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Critique de Wild_One


Wild_One
10 septembre 2017
On le nomme « L'Ange de la mort ». Aux yeux du monde, il est le tristement célèbre médecin-bourreau d'Auschwitz et a perdu son statut d'homme pour avoir honoré la cause la plus abjecte, celle de son Führer, celle de de l'ignominie. Par un simple geste du bras, il a envoyé des milliers d'êtres humains dans les chambres à gaz. Il a aussi torturé, mutilé, pratiqué des vivisections pour mener des expériences pseudo-scientifiques que l'esprit le plus dérangé ne serait à même de concevoir. Il est un criminel de guerre. Il est celui dont l'Histoire ne voudrait pas se souvenir. Il est Josef Mengele. Il demeure impensable que des hommes aient pu aider une ordure pareille à sauver sa peau à l'heure où le nazisme voit ses dernières braises inéluctablement s'éteindre et pourtant… En juin 1949, Josef Mengele débarque en Argentine sous une fausse identité. Aidé de quelques complices mais aussi de la Croix-Rouge, il rejoint ainsi bon nombre de ses compatriotes qui voient en l'Amérique du Sud une terre d'asile au moment où l'Europe les vomit. Olivier Guez, avec La disparition de Josef Mengele, invite le lecteur à se plonger dans les méandres de la fuite de ce monstre. Fortement documenté et étayé mais jamais pesant ni indigeste, son livre se présente sous la forme d'un roman dans lequel le lecteur suit la résurrection de ce criminel sur l'autre continent. C'est aussi une étude nécessaire et maîtrisée apportant bon nombre d'éclairages sur la fuite des criminels de guerre nazis et sur les réseaux grâce auxquels ils ont pu renaître en Amérique Latine et se construire une nouvelle identité. L'intérêt de cette oeuvre réside également dans la psychologie prêtée à Mengele se révélant être, au fil des pages, un psychopathe froid, calculateur, dévoué à la cause aryenne et surtout dénoué de remords. Epaulé par le régime péroniste, voyant dans une hypothétique troisième guerre mondiale, la possibilité d'étendre son pouvoir, charismatique et sachant toujours rebondir, le Mengele de Guez a de quoi susciter la haine des plus insensibles. On voudrait qu'il paye, qu'il se repente, que sa conscience le mette au supplice mais force est d'admettre qu'il est une crevure de la pire espèce : celle qui ignore de façon notoire être une véritable crevure. L'Argentine devient sa deuxième patrie mais le temps de l'oisiveté et de la jet-set cède, peu à peu, le pas à celui de la fuite. Mengele devient une bête de proie et ils sont nombreux à ses trousses : le Mossad, Wiesenthal, les Klarsfeld… Les pages d'Olivier Guez suintent alors la peur de ce personnage, si inhumain et barbare, qui est donc capable d'émotions. Qu'est ce qui est le plus insupportable au fond ? Que des hommes aient péri de la main de ce tortionnaire sans qu'il puisse être inquiété ? Qu'il ait pu refaire sa vie quand d'autres pleuraient leurs morts ? Que l'on tue encore au nom d'une religion, d'un peuple ou d'une couleur de peau ?

Je remercie les éditions Grasset pour leur confiance.
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