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EAN : 9782021368185
368 pages
Seuil (08/03/2018)
4.5/5   2 notes
Résumé :
137 346. C'est le nombre de Juifs assassinés en cinq mois par le colonel SS Karl Jäger, responsable des Einsatzgruppen de Lituanie. Dans un rapport glaçant, daté du 1er décembre 1941, ces meurtres sont consignés en détail. Jean Grégor, lorsqu'il découvre le rapport, refuse l'idée que des vies soient réduites à une ligne dans un document administratif. Il décide alors avec son père, Pierre Péan, de reconstituer le monde perdu de ces Juifs, englouti par la machine à b... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
kielosa
  04 août 2019
Je dédie la présente critique en hommage et à la mémoire du grand journaliste français d'investigation, Pierre Péan, qui vient de nous quitter le 25 juillet dernier, à l'âge de 81 ans. Son oeuvre volumineuse m'a procuré des heures de lecture et m'a ouvert les yeux dans grand nombre de dossiers pas spécialement simples : je pense à des biographies de François Mitterrand, Jean Moulin, Lydie Bastien, Jacques Foccart, Jean-Bedel Bokassa etc.
Heureusement qu'il y ait son fils, Jean Grégor, né à Paris en 1968, pour lui succéder dignement et continuer ses efforts.
Avec cet ouvrage de père et fils, je retourne à l'est, car le sous-titre en est : "À la recherche des derniers Juifs de Lituanie" et cet État balte se trouve presque aussi loin de Paris et Bruxelles que Moldova, d'où je viens de rentrer, mais nettement plus au nord, bien que plus "méridional" que l'Estonie et la Lettonie.
Disons le tout de suite, le traitement des Juifs de Lituanie par la peste brune a été complètement hallucinant : s'ils étaient 160.000 en 1939, il en restait à peine 5.000 à la fin des hostilités !
J'exagère un tout petit peu, car le nombre de "Litvaks", ou Juifs Lituaniens, éliminés par les nazis s'élèvent à exactement 137.346 hommes, femmes et enfants. Imaginez-vous qu'un colonel de l'armée avait, comme un parfait comptable morbide, notez scrupuleusement l'endroit, la date, le nombre et le sexe des victimes dans un cahier de 9 pages, qui sera fièrement envoyé à Berlin, avec la conclusion, pour le Reichsführer SS (chef absolu des SS) Heinrich Himmler, la région est désormais "Judenfrei" ou libre des Juifs ! Ce rapport porte le 1er décembre 1941 comme date et couvre la période du 1er juillet au début décembre 1941, soit 5 pauvres mois !
Ce colonel, qui fait penser à la célèbre phrase d'Hannah Arendt sur la "banalité" du mal à propos d'un autre criminel (Adolf Eichmann), s'appelait Karl Jäger et était né en 1888 à Schaffhause en Suisse, mais de parents allemands. À la fin de la guerre, ce monstre a réussi à se cacher (surtout des Américains) comme simple ouvrier agricole, jusqu'à ce que son cahier fût découvert en 1959. Malheureusement, cet ignoble individu n'a jamais pu être jugé, puisqu'il s'est pendu dans sa cellule de la prison de Hohenasperg près de Stuttgart, la même année.
Il n'existe de cet horrible meurtrier qu'une seule biographie (et encore exclusivement en Allemand), publiée en 2011 par l'historien allemand Wolfram Wette, qui est aussi l'auteur de "Les crimes de la Wehrmacht", ouvrage qui lui a été traduit en Français par Olivier Mannoni.
Le Juif de Lituanie le plus célèbre chez nous est incontestablement le philosophe lituanien, naturalisé français en 1930, Emmanuel Levinas (1906-1995). Pendant la guerre, il a été incarcéré 5 ans dans un camp ordinaire près de Hanovre, avec des milliers de Français, Belges et Yougoslaves et où il a écrit sa grande oeuvre "De l'existence à l'existant". Sa famille par contre qui vivait à Kaunas a été massacrée. Levinas a été professeur aux universités de Poitiers, Paris-Nanterre et la Sorbonne. Imprégné par la Torah et fin connaisseur de l'oeuvre de Martin Heidegger et Edmund Husserl, il a écrit à lui seul toute une bibliothèque d'ouvrages importants métaphysiques et philosophiques.
Un autre artiste lituanien que le duo nous rappelle est Dovid Umru (1910-1941), peintre et écrivain. Un ouvrage de lui nous est parvenu grâce à l'éditeur Medem et le concours de l'écrivaine Odile Suganas, sa cousine, : "À la croisée des chemins et autres nouvelles". La première des 11 nouvelles m'a fortement impressionnée. Les Péan racontent l'anecdote de la rencontre émouvante entre cette fille de la soeur d'Umru et son ami d'enfance, un des plus grands poètes de la Shoah, Avrom Sutzkever (1913-2010), survivant du ghetto de Vilnius et émigré en Israël. Il est l'auteur du remarquable ouvrage : "Le Ghetto de Wilno, 1941-1944". Wilno est le nom polonais de Vilnius, la capitale ; pour les Allemands c'était Wilna.
En faisant revivre Umru, Sutzkever et d'autres écrivains, Jean Grégor et Pierre Péan illustrent la place importante que la littérature a occupée dans cette société juive lituanienne avant l'anéantissement de leur communauté par les barbares teutoniques, en 1941.
Jean et Pierre ont également essayé de restaurer l'existence de certaines familles représentatives de Juifs lituaniens, comme celle du commerçant David Davidow par exemple, en conversations avec les rares rescapés et sur la base de lettres, photos, documents...qu'ils aient pu étudier, grâce à Sophie Davidas, la seule descendante encore en vie de cette vertueuse famille.
Il convient de rendre aussi hommage à l'historienne française Annette Wieviorka qui a réuni de nombreux témoignages des Juifs disparus dans son ouvrage : "Les livres du souvenir : Mémoriaux juifs de Pologne" de 1983.
Un véritable monument.
Les auteurs se sont aussi rendus, en 2017, à Waldkirch en Forêt-Noire, la petite ville où l'affreux assassin et bureaucrate avait vécu avec sa famille et où des jeunes avaient réalisé un film documentaire : "Karl Jäger et nous" ("Karl Jäger und wir"). Très diplomatiquement les auteurs notent que lors de la projection : "une forme de tension était palpable".
En 36 chapitres et 364 pages, les auteurs nous offrent ici un ouvrage riche et instructif, dans lequel ils font défiler maints personnages avec une grande dose d'empathie. le style du père et fils Péan est bien connu : incisif, précis avec des informations dûment recherchées et néanmoins agréable à lire.
Lorsque je reprends l'excellent ouvrage historique de Pierre Péan "La diabolique de Caluire", son histoire de Lydie Bastien (1922-1994) et son rôle dans l'arrestation du chef résistant Jean Moulin (1899-1943), en main, j'espère que son fils, Jean Grégor, réussira à nous laisser lire des livres écrits avec la même conviction et passion.
En refermant "Comme ils vivaient", je crois que je n'ai pas d'inquiétudes à me faire... comme l'expression proverbiale d'origine latine, nous apprend : "tel père, tel fils" .
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
kielosakielosa   03 août 2019
" On avait sûrement calomnié Joseph K..., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin. "

Franz Kafka, Le Procès.

(page 7).
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Vidéo de Jean Grégor
Lors de la dernière éditions du salon Saint-Maur en Poche en juin 2022, le libraire Gérard Collard recevait sur la grande scène de la Griffe Noire les auteurs Thomas Snegaroff et Grégor Péan pour parler des figures diaboliques... • Putzi : le pianiste d'Hitler de Thomas Snégaroff aux éditions Folio https://www.lagriffenoire.com/putzi-le-pianiste-d-hitler-1.html • La Seconde vie d'Eva Braun de Grégor Péan aux éditions Robert Laffont https://www.lagriffenoire.com/la-seconde-vie-d-eva-braun.html • • • Chinez & découvrez nos livres coups d'coeur dans notre librairie en ligne lagriffenoire.com • Notre chaîne Youtube : Griffenoiretv • Notre Newsletter https://www.lagriffenoire.com/?fond=newsletter • Vos libraires passionnés, Gérard Collard & Jean-Edgar Casel • • • #lagriffenoire #bookish #bookgeek #bookhoarder #igbooks #bookstagram #instabook #booklover #novel #lire #livres #conseillecture #saintmaurenpoche #smep22
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