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Alain Defossé (Traducteur)
EAN : 9782743622497
398 pages
Éditeur : Payot et Rivages (24/08/2011)
3.4/5   5 notes
Résumé :
En URSS, à l’annonce du retour d’exil d’un compositeur dissident, à l’occasion d’un concert unique, une file se forme devant le kiosque où les places de son spectacle devraient être vendues. Pendant un an, jour après jour, les mêmes personnes, espérant l’ouver ture du kiosque, se retrouvent autour de leur passion pour la musique et font connaissance.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
moustafette
  22 octobre 2011
S'il y a une image qui symbolise l'Union Soviétique c'est bien celle des longues files d'attente devant les magasins.
Attente érigée en art car il fallait faire preuve, outre de patience, d'ingénuosité. Les gens s'organisaient, se relayaient, se gardaient mutuellement leur place, l'échangeaient, tout cela pour d'hypothétiques denrées ou produits car, bien souvent, on ne savait pas vraiment pour quoi on faisait la queue. C'était un réflexe de se glisser à la suite des autres et de s'enquérir ensuite de ce qui se vendrait peut-être.
Comme tout système, la file d'attente avait une vie. Autour s'organisait un microcosme, qui proposait du thé l'hiver ou des glaces l'été, quelques gâteaux, qui louait des pliants; certains lisaient, d'autres jouaient, des amitiés se nouaient, les rumeurs circulaient, les discussions allaient bon train, les engueulades aussi... et la milice veillait.
C'est ainsi qu'Anna et Sergueï apprennent qu'un célèbre compositeur dissident est invité à donner un concert exceptionnel dans ce pays qu'il a quitté cinquante ans plus tôt. Trois cents places sont mises en vente, un seul billet par personne sera accordé. Pendant une année entière la vie de ce couple va tourner autour de l'attente de cette mise en vente mille fois reportée. Mais chacun a de bonnes raisons d'obtenir ce fameux ticket.
Sergueï, fonctionnaire musicien frustré, s'estime de droit seul digne d'assister à cet événement. Pour sa part, Anna pense offrir la place à sa mère, vieille femme muette qui vit chez le couple. Ancienne danseuse des célèbres ballets russes, elle a connu la gloire, la vie à l'Ouest, l'amour. Tout fut ballayé par la Révolution, elle renonça à ses rêves et s'enferma dans un silence quasi total.
De son côté Alexandre, le fils adolescent, relaie ses parents dans la file d'attente avant de trouver quelques avantages aux rencontres insolites qu'il y fait, lui ouvrant d'autres horizons que le lycée et l'université...
Inspiré d'un fait réel, en 1962 Stravinsky fut invité par Khrouchtev a donné plusieurs concerts en URSS après quarante-huit années passées hors du sol natal, ce roman est l'occasion de remouer avec Olga Grushin que j'ai découverte avec La vie rêvée de Soukhanov. Délaissant le monde des apparatchiks pour celui des petits fonctionnaires du peuple, on retrouve une trame assez similaire à celle de son premier roman, à savoir un homme glissant inéxorablement vers le changement au détour d'un événement presqu'anodin, la peinture passant ici le relai à la musiquee.
Cette petite déception mise à part, l'histoire n'en est pas moins originale, puisqu'elle plonge le lecteur dans le quotidien d'une famille soviétique dont l'obtention du billet de concert vire à l'obsession au point de leur faire perdre tout bon sens, à moins qu'ils ne se révèlent à eux-mêmes... Entre mille et une astuces dont font preuve les habitants pour vivre malgré rationnement et tracasseries administratives, on entre dans l'intimité des appartements exigus et vétustes où s'entassent plusieurs générations, chacun dissimulant ses souvenirs du temps d'avant ou ses rêves d'un hypothétique ailleurs. Solitude et incommunicabilité au sein de la famille côtoient allégrement les relations qui s'instaurent autour du kiosque, véritable phare de ce roman, où se retrouvent des personnages portés par leur amour de la musique et où tout un chacun s'échaffaude un espace d'espoir.
Même si l'effet de surprise n'est pas aussi jouissif que la première fois, j'ai poursuivi avec plaisir ma découverte de l'univers littéraire d'Olga Grushin placé indéniablement sous le signe des arts et du rêve. En définitive, tout ce qui sauve les hommes...
Lu dans le cadre de l'opération Masse critique que je remercie pour ce partenariat.
Lien : http://moustafette.canalblog..
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LN
  04 novembre 2011
Dés les premières pages, le lecteur est comme happé dans cet univers particulier, et il est lui aussi contraint de patienter pour connaître le dénouement de cette attente qui n'en finit pas. Comme ceux qui attendent, il s'attache à ces silhouettes rencontrées quotidiennement, à ces destins si dissemblables et pourtant tous tendus vers une promesse de bonheur. Au-delà de l'attente, se profile l'histoire touchante de cette famille branlante : Anna, qui fait la queue pour faire plaisir à sa mère, cette mère muette, fantôme hantant la maison dont le passé plane comme un halo diffus au-dessus des protagonistes, Sergueï, homme insatisfait tout prêt à se laisser charmer par d'autres femmes pour fuir son quotidien morose, et leur fils Alexander, jeune homme qui fréquente des milieux interlopes peu recommandables, et qui, lui aussi, rêve de changer sa vie.

Le kiosque est une belle réflexion sur le temps, sur le bonheur, sur la vie qui passe en nous effleurant seulement quelquefois…

« le temps comme un ogre dévorant ses enfants, le temps comme le souffle de Dieu, le temps comme la formule tracée par la craie crissant entre les doigts du physicien, avec son halo de cheveux argentés. Et, pour la plupart d'entre nous, notre petit bout de chemin, bref, terne, aux virages de plus en plus sombres, les moments de bonheur étant le plus souvent les moments passés à espérer le bonheur, à espérer quelque chose de magique, de lumineux – peut-être le frôlement d'un minuscule miracle d'immortalité, un rayon de soleil préservé dans une larme d'ambre, la prière damnée que Faust adresse à l'instant : « Arrête-toi, tu es si beau ! » » (p. 279)

Lien : http://lecturissime.over-blo..
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AnneNY
  17 août 2016
La Russie, le froid. En lisant ce livre on suit le mouvement, on fait la queue. Une lecture lente et agréable. Je n'ai pas l'habitude de m'aventurer dans cette zone géographique mais j'ai bien aimé patienter avec ces personnes pour espérer avoir une place pour ce concert ....
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valou076
  31 octobre 2011
Une file d'attente, de plus en plus de personnes faisant la queue...mais pour quoi? le roman tourne autour de ce kiosque, de ces personnes qui apprennent à se connaître en attendant que le "Graal" soit enfin mis en vente : des places de concert !Non il ne s'agit pas de la nouvelle tournée de U2, il s'agit de la Russie sous le régime communiste. Une Russie où tout est cher, et pas grand chose ne semble attirer les bonnes grâces d'un Etat policier, contrôlé...
Cette fille d'attente, nous la suivons avec Anna, Sergueï et leur fils Alexander. Chacun vit avec ses désillusions, ses souvenirs d'un passé avant le Changement, ou avec des envies d'ailleurs, d'un monde meilleur, et coloré...Si le contexte historique semble bien narré, si le lecteur peu entrapercevoir un bout de cette époque et de ses difficultés, les personnages quant à eux sont ternes (est-ce pour retranscrire l'aspect fade de leur espace de vie?)...à croire que la tristesse et l'abandon de la ville se retranscrit sur eux...
Une lecture intéressante, mais qui ne sera pas un souvenir impérissable de mes lectures de l'année...
Lien : http://lesquotidiennesdeval...
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
moustafettemoustafette   22 octobre 2011
Allant et venant au travers de son sommeil, comme une aiguille d'argent racommodant vivement le tissu de l'obscurité, la voix cousait les heures ensemble, unissant d'une couture invisible ses histoires à ses propres rêves, ses propres pensées, de sorte qu'il se réveillait souvent la tête envahie d'un flot bourdonnant de visions, en se demandant s'il les avait bien toutes conçues lui-même - sirènes sirotant des boissons mousseuses dans de délicates petites tasses à des terrasses de cafés, cachant leur queue sous des jupes plissées à la coupe complexe; chansons extraites à l'aide d'une cuiller spéciale, incurvée, des spires rosées de coquillages vendus dans des marchés dissimulés au fond des ruelles; poissons rouges languides progressant dans des membres de mannequins de verre aux vitrines luxueuses de quelque grande ville - cette ville lointaine, fantastique, fantasmagorique que la voix hantait toujours, quand elle s'infiltrait dans ses nuits par les fissures les plus infimes.
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Olga Grushin: 2010 National Book Festival.
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