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EAN : 9791026236498
441 pages
Éditeur : Librinova (08/07/2019)

Note moyenne : 4.48/5 (sur 44 notes)
Résumé :
Tino n'existe pas ! Tombé du ciel il y a près de trente-cinq ans, son père, un marginal sans nom porteur d'un lourd mystère, a oublié de le déclarer à l’État-Civil. Ils vivent tous deux à la périphérie de la civilisation et de ses dangers, sans autre identité que leur statut fragile de vendeurs nomades à la sauvette. Mais un jour, le patriarche meurt, laissant Tino seul face à un immense défi : s'inscrire dans le monde des hommes, en respectant la promesse qu'il lui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
babounette
  04 janvier 2020
"Les trois vies de l'homme qui n'existait pas" de Laurent Grima - Lecture numérique - Éditions Librinova - Lu en janvier 2020. Ma première lecture de l'année.
"Il n'y a pas d'âge pour s'inventer un destin"
Dédié à son père :
"J'espère, où que tu te trouves, que toi aussi tu es fier de moi"
La couverture est tout un poème à elle seule.
Tino,
Je me permets de vous appeler Tino, que vous préférez à Antoine ou à Günther (que vous n'aimez pas).
On ne peut pas dire que votre début dans la vie fut facile, déposé par votre très jeune mère dans les bras de votre père, à peine né, père qui ne savait rien de votre existence.
Et vous voilà arrivé à l'âge de 34 ans à vivre le décès de celui-ci âgé de quatre-vingts ans, ce papa qui a passé sa vie à vous apprendre la vie, à vous élever, oui, élever est le bon terme, porter haut, à vous enseigner la lecture et l'écriture et tant d'autres choses que beaucoup d'enfants scolarisés ne connaissent pas.
Un tsunami vous a ravagé le coeur.
Vous veniez "d'entrer dans une nouvelle ère : celle du "plus jamais" (Ch. 1)
Mais vous avez relevé la tête, et vous avez décidé d'écrire l'histoire de votre père et la vôtre avec lui, l'histoire d'un homme sans identité, tout comme vous qui n'avez jamais été inscrit sur les listes civiles. Vous avez vécu tous deux une vie de nomades dans un vieux fourgon Citroën rafistolé en un bien modeste camping-car, sans Internet, sans facture, sans compte bancaire Vous viviez de vente de produits divers sur les marchés en échappant aux contrôles. Vous avez voyagé en France, en Italie, en Croatie, en Belgique.
Et puis, il y avait "le chien" (c'est son nom), ce bouvier berlinois fidèle et discret que votre papa vous avait offert pour vos trente ans.
Vous avez respecté scrupuleusement les instructions de votre père lorsqu'il est décédé, instructions très particulières et combien difficiles à accomplir pour un fils. "Tu me mettras mon beau costume. le seul qu'il possédait. Oui, il était beau mon père. Beau comme un pauvre qui n'avait pas cédé à la tentation de l'amertume" (CH. 1).
"Des flots de larmes se déversaient maintenant sur mes joues... Voila papa... Tout va se passer comme tu le souhaitais... Une page de plus de trente ans venait de se tourner" (Ch.1). Votre chagrin fut immense.
Après avoir accompli ses dernières volontés, il vous a fallu reprendre la route, seul avec "le chien", dans ce vieux fourgon qui brinquebalait de partout mais qui représentait toute votre vie.
Les questions sont venues dans votre tête, qu'alliez-vous faire, que vouliez-vous faire, quels buts vous fixer? Vous étiez désemparé. Votre père vous avait laissé plusieurs messages au cours de sa vie dont celui-ci : "Tu es tellement doué que tu pourrais expérimenter tout un tas de choses, comme si tu vivais plusieurs vies. Alors, vis-les... Et tu seras couvert de gloire mon Tino"
Vous évoquez V. Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Ella Fitzgerald et beaucoup d'autres aussi qui ont traversé le temps et ont laissé des traces de leur passage.

Et c'est là que l'évidence vous a sauté aux yeux, vous alliez écrire. "Mais j'étais certain d'une chose : si Antoine allait bientôt vendre sur les marchés, Tino, lui, désormais serait écrivain." (Ch. 5).
Et puis, au long de vos pérégrinations, une fuite d'eau provenant du toit de votre vieux tacot déclencha une découverte qui va bouleverser votre vie et vous envoyer dans le passé. Ce passé que vous ne connaissiez pas, votre père étant inflexible si vous abordiez le sujet.
Vos recherches vous ont fait rencontrer des personnes pour le moins surprenantes et déterminantes pour la suite de votre histoire.
C'est ici que j'arrête ma chronique, d'abord chers lecteurs, pour que vous ayez envie de connaître ce qu'il va se passer, et parce que la suite, Toni, je ne peux pas l'écrire, j'ai le cœur en miette, de chagrin et de joie, ce que vous avez écrit est un immense cri d'Amour et d'Humanité dans ce qu'elle a de plus beau et de plus laid.
Un livre tellement rempli d'émotions, que j'ai lu en une soirée et un jour sans presque m'arrêter, cela ne m'est plus arrivé depuis longtemps.
Votre papa décédé Laurent Grima, tout comme celui de Tino, de là où ils se trouvent doivent être fiers de vous.
Je vous souhaite, en cette année 2020 qui vient d'ouvrir ses volets sur le monde, d'être lu par une multitude de personnes et de connaître le succès Laurent Grima, votre livre est une pépite.
Cher(e)s babélionautes, ne manquez pas d'aller lire les chroniques déjà postées, c'est Ladybirdy qui m'a incitée à la lecture de ce cadeau, car oui, c'est un cadeau que l'on ouvre à chaque page.


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Ladybirdy
  12 août 2019
Trois noms pour trois vies, Tino, Antoine et Günther, c'est l'homme senzanome, l'homme qui n'existait pas. Tino, c'est le vendeur sur les marchés, Antoine c'est l'intellectuel qui rêve d'écrire un roman, Günther, c'est l'homme rebelle. C'est du moins par ces trois prénoms que son père le nommait au fil de ses humeurs. Fils d'un nomade, dépourvu de mère, le narrateur n'aura de cesse de remplir ses poches de trésors gratuits à défaut d'un nom sur une carte d'identité. Tino, puisque c'est ce nom qu'il préfère, vient de perdre son père, un homme profondément humain qui lui avait tout appris. Lorsqu'il dépose le corps de son père à la mer, Tino se promet qu'il vivra, une vie au moins, deux, trois et plus. À bord de son camion Citroën, près du chien, il arpente la France, l'Italie, la Belgique, la Croatie et fera des rencontres qui bouleverseront sa vie.
Les trois vies de l'homme qui n'existait pas est un roman patchwork bourré d'humanité et terriblement attachant et émouvant. Il y a aussi des passages truculents où Tino empile son costume de vendeur sur les marchés pour vendre des produits invendables (un seul gant rose en caoutchouc, de la crème solaire qui transforme les enfants en schtroumpfs). Ce roman aborde tant de thèmes, allant de l'anticonsumérisme, la tolérance, la résilience, la créativité, l'amour, l'amitié, la maternité/paternité sans compter qu'il donne la part belle à une nature éblouissante avec une mer en toile de fond, mère de tous les hommes. On en aurait presque le tournis tant ce roman est diversifié avec des passages magnifiques encouragés par des réflexions sociétales, des images à fleur de peau d'une précieuse intensité. On s'y sent bien dans ce roman. Il caresse, il embrasse, il encourage, il éveille, il rassure.
Sans nom, sans identité, l'auteur nous passe le message que nous sommes tous des étrangers dans ce monde, qu'il faut composer avec ce que nous jugeons bon pour nous, sans nous faire avoir par les médias, la publicité, un monde hypertrophié où coule à l'excès le superflu. C'est un bon et nécessaire retour à la vraie vie et rien que pour cela, je remercie Laurent Grima d'avoir écrit ce roman dans un phrasé impeccable véhiculant un message qui va au devant de l'espoir, quelque part où bat le poumon de la vie.
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Harioutz
  13 janvier 2020
Je remercie, tout d'abord, l'auteur , Laurent Grima, de m'avoir permis de découvrir son roman, qui pourrait donner lieu à une trépidante adaptation cinématographique !
Si je l'ai intercalé, au départ soucieuse je l'avoue, dans ma longue liste de lectures en attente, je ne garde plus trace de ce sentiment aujourd'hui, bien au contraire, j'ai dévoré ce roman !
Dès les premières pages, l'intrigue de ce « road-movie » a piqué ma curiosité, et c'est avec impatience de m'y replonger chaque soir que j'ai tourné les pages jusqu'à la dernière, espérant néanmoins un dénouement moins fatal que la chute de Thelma & Louise !
Des lecteurs qui m'ont précédée vous en ont déjà rédigé le synopsis, je ne ferai donc pas la même chose, au risque de faire nettement moins bien (je vous engage à lire, à votre convenance, les critiques de Babounette, Ladybirdy, Coquinnette1974, Petitsoleil, etc.)
Je préfère vous dire que le roman de Laurent Grima est bien écrit, qu'il se lit avec bonheur, que son style est fluide et agréable, et, ce qui est inestimable à mes yeux de lectrice, que l'humour le jalonne de la première à la dernière page, malgré les sujets graves traités (le deuil, la quête de soi, la vie en marge de la société, le poids du passé, l'exclusion, l'amour, etc.).
En résumé, vous l'aurez compris au nombre de mes citations, j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre le voyage de Tino, sans doute parce sa quête résonne en chacun de nous.
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Marmara
  21 janvier 2020
Je vois que bon nombre de mes amis (ies) ont lu ce livre et lui ont décerné 4 étoiles, et voire 5 même ! Mais je m'en tiendrai à 3 étoiles et demie pour 2 raisons. La première est que d'entrée, j'ai été confrontée à une situation qui, au regard des proportions qu'elle a prises, m'a semblé si improbable, que j'aurais sans doute refermé le livre, si je n'avais pour principe de ne pas abandonner une lecture, sauf de manière vraiment exceptionnelle. La pilule était un peu grosse, voire indigeste, mais fidèle à moi-même, j'ai poursuivi. La deuxième raison est que, bien que l'auteur m'ait séduite par la joliesse de sa plume, j'ai quand-même constaté qu'il a maintes fois utilisé le futur alors que le conditionnel s'imposait, et également le passé simple à la place de l'imparfait ou vice-versa. L'histoire est malgré tout portée par une écriture légère, fluide et agréable à lire. Quant aux personnages, y compris "le chien", ils sont en grande majorité fort attachants, et j'ai été particulièrement touchée par celui de ce père humble, cultivé, doté d'intelligence, et qui au mépris des vicissitudes qui ont jalonné sa vie, a su se forger un coeur si grand et une âme si lumineuse. Ce papa qui dans la mort était beau ! " Beau comme un pauvre qui n'avait pas cédé à la tentation de l'amertume". C'est si vrai et si joliment dit. Beau comme le mien, monsieur Grima ! Aide-comptable, papa de 11 enfants, qui au moment de l'adieu, vêtu de son costume bleu marine, de sa cravate assortie et de sa chemise blanche, ressemblait à un grand général de l'armée de l'air. Laurent Grima parle si bien des gens humbles, et tord le cou à cette idée reçue, selon laquelle seuls les mieux placés sur l'échelle sociale ont un esprit cultivé.
De nombreux sujets s'articulent autour du thème principal, et c'est avec brio, et parfois avec beaucoup d'humour, que l'auteur fustige la société de consommation, le racisme, l'hypocrisie de certains pratiquants et j'en passe. "Le lendemain, c'est à coups de sac à main qu'une matrone me cueillit au sortir d'une église, sa charité chrétienne ayant certainement pour limite la périphérie d'un bénitier". Tout ces points de vue que celà dit en passant, j'adore débusquer lors de mes lectures, en apprennent beaucoup sur le regard critique que pose l'auteur sur le monde, et ils ne peuvent qu'étoffer le récit qu'il nous donne à lire.
Je vais devoir mettre un terme à ma critique, bien que je pourrais encore développer longuement ma pensée, mais je voudrais vous dire monsieur Grima, que j'ai l'assurance que votre père est fier de vous. Car je sais par expérience, que des pères comme le votre, comme le mien, n'attendent pas de nous que nous soyions forcément ministre ou je ne sais quoi d'autre. Ils ne sont pas de ceux qui attendent que leurs enfants les auréolent de "gloire". Ils souhaitent seulement que nous nous réalisions, et que nous fassions du mieux que nous pouvons. Vous êtes sur la bonne voie, et je vous dis merci, merci pour cette lecture qui me fut très agréable.
Ce roman est une ode à l'amour, une analyse de la drôle de société dans laquelle nous vivons.
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lyoko
  13 janvier 2020
La plume de Laurent Grima est superbe, douce, piquante quand il faut , humoristique aussi. Je me suis prise a sourire plus d'une fois en lisant ce roman.
C'est aussi l'occasion de croiser le chemin d'un homme qui n'existe pas administrativement.. mais il est bien là , bien vivant, en chair et en os. C'est aussi une histoire ou énormément de sujets sont abordés. Avec des petites idées émises ici et là. Des idées très juste d'ailleurs, qui font réfléchir à notre monde d'aujourd'hui.. à notre quotidien, aux gens que nous rencontrons, aux contraintes que nous avons.. etc..
Je reconnais volontiers que c'est un très beau roman, néanmoins j'ai quand même un petit bémol mais qui m'est tout personnel : je n'ai pas réussi a m'attacher au personnage principal. J'ai préféré les personnages secondaires. de ce fait, j'ai eu du mal a avoir une réelle empathie pour Tino. et je pense n'avoir pas apprécié ce roman a sa juste valeur.
Je remercie l'auteur pour m'avoir fait connaître sa plume, je me pencherais très certainement sur ses autres romans car son écriture vaut le détour
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   13 janvier 2020
— Numéro quarante-trois, guichet B !
Plusieurs hommes attendaient là, les yeux dans le vague, répondant aux appels avec discipline comme les clients du rayon boucherie de l'hypermarché que j'avais visité avec Vanessa.
La comparaison se tenait : chacun d'eux avait un beau rôti rose et dodu de deux ou trois kilos à déclarer !
— Numéro quarante-quatre, guichet C !
Certains de ces heureux papas faisaient défiler sur leur téléphone, un sourire béat aux lèvres, les photos de leur progéniture. Mon téléphone à moi ne disposait que de la fonction réveil. Un peu court pour graver la bouille de mon fils autre part que dans ma tête !
La rencontre avait été unique. Au-delà des espérances et des projections. Une boule d'amour et de tendresse avait explosé dans mon ventre dès lors que j'avais croisé le regard de myope de ce petit bout de moi qui venait pourtant prendre toute la place.
Je ne m'en plaignais pas. Tout m'émouvait en lui. De la finesse de ses cheveux épars, à la douceur de ses joues rondes et chaudes, jusqu'aux mini-chipolatas qui composaient ses orteils. Encore quelque chose qui se mangeait ! Pas étonnant, j'avais de fréquentes envies de dévorer mon Tino. Je me découvrais même une nouvelle mission sur cette terre : recouvrir de ma bave en plusieurs couches le moindre centimètre carré de la peau encore duveteuse du plus beau cadeau que m'avait fait la vie.
— Numéro quarante-cinq, guichet A !
C'était mon tour. J'approchai d'un pas hésitant vers le guichet où m'attendait une fonctionnaire qui aurait pu tout aussi bien enregistrer des décès, tant elle semblait étrangère au bonheur qui nous animait moi et mes compagnons d'attente.
— Bonjour monsieur, asseyez-vous.
Je m'exécutai.
— Bonjour, je viens reconnaître mon enfant né il y a trois jours.
— Vous avez les papiers de la maternité ?
Je lui tendis le seul document que je possédai, qu'elle regarda soupçonneuse comme si c'était le tract d'un marabout. Elle reposa l'attestation et se remit au clavier de son ordinateur.
— Bon... Votre Carte d'Identité s'il vous plaît...
— Justement, je n'en ai pas...
— Votre passeport... glissa-t-elle sans quitter son écran des yeux.
— Je n'en ai pas non plus.
Elle me regarda à nouveau avec le regard du professeur qui surprend un élève en faute.
— Vous avez bien un permis de conduire ?
— Rien de tout ça...
— Vous vous moquez de moi ? Vous avez bien un prénom et un nom comme tout le monde ?
— Des prénoms, j'en ai trois. Enfin mon père m'en donnait trois en fonction de ses humeurs : Antoine, Tino ou Günther... Mais à choisir, je préfère Tino. D'ailleurs, vous avez pu le voir, mon fils s'appelle Tino Jr !
La mégère donnait l'impression d'avoir été demandée en mariage par un pygmée tout juste sorti de sa forêt.
— Et... pour votre nom ?
— C'est plus simple. Je n'en ai pas. Enfin, je n'en ai pas... J'en ai un, mais pour des raisons qui m'appartiennent, je préfère y renoncer !
Elle se décomposait. La demande en mariage devait carrément provenir d'un extra-terrestre, du genre avec six yeux et quinze oreilles !
— Et votre mère ? dit-elle d'une voix étranglée.
— Je ne l'ai jamais connue. Et j'ignore même à quoi elle ressemblait !
— Votre père alors ?
— Ah oui, ça un père, j'en ai eu un. J'ai même vécu avec. Mais il n'avait ni nom ni prénom. Enfin, il en avait, mais il n'en voulait plus...
La femme avait pris dix ans en cinq minutes. À compter les secondes la séparant de la retraite.
— Dites-moi alors le nom et le prénom de votre père avant qu'il ne se fâche avec, m'implora-t-elle presque des larmes dans la voix.
— Milovic. Il s'appelait Siniša Milovic...
— Il n'était pas français donc ?
— Non, croate.
— Et si vous dites « il était », c'est qu'il est décédé n'est-ce pas ?
— Oui... L'été dernier.
— Très bien... lâcha-t-elle de manière presque indécente, reprenant le contrôle du bout des doigts... Vous avez l'avis de décès ?
— Non. C'est quoi ?
Elle ouvrit la bouteille d'eau minérale à ses côtés et s'en servit un verre.
Elle trouva dans ce verre d'eau un peu de cette force qui lui manquait subitement.
— Résumons-nous : vous êtes né d'une mère que vous ne connaissez pas et d'un père croate mort qui n'aimait plus son nom, c'est ça ? Êtes-vous né en France au moins ?
— Je crois. Il semble même que ma mère soit française. Mais je ne parierai pas dessus.
— Avec tout ça, j'imagine que vous n'avez même pas été déclaré à l'État Civil ?
— Cela aurait été compliqué !
— Vous savez que c'est passible de six mois de prison et de trois mille sept cent cinquante euros d'amende ? !
— Retrouvez ma mère pour le lui dire. Quant à mon père, là où il est...
— Je ne crois pas que vous saisissez la gravité de ce que vous me dites !
Je m'agaçai.
— Disons qu'à l'échelle des désastres produits par l'homme, il n'y a pas de quoi tondre mémé ! (Même si la mienne le méritait sans doute !)
— Mais dans ce pays, il y a un cadre ! Il y a des lois ! Si tout le monde faisait comme cela, ce serait très vite l'anarchie !
— Mais dans ce pays, il y a aussi des gens qui dorment dans les rues, m'emportai-je, des gamins qui vendent de la drogue, des vieux qui crèvent autant de vieillesse que de solitude, des hommes qui triment comme des chiens pour gagner des miettes, des pédophiles, des cyniques qui s'engraissent grâce aux armes, aux poisons qu'on met dans la terre ou au chômage qu'on met dans les vies. Dans ce pays, comme partout, il y a des rêves qu'on tue dans les yeux des gens... Moi je ne demande qu'un nom. Je ne demande qu'un nom à donner à mon fils pour lui dire que je l'aime, que je suis son père, et que nous trois avec sa mère, on pourra changer tout ça ! ...
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HarioutzHarioutz   12 janvier 2020
J'arrivai ainsi à la frontière peu après 8H30. Même après les accords de Schengen, puis en 1997 le traité d'Amsterdam qui l'avait étendu à une grande partie de l'Europe, les zones douanières restaient hostiles pour mon père et moi. Un espace de danger capable de briser net le rêve de notre existence pas comme les autres, de nous démasquer.
Nous roulions sous une fausse plaque française récupérée avec notre Citroën chez un garagiste pas très regardant. Un virtuose de la mécanique qui tenait un petit garage dans les environs de Nice, à deux pas d'ici et qui figurait dans notre carnet d'adresses. Jusqu’ici, nous n'avions connu que de fugaces frayeurs. Des moments qui nous servaient à nous faire peur comme dans des jeux d'enfants. D'où nous ressortions encore plus complices. Plus vivants...
Jusqu'ici...
Le doganiere, dans sa tenue d'intervention bleu marine, me demanda de me ranger sur le bas-côté avec une autorité qui ne m'offrait que peu de choix. Lui et ses camarades, postés un peu plus loin accompagnés de deux bergers allemands, semblaient tendus et nerveux.
Depuis plusieurs semaines, l'immigration clandestine agitait de ce que je savais les deux pays dans le périmètre frontalier. La détresse des hommes qui avaient eu le malheur d'être nés un peu trop au sud de la carte était priée de se faire discrète un peu plus au nord. Et la planète était bizarrement devenue trop petite pour faire de n'importe où une maison. Hier encore, j'avais entendu à la radio qu'une vingtaine de migrants, venus principalement du Soudan et de Somalie s'étaient faits interpeller à Trapani, en Sicile. Les fonctionnaires étaient sur les dents.
Moi qui n'étais de nulle part, j'avais beaucoup de mal à composer avec cette réalité. Il y avait bien des sous-hommes, venus de sous-pays qui n'avaient pas de place. Comment ne pas m'identifier à eux et continuer à croire à partir de leur exemple qu'une chaise m'attendait encore à la table du « grand monde » ? !
Devant moi était arrêté un gros poids lourd immatriculé en Lituanie. L'agent revêche, au regard inquisiteur, stoppa net le cours de géopolitique. Il s'adressa à moi dans un français presque sans accent.
— Contrôle des douanes. Vos papiers ainsi que ceux du véhicule s'il vous plaît.
— Heu... Mes papiers ? Oui, tout de suite, balbutiai-je en faisant mine de chercher dans la boîte à gants, bousculant « Le chien » au passage.
Une vague de sueurs froides m'envahit. Ainsi donc ma destinée, potentiellement brillante, n'aurait vécu que l'heure des promesses. Et l'aventure allait s'arrêter là, sur le pitoyable bas-côté d'une bande de goudron fade, devant les flots longs de vacanciers qui me regardaient pris dans la nasse comme on dîne en famille devant le journal télévisé. Pour la forme, j'agitai le contenu de la boîte où ne se trouvaient qu'un lot de tournevis, un vieux guide touristique de l'Espagne, un rouleau de papier toilette et les restes secs d'un sandwich.
J'avais l'espérance vaine que le douanier finisse par se lasser. Mais l'homme restait stoïque. Une statue de marbre dans l'attente, le bras tendu. Encore quelques minutes avant qu'il ne se transforme en perchoir à oiseaux ! Je restai en apnée.
— Ne vous inquiétez pas, je vais finir par les retrouver ! Le rassurai-je inutilement, profitant de l'occasion pour reprendre un peu d'air.
— Je ne m'inquiète pas, monsieur. Et j'ai tout mon temps. Reprit-il, le bras toujours tendu.
Sa ténacité ne laissait aucune place au doute. J'avais perdu la partie : Game over. Pas de seconde vie ni de troisième ! Comme on se raccroche à une brindille lorsque l'on chute d'une falaise, je convoquai alors mon père avec l'énergie du désespoir.
Papa s'il te plaît, fais quelque chose !

Un grognement au loin me fit lever la tête. Puis un deuxième, alertant aussi « Le chien ». Le cerbère, à son tour, se laissa distraire et regarda en direction de ses collègues peinant à calmer leurs chiens. Les grognements se transformèrent alors en aboiements. Les chiens avaient senti quelque chose. Les douaniers firent descendre le routier lituanien. L'un d'eux sollicita son collègue qui pour le coup, baissa enfin son bras et sa garde.
— Giovanni, penso che dovresti venire a vedere !
Le type me regarda, hésita, puis me fixa de ses yeux métalliques comme s'il savait qu'il commettait une erreur.
— C'est bon, vous pouvez y aller...
Je ne me fis pas prier et le remerciai pour la forme, histoire de rester poli dans ma victoire, fût-elle au raccroc. Je longeai lentement le poids lourd dont le conducteur se retrouva très vite entouré par le groupe de militaires. Je n'avais perdu ma liberté que l'espace d'une poignée de secondes. L'euphorie me gagna quelques mètres plus tard, lorsque je me retrouvai hors d'atteinte du barrage. Je poussai alors un cri libérateur, repris en chœur par les jappements du « Chien » vivant à sa manière ma délivrance.
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HarioutzHarioutz   13 janvier 2020
Vivre lentement, essayer de ne pas trop réfléchir ou ne pas trop penser, écrire malgré tout. Et puis sentir, toucher, caresser, éprouver le corps de Vanessa qui subrepticement marquait les traces de son nouvel état. Son ventre plat muta en une parfaite demi-sphère à faire pâlir toutes les planètes du système solaire. Sa peau tendue, comme prête à craquer, révélait toujours plus la perfection de son épiderme et son nombril exquis se dilatait d'aise dans ce surplus de place. La douceur duveteuse d'une pêche gorgée de vie et de soleil donnait une irrésistible envie de croquer à même sa peau.
Le corps de Vanessa s'était transformé en un beau fruit mûr, un dessert voluptueux. Un dessert dont j'étais gourmand. Gourmande, Vanessa par contre ne l'était plus vraiment, renvoyant les épisodes tel celui de la pizza aux anchois au rang de beaux souvenirs.
Elle riait parfois, pleurait souvent. La plupart du temps avec pudeur et discrétion. Je ne l'interrogeais plus. Je laissai faire, sauvegardant une distance respectueuse de ses émotions. La juste distance.
Lorsque je m'inquiétai de ces dégâts des eaux réguliers auprès du gynécologue bordelais que nous avions consulté en urgence, celui-ci, sexagénaire austère, s'amusa de ma candeur comme de celle d'un jeune puceau boutonneux.
— Mon bon monsieur, vous qui allez bientôt découvrir la joie d'être père,
vous n'imaginez pas à quel point votre petite graine est à l'origine d'un
véritable cataclysme hormonal. Les traces qu'elle laisse dans le corps de la
bien-aimée sont de nature à faire passer les dégâts des semences Monsento pour d'aimables boutades de fin de repas... Et vous n'en êtes qu'au début de vos surprises...
À l'occasion, le donneur de leçon nous apprit que le petit corps qui habitait celui de Vanessa se portait comme un charme et qu'il mesurait dix-sept centimètres et pesait vraisemblablement trois cents grammes.
Quant au reste, il rajouta, laconique que l'on aurait sans doute du mal à l'appeler Marylin, ou bien que ce serait un sacré fardeau à porter !
Je pensai d'abord qu'il n'aimait pas « Certains l'aiment chaud » avant de remarquer le regard insistant de Vanessa. Je réalisai alors la portée de l'annonce, mais aussi la froideur avec laquelle Vanessa accueillait la nouvelle, ce qu'elle confirma au sortir du cabinet.
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HarioutzHarioutz   10 janvier 2020
Une double vie ne me suffirait pas.
Ce "modèle déposé" portait en lui le sale goût de la tromperie et du mensonge.
De vie, il m'en fallait au moins une triple. Une triple au moins, pour commencer. Trois vies, trois façons de m'inscrire dans le monde, trois manières de m'inventer. Car il s'agissait bien d'une invention.

Je ne comptais pas rentrer proprement dans l'une des cases qui m'étaient réservées. Métro, boulot, dodo qu'ils disaient parait-il !
Cette humanité un peu folle dont nous nous étions toujours protégés n'avait heureusement pas eu l'occasion de trop déteindre sur moi. J'en ignorai encore certains pièges. Je ne m'étais jamais véritablement inscrit dans ses dérives.
Cette planète bouillonnante et grouillante ne m'attendait pas. J'avais donc le loisir de m'y inscrire selon mes propres critères.
Y rester moi-même, pur, vierge, fidèle à l'éducation que j'avais reçue et aux principes de liberté, d'autonomie, de respect de la nature et de l'humain que j'étais.
Un homme qui n'avait pas envie d'être broyé dans une grande machine dans laquelle tant d'âmes se perdaient.

Mon père m'avait souvent mis en garde : les hommes sont
capables de toutes les compromissions, tous les crimes, pour un peu plus de richesse, de pouvoir ou de gloire. Et cette civilisation où l'on klaxonnait pour une seconde d'attente en trop à un feu vert, où l'on balançait sans gêne sa canette par la fenêtre de sa voiture, où l'on jetait chaque jour dans des bennes des bananes parce qu'elles n'étaient pas assez courbées ou des tomates parce qu'elles n'étaient pas assez rondes, pas assez rouges... Cette société où l'on pouvait tuer une personne âgée pour lui piquer dix euros dans son sac ne pouvait pas être MA société !
Même si j'étais paradoxalement attiré par son immensité complexe qui laissait tant de place à tous les possibles.

Trois vies ou du moins, trois façons d'appréhender ma nouvelle existence : restait à trouver lesquelles. Et c’est là que cela se corsait : la fierté qu’avait mon père pour moi de mon enfance à ce jour dépassait sans doute mes limites réelles. Et si j'avais bien sûr quelques qualités, aucune d’entre elles ne m’autorisait vraiment un destin glorieux, alors plusieurs ! ...
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HarioutzHarioutz   12 janvier 2020
Le football et moi, cela ne faisait pas proprement deux. Plutôt un et demi.Non pas que je n'aimais pas le sport en lui-même, sa passion, son spectacle, ses buts et ses retournements. Bien au contraire ! Mais je goûtais très peu à tous ses excès qui avaient progressivement pris le pas sur l'essence même de ce jeu universel : les tatouages toujours plus ostentatoires et les coupes de cheveux affolantes, les salaires et les transferts propres à faire mourir une deuxième fois l'Abbé Pierre et Coluche, le manque de spontanéité manifeste des façons de fêter un but qui devenaient des mini-spectacles trop codifiés...
Quand il n'y aura plus de place pour les tatouages, les footballeurs se verniront sans doute les ongles, lorsque l'argent ne leur suffira plus, on leur offrira trois jeunes vierges pour récompenser chaque but et lorsque leurs célébrations seront épuisées, ils danseront « Le lac des cygnes » après leur exploit, sous une bordée d'insultes adverses. Ridicule. Pathétique. Décadent. Pour autant, vivant en France à l'époque, j'avais vibré comme jamais en 98, et capitalisant sur mes multiples nationalités possibles, j'avais pris ma part des succès du Milan AC de la grande époque, des magnifiques triomphes de l'impétueux Barça que je préférais à son rival madrilène pour son « mes que un club », du règne de « La vecchia signora » de Turin, et de l'unique, mais ô combien historique victoire de l'Olympique de Marseille en 1993 !
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