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Critique de nameless


nameless
  31 janvier 2020
John et Robert sont deux naturalistes envoyés par le ministère (sans autre précision) sur une île de l'Atlantique nord située à 65 kilomètres, à vol d'oiseau bien sûr, de la terre habitée la plus proche. Leur mission officielle : effectuer un recensement exhaustif de la faune de l'île, - mouettes tridactyles, guillemots, petits pingouins, macareux, fulmars, cormorans huppés, océanites à queue fourchue – et dresser l'inventaire de ses ressources naturelles. Comme ils sont heureux, car pour de jeunes scientifiques, une telle opportunité est inespérée !


A quelques mois de la déclaration de la seconde guerre mondiale, c'est avec la fleur au fusil qu'ils débarquent dans ce territoire presque vierge, à peine touché par les humains, préservé de toute pollution, attendus par son bailleur Kirk et sa nièce Ellen. La seconde est, si l'on veut respecter le champ lexical palmipède, une oie blanche, tandis que son oncle est plutôt un vieux renard qui ne s'oppose pas à l'exploitation de son île à condition d'être largement indemnisé pour les nuisances subies. Quelles nuisances alors qu'il est question de sanctuariser l'endroit comme le croient naïvement les deux émissaires du gouvernement ? Après un repas composé de macareux cuisiné qui a le goût d'un poulet frit dans de la graisse à essieux - Kirk pense que si Dieu a peuplé l'île d'oiseaux, c'est pour les manger -, ce dernier éméché avoue à John et Robert, les réelles raisons de leur présence. Cet endroit isolé où l'on peut faire ce que l'on veut sans être jamais inquiété est un diamant brut pour l'armée qui va le transformer en laboratoire expérimental et y tester une bombe bactériologique. Une fois l'anthrax disséminé, il ne restera qu'à comptabiliser le nombre de créatures vivantes détruites et pour combien de temps.


Îles lointaines est une pièce de théâtre due à David Greig, dramaturge écossais mondialement connu pour son talent mais également pour ses engagements. Non sans humour, deux scientifiques et ornithologues, Christophe Barbraud (également photographe de la splendide couverture) et Fabrice Genevois, ont accepté de rédiger une préface où ils se réjouissent que la science sorte de sa tour d'ivoire et illustre son rôle dans la culture en général et dans le théâtre en particulier ; ils qualifient Îles lointaines de pièce « ornitho-dramatique » et pardonnent avec une malicieuse indulgence quelques approximations biologiques à l'auteur. Après cette mise en bouche réjouissante, c'est à Pascale Drouet, la très sérieuse traductrice et néanmoins professeur de littérature britannique à l'université de Poitiers, d'expliquer que le travail de David Greig et celui de Shakespeare se répondent. Qu'elle veuille bien m'excuser de n'avoir pas pu saisir toutes les finesses de son analyse.


En dépit de mes lacunes théâtrales, j'ai beaucoup apprécié cette lecture, qui au cours d'un huis-clos îlien étouffant sur l'un des derniers lambeaux de roche, de terre encore à l'état sauvage, pose des questions universelles ou d'actualité. Lorsqu'il est question de liberté, chacun peut comprendre que des choix difficiles, parfois définitifs s'imposent. Lorsqu'il est question de préservation de lieux uniques, chacun peut également se positionner. L'épilogue d'Îles lointaines est très émouvant. Merci à Babelio ainsi qu'aux Presses universitaires du Midi pour cette découverte très appréciée.

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