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ISBN : 2253012580
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Le grand romancier de l'invisible qu'est Julien Green éclaire ici en visionnaire, la torche au poing, ce monde secret et terrible de l'enfance que chacun a dû traverser. L'émoi des rencontres au lycée, la violence des crises religieuses les victoires déchirantes de la sensualité, rien n'est laissé dans l'oubli.
Pourtant, le livre fermé, il reste dans l'esprit du lecteur quelque chose de bien plus grand que le plaisir de la connaissance psychologique : il y re... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Williamine
  07 juillet 2018
Lorsqu'il a composé cette première partie de son autobiographie, Julien Green, qui aborde ses plus lointains souvenirs de la petite enfance jusqu'à ses dix-sept ans, a reconnu avoir pris le parti de raconter ce qui lui "passera par la tête", et tant pis si la mémoire lui "livre tout en désordre", "sans itinéraire précis dans l'exploration" de son passé. Dès lors, ce qu'il "ne veut pas dire" lui échappe malgré lui et est "dit tout de même".
Partir avant le jour est donc une sorte de confession livrée avec le moins de censure possible, qui lui a permis de mettre à jour ses souvenirs les plus lointains et d'avancer dans la quête de son moi.
Et en effet, Partir avant le jour éclaire le lecteur de Julien Green sur de nombreux aspects de son intimité : l'éveil de la foi, le doute, la sexualité, qui constituent des clés pour appréhender l'ensemble son oeuvre, tant fictionnelle qu'autobiographique.
A lire donc pour faire plus ample connaissance avec l'auteur du Visionnaire et de Chaque homme dans sa nuit !
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
moraviamoravia   23 janvier 2017
J'avais beau me dire que ma mère avait l'air de dormir. Les personnes endormies respirent. De même, c'était en vain que je chuchotai : " Maman ! " Elle n'entendais pas, je le savais et je savais aussi qu'elle était devenue une autre femme que celle qui me parlait naguère. Elle ne pensait plus les mêmes choses, elle ne me voyait plus, et plus je la regardais, plus elle m'apparaissait différente. Elle était devenue quelqu'un de majestueux comme une reine, séparée de moi par de grands espaces, absorbée dans une méditation qui demeurait secrète. Je chuchotai encore : " Maman ! " mais d'une voix si basse que même éveillée elle ne m'eût sans doute pas entendu. J'avais peur de la déranger. C'était cela, exactement : j'avais peur de déranger quelqu'un en train de réfléchir. Je crois que l'idée que je me trouvais devant une morte ne m'effleura pas. Je me trouvais devant une personne inconnue qui avait les traits de Maman et qui gardait une immobilité de pierre, mais qui ne faisait pas peur. La mort était venue dans la maison quelques heures plus tôt, mais à présent elle n'était plus là. Au bout d'un moment, j'appuyais mes lèvres sur le front de ma mère et sortis.
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moraviamoravia   12 janvier 2017
Je fréquentais alors une librairie de la rue de la Pompe tenue par deux demoiselles qui m'avaient pris en amitié et me prêtaient des livres. Un volume de la collection Nelson sous le bras, je courais jusqu'au square Lamartine et là, assis sur un banc, je tournais les pages avec une avidité d'autant plus mystérieuse que je ne comprenais pas grand-chose à ce que je lisais, mais je comprenais quelque chose, et ce quelque chose me ravissait. Dumas père, Edmond About et Victor Cherbuliez étaient les trois auteurs que les demoiselles Chavanon jugeaient aptes à m'ouvrir l'esprit sans y verser de poison. Des titres me reviennent à la mémoire comme Le Comte Kostias, Miss Rovel, L'Aventure de Ladislas Bolski, Le Nez d'un notaire et bien entendu Les Trois Mousquetaires avec cette étrange histoire de Milady dont je n'arrivais pas à deviner ce qu'elle avait pu faire de si mal, mais dont le supplice m'intéressait. J'adorais lire un beau récit de supplice.
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moraviamoravia   10 janvier 2017
Je me figurais, en effet, que l'aveugle du pont de Saint-Cloud se cachait dans l'espace exigu formé par le couvercle de bois qu'il me fallait relever et le mur. Il faut savoir que l'aveugle en question n'avait, comme Agathe, ni bras ni jambes et qu'assis sur le trottoir, il montrait aux passants deux orbites vides d'un rose terrible. C'était en vain qu'au pont de Saint-Cloud, je collais mon visages au tablier blanc de Lina, je ne pouvais m'empêcher de regarder cet homme. Il chantait. On jetait des sous dans sa sébile. Et que chantait-il ? Puis-je jamais l'oublier ? Une chanson d'amour dont j'ai retenu les premiers mots :

Oh ! ma jolie,
Je t'en supplie
Ne t'en va pas,
Reste avec moi !
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moraviamoravia   20 janvier 2017
Je me revois assis dans une classe à peu près vide, en cinquième. Sans doute les vacances sont-elles proches. Mon voisin est un garçon dont le nom est trop connu pour que je puisse l'écrire sans faire dévier ce récit. Il s'agit de ce qu'on appelle un brillant élève. Penché sur son pupitre, il tourne sa plume dans l'encrier tout en me parlant à mi-voix. Son oeil un peu saillant, la mèche qui lui balaie le front, sa bouche humide et pulpeuse et sa grosse joue plate, tout en lui annonce le goût de la facilité et du plaisir. Sa main potelée continue à faire tourner sa plume et il chuchote : "Tu veux que je te dise le secret de ta naissance ?" [..................]
Enfin la voix chuchote de nouveau : " Tu es né dans le ventre de ta mère, puis on t'en a fait sortir."
Je ne réponds pas, je me penche sur mon livre comme si je n'avais pas entendu, je voudrais m'en aller, ne plus jamais voir ce garçon. Ce qu'il a dit n'a presque pas de sens à mes yeux, et puis c'est grossier, mais quelque chose me crie que c'est vrai, autrement pourquoi serais-je si ému ? Pourtant non. Ma mère...ce n'est pas possible. Pas elle, pas moi. Il n'y a pas eu cette chose si violemment impure à ma naissance. Etre tiré du ventre de sa mère... Mon voisin renifle. Il renifle toujours, même en été. Jetant sa plume de côté, il ajoute : " Le reste, je te le dirai une autre fois."
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moraviamoravia   16 janvier 2017
Ce fut à Saint-Valéry-sur-Somme que je vis la mer pour la première fois. Elle me fit immédiatement horreur. Il me semblait que toutes ces vagues se ruaient vers moi et je grelottais dans mon costume de bain. [.................].
Un jeune homme qu'on voyait sur la plage, le maître-baigneur sans doute, fut chargé de m'enseigner les mouvements, et parce que je suffoquais en m'enfonçant dans l'eau glaciale, on me dit que j'étais une poule mouillée. Quoi qu'il en soit, le jeune homme qui se tenait debout dans l'eau, une cigarette à la bouche, me saisit par une ceinture qu'il m'avait passée autour de la taille et m'indiqua ce que j'avais à faire de mes bras et de mes jambes. Je me souviens qu'il portait un maillot rayé et qu'il avait les cuisses nues, ce qui me parut nettement impur, mais je n'eus pas le loisir de m'attarder à ces considérations.
"S'il me lâche, pensais-je, je me noie." Et comme s'il eût deviné ce que j'avais en tête, il me lâchait en effet pour rallumer sa cigarette qui s'éteignait sans cesse. Je coulais immédiatement à pic et, sa cigarette rallumée, le garçon me repêchait. A cette école, je n'appris qu'à ajouter une épouvante à toutes celles dont je semblais faire collection. En sortant de l'eau, je tremblais si fort qu'on me crut malade et les leçons furent interrompues.
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Vidéo de Julien Green
Julien Green s'entretient avec Viviane Forrester dans A Voix nue.
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