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Patrice Carrer (Traducteur)
EAN : 9782070779758
336 pages
Gallimard (30/08/2007)
4/5   1 notes
Résumé :

À l'automne 1973, le quartier de Brooklyn, à New York, fourmille d'hôtels délabrés et de docks vieillissants. Le coin est peuplé d'une faune de débrouillards, immigrants, cinglés et autres marginaux. Quand il apprend la disparition de son frère Noonie, un jeune garçon dérangé habitant Brooklyn Heights,Silvano Iurata retourne dans pourtant juré de ne plus remettre les pieds... Il y a longtemp... >Voir plus
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
— Certaines institutions ont des points communs avec la prison, On y apprend des règles particulières, qui s’appliquent dans des situations précises. Pour survivre, faut savoir certaines choses, et les faire. Il faut connaître certains... disons... modes de comportement. De l’extérieur, ils sont... (il chercha le mot exact)... incompréhensibles. Faut être passé par là pour vraiment comprendre.
— Je vois.
— Quand on s’en va...
Silvano inspira à fond, expira et recommença.
— C’est pas facile de se comporter correctement, de savoir quel est le monde réel, celui-ci ou celui-là. Et ces règles qu’on a ‘respectées pendant toute une période, les choses auxquelles on a cru, et qu’on a faites, on leur doit peut-être la vie, d’accord, mais une fois qu’on se retrouve dehors, ça ne marche plus, c’est inacceptable. Vous... J’étais devenu inacceptable. Y compris à mes propres yeux, alors il a fallu que je trouve le moyen de revenir en arrière. Dans ces cas-là, il n’y a personne pour vous dire comment faire.
— C’est pour ça que vous êtes allé au Japon?
Plus ou moins. J’avais ce copain du Viêt-nam, un gars qui s’appelait Ramirez. Je l’avais toujours trouvé plus malin que moi, l’esprit plus vif. Il avait l’air en permanence de savoir ce qu’il voulait, vous voyez ce que je veux dire? Bon, il m’a passé un coup de fil, envoyé une photo de lui, il était dans un monastère zen au Japon, robe jaune, crâne rasé, tout le bazar. Je n’arrivais pas à y croire. Alors, je suis allé le voir. On ne voulait pas me laisser entrer, mais j’ai traîné dans les parages. Il y avait un mec qui réparait leur toit, je lui ai filé un coup de main. Et on m’a permis de rester.
Laissant remonter les souvenirs, il fit quelques pas en silence.
— On vous réveille avec une cloche vers quatre heures et demie du matin, à cinq heures vous êtes assis sur un coussin, eh bien, si vous avez le malheur de bouger ou de faire du bruit, un type arrive derrière vous avec un bâton. C’est de la taille d’une petite batte de base-ball, genre ligue junior, mais à section carrée, pas ronde — ils appellent ça un kaisaku. Le mec vous fait une courbette, vous lui en faites une autre et il vous flanque un coup de bâton.
— C’est une blague?
—Nan.
— Il vous flanque un coup de bâton?
— Plein de coups de bâton. Il tape là, des deux côtés.
Silvano pinça le gros muscle, en haut de son épaule.
— Ça ne me gênait pas. Pour être honnête, j’avais le dos en compote au bout d’une vingtaine de minutes, et le choc éloigne la douleur pendant un moment. Bon, enfin, ils avaient aussi des espèces de mélopées, on commence par psalmodier «Na-mou-bo-sa », comme ça, tous ensemble, d’abord doucement puis de plus en plus fort, toute une salle remplie d’abrutis au crâne lisse en train de gueuler « Na-mou-bo-sa! » à tue-tête.
— Qu’est-ce que ça veut dire? demanda-t-elle en riant.
— Pas la moindre idée. Il y a un millier d’années, un truc appelé zen a débarqué au Japon. C’était enseigné par des moines chinois et la langue donnait du fil à retordre aux Japonais. Ils avaient une façon particulière de prononcer les mots de travers — ils le font toujours, d’ailleurs. La tradition, vous savez: « On sait pas pourquoi on le fait, mais c’est la bonne façon et vous devez faire pareil . » Vous voyez, je me suis fait avojr par le nom. « Zen. » Le nom est cool, vous ne trouvez pas? N’est-ce pas que ça sonne cool?
— Je suppose, admit-elle d’un air amusé.
— Seulement, réflexion faite, ça ne me paraissait plus si différent de n’importe quelle religion. Je veux dire, un mec se pointe il y a
deux mille ans, OK, dans la plupart des cas il a un baratin relative-
ment simple: « Hé, pourquoi on n’essaierait pas plutôt comme ça?» D’accord? Peut-être que je simplifie à l’excès. Oh, bon Dieu,
vous n’êtes pas croyante, je vous ai pas offensée, j’espère? Elle secoua la tête en souriant.
— Eh ben, tant mieux. Bref, à la mort du mec, les prêtres prennent le relais, et les prêtres ne sont jamais que des juristes, hein, et tout ce qui reste, bientôt, ce sont des obligations imposées par la loi: Le but d’origine de l’opération est oublié.
— Voilà ma rue, fit-elle. Et alors, qu’est-ce qui est arrivé?
— J’ai changé les paroles de la mélopée.
— Ça donnait quoi?
— « Mou-Gou-Gaï-Pan ».
Cet horrible plat chinois? Oh, non, vous n’avez pas fait ça!
— Je me suis dit: qu’est-ce que ça peut foutre? Il s’est avéré que j’étais le seul à trouver ça drôle.
Très bien, Silvano, merci de m’avoir escortée. Dites-moi ce qu’il y avait de vrai dans votre histoire.
II poussa un soupir.
Tout, à part la fin.
— « Mou-Gou--Gaï--Pan»?
— Ouais.
— C’est ce que je pensais. Avouez la vérité, qu’est-ce qui s’est vraiment passé?
— La vérité est moche.
— Ça ne me fait pas peur.
— Très bien.
Il baissa les yeux vers le sol. Elle le regardait maintenant du haut de la deuxième marche, mais il évita de croiser son regard.
— Mon pote Ramirez, mon meilleur ami, Enrique, s’est pendu dans le monastère. Il a laissé un mot, comme quoi il pouvait plus tenir le coup. (Pages 87-90)
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— Ces temps-ci, monsieur O’Brian donne un coup de main aux Frères de l’Immaculée Réception.
Elle sourit à nouveau.
— C’est un vieux séminaire vide, perdu à l’autre bout de Brooklyn. Les pères ont un projet de rénovation, là-bas, et monsieur O’Brian travaille avec eux.
— O’Brian s’y connaît en rénovation?
— Il s’y connaît en pognon. Comment le gagner, comment le garder, comment l’arracher aux fournisseurs, comment le dépenser. D’après lui, les gens ne savent pas dépenser leur argent. Ils le font, mais mal. C’est ce qu’il dit.
— Il a peut-être pas tort là-dessus. Alors, son rôle, c’est d’aider les pères à dépenser leur fric ?
Il s’occupe beaucoup de ça pour l’Ég1ise. Il dit qu’ils sont trop confiants. Que toute organisation a besoin d’un salaud et que, chez eux, il n’y a personne d’assez méchant. Alors, quand ils ont besoin d’un salaud, ils font appel à lui.
— Silvano examina le dos de sa main.
— Je connais deux ou trois bonnes soeurs qui ont toute la méchanceté requise, elles sont toujours en vie.

Elia se mit à rire. (Pages 208-209)
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Vers 1972, en effet, quelqu’un avait décidé que les pensionnaires des hôpitaux psychiatriques n’étaient pas assez cinglés, et qu’il reviendrait moins cher de les lâcher dans les rues. L’intégration, ça s’appelait; et, tout d’un coup, les grands foyers d’accueil et les services de consultation étaient devenus des entreprises en expansion. Beaucoup de ces personnes «intégrées» avaient morflé. Pour quelqu’un dont le sens du réel est émoussé, et qui a été interné pendant la majeure partie de sa vie, il est effrayant de se retrouver seul. Pas de famille, pas d’amis, tout le monde vous regarde comme si vous étiez — eh bien, dingue. Nombre d’entre eux moururent de solitude. On vous repêche dans le fleuve, on vous déclare noyé ; mais ce qui vous a vraiment tué, c’est de vous être retrouvé seul. (Page 15)
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Il la regarda entrer ; la porte se referma derrière elle et il se rendit compte qu’il éprouvait une émotion étrange. Silvano n’aurait pu dire ce que c’était — une petite étincelle, une palpitation incertaine dans sa poitrine, là où était censé se trouver son coeur. Bon Dieu, elle est belle. Pourquoi elle s’intéresserait à un cinglé comme moi? se demanda-t-il. Mais c’était quelque chose, rien que cette pensée, rien que la possibilité... Doux Jésus. La vie ne se passe jamais comme on s’y attend. Juste quand on croyait avoir pigé le mode de fonctionnement, on se prend la balle suivante en pleine gueule.
D’un pas soudain mal assuré, il se mit à remonter la rue. (Pages 90-91)

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— Accordez-moi un peu plus de goût………Ses parents étaient amis des miens, il y a des années. C’est une sorte de cousin éloigné…… Il trouve scandaleux qu’une femme sorte sans être accompagnée. Il croit que j’ai besoin qu’un homme me donne la permission de me promener seule dans la rue.

Il propose ses services ?
— Non. C’est un mâle typique, il n’a pas de solutions, que des problèmes. (Page 86)
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