l'oeuvre de ces auteurs.
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sandpic
  02 mai 2022
Pour moi ces photographies représentent davantage que des souvenirs de famille. Elle me rappellent que le papier finit toujours par vaincre la dictature, et qu'il est un pilier essentiel de la démocratie : aucun système totalitaire ne peut façonner le passé à sa guise dès lors que des contemporains ont enregistré les évènements tels qu'ils se sont déroulés. Les papiers et les photos dissimulés dans nos familles ont mieux résisté à l'épreuve du temps que le "tout-puissant" empire soviétique
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critiques presse (2)
LaCroix   04 mai 2022
27 écrivains, un par État membre de l'UE, donnent leur vision littéraire de la culture européenne. Une invitation à réfléchir au prix des libertés.

Lire la critique sur le site : LaCroix
LeFigaro   26 avril 2022
L’écrivain publie un ouvrage collectif, forme d’autoportrait de l’Europe par vingt-sept écrivains européens. Une ode à la culture du Vieux Continent injustement délaissée à ses yeux au profit d’un projet technocratique.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
TempsdelectureTempsdelecture   30 mai 2022
Je marche dans la vieille ville de Tallinn pendant le coronavirus, et c’est là encore une expérience inédite. Je ne vois plus les touristes que déversaient les paquebots de croisière, et pas davantage les autochtones. Je me souviens que la vieille ville avait ce même aspect dans les années 1980, avec ses rues pavées désertes, ses façades délabrées, l’écho des pas d’un marcheur solitaire, le linge qui séchait dans les cours. La masse grisâtre des bâtiments du XIVe siècle, les flèches des clochers gothiques fichées dans le ciel gris. Les heurtoirs en bronze et les bas-reliefs ornant les portails : croix, coupes, grappes de raisin. Et les remugles de cantine par-dessus tout cela, de poisson surtout. Le poisson à la polonaise, façon soviétique. Au début du XXIe siècle, ces odeurs ont disparu. Les gens, eux aussi, ont disparu quelque part. La vieille ville n’appartient plus qu’à elle-même, totalement autonome.

Quand l’Estonie a recouvré son indépendance, il lui a fallu prouver, aux yeux de l’Occident, qu’elle faisait bien partie de l’Europe. Cela nous paraissait étrange, car l’Europe avait été notre environnement pendant des siècles, bien plus longtemps que n’avait duré notre Première République. Nous avions fait partie de l’ancienne société féodale. Tallinn, ville hanséatique, avait été édifiée par des artisans rhénans. C’était un paradoxe de l’Histoire : les bâtiments et les remparts de construction germanique étaient devenus, durant la seconde moitié du XXe siècle, partie intégrante de la résistance spirituelle des Estoniens.
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TempsdelectureTempsdelecture   30 mai 2022
J’ouvre lentement les yeux. Puis je les referme aussitôt. Je vois devant moi ce bleu qui me rappelle sans cesse le continent ; ce bleu est le lien avec l’Europe, il est également ce qui sépare de l’Europe. Avant Skorba, le bleu nous a portés, nous a amenés – le bruit, le silence du sable, le sourire du vent. Avant Skorba, nous sommes arrivés sur cette terre et la terre nous a accueillis sans le moindre bruit. Ce jour-là nous nous sommes dit que la mer avait bien voulu nous porter jusqu’ici et que cette terre allait nous garder. Ce jour-là. Nos yeux étaient grands ouverts car nous ne voulions rien rater de ce qu nous entourait.

Ce jour-là.

Aujourd’hui je ferais mieux de garder les yeux fermés.

MALTE, LE VILLAGEOIS DE SKORBA OU CE QUE JE DEVAIS ENVOYER À MONSIEUR GUEZ, PAR IMMANUEL MIFSUD
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jack56jack56   24 mai 2022
Je serai bientôt persuadée que ce qui n'est pas écrit existe moins. Qu'avec le temps, cela cesse d'exister. Que les destins non-écrits restent inconnus.

Page 135
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clodermerclodermer   16 août 2022
Nous sommes façonnés par des générations d'absents dont nous avons hérité les talents et les faiblesses, la couleur des yeux ou des cheveux, l'attachement à la terre ou à l'eau. Agata Tuszyríska
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