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EAN : 9782081249608
312 pages
Éditeur : Flammarion (20/04/2011)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 87 notes)
Résumé :
"La marche, on n'a rien trouvé de mieux pour aller plus lentement. Pour marcher, il faut d'abord deux jambes. Le reste est vain. Aller plus vite ? Alors ne marchez pas, faites autre chose : roulez, glissez, volez. Ne marchez pas. Car marchant, il n'y a qu'une performance qui compte : l'intensité du ciel, l'éclat des paysages. Marcher n'est pas un sport."
Si mettre un pied devant l'autre est un jeu d'enfant, la marche est bien plus que la répétition machinale ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
berni_29
  29 mai 2020
Marcher, une philosophie, est un très bel essai dans lequel le philosophe Frédéric Gros affirme que le secret du génie philosophique se trouve dans la faculté de marcher, seul des heures durant vers l'ouest ou au sommet des montagnes.
Ce livre est un bijou d'érudition.
La marche nous donne une approche paradoxale de la liberté.
En quoi la marche est-elle une expérience de liberté ? Alors qu'elle est une contrainte, d'abord physique, marcher jusqu'à une fatigue parfois insoutenable, où le poids du corps devient comme un fardeau. Contrainte psychologique car il faut trouver la force mentale de continuer, contrainte météorologique... La marche nous amène à la patience, l'humilité, parfois la résignation. Ne jamais savoir à quelle heure on parviendra à sa destination...
Frédéric Gros nous dit que marcher est une démarche d'émancipation où l'on se libère de facilités aliénantes, qui nous paraissaient presque indispensables et dont la marche démontre qu'on peut s'en passer. C'est une joie d'en être libéré.
Marcher, c'est s'affranchir de ces contraintes et renouer avec une forme de liberté que nous aurions perdue.
Il y a différentes formes de marche, des marches en ville, des flâneries, des randonnées longues... Frédéric Gros nous les fait visiter avec le prisme d'un philosophe, mais aussi à travers son expérience personnelle.
Pourquoi le philosophe est-il fasciné par la marche ? L'effort physique répété a dans la marche une telle régularité que cela nous rend disponible à autre chose... Et notamment pour accueillir la pensée...
Mais marcher, c'est aussi mettre un pas devant l'autre, c'est peut-être le plus beau geste tendant à chercher l'équilibre dans le déséquilibre. Lever un pied, sentir le vide dans ce déséquilibre et emplissant ce vide par ce pied qui avance pour retrouver l'équilibre. N'y a-t-il pas dans ce geste primaire et préhistorique un geste inaugural qui prévaut aux prémices de la réflexion ? Car marcher fait penser, n'en avez-vous jamais fait l'expérience ? Marcher d'un point à un autre est la meilleure manière de voyager dans ses intériorités, parfois abyssales.
Mettre un pas devant l'autre et de manière répétée, c'est un mouvement perpétuel, il y a comme quelque chose de monotone et pourtant ce mouvement produit quelque chose d'inouï en nous, une sorte de métamorphose. Comme si le corps comme un fardeau s'en affranchissait par la marche par l'effort et la contrainte physique... C'est une contrainte qui devient douce du fait de sa régularité. Nous sommes disponibles à autre chose, la présence au monde, la présence à soi, la lenteur fait qu'on peut regarder et être disponible au monde, aux autres, disponible à notre propre corps, à ses respirations... Marcher c'est faire cette expérience de la lenteur. Apprendre cette lenteur...
J'ai compris pourquoi l'auteur conseille de marcher seul, ayant moi-même expérimenté les deux manières sur des chemins très longs. Sur de tels chemins je vous conseille d'y aller seul. Marcher, c'est être tout d'abord disponible à soi-même...
En tant qu'agnostique et pour des raisons totalement spirituelles, le fameux chemin de Saint-Jacques de Compostelle m'intéressait ; j'ai ainsi marché à partir du Puy-en-Velay jusqu'à Pampelune. Pas plus loin, effrayé par le risque d'hystérie religieuse en terre espagnole, et encore plus à l'approche de l'étape ultime, que je n'aurais pas supporté. J'ai rencontré des êtres ordinaires et exceptionnels à la fois. Marcher nous fait poser des regards sur les autres... Un marcheur qui avait des boules de pétanques dans son sac pour participer à une compétition internationale à l'étape de Figeac, un ambulancier qui pleurait de devoir renoncer au chemin pour cause de problèmes physiques, une femme d'un richissime industriel fille d'un riche banquier, habitant le XVIème arrondissement de Paris, ayant la crise de la quarantaine, fuyant cette vie qu'elle ne supportait plus, fuyant avec sa fille adolescente et un coach sur le chemin, et cette jeune américaine tout droit sortie de l'Université d’ Harvard, partie du Puy-en-Velay et qui poursuivait le chemin jusqu'au Maroc, à la frontière mauritanienne. Elle s'appelait Barbara... Le chemin de Compostelle est un petit village. J'entendais souvent parler d'elle comme d'un mythe, sorte de gazelle aérienne, fugitive, insaisissable... Les hommes en parlaient le soir dans les gîtes d'étapes. On l'a disait belle comme un mirage qui filait vers le désert saharien... Elle avait deux jours d'avance sur moi et marchait beaucoup plus vite... Qu'importe ! Le chemin est une lenteur. Et puis à Moissac elle s'arrêta pour une pause de deux jours... C'est là que je fis alors sa connaissance... Je me souviens de ce verre pris à une terrasse avec elle, nous avions devant nous la sublime abbatiale Saint-Pierre ... Elle n'était plus un mythe, elle devenait réelle avec ses ampoules aux pieds, son visage exténué par les kilomètres, le poids de son bagage qu'elle ne supportait plus, et son accent français à la manière de Jane Birkin... La jeune femme devenait une amie, compagne de route, prenant réalité sous mes yeux fatigués, éreintés... Nous découvrions le poids de nos corps et la légèreté qui va autour... L'abbatiale devant nous n'en était que plus belle...
Passées ces rencontres insolites, il y a celles non moins insolites avec un être que vous allez apprendre à mieux connaître en cheminant : vous-même...
Frédéric Gros convoque ici des philosophes marcheurs, ils sont célèbres... Kant, Nietzsche, Rousseau, Thoreau... Mais aussi d'autres intellectuels, des poètes, Arthur Rimbaud, Gérard de Nerval, des écrivains comme Julien Gracq...
Marcher c'est être disponible à des pensées, des impressions, des souvenirs...
Marcher m'a fait penser à des choses qui ne me seraient pas venues autrement.
En marchant, nous sommes traversés par des pensées...
Et puis la pensée creuse un autre chemin, un cheminement en tâtonnant tout d'abord comme une agitation et puis l'apaisement vient dans ce pas saccadé et régulier, la pensée s'évade revient, tente un rhizome, le chemin devient un souterrain, un pas de plus vers les choses qui nous échappent. Marcher est une verticalité vers l'inconnu.
Marcher, c'est atteindre une forme de disponibilité d'esprit qui aurait pu être occultée par la vie quotidienne.
Marcher est une ouverture au monde.
Marcher est une joie.
Marcher comble par une présence au paysage, à nous-même, aux autres donc plus tard...
Marcher, c'est faire un formidable pas de nos côtés sur nos existences...
Marcher peut être un rituel. La régularité et la discipline auxquelles Kant s'astreignait tous les jours n'était-elle pas ridicule ? Mais alors, sans ce rituel, interrompu deux ou trois fois seulement, que serait la production de son œuvre ?
Kant pensait que marcher, pendant longtemps fut la manière d'être le médecin de soi-même. Il avait infiniment raison... Plus que jamais, je le pense aujourd'hui.
Marcher, nous dit Frédéric Gros , relève de notre part d'enfance, et j'adore cette idée.
Je pense au confinement que nous avons vécu durant les dernières semaines. Partir dans les bois, marcher. Et lorsque cet état de droit nous obligeait à ne pas dépasser ce fameux kilomètre ridicule à ne pas dépasser, il y avait comme une jubilation de ma part à entrer dans les bois, à deux pas de chez moi, et à sceller mes pas dans les veines des chemins qui coulaient bien au-delà de l'ordre établi, des règles et des injonctions. Cela devenait comme une jouissance de marcher loin si loin, un pied-de-nez, une révolte, un cri de liberté...
Et s'il faut chercher un sens à notre actuel devenir, marcher n'est-ce pas une manière de requestionner nos pas, nos gestes d'une société qui va trop vite, qui s'accélérait jusqu'à présent, jusqu'au confinement dont nous sommes en train de nous extirper... ? Pour autant, faut-il nous précipiter et courir vers la vie d'avant pour rattraper les quelques semaines « perdues » ou bien tout simplement marcher comme une manière d'approcher de manière apaisée, libérée, le monde d'après... ?
Si marcher est un chemin vers soi, vers les autres pour mieux y parvenir, alors oui marcher est bien une philosophie !
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ninosairosse
  27 juin 2016
lu en Décembre 2012, j'avais apprécié un maximum.
Je pense qu'il va falloir le reprendre pour le plaisir d'enrichir Babelio de quelques citations....
Après nous avoir exprimé les différents fondements sur la notion de liberté, F. Gros nous illustre ce concept avec la vie tumultueuse de Nietzsche (1844,1900), en nous refaisant tout le cheminement de son parcours issu de ses longues marches ! sublime !!!!! j'en redemande, en fait je découvre les personnages, je cherche d'autres références, je m'égare, je tombe dans des puits de connaissances, bref.... j'exulte .
C'est pas fini, j'enchaîne sur Rimbaud (1854,1891), même époque, mais des lieux bien différents....même hargne pour la marche, mais pareil ça me ramène a plein de référence dont l'Abyssin de Ruffin que j'ai adoré. Va falloir que je me mette à lire du Rimbaud ! ....
Rien que 130 citations que je vous ai révélées !!!! franchement vous auriez tort de vous priver...
Vendredi 30 Septembre 2016, comme d'hab je lisais autour des étangs, la femme du boulanger, en marchant....un silence....un Bing...Gadgette, mon chien, vient de se faire renverser....le vétérinaire n'a rien pu faire....va falloir que je reste philosophe,....hommages à ma Gadgette.....
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Jean-Daniel
  25 avril 2019
De Jacques Lacarrière, auteur de Chemin faisant, à Sylvain Tesson où Jacqueline de Romilly, les écrivains ont souvent mis en avant les joies sensorielles de la marche et les rencontres qu'elle permet de faire. La destination n'apparaît souvent que comme un prétexte. C'est le voyage lui-même qui importe. Déjà dans l'antiquité maîtres et disciples marchaient régulièrement. Socrate questionnait et apprenait au cours de ses promenades, et de nombreux dialogues de Platon s'ouvraient sur l'évocation d'une rencontre imprévue, la marche favorisant une quête de vérité.
Frédéric Gros est un adepte de la randonnée, bien différente de la promenade. Son parcours croise ceux d'auteurs itinérants qu'il nous présente au fil des chapitres dans lesquels il invite tour à tour Rousseau, Raimbaud, Thoreau, Kant, Nietzsche, Gandhi et d'autres qui ont fait l'éloge de la marche. « Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose », écrit Nietzsche. Selon lui la marche crée et favorise une disponibilité à certaines pensées et les pensées nées en marchant sont plus authentiques. Frédéric Gros propose également des chapitres plus personnels où on entend la voix de l'auteur qui entraine son lecteur dans ses pas.
La vitesse n'intéresse pas Frédéric Gros : « Nietzsche marche, il marche comme on travaille, il travaille en marchant » ; « Les journées à marcher lentement sont très longues : elles font vivre plus longtemps, parce qu'on a laissé respirer, s'approfondir chaque heure, chaque minute, chaque seconde, au lieu de les remplir en forçant les jointures. »
Rousseau, dans ses "Rêveries du promeneur solitaire" au nom si évocateur, dit ne pouvoir penser qu'en marchant et en éprouver une grande joie. « Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose dire ainsi, que dans les voyages que j'ai faits seul et à pied. » Frédéric Gros l'oppose aux marches ascensionnelles de Nietzsche, toujours en direction des sommets, comme la pensée qu'il recherchait.
Le temps consacré à la marche est celui qui nous ouvre à notre liberté. Pour Frédéric Gros : « le secret de la promenade, c'est bien cette disponibilité d'esprit, si rare dans nos existences affairées », il nous engage à relire les pages où Proust évoque ses promenades.
Marcher, une philosophie. Dans ce petit livre inclassable, Frédéric Gros nous propose une réflexion philosophique sur la marche qui est à la portée de tous et offre un sentiment de liberté et d'humanité. Avec des mots simples mais bien choisis, associés à une belle écriture, Frédéric Gros nous donne une belle leçon et nous invite sur les chemins à regarder les paysages se dérouler devant nos yeux. « Tout grand paysage est une invitation à le posséder par la marche », écrit Julien Gracq. La marche serait donc un art de vivre, un exercice spirituel et philosophique. Du coup… on marche !
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filippo
  28 juin 2017
Certainement un livre que tous les marcheurs et philosophes sauront apprécier ! Au premier abord, l'idée semble bien saugrenue de réunir dans un même livre les thèmes de la marche et de la philosophie. Et pourtant, nous sommes tous marcheurs et nous sommes tous philosophes, souvent sans en être pleinement conscients.
Frédéric Gros, est professeur de philosophie et pratique la marche. Pour autant, l'auteur n'évoque qu'à de très rares occasions ses souvenirs de marche. Son récit est en fait un voyage dans le temps et dans l'espace. Et l'on découvre qu'au cours des siècles de grands penseurs ont souvent été de grands marcheurs.
Rousseau (XVIII°), par exemple, se lance à 16 ans dans de longs voyages à pied à travers la France. Ce sont des voyages heureux. « Jamais je n'ai tant existé que dans les voyages que j'ai fait seul et à pied » dira t-il. Ses interminables marches solitaires dans les sous-bois, loin du monde, vont lui permettre de découvrir en lui l'homme primitif, naturel, sauvage, innocent, heureux, bien loin de l'homme social plein de rancoeur, de haine, de méchanceté, de jalousie. Pour Rousseau, la marche, en effaçant les mauvaises pensées, est bonheur, bien-être, joie et calme.
Kant (XVIII° également) lui, ne quittera jamais sa ville natale de Königsberg. Sa vie était réglée comme du papier à musique. Tous les jours, que le temps fut beau ou mauvais, Kant partait pour sa promenade d'une heure pile, toujours sur le même chemin, toujours seul, en respirant par le nez, la bouche fermée. de toute sa vie d'adulte, l'histoire veut qu'il n'ait manqué que deux fois sa promenade quotidienne ! Marche monotone, régulière, inéluctable. Pour Kant, la marche est discipline, volonté.
Nietzsche (XIX°) trouvera dans la marche un exutoire à ses terribles maux de tête. de grandes marches, seul, sur des sentiers de montagne, tous les jours, jusqu'à 8 heures de marche par jour. C'est dans la marche que Nietzsche trouvera son inspiration pour écrire un de ses textes majeurs « Ainsi parlait Zarathoustra ». Pour Nietzsche, la marche est indissociable de la réflexion : penser en marchant, marcher en pensant.
Rimbaud (XIX° également) pratiquera la marche dès l'âge de 15 ans. Il traversera l'Europe à pied, toujours à pied, de Belgique en France, d'Allemagne en Italie, d'Autriche en Suède. Ses pas le conduiront jusqu'au désert, dans les montagnes du Harar. Il en mourra à 36 ans, terrassé par des douleurs atroces dans le genou. Pour Rimbaud, la marche est synonyme de fuite, de fuite en avant. Mais aussi de joie, de fatigue, d'épuisement.
Ainsi, ce livre nous fait découvrir les mille et une façons de marcher et ses mille et un effets bénéfiques. Chacun trouvera dans la pratique de la marche les bienfaits répondant à ses propres aspirations.
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zenzibar
  31 janvier 2013
La marche est certainement un des derniers espaces de liberté qui reste ; elle est peu soluble dans l'économie marchande (pas besoin d'infrastructures, de bonnes chaussures et quelques accessoires qui peuvent être recyclés à d'autres fins suffisent), ouverte à tous, quel que soit son niveau on trouve un but adapté et offrant des satisfactions (c'est même un des rares sports où on se bonifie avec l'age), et se prête mal voire pas du tout aux "indicateurs de performances" (quel intérêt d'être le premier à voir une cascade, un lever de soleil sur les crêtes, etc...). le marcheur est entièrement libre, sous réserves de respecter son environnement c'est à dire de rester à sa place.
La méditation philosophique, au sens large, prolonge et/ou accompagne naturellement cet exercice et ce n'est sans doute pas un hasard si quelques uns des plus grands sages ont été de grands marcheurs (Gandhi, Nietzsche...) L'essai de F. Gros est par conséquent une vraie réussite en alternant des méditations sur la marche sous diffrentes déclinaisons et des développements sur des penseurs célèbres avec ce prisme de la marche.
C'est une sorte d'introduction à ces auteurs sous un angle original, vivant et très pertinent. Ce livre fut un succès commercial (à l'échelle de cette catégorie de livres) bien mérité
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Citations et extraits (160) Voir plus Ajouter une citation
ninosairosseninosairosse   16 août 2016
la différence entre l'assurance et la confiance .
- L'assurance nous est donnée parce qu'on sait qu'on dispose du nécessaire pour faire face : faire face aux intempéries, aux sentiers multiples, à l'absence de source, à la fraîcheur des nuits. On sent alors qu'on peut compter sur son matériel, son expérience, ses capacités d'anticipation. C'est l'assurance de l'homme technique, qui maîtrise les situations. Avisé, responsable.
- Marcher, sans même le nécessaire, c'est s'abandonner aux éléments. Désormais, plus rien ne compte, plus de calculs, plus d'assurance en soi. Mais une confiance pleine, entière dans la générosité du monde. Les pierres, le ciel, la terre, les arbres : tout devient pour nous auxiliaire, don, secours inépuisable. En s'y abandonnant, on gagne une confiance inconnue, qui comble le coeur, parce qu'elle fait dépendre absolument d'un Autre et nous ôte jusqu'au souci de notre conservation. L'élémentaire, c'est ce à quoi on s'abandonne, et qui nous est donné absolument. Mais pour en éprouver la consistance, il faut prendre le risque, le risque de dépasser le nécessaire.

p255
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ninosairosseninosairosse   28 juillet 2016
Il fallait finir en marchant. La nécessité de terminer sur ses jambes comprend plusieurs leçons. C'est d'abord le rappel de la pauvreté christique. Humilité : celui qui marche est pauvre d'entre les pauvres. Le pauvre, pour toute richesse, a son seul corps. Le marcheur est fils de la terre. Chaque pas est un aveu de gravité, chaque pas témoigne de l'attachement et martèle la terre comme un tombeau définitif, promis. Mais c'est aussi que la marche est pénible, elle exige un effort répété. On n'approche bien un lieu sacré qu'en ayant été purifié par la souffrance et marcher exige un effort indéfiniment réitéré.

p158
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ninosairosseninosairosse   05 août 2016
Compostelle est la dernière destination majeure. On raconte de saint Jacques - un des trois préférés du Christ, premier des apôtres martyrs, décapité sur ordre du roi Hérode - qu'il aurait été transporté par ses disciples sur une embarcation, finalement échouée sur les plages de Galice. Là, on aurait soigneusement porté en terre le lourd tombeau de marbre, bientôt oublié... Jusqu'à ce fameux jour où un ermite nommé Pélage aperçoit en songe des anges lui découvrant l'emplacement exact du tombeau, tandis qu'au même moment, toutes les nuits, le ciel indique une direction par un filet d'étoiles. On construira sur la sépulture redécouverte un sanctuaire, puis une église, enfin une cathédrale. Et la visite du saint deviendra un des plus fameux pèlerinages, prenant bientôt sa place aux côtés de Rome et de Jérusalem.

P160

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ninosairosseninosairosse   05 août 2016
Les grands chemins pour les chrétiens sont d'abord ceux de Rome ou de Jérusalem. Jérusalem, dès le IIIe siècle, c'est pour les chrétiens le pèlerinage absolu en tant qu' accomplissement de la présence : fouler le sol même sur lequel il avait marché, refaire le chemin du calvaire, être pris dans le même paysage, approcher le bois de la Croix, se tenir auprès de la grotte où il parlait à ses disciples.[...]
Rome offre bientôt une destination plus sûre. Deux apôtres majeurs y reposent ( Pierre et Paul ). Rome est immédiatement sacrale : nombril et coeur de l'Eglise catholique instituée.

P159
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fanfanouche24fanfanouche24   29 décembre 2013
Certains décident de consacrer à l'écriture le même temps qu'ils ont donné à la lecture. Thoreau, rappelle Emerson, s'était donné comme principe de ne s'accorder de temps d'écriture qu'autant qu'il aurait marché. Pour éviter les pièges de la culture et des bibliothèques. Car, autrement, ce qu'on écrit est rempli de l'écriture des autres. (...) (p.132)

Les livres ne sont pas ce qui nous apprendrait à vivre (c'est le triste programme des donneurs de leçons), mais ce qui nous donne envie de vivre, de vivre -autrement-: retrouver en nous la possibilité de la vie, son principe. La vie ne tient pas entre deux livres (gestes monotones, quotidiens, nécessaires, entre deux lectures), mais le livre fait espérer une existence différente. (...)

"Il est vain de s'asseoir pour écrire quand on ne s'est jamais levé pour vivre" (Thoreau-Journal) (p.133)
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