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Jacqueline Lafond (Traducteur)Efim Grigor'evic Ètkind (Préfacier, etc.)
EAN : 9782253062561
251 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1993)
4.18/5   33 notes
Résumé :

“Ce court roman est un grand livre, le testament littéraire et politique de Vassili Grossman, achevé après la confiscation du manuscrit de Vie et Destin par le KGB en 1960. Avant de disparaître, Grossman se sentait obligé de dire tout ce qu’il avait compris sur la société soviétique, la Russie et l’URSS.” – Efim Etkind Nouvelle présentation en Classiques slaves! (1re édition 1984.)
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
ivredelivres
  13 octobre 2016
Peut-être avez-vous lu le livre majeur de Vassili Grossman : Vie et destin dont le manuscrit fut confisqué par le KGB.
Mais l'auteur a un autre livre à son actif, un roman que j'aime particulièrement et que j'ai relu tout récemment.
Vassili Grossman fut un communiste convaincu jusqu'à la seconde guerre, là sa vision changea, il fut l'un des premiers à entrer dans Treblinka, puis il découvrit le massacre des juifs à Babi Yar où sa mère mourut.
Lorsque après guerre l'antisémitisme stalinien se fit plus fort avec le procès des blouses blanches, Grossman change, prend la plume et dénonce.
Tout passe c'est l'histoire d ' Ivan Grigorievitch qui revient chez lui après trente ans de camps. Il fut un idéaliste mais il a depuis longtemps perdu la foi.
Il est accueilli à Moscou par son cousin Nikolaï Andreïevitch qui ne lui a jamais fait un signe pendant trente ans.
Nikolaï et sa femme Maria Pavlovna accueil Ivan avec quelques réticences. Il faut dire que Nikolaï c'est l'homme des compromis, il a survécu à toutes les purges, il a vu le système broyer beaucoup d'hommes et de femmes autour de lui, c'est lui qui a signé (comme Grossman) des manifestes pour punir les traitres à la patrie, les vendus, il craint une société où le simple fait de penser met en danger.
C'est la rencontre d'un homme terrassé par la peur, toujours prompt à obéir, et d'un homme qui pense que
« l'histoire de la vie, c'est l'histoire de la violence invaincue, insurmontée. La violence est éternelle et indestructible. Elle se transforme mais ne disparait pas et ne diminue pas ...L'humain ne s'accroit pas en l'homme. » prêt à tout pour vivre en liberté, pour parler
Vassili Grossman mêle le destin d'hommes et de femmes et nous dit ne pas voir de différence fondamentale entre le servage russe sous le Tsar et le fanatisme bolchevique qui fait plier les êtres.
En un chapitre extraordinaire Vassili Grossman dresse le portrait de tous les Judas, tous ceux qui ont dénoncé, calomnié, trahi car pour eux l'état et le parti sont trop puissants pour ne pas être obéis.
Des lâches ? des monstres ? ils n'ont pourtant jamais cessé d'aimer leurs proches, aimer la musique ou la littérature
« Ces hommes ne souhaitaient de mal à personne mais toute leur vie ils avaient fait le mal »
A la lecture de ce roman magnifique et terrible on comprend les paroles de l'auteur qui font penser à Stig Dagerman
« L'angoisse de l'âme humaine est terrible, inextinguible, on ne peut la calmer, on ne peut la fuir ; devant elle sont impuissants même les paisibles couchers de soleil champêtres, même le clapotis de la mer éternelle »
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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Gustave
  21 avril 2014
J'ai lu ce court récit (une centaine de pages) immédiatement après avoir lu Vie et Destin, de telle manière que les deux lectures semblent s'être complétées de manière tout à fait harmonieuse.
Là où Vie et Destin développe de manière progressive et à travers les comportements de ses personnages, les évènements historiques ou personnels l'idée de la nocivité intrinsèque de toute forme de totalitarisme, Tout passe se fait beaucoup plus synthétique, allant directement aux idées défendues par l'auteur: une première d'ordre générale, affirmant la liberté comme étant conssubstantielle à la nature humaine, et une seconde, qui n'avait pas été développée dans Vie et Destin, à savoir le paradoxe du développement de la Russie, qui s'est fondée sur un asservissement croissant de l'individu et ce dès l'époque tsariste, à travers le servage.
La concision et la moindre importance donnée à l'intrigue dans cette oeuvre-testament de Grossman tient certainement au fait qu'il sentait sa mort proche, rongé par un cancer après la confiscation du manuscrit de Vie et Destin.
Une forme de pessimisme autant que de sérénité affleurent dans ce petit ouvrage magnifique: le narrateur, un ancien détenu du Goulag libéré à la faveur de la mort de Staline, exprime son désarroi face à ce qu'il croit être une impossibilité pour la Russie d'emprunter un jour le chemin vers la liberté, face au poids de son Histoire faite de "mille ans d'esclavage", avec des "conceptions fanatiques de la liberté, d'Avvakoum à Lénine", et à son incapacité à saisir la chance que représenta l'abolition du servage en 1861, qui fut selon Grossman un évènement plus important que la révolution d'Octobre, dans la mesure où elle aurait pu marquer le premier pas vers une société russe où le progrès économique et technique seraient enfin compatibles avec le progrès de la liberté.
En même temps, le roman s'achève sur une forme de sérénité retrouvée, à la vue de la mer Noire au bord duquel le narrateur a passé son enfance: l'émotion éprouvée à la vue de l'étendue marin est associée à ce que l'aspiration à la liberté chez tout homme a d'irréductible.
En extrapolant un peu, il est possible de se demander si le schéma mis en évidence par Grossman, à savoir la déconnexion entre progrès économique, technique et progrès de la liberté en Russie peut s'appliquer à d'autres pays...Je ne peux m'empêcher de penser ici à la Chine, dont le développement économique actuel impressionnant s'accompagne d'une chape de plomb étouffant toute velléité de démocratisation. le parallèle me paraît d'autant plus pertinent qu'on a affaire là à une puissance communiste (certes convertie au capitalisme, mais toujours dirigée par un parti se revendiquant du marxisme) au même titre que l'URSS ou vécut Grossman...
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gege1968
  06 février 2021
Tout passe, le dernier roman de Vassili Grossman, est en quelque sorte son testament politique et spirituel. Il raconte l'histoire d'un homme qui retrouve les siens après un séjour de trente ans dans un camp sibérien. le soir de son retour, il s'assoit à table avec sa famille, mais personne ne lui demande ce qu'il a fait pendant toutes ces années, ni quelles souffrances il a endurées. À quoi bon demander ? Pendant des années, au sein de l'Union soviétique, a sévi un système de surveillance et de délation implacable. Staline vient de mourir sans doute. On découvre l'ampleur des crimes commis par le régime, les prisonniers politiques sont libérés, mais le même état d'esprit continue à régner dans une société où le simple fait de penser met en danger.
Ivan, le personnage principal, a été emprisonné parce qu'il a refusé de dénoncer de soi-disant opposants au régime. C'est un idéaliste épris de liberté. Il retrouve la femme qu'il a aimée, l'ami qui l'avait dénoncé, son cousin Nikolaï qui ne lui a jamais adressé le moindre signe pendant son internement et qui continue à craindre pour sa propre réputation. Nikolaï est l'homme du compromis. Il a signé des dénonciations contre les traîtres, c'est un homme toujours prêt à obéir, mais qui vit constamment la peur au ventre.
Ivan cherche à comprendre les motifs des délateurs, de ceux qui ont trahi, calomnié, dénoncé, par instinct de conservation ou tout simplement parce qu'ils voulaient obtenir la confiance du Parti, seul moyen d'améliorer leur existence. Comment ils ont fait le mal, même sans le vouloir. Cette réflexion est l'occasion pour Grossman de dresser les portraits des victimes de la terreur, avec des scènes parfois insoutenables, notamment lorsqu'il décrit la collectivisation forcée en Ukraine dans les années 1930 et la terrible famine qu'elle a engendrée.
Le témoignage de Grossman est d'autant plus fort que lui aussi été un communiste convaincu, au moins jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, où sa vision du régime a alors changé radicalement. Cette évolution intellectuelle est nettement visible à la lecture de son diptyque sur Stalingrad : alors que la publication de la première partie Pour une juste cause a été autorisée par la censure, le manuscrit de Vie et Destin, où Grossman met en parallèle les régimes nazi et stalinien, a été confisqué par le KGB en 1960. L'écrivain reconnu a perdu ses illusions et est devenu un opposant intellectuel. Avant de disparaître, Grossman s'est senti obligé de dire tout ce qu'il pensait du phénomène totalitaire soviétique. Tout passe parachève son parcours, c'est un résumé de sa pensée, une dénonciation sans complaisance de la dictature et de la souffrance de tout un peuple.
L'ouvrage de Grossman offre une critique féroce de Lénine et de Staline, qui n'ont aucunement amélioré le sort du peuple, déjà asservi sous la Russie tsariste. Pour assouvir leur soif inextinguible de pouvoir, et avec un mépris absolu pour la vie humaine, les deux principaux dirigeants ont sacrifié la liberté du peuple russe. Son livre rend hommage à ceux qui, dans la Russie stalinienne, croyaient encore que la liberté, la tendresse, la bonté étaient « le pain et l'eau de la vie ». Tout passe, nous dit Grossman, sauf l'aspiration invincible de l'être humain à la liberté.
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EmmaHanna
  26 février 2013
Terminé en 1963, soit trois ans après la confiscation de Vie et destin, la vocation de son livre était sans doute celle d'être une sorte de testament. Comme si pour l'auteur, il était urgent et nécessaire d'écrire, avant qu'il ne soit trop tard et que son cancer généralisé ne l'emporte. Il va à l'essentiel, abandonnant rapidement une narration " classique" à la Tolstoï. C'est un condensé de sa pensée et de son écriture C'est un dernier cri devant l'injustice, la souffrance d'un peuple, et c'est aussi un brûlot courageux contre la dictature. J'ai adoré ce livre !
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Pchabannes
  21 mars 2010
Voilà un des plus beaux livres qu'il m'ait été donné de lire. Fluide et profond, léger et grave. Alain Finkielkraut en conseillait la lecture dans son ouvrage “Un coeur intelligent”, merci.
“Vivre, cela signifie être un homme libre. ”
Et s'inscrivant en faux contre Hegel déclarant : “Tout ce qui est réel, est rationnel”. Vassili Grossman écrit pour l'éternité : “Tout ce qui est inhumain est insensé et inutile.”
Vassili Grossman (1905 – 1964) s'est peu à peu éloigné de la “ligne”. Cet ouvrage interdit circulant en URSS sous le manteau fut traduit pour la première fois en 1971. Il est un des livres les plus importants qui nous soient parvenus de Russie. Un cri d'angoisse, un appel vers la liberté, qui nous concerne tous.
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Lien : http://www.quidhodieagisti.fr
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
ivredelivresivredelivres   13 octobre 2016
L’angoisse de l’âme humaine est terrible, inextinguible, on ne peut la calmer, on ne peut la fuir ; devant elle sont impuissants même les paisibles couchers de soleil champêtres, même le clapotis de la mer éternelle
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gege1968gege1968   05 mars 2021
La Russie avait vu beaucoup de choses en mille ans d’histoire. Depuis le début de la période soviétique, le pays avait connu de grandes victoires militaires, avait vu apparaître d'immenses chantiers, des villes nouvelles, des barrages arrêtant le cours du Dniepr et de la Volga, un canal unissant des mers, des tracteurs, des gratte-ciel… La seule chose que la Russie n’ait pas connue en mille ans, c’est la liberté.
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gege1968gege1968   05 mars 2021
L'étouffement implacable de la personnalité, la subordination servile de la personne au souverain et à l’État se retrouvent tout au long de l'histoire millénaire de la Russie.
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ivredelivresivredelivres   13 octobre 2016
l’histoire de la vie, c’est l’histoire de la violence invaincue, insurmontée. La violence est éternelle et indestructible. Elle se transforme mais ne disparait pas et ne diminue pas ...L’humain ne s’accroit pas en l’homme.
Commenter  J’apprécie          20
EmmaHannaEmmaHanna   26 février 2013
« Il était irrité contre sa femme: cette chose stupide qu'elle venait de lui dire il y avait pensé avant même qu'elle lui en parlât. Et ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Il s'irritait d voir en elle ses propres faiblesses. Mais il ne comprenait pas s'il s'indignait au nom de ses imperfections à elle mais des siennes propres. Et si lors les discussions qu'il avait avec sa femme, il se calmait si facilement, c'est qu'il s'aimait lui même; en lui pardonnant , il se pardonnait. »
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Vidéo de Vassili Grossman
Ce documentaire de Priscilla Pizzato retrace l'histoire du roman Vie et destin de Vassili Grossman. Chef-d'oeuvre de la littérature du XXe siècle, Vie et destin est une violente charge contre le régime stalinien et les totalitarismes. Confisqué par le KGB en octobre 1961, le manuscrit du livre a été enfermé dans les sous-sols de la Loubianka, le siège de la police politique.
“Pourquoi ajouterions-nous votre livre aux bombes que nos ennemis préparent contre nous ?”, avait écrit Mikhaïl Souslov, l’éminence grise de Staline, à Vassili Grossman qui plaidait la cause de son livre.
Sauvé de la disparition grâce au courage d’un réseau de dissidents, parmi lesquels le physicien Andreï Sakharov et l’écrivain Vladimir Voïnovitch, Vie et destin ne paraît en France qu’en 1983.
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