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Critique de EvlyneLeraut


EvlyneLeraut
  06 septembre 2021
Initiatique, magistral, bien au-delà du piédestal de la littérature, « Les ombres filantes » est un chef-d'oeuvre. Inaugural, le roman cède la place à l'immensité et ses mystères dévoilés. le livre est une lanterne dans le sombre de la nuit. Les espaces sont des conjugaisons, des entrelacs. La fusion du corps et de l'esprit est si formidable que l'histoire même s'efface. Les hôtes des pages ont un devoir : apprendre au lecteur (trice) les forces intrinsèques et les courages alloués. Christian Guay-Poliquin est digne d'un génie évident. « le poids de la neige » était un miracle. Là c'est l'intensité qui est gémellaire. L'atmosphère est oppressante, vitale, elle signale les déroutes, les vacillements, l'écologie blessée dans sa chair. Les dangers des dépendances sont des poids lourds sur le dos. On ressent la même ambiance, le voluptueux des déambulations, le livre qui donne la vie. On est en mouvement jour après jour, l'ombre filante qui ne lâche rien. Pas même un point, une virgule, une parole. La besace récolte la trame, le pain pour la faim, et l'eau pour la soif. La saveur spéculative d'un renom hors pair. Un certain jour : une forêt (grandiose), une panne gigantesque, plus d'électricité. le drame d'une contemporanéité à bout de souffle. Tout s'arrête, se fige. Les industries sont à l'agonie. Tout est manque crucial. Les habitants veulent fuir la zone vaste comme le monde, plus d'essence. La faim gronde et les hommes deviennent des loups féroces.
« Depuis la panne, tout a changé, mais les lois de la forêt perdurent. Soit on se montre pour défendre son territoire, soit on courbe l'échine et on passe son chemin. »
Partir vite, à pied, malgré les risques, les pièges, le sombre aux abois, et la peur de l'autre, hier son voisin de palier.
« Je m'allonge dans cet espace étroit en fumant un second mégot. Je songe à l'éternelle danse des proies et des prédateurs. À guerre lasse du hasard et de l'inexorable. À la loi du plus fort, du nombre et de la nuit. »
L'homme marche, seul, en pleine forêt. Sa quête : rejoindre sa famille qui vit dans un camp de chasse, à mille lieux de toutes terres habitées. Blessé, dans la nature enivrée de ses droits et vengeances, il se sait vulnérable.
« Les visages de ceux et celles que j'ai rencontrés depuis le début de la panne me hantent. Je me demande où ils peuvent être à présent. Difficile à dire, l'avant est un monde enseveli avec ses destinées interrompues et ses promesses. L'après, un tas d'incertitudes qu'il vaut mieux taire. Entretemps, chacun fait ce qu'il peut pour donner du sens à ses gestes. »
Les ombres de la nuit sont des tarentules. Chaque bruissement, perle de rosée est un appel à la survivance. L'homme errant puise dans les signes la ténacité des solitaires. Les arbres détournent les hostilités. Tout est une question de mental. Ne pas abdiquer, ni se perdre. Tel un mirage, un enfant surgit, semblable au Petit Prince ou tout simplement le symbole de l'enfance écorchée vive au fronton des indifférences. Olio, le mage va intuitivement métamorphoser le périple de binôme devenu. Énigmatique, lumineux, pur, Olio est l'ombre filante, l'étoile du Sud. de jour en jour le voyage devient salvateur et renaissance intérieure. La panne géante d'électricité côté ville, la fin d'un millénaire d'outrance et d'orgueil, un monde apocalyptique se dévoile, certes, mais bien au-delà il y a l'ombre filante. Ils vont réussir à rejoindre la famille du narrateur. Vivre autrement, en autarcie. Encerclés de rivières, de forêts, une île mirage en pleine terre. La communauté est de concorde et d'équité. Rien ne doit faillir, trembler, tout s'échange et se partage dans l'orée d'un rythme primaire de survie absolue.
« L'arbre paraît encore plus imposant une fois au sol, avec son tronc plissé, ses branches tortueuses et sa tête encore imprégnée de ciel. Il a laissé un large trou dans la canopée. Et déjà les jeunes pousses se gavent de la lumière qui leur était interdite. »
« L'été avance, toujours pas d'orignal et nos réserves d'huile, de pâtes, de riz diminuent chaque jour. »
La vie reprend dans la majestueuse première lettre de l'alphabet. La palingénésie dans une communauté où la chasse et la pêche sont les salaires. le monde d'avant figé dans une satire amère. Ce livre est un avertissement face à nos arrogances. le narrateur et Olio cercle d'amour fraternel, ombre filante, l'osmose des liens infaillibles. Résisteront-ils dans cette clairière familiale ? L'horizon peut-il dévoiler le renouveau ? Ce roman des bienheureuses filiations est une échappée dans l'espérance. La preuve des attachements incommensurables. L'écologie, la politique sociétale, les sciences humaines, les philosophies, ici tout est boussole et prouesse. Une aurore boréale, l'éternité.
« le paysage s'étend comme on déplie une carte topographique. »
« Les ombres filantes » est transcendant. Un futur classique, un livre perpétuel, culte. Publié par les majeures Éditions La Peuplade.

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