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EAN : 9782290335345
186 pages
Éditeur : J'ai Lu (01/12/2003)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.01/5 (sur 409 notes)
Résumé :
Lettres
Ces lettres ont été éditées et mises en ondes par Radio France et vous trouverez ici les plus fortes, les plus touchantes, les plus révélatrices, choisies parmi plus de 8000 lettres reçues.
Elles nous racontent une autre guerre parfois très différente des clichés lénifiants de nos livres d'histoire. Elles nous font entendre la vérité des mots écrits et prononcés par les parents de nos parents.
Jean Pierre Guéno & Yves Laplume
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
tiptop92
  23 février 2020
Jean-Pierre Gueno - Paroles de poilus : lettres de la Grande Guerre - 1998 : Louis Vanryckeghem à tout juste 18 ans en 1914 quand la Belgique est attaquée par les allemands. Mobilisé parmi les premiers, ce colosse d'1m90 qui se destinait à être instituteur se retrouve mitrailleur dans une unité d'élite flamande. Commence alors quatre années de combats interrompues un temps quand gazé à Ypres il doit garder le lit pendant plusieurs mois. Mais la boucherie à besoin de soldats et dés qu'il retrouve un semblant d'intégrité il est incorporé à nouveau. La somme, Verdun, le chemin des Dames, il est de tout les combats, de tous les massacres protégé par une main invisible qui lui évite les blessures physiques mais sûrement pas la peur, la fatigue et le désespoir. Toutes ces années de jeunesse gachées par un nationalisme exacerbé qui a vu des peuples entiers s'entre-tuer pour quelques mètres de terrain ont hanté sa vie à tout jamais. A force de bouffer de la terre dans les tranchés, il est devenu paysan, abandonnant ses rêves d'enseignant dégoutté par un système d'endoctrinement éducatif qui a formé des générations d'enfants à marcher docilement à l'abattoir. Cet homme c'était mon grand-père maternel, mon pépé. Il est décédé alors que moi même je prenais l'uniforme pour servir mon pays dans des circonstances moins tragiques (que sont nos guerres à coté de la leur ?). de lui il me reste des souvenirs d'adolescence, les récits de combat à coup de pelles, de baïonnettes, le marmitage, la boue, les poux. Mon aïeul, n'était pas de ceux qui gardaient le silence, au contraire, je ne crois pas l'avoir jamais entendu parler d'autre chose que de la guerre qu'il trimbalait comme un traumatisme éprouvant. Lui qui n'a jamais voyagé se délectait de raconter ses rencontres avec des peaux rouges, des indous et des africains qui constituaient son seul dépaysement au milieu d'une vie de labeur. Une anecdote continue de me frapper et de m'émouvoir quand je la raconte à mon tour, elle en dit long sur l'état de délabrement physique dans lequel se trouvait ces malheureux : Nous sommes en 1916, Louis est avec son unité dans une salle d'attente de la gare de l'est prêt à repartir au front, un autre régiment Belge vient les rejoindre et évidemment on taille la bavette pour avoir des nouvelles du pays. Au cours de la conversation, il trouve un type du même village et alors qu'ils commencent à parler de connaissances communes, il se rend compte que cet homme est son frère qu'il n'a pas vu depuis deux ans, ils ne sont pas reconnus ! Il y a plus de cent ans maintenant sonnait la fin d'une des pires hécatombes de l'histoire de l'humanité. En parlant de Louis, c'est à tous les poilus que je voulais modestement rendre hommage, aux morts et aux quelques survivants. Car certaines des lettres qui sont réunies ici auraient pu être écrites par mon grand-père, elles sont pour la plupart déchirantes et révoltantes. Ce n'est pas le patriotisme ce sentiment de pacotille qui faisait tenir ces hommes mais l'amour pour leurs proches et l'espoir pour beaucoup de les revoir. Il faut lire ces témoignages, s'imprégner des mots de ces soldats  plongés dans un tel chaos qu'il ne leur laissait guère d'illusion sur leur sort. Plus qu'un devoir de mémoire, c'est faire oeuvre d'humanité que de se pencher sur ces missives qui durent bien souvent recevoir les larmes de ceux qui les ont redigées et de celles qui les ont lues... un recueil bouleversant
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EosMayonnaise
  14 mars 2013
Un livre émotionnellement difficile pour les hypersensibles.
J'ai passé la moitié de mon temps à pleurer en lisant ces lettres. Ces hommes fusillés pour l'exemple qui écrivent leur toute dernière lettre la veille de leur exécution (le gouvernement n'a pas fait que des jolies choses...), un poilu qui écrit à sa mère qu'il est heureux de remonter au front car l'accueil froid et indifférent reçu lors de sa permission lui a glacé le sang et lui fait souhaiter de partir auprès de ses camarades, et les lettres écrites le jour de l'armistice...
Que d'émotions, des hommes malheureux, qui ont perdu tout contact avec les réalités et qui ne comprennent pas le sens de tout ça.
Ce qui m'a le plus frappée dans ces lettres, c'est tout l'amour qui s'en dégage. Ces hommes ne parlent que très peu de l'ennemi, mais ils parlent à et de leurs familles. Les mamans, les épouses, les frères et soeurs, que de profonds messages d'amour.
Un seul petit bémol, le fait qu'il n'y ait pas d'ordre chronologique m'a un peu gênée. J'ai bien compris la façon d'attaquer de M. Guéno, mais j'ai quelques TOCs et mon pauvre cerveau détraqué a un peu de mal avec ces dates qui ne se suivent pas.
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Tostaky61
  31 décembre 2016
Il y a cent ans, de jeunes hommes mouraient par milliers, dans une des guerres les plus meurtrières que notre planète ai connue.
Mobilisation générale le 2 août 1914, pour quatre ans de guerre, que dis-je, quatre années de boucherie, indignes de l'humanité. Mais qu'y a-t-il d'humain dans une telle barbarie.
Paroles de poilus, c'est des bouts de témoignages, des lettres, des cartes, des carnets, adressés à des femmes, des mères, des sœurs, des pères, des enfants, des amis. Des mots échappés de l'enfer. Des confidences, des témoignages, émouvants, parce que parfois rédigés quelques heures avant de mourir.
Des adieux, des déclarations d'amour, des angoisses.
Simple soldat, gradés, dernière lettre de condamnés à mort. Français ou Allemand, unis dans la même galère, fraternisant parfois.
Certains prêts au sacrifice, d'autres, s'interrogeant, d'autres encore faisant l’édifiant constat de l'indifférence, parfois, de civils peu concernés ou d'une hiérarchie politicienne méprisant la vie humaine.
Dans ces quelques lignes, parfois maladroites, il y a l'amour, la mort, l'horreur des combats, les souffrances, les blessures, les espoirs et les peurs.
Que nous reste-t-il aujourd'hui de tous ces sacrifices ?
Ne les oublions pas.
Un recueil à lire et à faire lire aux jeunes générations pour que ces poilus ne soient pas morts pour rien.
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mcd30
  11 novembre 2017
C'est de circonstance aujourd'hui, je cherchais une bd et je le vois. Il n'y pas de hasard, mon arrière-grand-père est mort à Verdun. Quel courage de la part de ces hommes qui s'inquiètent beaucoup plus de leur famille que de ce qui pourrait leur arriver. On ne peut que leur rendre hommage.
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araucaria
  23 avril 2012
Des textes très émouvants écrits par nos poilus. Des témoignages de la guerre de 14/18, qui sont notre mémoire. Très beau recueil, qui collecte des instants de vie, d'inconnus plongés dans la tourmente, au coeur de l'Histoire. Ce livre est à conserver précieusement, voire pieusement, et à faire lire aux jeunes générations.
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Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine43   17 juillet 2011
Ma bien chère Lucie,

Quand cette lettre te parviendra, je serai mort fusillé. Voici pourquoi :
Le 27 novembre, vers 5 heures du soir, après un violent bombardement de deux heures, dans une tranchée de première ligne, et alors que nous finissions la soupe, des Allemands se sont amenés dans la tranchée, m'ont fait prisonnier avec deux autres camarades. J'ai profité d'un moment de bousculade pour m'échapper des mains des Allemands. J'ai suivi mes camarades, et ensuite, j'ai été accusé d'abandon de poste en présence de l'ennemi. Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de Guerre. Six ont été condamnés à mort dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple. Mon portefeuille te parviendra et ce qu'il y a dedans. Je te fais mes derniers adieux à la hâte, les larmes aux yeux, l'âme en peine. Je te demande à genoux humblement pardon pour toute la peine que je vais te causer et l'embarras dans lequel je vais te mettre... Ma petite Lucie, encore une fois, pardon. Je vais me confesser à l'instant, et espère te revoir dans un monde meilleur.
Je meurs innocent du crime d'abandon de poste qui m'est reproché. Si au lieu de m'échapper des Allemands, j'étais resté prisonnier, j'aurais encore fa vie sauve. C'est la fatalité. Ma dernière pensée, à toi, jusqu'au bout.

Henry FLOCH
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genougenou   18 avril 2020
Transcription conforme à l'original
Mercredi 29 septembre 1915
Ma chère Louisette,
Je t'ai promis, presque solennellement, de te dire la vérité ; je vais m'exécuter, mais en revanche tu m'as donné l'assurance que tu aurais les nerfs solides et le cœur ferme.Je suis depuis ce matin dans des tranchées conquises depuis 2 jours, l'ensemble de ces tranchées et boyaux forme un véritable "labyrinthe", où j'ai erré 3 heures cette nuit, absolument perdu. Les traces de la lutte ardente y sont nombreuses et saisissantes ; et d'abord elles sont plus qu'à moitié détruites par l'ouragan de mitraille que notre artillerie y a lancé, aussi sont-elles incommodes et horriblement sâles malgré les réparations urgentes que nous y avons faites ; tout y manque : l'eau (propre ou sale), les boyaux, les latrines ; elles sont à moins de 200 mètres de la 1ère ligne ennemie, avec laquelle elles communiquent par des boyaux obturés ; elles sont parsemées de cadavres français et allemands ; sans presque me déranger j'en compte bien 20 figés dans les attitudes les plus macabres. Ce voisinage n'est pas encore nauséabond, mais il fait tout de même mal aux yeux ; ce matin, à 5 heures, nous arrivons mouillés et harassés, et j'entre dans le premier abri venu pour me détendre, j'avise une bonne planche, m'y étends, la trouve moelleuse, mais 5 minutes après je m'aperçois qu'elle fait sommier sur 2 cadavres allemands ; et bien, crois-moi, ça fait tout de même quelque chose, au moins la 1ère fois. On marmite fort tout autour de nous et vraiment c'est parfois un vacarme ; déjà je ne salue presque plus.Le mal n'est pas là ; il est surtout dans le temps qui est affreux ; depuis 3 jours au moins, les rafales de pluie succèdent aux averses ; les boyaux sont des fondrières inommables, où l'on glisse, où l'on se crotte affreusement ; aussi suis-je sâle au superlatif, au moins jusqu'à la ceinture ; mes mains sont boueuses et les resteront jusqu'au départ ; mes souliers sont pleins d'eau ; heureusement le corps est sec, car l'air est presque froid et le ciel livide. Autour de moi les gens font une tête ! Il nous faudra beaucoup de patience et de moral.Nous sommes coiffés du nouveau casque en tôle d'acier ; c'est lourd et incommode, mais cela donne une sérieuse protection contre les éclats de fusants et contre les ricochets, aussi le porte-t-on sans maugréer. Nous avons aussi tout un attirail contre les gaz asphyxiants. Mais nous serons mal ravitaillés : un seul repas, de nuit, qui arrivera froid le plus souvent ; et cela s'explique à la fois par la longueur des boyaux et par la difficulté de parcourir une large zone découverte.A ce tableau un peu sombre mais véridique il convient d'ajouter deux correctifs ; d'abord nous aurons un rôle défensif, nous sommes chargés de mettre en état le secteur très bouleversé ;ensuite les Allemands contre-attaquent peu, par suite du manque d'effectifs et de l'état de leurs affaires en Champagne. Pour ces 2
raisons, il se pourrait très bien que nous n'ayons pas à les regarder dans les yeux ; c'est d'ailleurs le vœu unanime ici.Ma lettre va t'arriver en pleine période de réinstallation et de soucis ; j'essayerai d'en prendre ma part de loin ; cela me distraira et me fondra un peu plus avec vous. Je te souhaite du calme et du courage pour triompher de ces petites difficultés.Tu sais combien je t'aime et quels tendres baisers je t'envoie, partage avec nos chers petits.
(signé) Déléage
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VilloteauVilloteau   25 janvier 2013
Mes chers parents,

Je suis encore vivant et en bonne santé, pas même blessé, alors que tous mes camarades sont tombés morts ou blessés aux mains des Boches qui nous ont fait souffrir les mille horreurs, liquides enflammés, gaz asphyxiants, attaques […].

Ah ! Grand Dieu, ici seulement, c’est la guerre. Je suis redescendu de la première ligne (ligne la plus proche du front) ce matin. Je ne suis qu’un bloc de boue et j’ai dû faire racler mes vêtements avec un couteau car je ne pouvais plus me traîner, la boue collant à mes pans de capote après mes jambes […]. J’ai eu soif, j’ai connu l’horreur de l’attente de la mort sous un tir de barrage inouï.

Je tombe de fatigue, voilà dix nuits que je passe en première ligne. Je vais me coucher, au repos dans un village à l’arrière où cela cogne cependant. J’ai sommeil, je suis plein de poux, je pue la charogne des macchabées. Je vous écrirai dès que je vais pouvoir.
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karamzinkaramzin   08 février 2020
...
La traversée de Commercy se fit au pas cadencé arme sur l'épaule. Il importait de ne pas offrir le spectacle d'un troupeau incohérent et flasque. Montrer à la population les signes extérieurs d'une troupe organisée et disciplinée. Dieu ! Que c'est long ce bourg ! Si je traînais au pas un sabre à gland de crin, comme je penserais différemment sans doute ! Mais ma baïonnette s'empêtre dans mes cuisses ; mon col tiré en arrière m'étrangle ... une-deux ! Vas-y c'est beau ! Regardez, bourgeois, notre pas cadencé permet à votre volaille de cuire en son four.
Par hasard, en levant les yeux, j'aperçus une fillette jolie et mièvre un peu ... A voir ses yeux émus et admiratifs, j'ai compris que sans doute nous étions beaux ... et grands. Nous allions par là-bas, où l'on meurt, où l'on est défiguré, haché, déchiré ... et nous y allons ... au pas, au son des cuivres aigus ... Nous portons dans nos cartouchières la mort. Nos fusils tuent. Nous sommes forts et doux peut-être ... Nous sommes une bête formidable qui pourrait broyer cette enfant, sans la voir, sans entendre ses cris et sa plainte. Son admiration est une vague d'effroi et de piété. Nous sommes un énorme troupeau de formidables douleurs ... Nous sommes un rempart des joies de l'amour, du bonheur ... Sans accepter cette tâche, nous mourrons pour elle ... Peut-être cette enfant ignorante, naïve, coquette, ne l'a-t-elle pas compris. Mais elle l'a senti ... son regard me réchauffe, son admiration m'a fait tendre le jarret, son sourire m'a donné du cœur. Elle était peut-être tout simplement jolie ! A mes côtés, sous son regard, mes camarades eux aussi se sont redressés ... mille rêves ont peut-être caressé leur pensée ... Un charme sensible paraît les avoir touchés et parce qu'une fillette les voyait, ils eurent un regard plus serein et plus clair, une démarche plus ferme, un front plus guerrier ...

La foi me manque ; j'ai une foi stérile et creuse. Elle ne sert pas de moule à ma vie. Elle n'entretient pas une mystique à mes actions. Elle n'éveille qu'occasionnellement ma soumission.
Mes nerfs crient et se froissent à certaines imaginations et dans mon chaos, je ne trouve de causes et de raison à mes souffrances que le besoin de jouir et de paraître chez mille qui ne sont pas à la peine. Et si je refuse de souffrir pour leur donner des honneurs ou de la joie, des richesses et des maîtresses jeunes, jolies et parfumées, je ne suis pas assez austère pour agréer l'attente de ces maîtres, et j'ai l'estomac trop vide. Je suis trop sale et j'ai trop de poux. Je ne peux pas croire que c'est le fumier qui fait la rose - et que notre pourriture acceptée par le camp et la tranchée, que notre révolte, que notre douleur feront de la justice ou du bonheur. Et quel égoïsme de dire à son frère : tu mourras pour que je sois heureux ! N'est-ce pas là toute la guerre et le calcul n'est-il pas le squelette effarant qu'on cache sous les oripeaux d'honneur, de devoir militaire, de sacrifice ?
Chaque putain de guerre représente les mille douleurs de celui qui la porte, mille morts de ceux que le combat a fauchés, et les mille jouissances des ventres et des bas-ventres de l'arrière. Voilà ce qu'elle crie cette putain de guerre : Celui qui me porte est un naïf qui croit que les mots cachent des idées, que les idées feront du bonheur, et qui n'a pas vu quelles bacchanales son dévouement permettait derrière le mur formidable des discours, des proclamations, des compliments et de la censure ....

La marque extérieure de la distinction du militaire est la blancheur des mains. Je m'efforce de soigner les miennes : c'est un besoin, surtout quand j'ai le cerveau clair si bien qu'en regardant mes mains, je vois la netteté de mon esprit. Et des jours, j'ai les mains bougrement sales ! D'autres jours, je les admire et les contemple. Elles semblent vivantes d'une autre vie que la matérielle. Je sens en les voyant ce que je peux entreprendre comme d'autres voient ce qu'ils peuvent saisir. La main ne montre pas que des déformations professionnelles ; elle est la preuve d'une mentalité.

Henri Aimé Gauthé | Journal de guerre - extrait (Août 1914)
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VilloteauVilloteau   30 décembre 2012
Mercredi 5 mai 1915.

Chérie,

Voilà le baptême du feu, c'est chose tout à fait agréable, tu peux le croire, mais je préférerais être bien loin d'ici plutôt que de vivre dans un vacarme pareil. C'est un véritable enfer. L'air est sillonné d'obus, on n'en a pas peur pourtant : nous arrivons dans un petit village, où se fait le ravitaillement; là, on trouve dans des casemates enfoncés dans la terre les gros canons de 155; il faudrait que tu les entendes cracher, ceux-là; ils sont à cinq kilomètres des lignes, ils tirent à 115 sur l'artillerie "boche".

On sort du village à l'abri d'une petite crête, là commencent les boyaux de communication; ce sont de grands fossés de 1 mètre de large et de deux mètres de profondeur ; nous faisons trois kilomètres dans ces fossés, après on arrive aux tranchées qui sont assez confortables. De temps en temps, on entend siffler quelques balles, les "boches" nous envoient quelques
bombes peu redoutables; nous sommes à deux cents mètres des "boches", ils ne sont pas trop méchants.
Je me suis promené à huit cents mètres sur une route, à peine si j'en ai
entendu deux siffler; nous avons affaire à des Bavarois qui doivent en avoir assez de la guerre, ça va changer d'ici quelques jours.
Nous faisons des préparatifs formidables en vue des prochaines attaques. Que se passera-t-il alors, je n'en sais rien, mais ce sera terrible car à tout ce que nous faisons nous prévoyons une chaude affaire. J'ai le coeur gros mais j'attends toujours confiant; nous prévoyons le coup prévu avant dimanche. Si tu n'avais pas de mes nouvelles après ce jour, c'est qu'il me sera arrivé quelque chose, d'ailleurs tu en seras avertie par un de mes camarades. Il ne faut pas se le dissimuler, nous sommes en danger et on peut prévoir la catastrophe; sois toujours confiante malgré cela parce que tous n'y restent pas.
Alphonse.

Neuf jours après avoir écrit cette lettre, l’auteur a été tué par un obus.
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