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EAN : 9782490356294
176 pages
Chemin Fer (06/11/2021)
4.5/5   12 notes
Résumé :
[résumé Les éditions du Chemin de Fer, 2021]
Catherine Guérard nous emporte dans le monologue de son héroïne, bonne à tout faire, qui décide un jour de quitter ses patrons pour devenir "une libre".
Ce sont trois jours et deux nuits d'errance, à marcher dans les rues, s'asseoir sur les bancs, regarder les passants et écouter les oiseaux. La narratrice va se confronter à un monde qu'elle semble découvrir au fur et à mesure qu'elle l'arpente, un monde qui... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
tilly
  27 mai 2013
*** novembre 2021 : heureuse réédition d'un roman-culte, marquant et mystérieux ; merci aux éditions le Chemin de Fer ***
C'est un monologue intérieur, ininterrompu, qui dure environ quarante huit heures (et 204 pages) : celui d'une femme simple qui en a assez et qui part. On entend d'abord sa jubilation et sa fierté de planter là sa patronne, la concierge de l'immeuble, les commerçants de sa rue qui ne comprennent pas ce qui lui prend tout à coup. Puis, ses étonnements comiques (un self, le métro, un hôtel minable), ses bonheurs touchants (un banc, une rose, une pomme). Plus tard, sa rage et sa révolte, quand des personnes qu'on dit bien intentionnées tentent de mettre un terme à son envol, en la réinsérant malgré elle.
Catherine Guérard joue avec une ponctuation réduite au strict minimum (la virgule) pour rendre à l'écrit le flot des pensées de son héroïne. La virgule pour la respiration. Après tout quand on se parle à soi-même on ne met pas les points au bout des phrases, ni deux points, ni point virgule. Après une courte adaptation (relire les trois premières pages, par exemple) on pige vite le truc, le rythme.
Quel dommage que ce beau texte trop peu connu n'ait pas été adapté pour le théâtre. En le lisant, je pensais à (j'entendais) Yolande Moreau ou Corinne Masiero.
Voici ce que François Nourissier écrivait en 1967 à propos de Renata (extrait du Cycliste du lundi, page 215) :
Catherine Guérard apparut, il y a une bonne dizaine d'années, en publiant à peu d'exemplaires un court récit intitulé Ces princes. C'était l'histoire des amours d'un général et d'un polytechnicien, si ma mémoire est fidèle. le sujet, le ton, certain étonnement : on remarqua tout de suite Catherine Guérard. Après quoi les années passèrent, au long desquelles parfois, rarement, on put lire ici et là une nouvelle de cet auteur déconcertant. Puis vint l'automne 1967 et l'on découvrit un vrai roman de Catherine Guérard, composé il est vrai d'une seule phrase, mais une phrase longue de cent quatre-vingt-quinze pages. Cette phrase frôla le Goncourt, aventure qui prouve que nous pouvons tout attendre de cette romancière.
[...]
Catherine Guérard a écrit un roman qui défie l'imitation et décourage la comparaison : elle nous est réapparue comme sur un îlot, surprenante, souriante et secrète ; je ne sais pas ce qu'elle écrira ensuite, ni quand, ni même si elle n'attendra pas encore une dizaine d'années avant de se remettre au travail ; il n'en est pas moins sûr que nous avons affaire avec Catherine Guérard à un personnage exceptionnel ; Renata n'importe quoi suffirait à nous empêcher d'oublier son auteur. ”
Lien : https://tillybayardrichard.t..
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princessecop
  17 juillet 2022
Bonjour à tous et à toutes,
En ce beau dimanche de juillet, un autre retour de lecture, un livre de Catherine Guérard "Renata n'importe quoi" aux Editions le chemin de fer en 2021.
On ne sait rien ou si peu de Catherine Guérard. En 1967, elle publie "Renata N'importe quoi " chez Gallimard en lice pour le Goncourt. On dit qu'elle a été journaliste, qu'elle a écrit des nouvelles, qu'elle s'intéresse à la musique...Sa trace se perd après la parution de Renata, en écho au destin de son héroïne obsédée par le quête d'une liberté absolue et impossible. A ce jour personne ne sait nous dire ce qu'elle est devenue.
Un court extrait du livre : alors leur vie ne leur appartient pas, ils obéissent au temps, et j'ai pensé Moi je suis mieux qu'eux, ma vie m'appartient, je n'ai pas un patron qui possède ma vie, c'est horrible ça, j'ai pensé, d'avoir une vie qui n'ai pas à soi, c'est des fous ces gens, j'ai pensé, pour avoir de l'argent, ils vendent leur vie à quelqu'un d'autre, comme si on vivait mille ans, comme si on vivait deux fois.
Catherine Guérard nous emporte dans le monologue de son héroïne, bonne à tout faire, qui décide un jour de quitter ses patrons pour devenir "une libre".
Ce sont trois jours et deux nuits d'errance, à marcher dans les rues, s'asseoir sur les bancs, regarder les passants et écouter les oiseaux. La narratrice va se confronter à un monde qu'elle semble découvrir au fur et à mesure qu'elle l'arpente, un monde qui la rejette systématiquement, elle dont la liberté ne peut souffrir aucune entrave.
Le plus saisissant dans ce roman est la réussite magistrale d'un parti pris formel : une seule longue phrase ponctuée de quelques virgules et majuscules judicieuses. le flot du texte emporte le lecteur dans les ressassements et les obsessions d'une pensée pleine de candeur mais toujours déterminée et dangereusement radicale.
L'auteur joue avec une ponctuation réduite au strict minimum (la virgule) pour rendre à l'écrit le flot des pensées de son héroïne. La virgule pour la respiration. Quel dommage que ce beau texte trop peu connu n'ait pas été adapté pour le théâtre.
Elle a écrit un roman qui défie l'imitation et décourage la comparaison : elle nous est réapparue comme sur un îlot, surprenante, souriante et secrète. Elle évoque aussi la dépendance (le pendant de la liberté) et la solitude. Il existe aussi une forme d'urgence et d'agitation qui est rendue possible par le style et la vie de ce personnage féminin.
Une remarquable maîtrise du rythme et de la narration.
Bravo Catherine Guérin pour ce roman qui sort des sentiers battus. Mariaclara Baucere
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MarioIncandenza
  10 décembre 2021
La phrase de Renata, qui cherche la bagarre sur 160 pages, est en équilibre entre deux néants : la clochardisation et le salariat, l'insignifiance et le déterminisme. L'héroïne a quitté son travail, et elle est bien décidée à ne pas en trouver un autre. Pourtant elle transporte avec elle une pile de cartons, dernières attaches irrémédiables. de cet irrémédiable naît toute la beauté de la situation. On observe l'héroïne tenir sa ligne d'insoumission, tout en sachant qu'à un moment ou l'autre quelque chose devra tomber.
Renata ne veut plus obéir à rien. Elle oppose au monde un refus net de se conformer aux lois absurdes qui le régissent. Si elle est assise sur un banc et qu'il se met à pleuvoir, elle se demande : qui commande ? La pluie ? Alors elle reste assise sur le banc.
Elle n'est pas folle, ou bien si elle l'est c'est parce qu'elle ne veut plus jouer le jeu. Les gens qui ont des métiers, elle s'en moque. Les chambres d'hôtel, elle les fuit. Les métros, c'est sous terre. Les questions, elle y répond par des mensonges. Son nom, pourquoi ce ne serait pas celui d'une autre ? Pour Renata, plus rien ne tient, plus rien n'a de sens, sinon celui de l'aliénation. Désormais elle veut être "une libre" et c'est tout.
On la suit dans sa phrase, on espère qu'elle aille le plus loin possible. Jusqu'au point où le monde s'écroule enfin. Où l'ordre des choses s'anéantit. Elle porte en elle le plus bel espoir qui soit : celui de s'affranchir pour de vrai. Et cette langue très drôle jette au monde un sort définitif : avec elle, prendre un bus, se promener sur un boulevard, dormir dans une chambre, tout ce qui compose l'existence perd son naturel.
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soleil
  19 février 2022
Incroyable texte que celui de Catherine Guérard qui écrit ce roman en une seule phrase. Des virgules et majuscules sont là qui segmentent notre lecture et un seul point sonnera la fin de l'histoire.
Le lire nécessite de trouver notre rythme et requiert une attention particulière.
Une femme au service d'un couple décide de quitter cet emploi et emporte quelques paquets qui sont sa richesse. Elle décide d'être libre, de s'affranchir de tout.
Qu'est-ce que la liberté ?
Peut-on être libre ?
Sa déambulation dans les rues parisiennes va vite lui fournir quelques réponses. Elle se projette dans un autre métier mais très vite se rend compte que telle profession n'est pas un gage de liberté. Elle analyse ainsi tout le quotidien sous le faisceau de la liberté.
Le roman de Catherine Guérard évoque aussi la dépendance (le pendant de la liberté) et la solitude. Il existe aussi une forme d'urgence et d'agitation qui est rendue possible par le style et la vie de ce personnage féminin.
Au terme de trois jours et deux nuits de récit l'histoire se termine. J'ai été littéralement sonnée par cette fin que l'auteur nous propose et qui nous laisse à nous, une liberté et ouvre un horizon. Soufflée.
Très belle découverte.
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Medulla
  12 janvier 2022
Une lecture jubilatoire et drolatique que celle de Renata n'importe quoi. Une ode à la liberté, à l'expression d'une personnalité hors norme, d'une candeur touchante et d'une innocence sauvage. Anti capitaliste, anti système, une envie de claquer la porte des mesures bourgeoises et de la bienséance, lire Renata fait du bien. Surtout à voix haute.
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critiques presse (1)
Bibliobs   23 novembre 2021
Strident comme un cri dans la nuit, poignant comme un adieu, ce monologue intérieur et itinérant, dont la révolte sociale emprunte au théâtre de Genet, semble destiné à la scène. Il est tellement prémonitoire.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
tillytilly   26 février 2022
, Bien, elle a dit, avez-vous une pièce d’identité ou une quittance de loyer, et moi j’ai dit Oui, et j’ai cherché mon vieux portefeuille dans mon sac et j’ai pris dedans ma carte d’identité et je l’ai donnée à la bonne femme mais je n’étais pas contente, ça ne la regardait pas mon âge et mon nom et tout ça cette bonne femme, et elle l’a regardée et tout de suite elle a dit Mais elle n’est plus valable votre carte, alors moi j’ai été en colère Pourquoi, j’ai dit, Mais parce qu’il y a vingt-cinq ans qu’elle a été faite, elle a dit, Et alors j’ai crié, moi c’est moi, il y a vingt-cinq ans c’était moi aussi, Je regrette, elle a dit en me tendant la carte, je ne peux pas vous ouvrir un compte avec ça, C’est la loi des banques, j’ai demandé, C’est le règlement elle a dit, Tous des saletés alors ces règlements, j’ai dit, et puis j’ai repris mes paquets et je suis partie vers la porte mais la bonne femme m’a rappelée Vous oubliez votre carte, elle a crié, mais ça m’était bien égal, à quoi elle me servait cette carte, une indiscrétion qui disait mon âge et tous les secrets sur moi, alors je suis sortie de la banque sans retourner la prendre, ma carte, et dans la rue j’étais bien contente que plus personne puisse savoir comment je m’appelais, si on me demandait je dirais que je m’appelais n’importe quoi, Renata Mésange, Renata Fougère, et puis voilà ils ne sauraient jamais la vérité, personne, et c’était encore plus la liberté qu’avant, ça, et j’étais toute heureuse,
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tillytilly   26 février 2022
, et je voyais des fenêtres allumées dans la maison d’en face et j’ai pensé Est-ce qu’il y a des femmes heureuses qui habitent là, est-ce que ça existe d’être heureux quand on n’est pas libre, j’ai pensé, Non, j’ai pensé, on n’est pas heureux quand on rentre dans la même maison tous les jours, et longtemps j’ai regardé les fenêtres allumées, et je pensais que moi je n’avais jamais été heureuse, alors j’ai pensé à Paul, et puis j’ai encore regardé la maison aux lumières et j’ai pensé Si je mettais le feu à la maison, tout brûlerait, et comme ça les gens seraient libres puisqu’ils n’auraient plus de maison, Et avec quoi je mettrais le feu, j’ai pensé, Avec les lettres de Paul, j’ai répondu à ma pensée, alors là j’ai ri, j’étais bien gaie, Brûler les lettres de Paul, j’ai pensé en rouspétant cette bête idée, ça jamais, les lettres de Paul c’est comme mon cœur, et je riais, et j’ai pensé Ça pour une bonne soirée c’est une bonne soirée, et alors j’ai dû faire un peu de bruit à chanter des petits airs parce que tout à coup il y a eu une lumière qui s’est allumée derrière moi, et une dame est sortie de la maison où j’étais assise Et alors, elle a dit, ce n’est pas l’Opéra ici,
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tillytilly   26 février 2022
, et je suis repartie, comme ça, je ne savais pas où, n’importe où, Toujours pas à l’hôtel, j’ai pensé, payer pour ne pas être libre, ah non, et le petit soir tombait et moi j’aimais quand le petit soir tombait, c’était un beau moment de la journée et j’ai pensé Personne ne connaît comme c’est beau, cette heure, ils sont toujours pressés à cette heure-là, à toutes les heures ils sont pressés, alors j’ai pensé Si les autres n’en profitent pas cette heure elle est à toi, et j’étais si contente que c’était comme si mes yeux riaient de joie, alors j’ai pris une rue plus tranquille et au bout de cette rue le ciel était rose, et il y avait des jolis cris d’oiseaux qui tournoyaient dans le ciel, et alors j’aurais bien voulu m’asseoir pour profiter bien de cette jolie vie, mais il n’y avait pas de bancs, alors j’ai continué des rues vers le ciel rose, et puis maintenant c’était une petite nuit qui tombait et tout est devenu gris et des ombres, et alors j’ai pensé Ceux du métro, et ceux qui dînent, et ceux des cinémas, ils manquent tous cette belle heure, ils manquent toute la beauté, Alors c’est moi la reine de la nuit, j’ai pensé,
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