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ISBN : 280365511X
Éditeur : Le Lombard (19/05/2017)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Le peuple judéo-israélien a réussi la restauration de son indépendance nationale qui met fin à deux mille ans d'exil, d'impuissance et à l'inimaginable Shoah (catastrophe en hébreu). Le peuple palestinien, autochtone, est entré dès le début en résistance devant la menace du sionisme politique. La Nakba (catastrophe en arabe) scella son destin et l'impossible retour en ses foyers. L'Histoire, toujours imprévisible et pour l'heure inachevée, prendra-t-elle enfin la vo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Presence
  13 novembre 2017
Il s'agit d'une bande dessinée de 86 pages, en couleurs. Elle est initialement parue en 2017, écrite par Vladimir Grigorieff (1931-2017), dessinée et mise en couleurs par Abdel de Bruxelles, avec l'aide d'Aélys Abdun pour les couleurs. Elle fait partie de la collection intitulée La petite bédéthèque des savoirs, éditée par Le Lombard. Cette collection s'est fixé comme but d'explorer le champ des sciences humaines et de la non-fiction. Elle regroupe donc des bandes dessinées didactiques, associant un spécialiste à un dessinateur professionnel, en proscrivant la forme du récit de fiction. Il s'agit donc d'une entreprise de vulgarisation sous une forme qui se veut ludique.
Cette bande dessinée se présente sous une forme assez petite, 13,9cm*19,6cm. Elle commence par un avant-propos de David Vandermeulen de 4 pages, plus une page de notes. Il commence par évoquer quelques caractéristiques du conflit : un pays qui subit une guerre tous les 7 ans en moyenne, avec l'implication d'une dizaine d'autres pays de par le monde, une population de 6,4 millions de Juifs israéliens, un pays représentant à peine 0,01% de la superficie globale de la planète. Il présente ensuite les qualifications de Vladimir Grigorieff pour rédiger un tel ouvrage, ainsi que la volonté d'avoir un discours non partisan. Enfin il revient sur l'importance de la résolution 2334 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, votée le 23 décembre 2016.
La bande dessinée commence avec une mise en scène dans laquelle Vladimir Grigorieff répond aux questions de 2 journalistes fictifs. Ils lui expliquent qu'ils souhaitent un ouvrage qui s'adressent à des lecteurs non spécialistes que le sujet interpelle, dont les sources d'informations sont télévisuelles et journalistiques. Ils souhaitent une présentation digeste et non partisane, basique et impartiale, qui dépasse le format des brèves de comptoir. Avec cette lettre de mission, Vladimir Grigorieff se lance dans exposé chronologique, incorporant les points de vue et les arguments des 2 camps.
Dès la première page, le lecteur comprend bien comment cette bande dessinée a été conçue. L'éditeur a proposé le projet au spécialiste qui a fourni un texte, et charge au dessinateur de faire de son mieux pour transformer ça en une bande dessinée. Effectivement, il y a quelques pages où les images luttent pour réussir à occuper la moitié de la surface de la page. Effectivement il y a quelques cases qui représentent exactement ce qui est écrit dans l'encart de texte, mais finalement pas beaucoup. En regardant les dessins après avoir fini l'ouvrage, le lecteur prend mieux conscience de l'apport des dessins. Pour commencer s'il a été attiré par cette lecture, il y a fort à parier que c'est pour sa forme en bande dessinée. Ensuite la narration visuelle permet d'humaniser le texte, même par un procédé aussi simple que celui de mettre en scène deux personnes (ou plus) en train de discuter. D'une manière générale, les dessins d'Abdel de Bruxelles donnent une impression de simplicité, de formes simplifiées rapidement réalisées, ce qui contrebalance la densité d'informations contenue dans les textes. le lecteur constate également que l'artiste utilise des références photographiques ou vidéo pour représenter les personnages historiques, et que les dessins de ces cases sont plus travaillés pour capturer la ressemblance recherchée.
En outre à plusieurs reprises, Abdel de Bruxelles utilise des procédés spécifiques à la bande dessinée. Pour commencer il y a cette possibilité de mettre sur le même plan des personnages fictifs (les interlocuteurs) et des représentations issues de photographies, sans donner l'impression de sauter d'un média à un autre. Ensuite, il y la possibilité de créer une narration séquentielle, y compris dans un exposé aussi contraint que celui-ci. Ainsi les pages 15 à 17 montrent un groupe de juifs et un groupe de palestiniens se tenant au pied de la muraille de Jérusalem, interagissant l'un avec l'autre, montrant l'évolution des rapports de force. Les dessins servent également à évoquer un temps passé (biblique, page 24) où l'artiste évite l'écueil de la représentation naïve, et celui d'une représentation trop photographique. Enfin, il utilise également les images pour des compositions rapprochant des éléments visuels, comme l'horloge symbolique de l'apocalypse superposée au globe terrestre, avec Kofi Annan dénonçant l'irresponsabilité de la prolifération des armes atomiques.
Ainsi, malgré un niveau de contrainte très élevé peu compatible avec une narration séquentielle et des dessins en apparence simplistes, Abdel de Bruxelles fait bien plus que juste illustrer le discours de Vladimir Grigorieff. Dès la conception de l'ouvrage, ce dernier sait bien qu'il s'expose à toutes les critiques possibles et imaginables. À l'évidence, une bande dessinée (même si l'on ne tient pas compte de la forme dessinée) de 86 pages est forcément réductrice par rapport à une situation évolutive aussi complexe. D'un autre côté, ne rien écrire sur le sujet est également l'aveu d'une impuissance et d'un échec. Outre les précautions prises par David Vandermeulen dans l'avant-propos, l'auteur prend soin de bien expliciter ses intentions le plus clairement possible : faire oeuvre de vulgarisation non partisane. En page 10, un interlocuteur lui demande s'il pense que cet ouvrage pourrait être utile. L'auteur répond : Utile dans un conflit d'une telle complexité tragique, je n'en sais rien. Ce que j'espère surtout, c'est trouver des lecteurs subtils qui corrigeront par leur propre réflexion les insuffisances de la mienne. Il indique qu'il ne détient pas la vérité absolue et incite le lecteur à faire preuve d'esprit critique.
Rapidement le lecteur se rend compte de la densité du propos et de la rigueur de la démarche des auteurs. Il vaut qu'il soit familier de l'actualité concernant Israël et qu'il ait déjà une idée de qui sont les principaux dirigeants politiques concernés par son histoire. En outre, les auteurs ont inclus un glossaire de 24 mots ou expression en fin d'ouvrage pour éviter de surcharger encore plus la bande dessinée. Un simple coup d'oeil au glossaire montre qu'il ne s'agit pas de notions superficielles puisqu'il y trouve aussi bien le sens du mot Naka, que celui de l'expression de rocher d'Israël. le livre est divisé en 3 grands chapitres chronologiques : (1) la situation à l'époque de l'Empire ottoman (15 pages), (2) Au temps du mandat britannique (12 pages), (3) l'état d'Israël et les palestiniens (50 pages), avec une introduction et une conclusion. Chaque chapitre est divisé en séquences, au nombre de 23 au total, ce qui facilite les pauses dans la lecture. Vladimir Grigorieff utilise bien sûr une approche historique et chronologique, ayant choisi de commencer à partir de 1880, en passant par le mandat britannique (1920 à 1948), la guerre des six jours, du 5 au 10 juin 1967, la guerre du Kippour, du 6 au 24 octobre 1973, les 2 intifada, les accords d'Oslo (1993), etc. En fonction de sa familiarité avec ce thème historique, le lecteur peut regretter que tel ou tel événement ne soit pas développé, par exemple le massacre de Sabra et Chatila en 1982, c'est la limite d'un ouvrage de vulgarisation. Mais dès le départ, il ne se limite pas à une série de date, ou de décisions politiques.
À chaque notion, Vladimir Grigorieff développe ce que son appellation recouvre. Cela commence avec une séquence intitulée Comprendre le sionisme. Au fil des pages, il développe également les différents mouvements antisionistes (au nombre de 3), en quoi les termes d'esclavage et de colonialisme sont impropres à la situation, ainsi que celui d'apartheid, la distinction à établir entre post-judaïsme et néo-judaïsme, entre panarabisme et palestinisme. Ces développements s'inscrivent dans la perspective d'une vulgarisation qui ne se contente pas d'enfiler les termes, sans les expliquer. L'auteur fait preuve d'une démarche plus holistique, en envisageant ce conflit sous de nombreux points de vue. Il n'hésite pas à mettre en scène un dialogue sur le conflit israélo-arabe entre David ben Gourion (1886-1975) et Yasser Arafat (1929-2004), les faisant parler à partir de leurs déclarations. Il développe également une réflexion de nature philosophique et aborde toutes les questions qui fâchent. La (re)création d'Israël est-elle moralement justifiée ? Pourquoi un tel intérêt pour le conflit israélo-arabe ? La violence est-elle contre-productive ? Entre israéliens et palestiniens aurait-il pu y avoir un échange de populations ? Israël et la bombe atomique. À chaque fois, il prend bien soin de donner les arguments des différents partis, sans prendre position, mais en ouvrant parfois la discussion sur un questionnement philosophique. le seul parti pris de l'auteur est celui du pacifisme.
Tout au long de ces 23 séquences, Vladimir Grigorieff a à coeur de présenter les différentes facettes de chaque enjeu, de chaque politique, pour ne pas laisser place au doute sur le fait que le conflit israélo-palestinien, c'est plus compliqué que ça. Il ne prend jamais son lecteur pour un idiot et n'hésite pas à employer des termes précis comme la dhimmitude : condition sociale et juridique des dhimmis (personne non musulmane, dans les sociétés islamiques), en terre d'islam. Il examine la question du terrorisme des 2 côtés de la barrière, et il évoque les raisons du soutien des États-Unis, ainsi que le statut des populations juives au cours de la diaspora (page 33). Il évoque le droit politique, mais aussi le droit moral, et le positionnement en victime.
Le projet d'évoquer le conflit israélo-palestinien en 86 pages (denses) de bande dessinée est condamné à être critiqué de bien des manières avant même qu'il ne soit réalisé. Après lecture de l'ouvrage, il apparaît qu'Abdel de Bruxelles a fait plus que simplement essayer de trouver des images pour illustrer un texte copieux et immuable, complétant le propos par des images d'archives, mais aussi des mises en scène spécifiques à la bande dessinée. Vladimir Grigorieff dresse un portrait bien plus ambitieux qu'une simple vulgarisation en examinant ce conflit sous l'angle historique, politique, religieux, moral, philosophique et pacifiste, avec un degré de réflexion nourri par une solide connaissance et une solide culture. Il ne reste plus alors au lecteur qu'à se faire sa propre opinion.
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Under_the_Moon
  14 janvier 2019
Présenter de manière synthétique et pédagogique le conflit israélo-palestinien... Voilà un projet que l'on peut qualifier de défi ambitieux et épineux !
Et pourtant, c'est un pari réussi. En quelques planches l'auteur expose avec le plus de clarté possible des informations denses mais «réduites» afin de donner des grandes lignes historiques et politiques pour appréhender ce conflit géopolitique où les amalgames et jugements à l'emporte pièce sont légion - merci au sensationnalisme des médias qui parviennent à capter un auditoire trop heureux de montrer qu'il a des idées sur tout et surtout des idées sur des sujets auxquels il ne connaît rien !
N'importe quel lecteur, même adolescent, devrait pouvoir comprendre à l'issue de cette lecture que ce conflit est avant tout politique, géré par des extrémistes des deux côtés - d'où la difficulté des concessions... - auxquelles se greffent certes, des arguments religieux, mais qui ont une fonction idéologique pour renforcer une visée politique douteuse plus que morale. de quoi se dire que religion et politique ne font vraiment pas bon ménage !
Peut-être aurait-il fallu aborder les intérêts politiques des acteurs «extérieurs» qui alimentent le conflit et ont permis la politique expansionniste et colonialiste de l'État israélien (À ne pas confondre avec le «sionisme»...amalgames au revoir!) dans les années 1970 pour être un peu plus complet car cela me semble être un élément essentiel. Mais bon, je chipote ! le but de ce livre de la petite bédé thèque des savoirs est largement atteint, et c'est déjà bien !
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Organdi
  11 octobre 2017
Comment traiter en BD un sujet aussi complexe et explosif que le conflit israélo-palestinien ? Un conflit plus vieux que tous ceux qui liront ces lignes. Un conflit sur lequel la bonne volonté semble impuissante.
C'est un véritable défi.
Et franchement je pense qu'il est relevé : Pour ce faire la collection La petite bédéthèque des savoirs a fait appel à Vladimir Grigorieff. Excusez du peu : cet érudit vénérable (né en 1931 et mort en 2017 peu de temps après la sortie de la BD), pacifiste notoire, historien, est connu pour ses ouvrages de vulgarisation théologique et philosophique.
Au dessin, Abdel de Bruxelles.
Voilà pour le casting.
Le récit est mené chronologiquement et de manière très structurée. On remonte bien plus loin que 1948, même si cela reste une date clé.
Tout est fait pour qu'on s'y retrouve, expliqué de manière relativement simple, intelligible et pédagogique. Il y a beaucoup de texte, et assez peu de dialogue (beaucoup plus de cartouches que de bulles). Les précisions historiques sont nombreuses, les personnages sont bien présentés.
Le tout - attention prodige ! - restant dans la neutralité.
Je suis moins fan du dessin, qui reste cependant parfaitement au service de la narration.
Un ouvrage extraordinairement didactique, qui livre une analyse fine et documentée sur un sujet polémique et qui offrait bien des écueils.
Une réussite selon moi. Quiconque désireux de mieux comprendre la géopolitique du Moyen-Orient sans être étouffé de concepts abscons doit au moins y jeter un coup d'oeil !
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agnesrobert
  03 mars 2019
Un peu déçue de cette lecture. Malgré une volonté manifeste de clarté sur une histoird au combien complexe, cet ouvrage n'atteint pas vraiment son but. Il aurait fallu une chronologie complète, un recueil biographique des principaux protagonistes, et moins de mélanges chronologiques.
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Ardwen
  04 septembre 2018
J'ai découvert cette BD il y a quelques temps mais je n'ai pas réussi à "accrocher" jusqu'au bout. Je trouve l'approche encore trop complexe, ceci dit, cela mérite d'exister pour parler en toute transparence de ce sujet sensible !
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critiques presse (1)
Sceneario   15 juin 2017
Des explications concentrées mais clairement amenées, un document précieux pour qui veut y voir plus clair.
Lire la critique sur le site : Sceneario
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Under_the_MoonUnder_the_Moon   13 janvier 2019
La solution de partition, au sens de chacun chez soi, est impossible sans apartheid. Reste le partage. La partition, c'est deux tables différentes, du chacun chez soi, chacun pour soi. Le partage, c'est partager une même table. C'est le triomphe de la mixité, du sécularisme, du «cohabiter ensemble» ... Ce n'est pas vivre à gauche ou à droite d'une ligne de séparation ou du mur, c'est partager le même espace, les mêmes droits et les mêmes devoirs, même si les différences culturelles et les histoires existentielles ne sont pas oubliées pour autant. Heureusement que l'avenir, comme la vie et l'Histoire, est imprévisible.
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PresencePresence   13 novembre 2017
Un très petit nombre de juifs de l'empire tsariste, pour la plupart athées anticapitalistes, opposés à la dispersion du peuple juif, laïques, ayant à cœur le projet du sionisme politique comme solution de la multidimensionnelle question juive, émigre en Israël : c'est le début d'une colonisation de peuplement (mieux de repeuplement) dans l'esprit du temps et de ses mauvaises manières.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   13 janvier 2019
Le paradoxe est que chacun prétend «se défendre» même s'il est le premier à agresser.
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PresencePresence   13 novembre 2017
Mais il faut comprendre que tout projet révolutionnaire implique quasi inévitablement des injustices, des bavures, des dégâts collatéraux. Soit ce projet échoue à plus ou moins court terme, soit il réussit grâce à son obstination à recourir à tout moyen propre à le faire avancer. C'est le propre de tout mouvement révolutionnaire de pousser à l'action, de garder le moral, d'agir au lieu de subir, de réussir au lieu d'échouer. Garder le moral et non se soucier de la morale. Mais il existe quand même une morale révolutionnaire : ne pas se résigner, mais agir en vue de se libérer d'un état d'oppression et d'humiliation. Ça vaut la peine de se sacrifier pour ça.
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PresencePresence   13 novembre 2017
Le lecteur jugera par lui-même à quel point le terrorisme d'état israélien, quoique fortement dénoncé dans les faits, ne l'est pas en tant que moralement répugnant ni même expressément terroriste. Alors que le terrorisme palestinien, lui, l'est.
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