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Critique de RaphaelBebop


RaphaelBebop
  07 août 2017
J'ai eu la possibilité de recevoir Désobéir de Frédéric Gros avant sa sortie en librairie par l'intermédiaire de Babelio, probablement suite à ma critique de Désobéissance civile et démocratie d'Howard Zinn sur des thématiques extrêmement similaires. En effet, dès la première page de l'introduction intitulée « Nous avons accepté l'inacceptable », l'auteur reprend la phrase qui exprime le renversement idéologique génial effectué par l'historien américain, c'est-à-dire « le problème ce n'est pas la désobéissance, le problème c'est l'obéissance ». Cette assertion provocatrice n'est précédée que par une citation de Primo Lévi exprimant une réalité assez proche : « Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter. » Une fois ces principes posés et la désobéissance définie comme une « déclaration d'humanité » face aux crimes commis partout dans le monde, le philosophe précise son propos : son but n'est pas de réaliser une histoire de la désobéissance civile (cela, d'autres l'ont déjà fait) mais de proposer une réflexion éthique sur le sujet. Pour cela il convoque dans un langage clair et agréable de nombreux exemples, de l'incontournable passage du grand inquisiteur dans Les Frères Karamazov de Dostoïevski au mythe d'Antigone, en passant par l'expérience de Milgram et la « banalité du mal » décrite par Hanna Arendt ; afin d'expliquer la difficulté que nous avons à nous rebeller quand tout devrait nous y pousser. En différents chapitres il énumère la peur de la liberté, la soumission, la « surobéissance » dénoncée par La Boétie dans son discours sur la servitude volontaire, la déresponsabilisation, le conformisme, le consentement à l'horreur… Face à cela, pourquoi désobéir ? Frédéric Gros fait le pari que le désobéissant répond en réalité à une obéissance plus grande qui ne vient pas de l'extérieur mais d'une éthique personnelle et s'appuie pour cela sur le « souci de soi » des anciens grecs. A la fin du livre l'auteur rentre dans des considérations philosophiques qui m'ont paru un peu abstraites, mais il a néanmoins le mérite de ne pas laisser de questions en suspens. En effet, si peu d'idées nouvelles sont finalement apportées, il s'agit d'un ouvrage qui constitue une très bonne initiation sur un sujet nécessaire et pourtant pas assez abordé.
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