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ISBN : 2226395288
Éditeur : Albin Michel (30/08/2017)

Note moyenne : 4.42/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Dans ce nouvel essai, Frédéric Gros n’entend pas analyser des séquences historiques de désobéissance, même s’il s’appuie, en leur redonnant vie et sens, sur des figures et des textes qui les ont marquées : Antigone, David Thoreau, Le Grand Inquisiteur.... Il cherche à comprendre l’urgence qu’il y a aujourd’hui à réapprendre à désobéir. L’actualité nous montre, qu’il s’agisse des lanceurs d’alerte (affaire Snowden) ou des manifestations de résistance collective (occu... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
ATOS
01 août 2017
« Ce livre pose la question de la désobéissance à partir de celle de l'obéissance ». Désobéir c'est obéir à soi même. C'est face au désordre extérieur imposer un ordre intérieur , le sien .
C'est agir et non se soumettre.
Désobéir serait donc ... obéir , rien d'étonnant donc à ce que soit étudié dans cet essai de Frédéric Gros les arcanes de nos obéissances afin que nous puissions examiner d'un peu plus près leurs différentes origines.
Car lorsqu'on parle d'une chose faut-il pour, justement en discuter, tout d'abord la penser, mais également penser à son contraire, pour tenter de la mieux comprendre.
Howard Zinn nous le rappelait : le problème ce n'est pas la désobéissance, le problème c'est l'obéissance... »
Pourquoi cet essai en 2017 ? le traité sur la servitude volontaire de la Boétie ne pourrait-il pas suffire ? N'avons pas depuis le 16e siècle appris suffisamment pour détruire en nous les germes de toute passivité qui face à un ordre établi par une société, risque à tout moment de nous aliéner, voir , de nous anéantir ? N'avons pas été assez alertés ? Éclairés ? N'avons rien appris des drames de l'Histoire ? N'avons nous pas inscrit sur nos frontons : Liberté...Qu'avons nous appris des Lumières, que nous ont appris Platon, Socrate ? Et bien simplement ce que nous en avons volontairement appris, le reste, tout le reste, gît au fond de cet espace dans lequel où l'on ne veut surtout pas se poser certaines questions.
Obéir..Peut être mais jusqu'où ? À quel prix ? Au prix de nos libertés ? Au prix de l'essence même de notre humanité ? Obéir mais à qui mais également pour qui, au nom de quoi et de qui ?
C'est « le creusement des injustices sociales, les inégalités de fortune », générés par «  un capitalisme effréné », c'est l'émergence d'un monde des 1 % contre les 99 % restant, c'est la disparition annoncée d'une classe moyenne qui jusqu'alors « régulait » les frottements raisonnables entre les plus riches et les plus pauvres qui ont amené l'auteur à rédiger cet essai.
« les spirales strictement complémentaires d'appauvrissement des classes moyennes et d'enrichissement exponentiel d'une minorité sont en place, démultipliées par les nouvelles technologies qui annulent les effets de retardement, de « frottement » qui maintenaient jusque là les équilibres raisonnables. ».
C'est en fait la synchronicité de la paupérisation exponentielle du plus grand nombre face à l'enrichissement éhonté d'une minorité, c'est la passivité massive et généralisée du plus grand nombre face au cynisme décomplexé d'une minorité qui pousse l'auteur à s'interroger sur ces deux concepts : obéissance/désobéissance.
Car il lui semble le moment venu, le temps venu, parce qu'il ressent l'instant de l'avant fracture.

Sommes nous en capacité de réagir ? Quels sont nos verrous, quels en sont leur mécanismes ?
Y a t il une bonne obéissance ou n'existe t il qu'une obéissance raisonnable ?
Quel est le visage que dessinent les frontières de notre bonne conscience et donc quelles en sont ses limites ? Quelle est cette servitude admise face à une réalité soumise ?
Quelles sont les valeurs de nos obéissances ? civiles , morales, culturelles, spirituelles ? A quoi répondent -elles ? Sur quelles bases reposent nos interdits, nos lois ? Qui fixent leurs règles ?
Où commence l'allégeance, où commence l'esclavage ? Contrat social ? Pacte républicain ?
Quel risque courons nous à obéir aveuglement, quelle chance risquons nous de perdre à ne point désobéir lorsqu'il est encore temps ? La paix civile n'est pas synonyme de calme social. Un mutisme cordial a-t-il valeur de blanc seing ?
Le désordre extérieur généralisé que l'on veut imposer comme modèle incontournable, voir idéal, risque de faire imploser l'ordre intérieur de la majorité.
« parce que les conditions des plus aisés suscite surtout la passion amère de leur ressembler, parce que la fierté d'être pauvre, alimentée par l'espérance de revanches futures, a laissé place à une honte agressive, parce que le message véhiculé partout est qu'il n'y a de sens à vivre que dans la consommation à outrance, en se laissant aspirer par le présent dans une jouissance facile.Pour ces raisons, et d'autres encore, la colère juste d'une majorité exploitée contre la minorité est court-circuitée, redistribuée en haine des petits profiteurs et peur des petits délinquants ».
Voilà , selon l'auteur, le risque majeur d'une obéissance passive, voilà ce que pourrait éviter une désobéissance active.
Quels sont alors les voies ? Résistance, objection de conscience, rébellion ? Révolution ?
Mouvement collectif d'un ensemble de soi politique entrant en dissidence civique.
Un soi politique qui contient un principe de justice universelle, un soi politique s'inscrivant dans une prise de conscience publique correspondant à notre intimité politique. Réapparition donc du terme « public ». Un soi politique en accord avec son appartenance publique. Ce que je fais doit correspondre à ce que je pense intimement, et « ce que je pense » fait ce que je vis. Et j'en prends la responsabilité.
Pourquoi est-il si difficile de désobéir à l'ordre actuel du monde ? Nous ne sommes ni sourds, ni aveugles, chacun peut identifier ce qui grippe, ce qui coince, ce qui irrite, ce qui blesse, et maltraite. Alors ? Pourquoi est il difficile de stopper la machine, de dire tout simplement non, ou même, tout simplement , comme le Bartleby d'Herman Melville le répétait  : I prefer not to.
Se retirer pour ne pas se commettre. le refus par le retrait.
Parce que si la désobéissance est une «  déclaration d'humanité », l'acte d'obéissance est inscrit en nous depuis des millénaires. L'humain est un animal social, vivre seul le condamne, vivre en société voilà sa sécurité et le gage de sa survie et de la survie de sa descendance. Alors où se trouve la frontière ? Ente l'allégeance et l' indépendance ? Quel espace donnons nous à notre liberté de conscience ? « l'obéissance fait communauté », «  la désobéissance divise ».
On fait du désobéissant un incorrigible, un empêcheur de vivre en paix…C'est « le voleur d'orange », l'emmerdeur, le fou , ou bien l'anarchiste, c'est le gréviste, le saboteur, l'activiste, déjà le sauvage...
Bref, désobéir...attention danger !. Asile, matraque, fumigène ou bien prison, il faut que l'ordre social règne.
«  Pendant des siècles , les hommes ont été punis pour avoir désobéi. A Nuremberg , pour la premier fois, des hommes ont été puni pour avoir obéi. Les répercussions de ce précédent commencent tout juste à se faire sentir ». Peter Ustinov.
Activation de notre conscience….Interrogation : qui est la bête, qui est le monstre ?
Qui crée le troupeau de l'obéissance, qui dresse ses autels, qui imposent ses lois ? Si ce n'est nous même….
Faisons de l'élève un citoyen docile, mettons le dans le rang, dictons lui nos valeurs et notre hiérarchie, assis, muet, passif, dirigeons l'étude, omettons de dire ce qui ne nous convient pas, et glorifions l'ordre auquel nous le destinons. « L'homme , cet animal qui a besoin d'un maître » écrivait Kant..C'est le début du dressage, l'hymne de l'esclavagisme.
Alors très tôt il faudra consentir à obéir. Par le consentement voilà obéissance volontaire qui s'affirme. Et de là, du berceau au pupitre, du pupitre à l'entreprise , du canapé à l'isoloir, l'obéissance aveugle. , de là, «  la résignation politique ».
Obéir, puisqu'il faut bien des règles pour régir les peuples, obéir mais pour faire quoi ?
Des Eichmann, des Dutch...des monstres d'obéissance ? La liste est atrocement longue...et constamment mise à jour.
Obéir, puisque la paix doit régner entre les peuples pour espérer leur survivance, obéir mais pour faire quoi ?
Des citoyens, des hommes libres et autonomes ?
L'obéissance serait elle un fait politique ?
La désobéissance serait elle un fait éthique ?
La charnière se situe-t elle au niveau du choix ?
Le choix entre, par exemple, comme l'indiquait H.Arendt, entre le travail et l'action ?
Entre l'outil et la main ? Mais à qui concède-t-on la tête ?
Comment s'articule la résignation, le conditionnement, le consentement ?..où commence et pourquoi advient la stade ultime de la sur-obéissance, ce concept augmenté, qui fait plus que tout autre tenir le pouvoir politique  ? d'où vient « ce narcissisme social » , ce « rapport imaginaire au pouvoir » , pourquoi « se sentir quelqu'un à travers et depuis l'adoration de ce qui me surplombe » ? D'où vient cette appétence des peuples pour la tyrannie ? Pour le chef, pour une adhésion collective à l'icône qui se veut incarner ... «  le tyrannie c'est la construction d'une soumission pyramidale »….J'accepte que tu me tyrannise parce que je jouis de la possibilité de tyranniser un plus « petit » que moi.
«  J'en vois partout qui combattent pour leur servitude comme il s'agissait de leur salut ». écrira Spinoza.
Alors quand cela cesse-t -il ? Quand les peuples n'ont plus rien à perdre ? Quand on décide de les éduquer et non de les élever en batterie ou de les dresser ? Conscience collective ou individuelle ?
Désobéissance active ou résistance civile ? Comment s'éveille- t-on ? Quand ?
Quel jeu joue dans tout cela le fait du nombre, le fait d'être nombreux, comment trouver l'harmonie de la désobéissance ? Comment ne plus faire qu'un sans étouffer l'individualité de tous ?
Suivre un non, suivre un oui, tout cela est obéir.
«  « tous unis ». de quoi se payent ces moments de communion ? de la perte de tout pouvoir critique. » ?
Face à cela , l'auteur répond : l'amitié.
L'amitié exclut la dissolution dans « un » peuple, ( notion qui je le rappelle le n'existe pas, car il ne peut y avoir que des peuples) , « un » Prince, «  une » Nation.
« La politique , celle qui repose sur l'obéissance de tous, invente l'unité fanatique ».
Obéissance...attention danger.
Mais qu'à fait Adam ? A t il refusé l'obéissance ? Et laquelle ? L'obéissance de gratitude ? A t-il répondu à un ordre naturel intérieur ? A t-il fait preuve d'un péché d'orgueil ? Voici le premier homme devenu criminel, voici sa descendance portant à jamais le sceau de son infidélité.
En répondant à son ordre intérieur, il a mise en cause l'autorité. du Dieu, du père, de l'autre, il s'est émancipé. Voilà la leçon de l'histoire qu'il fallait se tenir, , la rançon de la gloire. Voilà petit ce qui risque d'arriver si tu n'écoutes pas le maître.. Seul, abandonné, condamné. Voilà qu'en toi je fais naître la peur, la peur du jugement, du premier au dernier.
Ce n'est pas un hasard si Antigone est le personnage centrale d'une tragédie.
Ce n'est pas un un hasard si l'obéissance mystique irrite le plus souvent le clergé.
Subordination, conformisme, paresse, habitude, soumission, consentement ...de quoi relève la passivité de nos obéissances ? D'où vient la solidité de cet axe du mal ?
« Non la société, ce n'est pas seulement une grande famille, une communauté naturelle, le résultat d'agrégats progressifs et spontanés d'entraide!!!!!!!;;;Ce n'est pas non plus le produit d'un acte fondateur entre les sujets politiques responsables. Ce n'est pas seulement encore un rassemblement calculé d'intérêts compris, la cohésion rationnelle des utilités. La société, le « social » ce sont surtout, d'abord et avant tout, des désirs standardisés, des comportements uniformes, des destins figés, des représentations communes, des trajets calculables, des identités assignables, compressées, normalisées.Des normes pour rendre chacun calculable, conforme et donc prévisible. Sujet socialisé, individu intégré, personne «  normale », homo socius...Il faut passer gagnant le contrôle des identités calibrées, parvenir à être celui qui est comme les autres : gris clair. »
Alors quoi… ? jouer « l'ironie sceptique, la provocation cynique » ? «  s'indigner de lois injustes ou de coutumes intolérables, tout en continuant à jouer, à peu de frais, le révolté du discours intérieur »… ?
Se conformer aux us, aux règles, intégrer le conformisme de masse, se rassurer, s'en assurer continuellement ? La vérité ? Avons nous peur ? devenons nous sable comme le craignait Nietzsche  ? Où se situe notre désir ? Désir d'être libre ? Besoin de sécurité ? Où est le désir individuel, cette nécessité intérieure ? Que de vient-il lorsque la possession et l'exhibition de ce qui est commercialement constitué comme un objet de désir de tous devient l'unique ciment de notre
épanouissement démocratique ? Craignons la bêtise, la nôtre, ce prêt à penser si confortable si douillet. «  Cette capacité à se rendre soi-même aveugle et bête, cet entêtement à ne pas vouloir savoir, c'est cela la banalité du mal ».
Faire société, participer au corps politique d'une nation, faire politique ensemble ? Qu'est ce que cela veut dire ? Et si nous devons nous insurger, notre premier ennemi ne doit il pas être nous même ? Ne doit-on pas, chacun en lui même, inventorier, décrypter, nos styles internes d'obéissance avant de pouvoir espérer désobéir en réponse aux impératifs de notre conscience individuelle ? Comment pourrions nous tendre à une noblesse du sens politique sans que ne s'épanouisse une démocratie critique?
« Il est vain de s'asseoir pour écrire quand on ne s'est jamais levé pour vivre » écrivait Thoreau.
« L'obligation de désobéir est liée aux exigences de la vraie vie ». Parce qu'elle touche à la matière fondamentale de l'humain. Parce qu'elle est l'alliance entre le corps l'esprit.
«  Quand l'État prend des décisions iniques, qu'il engage des politiques injustes, l'individu n'est pas simplement « autorisé » à désobéir comme s'il s'agissait d'un droit dont il pourrait s saisir ou pas au nom de sa conscience. Non, il a le devoir de désobéir, pour demeurer fidèle à lui-même, pour ne pas instaurer entre lui et lui-même un malheureux divorce. ».
la désobéissance, est « une conversion spirituelle », avant que d'être un soulèvement générale, elle est un question interne à soi même. On ne désobéit pas pour faire comme tout le monde, pour entrer dans le courant, on ne désobéit pas en réponse à un ordre général proclamé, mais parce qu'intérieurement on se détermine comme un agissant indélégable, l'auteur de ses actes avant l'acteur d'un mouvement général .
Indélégable et irremplaçable. Si ce n'est pas moi qui me dresse et dis non , qui le fera, si ce n'est pas moi qui arrête le bras de celui qui frappe l'homme à terre, qui le fera, si ce n'est pas moi qui me dresse devant un char, devant un bulldozer, alors qui le fera ?
« Si je ne suis pas moi, qui le sera ? Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Et si pas maintenant, quand ? », l'éthique des Pères ; livre I.
Voilà la matière première du courage. de là vient le courage de la résistance, et sa force.
« Il faut refuser le partage des tâches que, très souvent, on nous propose aux individus de s'indigner et de parler aux gouvernements de réfléchir et d'agir. C'est vrai : les bons gouvernements aiment la sainte indignation des gouvernés, pourvu qu'elle reste lyrique. Je crois qu'il faut s rendre compte que très souvent ce sont les gouvernants qui parlent, ne peuvent et ne veulent que parler. L'expérience montre qu'on peut et qu'on doit refuser le rôle th »théâtral de la pure et simple indignation qu'on nous propose ». Michel Foucault, « face aux gouvernements les droits de l'homme », extrait.
Faire preuve de désobéissance c'est tout d'abord obéir à soi même et refuser d'obéir à l'autre. C'est n'accepter que sa propre obéissance active à son soi indélégable, désobéir « c'est se découvrir irremplaçable dans sa mise au service de l'humanité toute entière, quand chacun fait l'expérience de l'impossibilité de déléguer à d'autres le souci du monde »,
c'est donner un sens à sa responsabilité dans ce qui adviendra. C'est faire acte de sa propre présence.
C'est répondre présent. C'est répondre présent à l'amitié que l'on se doit. C'est ne pas se perdre soi même de vue, ne pas perdre son compagnon le plus intime : c'est à dire soi même.
Un essai très intéressant, intelligible, où nous redécouvrons la complexité de nos soumissions, et des termes que nous employons en ces temps politiques troublés , un essai où notre responsabilité est convoquée, questionnée.
Effectivement : « un appel à la démocratie critique et à la résistance éthique ».

Opération masse critique juillet 2017. Babelio en partenariat avec les Éditions Albin Michel.
Astrid Shriqui Garain
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frconstant
01 août 2017
Désobéir, le dernier essai de Frédéric GROS paru aux Éditions Albin Michel, est une mine d'or, un coup de coeur ! Documenté et référencé, cet ouvrage nourrira qui veut d'une saine réflexion à propos du rapport que chaque individu construit par rapport à lui-même et sa capacité, dès lors, à respecter ou transgresser les formes éthiques générales de l'obéissance et de ce qui est habituellement présenté comme son contraire, la désobéissance.
Dès l'entame, F. GROS reprend la provocation de Howard ZINN (1970) qui affirmait que la désobéissance civile n'est pas le problème. le problème étant l'obéissance civile ! Et de poursuivre en montrant comment l'individu lambda, eux, nous, moi, avons accepté l'inacceptable en obéissant, le plus souvent en surobéissant à des ordres politico-économiques qui creusent les inégalités de fortune, les injustices sociales et organisent la dégradation progressive de la Terre, notre environnement. Dans la foulée, Frédéric GROS montre alors comment, logiquement, le processus de création de richesses, le capitalisme, s'est appuyé sur l'inégalité entre les hommes et le pillage des ressources naturelles pour obérer l'à-venir sans plus laisser d'avenir à la majorité non dirigeante.
Citations :
- La rationalité actuarielle impose de faire payer partout l'argent cher à ceux qui n'en ont pas. Elle a pour elle l'évidence arithmétique glacée qui, à peu de frais, lessive l'âme des décideurs économiques.
- La réalité des chiffres est introuvable (donc improuvable). Quand les équations sont prises comme source d'autorité (« Les chiffres sont là ! Les chiffres sont les chiffres ! ») … les tableaux Excel sont d'avance justifiés.
Ce qui stimule F. GROS, c'est de chercher à construire une réponse à la question du pourquoi existent de telles injustices, de telles inégalités, de telles monstruosités qui mouchent la faible lueur de la flamme espérance qu'entretient péniblement le commun des mortels, déjà mort avant que d'avoir vécu. Pourquoi ?
D'abord parce qu'il y a collusion entre les forces religieuses et les pouvoirs économiques. Dans une très belle revisite du poème de Ivan (Dostoïevski), F. GROS fait revenir sur Terre le Christ qui se fait arrêter une seconde fois par le grand Inquisiteur (Représentant officiel du pouvoir structurel religieux). Ce dernier interpelle le Christ en lui demandant pourquoi il revient encore tout déranger ! le Christ, muet, ne répond rien, ne force à aucune obéissance, n'a aucun ordre à donner. Tout le contraire des édiles religieux… Superbes pages invitant les pontifes politico-religieux à s'interroger avec un peu moins de foi en eux-mêmes et un peu plus en faveur de l'Humanité.
Citations :
- le Christ ne veut pas produire de l'obéissance. Il exige de chacun cette liberté où il croit voir la dignité humaine.
- Avoir sur la conscience la charge de ses décisions… se dire que c'est à nous, à chacun pris dans la solitude de sa conscience, de choisir et ne s'en prendre qu'à soi-même, toujours, en cas d'échec ou de déroute, c'est écrasant !
Elargissant le débat et le situant dans le contexte actuel, F. GROS pointe l'opposition entre la vertu politique, juste un apparat permettant à l'homme politique d'afficher une posture qui cache son art de rester au pouvoir et, d'autre part, la notion d'éthique du sujet, manière dont chacun se situe par rapport à lui-même et construit un rapport à soi depuis lequel il s'autorisera à accomplir ceci plutôt que cela, à désobéir, c'est-à-dire obéir à cela plutôt que ceci. C'est cette autorisation que peut se donner l'homme construit qui lui permettra de ne pas suivre aveuglément la pensée collectivisée, la pensée unique née d'un ‘puisque tout le monde le fait, c'est que c'est permis, donc juste !'
- Les impératifs de l'acte politique (vitesse, efficacité, médiatisation, électoralisme …) mettent à mal les valeurs de justice, sincérité, loyauté, transparence. Quand un politique parle de morale, il fait encore de la politique.
Professeur à Sciences PO, à Paris, F. GROS, durant tout son essai dégage les racines mêmes de nos obéissances et enfonce le même clou : ‘La vérité prétendue telle est souvent une erreur majoritaire', s'autoriser à y désobéir, non par provocation ou rébellion mais au nom d'une vérité plus grande, d'une obéissance plus digne est donc une finalité louable, un idéal de vie qui grandit chacun et l'Humanité !
Désobéir est une belle invitation à une réflexion critique sur ces formes d'être nouvelles que sont les postures de résistance éthique, de désobéissance civique, de ‘poils à gratter' dans le dos de nos décideurs et de tous ceux qui, en pantoufles, profitent de ces protections octroyées aux nantis dans les états de droit si peu démocratiques dans lesquels, si nous n'y prêtons garde, nous risquons de passer à côté de nos responsabilités.
La majorité démocratique, celle qui commande à ses pairs, d'égal à égal n'est ni la majorité numéraire, ni la juridique qui édicte des lois et distribue les statuts. La majorité démocratique est cette capacité d'émancipation, d'indépendance et d'autonomie qui est cette exigence éthique au coeur d'un sujet critique de se tenir là où il doit être. Tenir sa place, être présent à la verticale de soi-même. Alors la question ne sera plus celle de l'obéissance ou de la désobéissance. Ce sera celle du commandement civique. Désobéir, c'est commander à soi-même d'obéir et de répondre à ce qu'attend de moi le moi que je ne puis déléguer. « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Et si pas maintenant, quand ? » (Hillel Hazakem)
En obéissant au moi indéléguable, je deviens moi-même et l'obligé des autres au nom de valeurs qui dépassent l'individu mais lui rendent un rôle central dans le collectif.
Désobéir, de Frédéric GROS, un livre à lire, relire, méditer … un livre phare dans notre recherche d'humanité !
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Fortuna
03 août 2017
Pourquoi désobéir ? Car notre monde est injuste, car notre environnement se dégrade, car on spécule et on s'endette plutôt que de créer des richesses durables. La désobéissance est devenue une évidence.
Pourquoi obéissons nous ? Face à la monstruosité des régimes totalitaires, l'obéissance à L'Etat, de victime consentante, peut nous amener à devenir bourreau.
L'obéissance prend plusieurs formes. La soumission est une obéissance de pure contrainte ; c'est aussi le confort de ne pas se sentir responsable. Car la responsabilité est un fardeau. Pour La Boetie cette servitude est volontaire car la masse est supérieure en nombre à la minorité régnante. Elle doit cesser par une prise de conscience. Il faut s'entendre pour résister. La force du pouvoir est aussi d'être pyramidal : chacun y participe, opprime l'autre. Il faut refuser cette subordination. Refuser de se divertir pour oublier sa servitude.
La loi de la masse, c'est la chaleur du troupeau, le conformisme, l'habitude, la coutume. Mais l'obéissance peut mener au crime comme le montre l'expérience nazie ou bien l'obéissance à l'autorité scientifique.
Comment désobéir ? On peut refuser d'obéir comme Antigone pour obéir à la loi divine, ou comme Diogène par la provocation cynique d'une vie dépouillée de tout.
La vie en communauté rassure par rapport à la dangerosité de la vie sauvage. le fondement du consentement est lointain, perdu dans les origines de l'humanité : il est toujours trop tard pour désobéir. On renonce à son intérêt personnel pour l'intérêt général. Mais le contrat ne doit pas être passif, il doit être réactivé pour donner naissance à une vraie démocratie. Comme Thoreau dans sa forêt, refusant de payer ses impôts par conviction, chacun doit se laisser guider par sa conscience plutôt qu'obéir aveuglément. C'est un devoir quand les décisions de l'Etat sont iniques, quand le monde va mal, que l'injustice règne. Chacun est irremplaçable, personne ne peut désobéir à ma place, la désobéissance est un retour à soi, comme sujet indélégable, responsable, majeur, courageux. Et c'est cela le rôle de la philosophie, cette prise de conscience qui nous mène à l'essentiel.
Par son analyse sur les notions d'obéissance et de désobéissance, Frédéric Gros nous amène à une réflexion nourrie de nombreux exemples sur notre responsabilité individuelle face au désastre collectif de notre monde actuel, aussi bien pour les hommes que pour la planète : c'est à chacun à refuser de participer à cette catastrophe que nous alimentons par notre conformisme, notre lâcheté, notre soumission à un ordre du monde qui est devenu une menace pour l'avenir de l'humanité. Une très belle leçon de philosophie. Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel.
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Hybris
10 juillet 2017
« Obéir c'est dire non à soi en disant oui à l'autre. »
Voici un essai passionnant, érudit, facile à lire et revigorant.
C'est le livre dans lequel on apprend la différence entre un dissident et un objecteur de conscience.
« L'époque n'est pas injuste, elle est indécente. »
L'auteur, Fréderic Gros, agrégé de philo, spécialiste de Foucault, s'interroge :
Le monde va mal, tout le monde est d'accord (tant au niveau des inégalités financières que de l'environnement, entre autres…), alors pourquoi cette passivité collective, ce manque de désobéissance ?
Kant pensait qu'obéir était indispensable à l'apprentissage de l'enfant et aussi habituait le futur citoyen à respecter la loi.
Mais depuis Nuremberg et le sinistre Eichmann, l'obéissance a perdu de sa superbe.
Foucault lui a écrit sur ceux qu'on enfermait (dans les prisons, dans les asiles) parce qu'ils n'obéissaient pas. Les incorrigibles.
Cet essai n'est pas un traité historique, ni un recensement des désobéissances contemporaines (ZAD, lanceurs d'alerte etc.) ce n'est pas non plus une suite de portraits psychologiques, c'est un essai sur le rapport de chacun face à sa liberté, son rapport à soi dit Foucault (son éthique si tu préfères).
Fred revient sur des notions comme : la soumission, la surobéissance (et ce texte de la Boétie qui la fustige : « Discours de la servitude volontaire». Etre libre c'est déjà s'émanciper du désir d'obéir.), le conformisme, le consentement (le droit de vote, le mariage mais aussi le lancer de nains, exemple cher au regretté Ruwen Ogien), la désobéissance civile (cette démocratie critique).
Pour illustrer ces « foyers de sens de l'obéissance », l'auteur évoque notamment les religions qui aiment les gens soumis (mais pas comme un mystique).
Antigone, l'égérie de l'insoumission.
On y apprend aussi que des gens très bien on désobéit : le Christ (trois fois en plus).
Il revient donc sur le procès de Nuremberg (et forcément Hannah Arendt…) mais aussi sur l'expérience de psychologie sociale de Stanley Milgram. Quand obéir fait froid dans le dos.
Thoreau, qui à l'instar des antiques, voyait la philosophie comme une manière de vivre.
Bien différent en cela de Kant, le théoricien. Qui cependant prône le courage d'un regard critique (mais de là à désobéir...).
Thoreau c'est le gars qui vivait dans les bois et qui a écrit, après une nuit en zonzon, « De la désobéissance civile. » Influençant Martin Luther King et Gandhi : ce n'est pas rien.
Il pense que chacun est irremplaçable (le soi indélégable) : c'est-à-dire que personne d'autre n'agira à ta place. Sinon son truc c'était la marche à pied.
Dans le genre courageux, respect à Socrate qui choisit la mort alors qu'il aurait pu s'échapper de son cachot…Sa manière d'obéir devient une résistance…
Il raconte aussi l'histoire d'un pilote de l'armée américaine qui se trouvait au Japon en août 1945 et qui deviendra « un martyr de la responsabilité »…
N'oublions pas Diogène qui fût aussi un grand désobéissant, le poil à gratter de l'ordre établi.
Et Fred termine à nouveau avec Socrate, un gars à qui la philosophie doit beaucoup, un soir de teuf.
Bref, le livre il est bien. Très bien même.
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Hardiviller
01 août 2017
Et si désobéir , devenait une nécessité vitale ? refuser d'aller se faire tuer à la guerre , refuser de dénoncer , refuser l'interdiction d'aider les migrants à survivre dignement , refuser de voter par défaut etc ....
Ce livre ne pousse nullement à la désobéissance , il retrace simplement le parcours de cette attitude à travers l'histoire .
Nous avons été éduqués à croire que l'obéissance nous était bénéfique , il serait judicieux de relativiser cette assertion et ce livre donne des exemples à méditer .
Désobéir dérange les intérêts de ceux qui donnent ordre , peut-être pas les nôtres ( d'intérêts ) , les réactions peuvent s'avérer violentes , mais ..... en cas de nécessité vitale ? Et puis , une fois que le pli est pris , tout devient plus simple .
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Citations & extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson14 août 2017
Pourquoi obéissons-nous et surtout : comment obéissons-nous ? Nous avons besoin d’une stylistique de l’obéissance qui seule pourra nous inspirer une stylistique de la désobéissance.
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basilic92basilic9208 août 2017
"La démocratie c'est une multitude anarchique de petits maîtres qui se chamaillent, un concert inaudible de voix égrillardes, prétentieuses, que nul n'est autorisé à faire taire. Ce n'est pas le conformisme qui règne, c'est le difformisme."
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV04 août 2017
«... on se dit que tant de déraison - cette monstruosité démente des inégalités - doit avoir une explication supérieure, théologico-mathématique au moins, et elle ne serait que de surface. C'est bien là la fonction atroce de l'introduction du formalisme mathématique en économie : innocenter celui qui engrange des bénéfices. Non, il n'est pas le salaud de profiteur qui fait crever l'humanité, mais l'humble serviteur de lois dont la souveraineté, la complexité échappent au commun des mortels. J'entends la voix de ces dirigeants surpayés, de ces sportifs millionnaires. Ils se donnent une conscience facile en opposant : «Mais enfin, ces émoluments exorbitants, je ne les ai pas exigés, on me les a proposés ! C'est bien que je dois les valoir.» Allez dire aux travailleurs surexploités qu'ils méritent leur salaire et qu'ils sont sous-payés parce qu'ils sont des sous-hommes.»
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV04 août 2017
La Nature apparaît, pour la première fois, vulnérable. Pendant des siècles, nous avons tenté de nous protéger de la Nature par la technique. Désormais, c'est la Nature qu'il faut protéger de la technique. Mais aujourd'hui, près d'un demi-siècle après les analyses de Jonas [Principe responsabilité 1970], ce n'est lus de l'altération de la Nature qu'il est question, mais de sa suffocation : les conditions du «renouvellement» des espèces vivantes et des ressources minérales ne sont plus rassemblées, le cycle de la renaissance s'est brisé. Ce qui menace, c'est la fin des printemps.
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basilic92basilic9206 août 2017
"Gouverner c'est protéger, prendre soin. Les sujets politiques font un peuple d'enfants reconnaissants et craintifs que l'Etat protecteur et grondeur prend sous son aile, sous sa coupe, sous sa tutelle."
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Frédéric Gros - Possédées .A l'occasion de la 38e édition du Livre sur la Place à Nancy, rencontre avec Frédéric Gros autour de son ouvrage "Possédées" aux éditions Albin Michel. Rentrée littéraire 2016. Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/74259/frederic-gros-possedees Notes de musique : Within the Earth by Ketsa. Free Music Archive Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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