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EAN : 9782253006930
319 pages
Le Livre de Poche (15/04/2003)
3.93/5   298 notes
Résumé :
La Puissance et la Gloire est le sommet des romans catholiques de Graham Greene. Il lui fut inspiré par un séjour au Mexique en 1937.Le clergé mexicain persécuté par le gouvernement révolutionnaire, il ne reste qu'un seul prêtre, dont la tête est mise à prix. Ce prêtre est un pauvre homme qui aime trop l'alcool et qui a fait un enfant à une de ses paroissiennes. Il essaie de fuir mais revient chaque fois qu'un mourant a besoin de lui, « et même lorsqu'il croit que s... >Voir plus
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Le heros de la Malediction du gitan, ce sourd muet sans jambes qui se produisait en des acrobaties de cirque, lisait, le seul a lire parmi tous les freaks pratiquement illetres qui l'entouraient. Dans ses moments de desesperance il revenait, encore et encore, a La Puissance et la Gloire de Graham Greene. Voulant comprendre en quoi l'histoire d'un cure harcele pouvait le consoler je l'ai relu moi aussi. Il y a de ca une eternite je n'avais pas specialement apprecie ce que j'avais vu comme de la propagande religieuse. Entretemps le livre a beaucoup change, ou alors c'est moi.

La trame est simple: dans une region mexicaine ou les revolutionnaires au pouvoir veulent abolir toute religion, un cure traque tente de fuir, sans succes. C'est le dernier pretre, tous les autres ayant ete tues s'ils n'ont pas reussi a passer a temps la frontiere, ou ayant ete forces de se laiciser et se marier. Il sera finalement fusille, un metis mouchard l'ayant reconnu et livre a ses poursuivants.

La trame est simple mais le developpement qu'en fait Greene ne l'est pas. Il y mene une sorte d'etude, profonde et ardue, douloureuse et implacable, sur l'ancienne question du bien et du mal, sur ce qui les oppose et ce qui les relie. Une etude de terrain, qu'il place dans un terrain qu'il a connu, le Mexique, et dont il sonde le caractere profond de ses habitants, leur ame. Leur sens de l'obeissance a la tradition, du devoir et du destin, leur intime essence d'un catholicisme metisse, manifeste meme quand la revolution prohibait la religion. Greene avait passe quelques mois au Mexique en 1938, enquetant la persecution de la religion qu'avaient declanche les presidents Calles et Cardenas. Il en avait tire en 1939 un livre de voyages, The Lawless Roads, et, plus tard, ce roman.

Deux principaux acteurs dans ce drame, un cure et un lieutenant, bien qu'il n'y ait que le lieutenant qui agisse vraiment, le cure se laissant entrainer comme malgre lui par les circonstances. Tous deux sans nom propre, comme un troisieme acteur, le metis, celui qui tient le role de Judas, du mouchard qui vendra le cure pour une poignee de pesos. Il n'y a que les personnages tout a fait secondaires qui auront droit a des noms. Sans noms, ces acteurs peuvent prendre une dimension archetypique. Mais Greene les complique a souhait. Ni heros ni anti-heros clairs et nets, tous ont droit et a son blame et a sa compassion. Tous decrits implacablement humains. le cure est une creature maladive, egoiste et peureux, qui s'est eloigne de nombreuses fois de la foi qu'il preche. Seuls le courage et la capacite de sacrifice des villageois qu'il rencontre et qui le cachent pourront lui faire surmonter la peur, l'amertume, le fiel qui niche en son coeur. Ce n'est que grace a eux qu'il finira par gagner un certain apaisement de l'esprit, une certaine serenite devant son futur, serenite face aux hommes qui l'accusent et le jugent, serenite pour affronter Saint Pierre dans l'au-dela. Une redemption tardive, aux limites du courage, la decouverte d'une force d'ame qu'il n'avait jamais eu. Quant au lieutenant qui le poursuit, ce n'est pas un fou sanguinaire, il n'a pas de raisons personnelles, tout en lui est ideal, mais il incarne trop fanatiquement les ideaux laics de la revolution mexicaine de ces annees-la. Les cures ne sont pour lui que suppots d'un obscurantisme qui maintient le peuple dans l'ignorance et la misere. Ils doivent disparaitre pour que l'avenir puisse etre radieux. Et la fin justifie les moyens. Mais il saura aussi etre misericordieux envers sa proie, une fois qu'il l'aura attrapee.

Greene a ecrit une tragedie. La tragedie d'un homme faible devant son destin. Peut-etre aussi la tragedie de la force minee par le doute. le drame du vieil antagonisme de la spiritualite et du materialisme, personnifie en deux hommes, sans que nous soit montre trop clairement et trop facilement ou git le vice et ou siege la vertu. Un troisieme homme, le delateur, est manifestement l'outil du destin ou l'agent de la Providence. Ce n'est pas forcement un mauvais homme, sa mission est d'amener le cure a l'expiation, a sa purification, comme le Judas des ecritures face a Jesus. Ce Judas-ci tend a nous faire croire que Greene, catholique convaincu, veut que sa tragedie finisse en apotheose de la foi, en la victoire morale de la foi. Ce serait trop facile. Moi je vois, justement parce que Greene est croyant, dans cette opposition de differentes croyances, de differents ideaux, la tragedie du Dieu auquel il croit. Ce Dieu qui a fait l'homme a son image, qui est dans tous les hommes. Dieu qui est le juge et le pecheur, le vertueux et le criminel, ici le cure et le lieutenant, et aussi le Judas, bien sur. Dieu qui est celui qui a le pouvoir, et en use, et celui qui en est demuni. Dieu qui est l'homme glorieux mais aussi l'infame. Dans cette optique, la puissance et la gloire sont peut-etre incarnees par les deux principaux protagonistes, mais aussi par le destin qui les dirige et les mene, ou la fatalite, ou tout simplement Dieu. Ce Dieu a qui le roi David chantait: “A toi, Eternel, la grandeur, la force et la magnificence, l'eternite et la gloire, car tout ce qui est au ciel et sur la terre t'appartient; à toi, Eternel, le regne. […] C'est de toi que viennent la richesse et la gloire, c'est toi qui domines sur tout, c'est dans ta main que sont la force et la puissance” (Chroniques I, chap. 29, versets 11-12). Tellement de pouvoir... il ne peut qu'etre tragique, ce Dieu.

En fin de ce long billet je dois me confesser. Je ne suis pas religieux, je ne crois pas en un Dieu, je suis plutot un fieffe mecreant. Sans aucune excuse de cette sorte j'ai trouve ce roman tout simplement sublime. Puissant. Glorieux.
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Graham Greene publia « la puissance et la gloire » en 1940, époque où les chrétiens étaient martyrisés en Union Soviétique, en Espagne et au Mexique, dans ce que le Pape Pie XI appelait « le triangle terrible », époque où les juifs étaient eux martyrisés en Allemagne …

Au Mexique, la persécution, sous différentes formes, existait depuis le début du XIX siècle mais en 1917 la loi Calles imposa l'éradication de l'église catholique et dans la province de Tabasco « les chemises rouges » assassinèrent les uns après les autres les membres du clergé, comme ce fut le cas en Espagne dans les années 30 à l'époque du « front crapulaire ». Persécutions vécues à notre époque dans certaines provinces de l'Inde, du Vietnam ou en Chine et au Nigéria, par exemple.

C'est dire que ce roman est toujours bouleversant, et que ce pécheur, prêtre fort peu exemplaire, parce qu'il est fusillé en tant qu'ecclésiastique, devient martyr et que son témoignage conserve de nos jours une telle force et un telle actualité comme François Mauriac le soulignait : « grande leçon donnée à ces obsédés de la perfection, à ces scrupuleux qui coupent en quatre leurs misérables manquements et qui oublient qu'au dernier jour, selon le mot de Saint Jean de la Croix, c'est sur l'amour qu'ils seront jugés. »
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«La puissance et la gloire» faisait partie des romans de Graham Greene désignés comme catholique par la critique de l'époque. L'auteur traversait alors une grave crise mystique qui l'amena à se replonger dans ses racines chrétiennes. Ce livre mettait en scène un pretre au prise avec la révolution anticléricale mexicaine des années 30. C'était beaucoup en réduire sa portée que de le circonscrire à la sphère purement religieuse, car même si son aventure s'apparentait à un chemin de croix, ce sont bien des sentiments humains qui bouleversait ce serviteur de dieu. Menacé de toute part, recherché, poursuivi, il refusait la fuite en avant cherchant la rédemption de ses péchés dans le martyr. Dans un moment de faiblesse quelques années plus tôt, il avait eu une petite fille avec une paysanne de sa paroisse. Alors qu' il le souhaitait ardemment il lui était impossible maintenant de se confesser, tous les prêtes mexicains étant en fuite et ceux qui restaient ne pratiquaient plus l'absolution par peur des représailles. Malgré la peur qui l'étreignait devant l'éternité la seule solution qui lui restait pour gagner le paradis était la mort dans l'exercice de ses fonctions sacerdotales. Ce livre était remarquable dans le traitement des personnages en ne cédant jamais à un manichéisme facile. Ainsi le militaire chargé d'arrêter le prêtre, malgré les tueries dont il se rendait coupable attirait presque la compassion du lecteur tant il souffait dans sa chair d'une enfance misérable vecue dans une une société dominé par un ordre social aisé maintenant le peuple dans un avilissement sans nom. L'écriture était aride presque désenchantée, elle rendait parfaitement compte du grand désert qui habitait le paysage et le coeur de ces hommes pris dans la tourmente. Ce livre poignant était au combien représentatif du talent de Graham Greene, grand écrivain britannique injustement oublié…
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Proche du western, une traque haletante, écrite comme un road-movie, l'histoire d'une vengeance, et celle d'une fuite. A travers la province de Tabasco, elle ne manquera pas de piquant et l'on s'imagine volontiers par endroits les paysages désertiques parsemés de cactus dans cette partie du Mexique, avant d'apercevoir une bananeraie et de s'enfoncer dans la forêt équatoriale, de plonger accroché à sa mule dans un fleuve, où se prélassent des crocodiles, pour échapper à un escadron de gendarmes et s'enfuir par la montagne toute proche, enfin se réfugier dans la province voisine plus tolérante vis-à-vis de l'Eglise catholique.

Car le fugitif, qui est aussi le narrateur, est un prêtre. Quant à moi, qui suis d'une ignorance crasse en ce qui concerne l'histoire de l'Amérique centrale et du sud, je le confesse volontiers, j'ignorais tout de cet épisode anticlérical dans les années trente ainsi que l'existence des chemises rouges à tendance Marxistes. Bon, celles et ceux intéressé(e)s trouveront tout cela sur wiki, et j'ai aussi déniché une carte des lieux où s'est rendu ce prêtre, là je vous donne le lien en commentaire (*).

Tout ce que j'ai mentionné est naturellement correct, mais ce récit est bien plus qu'un autre le Bon (le prêtre), La Brute (le lieutenant) et le Truand (le métis) . Certains prétendent que c'est un roman catholique, se basant vraisemblablement sur la conversion à 22 ans de Graham Greene. Probablement sont-ils influencés par l'introduction de François Mauriac que j'ai bien soigneusement éludée, désireux de lui conserver sa part d'absolu. J'ai des doutes et ce livre a d'ailleurs échappé de très peu à la mise à l'index.

Il arrive que d'aucun(e)s, trouvent mes chroniques obscures. Certes souvent, elles ne proposent qu'un éclairage rasant, diffus, propice à la mise en évidence d'un ou l'autre point d'intérêt, laissant intact le plaisir d'une possible découverte. Ce roman, lui, est assez limpide mais d'une noirceur comme rarement. de tous les personnages, je n'ai trouvé que trois âmes qui ne soient pas tourmentées : la jeune et rafraîchissante Carol Fellows, et les deux bons samaritains luthériens Mr Lehr et sa soeur.

J'ai beaucoup aimé le style très classique, sans effets ni comparaisons alambiquées, ainsi que l'introduction avec Mr Tench, cette figure mémorable de dentiste, venu chercher fortune, ou bien …, solitaire égaré, ruiné suite à la dévaluation du pesos. Et j'ai beaucoup aimé son apparition à la fin, quand il vient arracher le mal à la racine.

Le prêtre est alcoolique, je ne l'ai pas encore mentionné. Il n'est pas le seul à noyer ses doutes et sa solitude dans l'alcool : Mr Tench, le jefe, le métis, … La chaleur est accablante, la misère omniprésente, la faim lancinante, et l'absence d'amour, cruelle. Il n'y a pas que le prêtre, toutes et tous semblent vouloir se fuir, inexorablement. Un vide, un gouffre au fond d'eux-mêmes, étouffant. Dans ce désert d'amour, que de coeurs asséchés à l'abandon ! Aucun des torrents de pluies tropicales ne semblent pouvoir dérider toutes ces âmes racornies (hormis les trois citées plus haut) et moins encore celles de ce lieutenant revanchard et de ce prêtre fugitif.

Et si le prêtre est en état de péché mortel, ne cherchez pas dans la liste des péchés capitaux, c'est pourtant le plus grave de tous : la désespérance. Voilà le coeur de ce roman : la désespérance. Et la motivation pour arrêter la fuite ne m'apparaît pas tant l'orgueil comme donné en justification que l'ultime fuite de soi. Car seule la mort semble alors délivrance. Une mise en garde plus que jamais nécessaire.

Une énigmatique quatrième partie m'a cependant laissé perplexe tant elle me semble avoir été rapportée pour atténuer le propos.

Comment taire cette chanson de Brassens aux paroles de Francis Jammes qui sont venues peu à peu s'incruster en association ?
https://www.youtube.com/watch?v=1xTHNXIcOCw
Je ne peux m'empêcher non plus de mettre en contre-point la prière païenne de Jacques Brel.
https://www.youtube.com/results search_query=brel+pri%C3%A8re+paienne

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"Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles"
Dans les années 1930,dans un état mexicain , il ne reste plus qu'un prêtre. le gouvernement révolutionnaire mexicain avait mené une vigoureuse campagne contre les représentants de l'Eglise catholique, la Christada. En les expulsant avant tout. En contraignant les réfractaires au départ à se marier, et donc à contrevenir aux dogmes de leur confession.
Pourquoi est-il resté, ce prêtre, il l'explique dans un des plus beaux passages de ce livre, un dialogue:
"- Mais pourquoi êtes-vous resté ?
- Je me le suis demandé, répondit le prêtre, une fois. La vérité, c'est qu'un homme ne se trouve pas placé brusquement devant deux partis à prendre , un bon et un mauvais. Il se trouve engagé peu à peu...ce n'était pas la première fois dans L Histoire, qu'on brûlait des églises. Vous n'ignorez pas que c'est arrivé souvent. Ca ne signifie pas grand chose. Je pensais que je resterais, disons, encore un mois, pour voir si les choses allaient s'améliorer. Et puis.. oh! vous ne pouvez pas savoir comme le temps passe vite!"
...je crois qu'il aurait mieux valu que je m'en aille , moi aussi. Car c'était l'orgueil qui me faisait agir. Ce n'était plus l'amour de Dieu... Je ne servais à rien, mais j'étais resté..C'est une erreur que l'on commet de penser que parce qu'une chose est difficile et dangereuse..
...- Et bien, vous allez devenir un martyr, vous aurez cette satisfaction.
-Oh, mais non! Les martyrs ne me ressemblent pas du tout. Ils ne réfléchissent pas tout le temps."

Donc, il est resté, célébrant une messe ici ou là , administrant des sacrements, et se rendant surtout au chevet de mourants pour leur accorder ce que son ministère lui permet, l'absolution de leurs péchés, tout cela en se cachant bien sûr, protégé dans la grande majorité des villages.
Seulement le voilà rattrapé par la réalité , et donc poursuivi.

Il y aura dans ce livre ce rapport entre ces deux hommes , cette traque en tous lieux , des observateurs, des populations qui subissent comme toujours. Et un Judas, bien sûr.
La grande force de ce magnifique roman est de ne faire d'aucun personnage un portrait tranché au couteau. le prêtre est.. alcoolique, plutôt lâche, il a eu un enfant avec une villageoise , et il n'a qu'une seule envie, parvenir à fuir , même si le lieutenant sacrifie des villageois pour faire peur aux autres et qu'ils le dénoncent. le lieutenant, lui, a eu à souffrir de l'attitude de l'Eglise dans sa jeunesse, il est déterminé mais l'auteur lui prête des qualités d'écoute et même de compassion..Le Judas, et bien il a besoin de manger, et donc de la rançon promise. Les observateurs ( extraordinaire personnage du dentiste ) ont de temps en temps des sursauts. Bien et mal se mélangent , il ne reste que toute cette ambiguïté des rapports de force..idéologiques? Qui s'opposent? Même pas..
Et ce qu'on appelle la foi du prêtre?
" Ecoutez-moi, dit le prêtre ardemment, en se penchant en avant dans le noir , pressant d'une main son pied tordu de crampes, je n'ai pas autant de duplicité que vous le croyez. Pourquoi, à vôtre sens, irais-je dire aux gens du haut de ma chaire, que si la mort les prend à l'improviste, ils sont en danger d'être damnés? Je ne leur raconte pas de conte de fées auxquels je ne crois pas moi-même. Je ne sais rien du tout de la miséricorde divine. Je ne sais pas dans quelle mesure le coeur humain apparaît à Dieu comme un objet d'horreur. Mais je sais ceci: que si jamais dans ce pays un seul homme fut damné, alors je ne puis manquer d'être damné aussi. Il ajouta lentement: " Je ne souhaiterais pas qu'il en fût autrement. Je ne demande que la justice, rien de plus."

Dans la préface, François Mauriac parle de martyre, d'identification au Christ, et ce roman a été qualifié de grand roman catholique. Pourquoi pas, à chacun son interprétation en fonction de ses croyances. Et effectivement , le parcours du prêtre finit par ressembler à un chemin de croix.Et ce qu'il finit par faire, il sait que cela va le perdre, mais il le fait quand même.
Parce que c'est..son devoir. Parce qu'il fait ce qu'il peut faire.
Cela en fait-il un saint, ce que Mauriac sous-entend? Ca, c'est une discussion qui me dépasse, je dois dire ,et encore une vision catholique, mais ce sont ses failles, ses doutes , mais aussi son humilité, ses capacités de voir clair en lui, et ses actes qui en font un si beau personnage.

C'est surtout, pour moi, un grand roman "humaniste", qui montre les hommes tels qu'ils sont capables d'être, dans le pire, le meilleur, et tous les aspects..moins contrastés . Avec un grand signe d'espoir à cette humanité à la toute fin, merveilleuse.


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Citations et extraits (209) Voir plus Ajouter une citation
Un des Pères nous apprend que la joie est tributaire de la souffrance. La souffrance est partie essentielle de la joie. Quand nous avons faim, songez comme la nourriture nous paraît bonne. Quand nous avons soif... [...] Nous nous privonspour mieux apprécier. Vous avez entendu parler de ces hommes riches, dans le Nord, qui mangent des mets salés, afin d'augmenter leur soif, avant de boire ce qu'ils appellent un cocktail. Avant le mariage aussi viennent les longues accordailles... [...] Voilà pourquoi je vous dis que le Ciel est ici : ceci fait partie du Ciel, comme la douleur fait partie de la joie. Priez [...] d'avoir à souffrir encore et de plus en plus. Ne vous lassez jamais de la souffrance. Les gendarmes qui vous épient, les soldats qui ramassent les impôts, les coups que vous recevez sans cesse du jefe parce que vous êtes trop pauvres pour payer, la petite vérole, la fièvre, la faim... tout cela fait parrtie du Ciel, et vous y prépare. Peut-être que sans toutes ces misères, qui sait, le Ciel vous paraîtrait moins beau. Le Ciel ne serait pas complet. Et le Ciel. Qu'est-ce donc que le Ciel ? [...] Le Ciel est le lieu où il n'y a pas de jefe, pas de lois injustes, pas de soldats, pas de famine. Au Ciel, vos enfants ne meurent pas.
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Le lieutenant s'assit sur son lit et se mit à enlever ses bottes. C'était l'heure de la prière. Les cancrelats se cognaient aux murs avec des explosions de pétards. Plus d'une douzaine retombèrent sur les carreaux du sol, les ailes endommagées. Le lieutenant pensa avec fureur qu'il y avait encore dans le pays des gens qui croyaient à un Dieu d'amour et de miséricorde. Certains mystiques prétendent qu'ils entrent en communication directe avec Dieu. Lui aussi était un mystique et jamais il n'avait rencontré que le néant, la certitude absolue que, dans un monde mourant qui se refroidissait, des animaux avaient évolué jusqu'à devenir des êtes humains , absolument sans but ni raison. Il le savait.
...
Les yeux ouverts, le lieutenant restait couché sur le dos tandis que les cafards explosaient contre le plafond. Il se rappelait du prêtre que les Chemises Rouges avaient fusillé le long du mur de ce cimetière de la colline et qui était un autre petit homme rond aux yeux protubérants. C'était un monsignore, et il pensait que le titre le protégerait: il avait une sorte de mépris pour le bas clergé et , jusqu'à la dernière minute, il avait invoqué son rang. Ce n'était que tout à fait à la fin qu'il s'était rappelé ses prières. Il s'était agenouillé et on lui avait accordé le temps d'un bref acte de contrition. Le lieutenant avait assisté en spectateur, l'affaire n'était pas de son ressort. En tout cas, ils avaient fusillé cinq prêtres, deux ou trois s'étaient échappés, l'évêque était bien tranquille à Mexico, un seul s'était conformé à l'ordre du gouverneur imposant le mariage à tous les prêtres. Il habitait maintenant près du fleuve avec sa gouvernante. Cette solution, bien entendu, était la meilleure: épargner cet homme qui servait d'exemple vivant de la faiblesse de leur foi. Cela prouvait bien que pendant des années, ils avaient vécu dans l'imposture. Car s'ils avaient vraiment cru au ciel et à l'enfer, ils n'auraient pas refusé un court moment de souffrance pour mériter l'éternité..Etendu sur son lit dur, dans cette nuit chaude et moite, le lieutenant n'avait aucune sympathie pour les défaillances de la chair.
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- Ecoutez-moi, dit le prêtre ardemment, en se penchant en avant dans le noir, pressant d'une main son pied tordu de crampes, je n'ai pas autant de duplicité que vous le croyez. Pourquoi, à votre sens, irais-je dire aux gens du haut de ma chaire, que si la mort les prend à l'improviste, ils sont en danger d'être damnés? Je ne leur raconte pas de contes de fées auxquels je ne crois pas moi-même. Je ne sais rien du tout de la miséricorde divine. Je ne sais pas dans quelle mesure le coeur humain apparaît à Dieu comme un objet d'horreur. Mais je sais ceci : que si jamais dans ce pays un seul homme fut damné, alors je ne puis manquer d'être damné aussi."
Il ajouta lentement : "Je ne souhaiterais pas qu'il en fût autrement. Je ne demande que la justice, rien de plus."
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- Mais pourquoi êtes-vous resté?
- Je me le suis demandé, répondit le prêtre, une fois. La vérité, c'est qu'un homme ne se trouve pas placé brusquement devant deux partis à prendre, un bon et un mauvais. Il se trouve engagé peu à peu.
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Il avait un sentiment démesuré de sa propre importance : il était incapable d'imaginer ce monde dont il n'était qu'un détail banal, ce monde de traîtrise, de violence et de luxure où sa propre ignominie était tout à fait insignifiante. Combien de fois le prêtre avait-il entendu cette même confession ? Les hommes sont si limités : ils n'ont même pas l'habileté d'inventer un vice nouveau : les animaux en savent autant qu'eux. Et c'est pour ce monde que le Christ est mort ; plus l'on voit de corruption autour de soi, plus la gloire qui entoure sa mort resplendit. C'est trop facile de mourir pour ce qui est bon ou beau, son foyer, ses enfants ou la civilisation... il fallait un Dieu pour mourir afin de sauver des hommes lâches et corrompus.
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Vidéo de Graham Greene
Des tranchées d'Argonne à Monrovia en passant par Dakar, New York et Paris, une fresque romanesque puissante qui court d'une guerre mondiale à l'autre, rythmée par les accents vibrants du jazz. 1918. Percussionniste virtuose à l'école des djembés de Gorée, Jules, interprète du régiment de Noirs américains sur le front de cette France ravagée qu'il ne connaît qu'à travers Maupassant, vit à l'aube de l'armistice un amour éphémère avec l'épouse d'une « gueule cassée ». Ce souvenir indélébile l'accompagnera après la guerre dans son long périple à travers l'Amérique bouillonnante des Années folles, quand il rejoint le jazz-band de ses anciens compagnons de guerre, en tournée dans le Sud raciste, puis triomphe au célèbre Cotton Club de New York.
Sa vie croise celle de Joséphine Baker qui l'emmène, avec sa Revue nègre, à Paris où l'amitié qu'il scelle avec l'écrivain-espion Graham Greene les entraîne dans une périlleuse expédition en Afrique. Ils iront jusqu'à Monrovia, capitale du Liberia, sur les traces de Julius Washington, l'arrière-grand-père de Jules, premier grand reporter photographe noir américain. Alors que de nouveau une guerre s'annonce, Jules s'installe à Mamba Point, dans la maison de Julius, l'homme qui a tenté de révéler la véritable histoire de ce pays : celle de ces esclaves affranchis envoyés en Afrique pour bâtir une nation libre. Un rêve devenu cauchemar.
https://bit.ly/3wejAfI
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