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EAN : 9782707337993
88 pages
Editions de Minuit (19/05/2016)
3.96/5   135 notes
Résumé :
"J'avais connu Vincent en 1982, alors qu'il était un enfant. Il l'était resté dans mes rêveries, je devais me résoudre à ce qu'il soit devenu un homme, je continuais à l'aimer pour ce qu'il n'était plus. Depuis six ans il envahissait mon journal... Qu'est-ce que c'était ? Une passion ? Un amour ? Une obsession érotique ? Ou une de mes inventions ?"
Parmi les textes d'Hervé Guibert, Fou de Vincent est celui où se mêlent le plus étroitement l'érotisme et la te... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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« C'était un contrat trop cruel : pour qu'on se voie, il fallait qu'il aille mal et que j'aille bien ».

La jouissance du texte, au sens barthésien du terme, est celle qui déroute, dérange, qui va à l'encontre de notre système de valeurs, de nos goûts.
Ce texte est encapsulé dans de petits paragraphes, des chapitres aux allures d'aphorismes, il faut tourner 28 pages pour lire une pleine feuille.

“Le (un) travail de la littérature : apprendre à se taire.”

C'est que Guibert, l'une des figures du mouvement qu'on appelle alors « l'autofiction », a pour principal matériau littéraire son entourage. Ses parents, amis, amants, Vincent, Michel Foucault ou Isabelle Adjani se retrouvent personnages, souvent malmenés, des livres publiés par l'auteur tout au long des années 80.

On peut reprendre les premiers mots de son recueil « Les Aventures Singulières » paru en 1982 : « trouvant la narration ennuyeuse », pour comprendre la structure qu'il donne à ce court roman. Pas de narration. Il adopte une chronologie inversée et refuse la psychologie du personnage, le schéma narratif linéaire, le contexte socio-historique, et les descriptions balzaciennes.

“Ça m'as rappelé ces nuits blanches juvéniles à deux, les toutes premières, où la sensualité l'emporte sur l'épuisement, où la recherche vaine du plaisir devient plus exaltante que le plaisir attendu, et où les corps se mettent à dégager une étrange odeur, au-delà de la sexualité, une sueur d'absolu.”

Fou de Vincent, paru en 1989, est une suite de fragments sur une rencontre amoureuse s'étalant sur plusieurs années, qui n'est pas sans rappeler les Fragments d'un discours amoureux, de Roland Barthes. Ainsi Guibert m'as semblé être un écrivain barthésien. L'effroi de la perversion en plus. Mais la distanciation, l'étude méticuleuse, anecdotique de l'objet du sentiment amoureux y sont semblables.
Guibert, qui a connu Barthes et repoussa même ses avances dans les années 70, me le confirme page 51 “ relu hier soir avec émotion en attendant Vincent, des passages des Fragments d'un discours amoureux : l'impression que je poursuis souvent des choses indiquées par Barthes.”

Le sémiologue, qui dénonçait la solitude de celui qui veut exprimer son sentiment amoureux et qui se proposa d'y palier avec son livre, a aidé Guibert à formuler son discours, en évitant l'écueil que Barthes avait vu qui est celui de « l'histoire d'amour » sorte de concession à la société, sorte du retour de l'amoureux dans le corset social, toujours une construction logique a postériori.
Sur le plateau d'Apostrophes, Françoise Sagan déclarait à Barthes qu'on ne peut pas écrire quand on est amoureux, en tout cas on ne peut pas écrire une histoire d'amour, ainsi ces fragments, extraits du journal de Guibert, ne sont que le reflet brut des élans du corps et du coeur, sans liant.

« Incapacité définitive de draguer : plutôt établir des contrats de prostitution (proposer à Vincent d'être ma geisha-mon geisho ?) ».

Fou de Vincent, c'est aussi le règne d'une impudeur immanquablement provocante, souvent malaisante, mais pas de son seul fait. C'est une dialectique, pour choquer, il faut trouver un parfait partenaire sujet au choc: le corps social, la société française des années 80. Ce sont les tabous de la société liés à l'érotisme, à ce qu'on en fait mais que l'on tait scrupuleusement, où sauf dans certains espaces, sur certains divans, sur certaines ondes, à certaines heures. Enfin, la littérature n'est elle pas le lieu le plus commode pour être bousculé, mal à l'aise, parfois même révulsé, c'est un malaise à peu de frais, assis confortablement dans son fauteuil, il suffit de refermer le livre pour que prenne fin le tourment de l'expérience de lecture.
La lumière, projetée sur les clichés fragmentaires, au sens photographique (Guibert était un photographe reconnu), n'est ni fugace, ni floue, elle est crue, froide, et limpide, c'est le corps-viande, avec ses odeurs, ses sécrétions, sans honte et sans métaphore, à quelques exceptions près : “Il a dansé dans ma bouche », sur Kiss de Prince. Ambiance torturée mais pop.

« Il dit : j'avais décidé de ne plus aimer les hommes, mais toi tu m'as plu » Vincent aura toujours le choix, et Hervé lui-même, ne choisit-il pas des bisexuels, comme le personnage de T. également, pour éviter d'avoir à s'engager ?
Est-il vraiment question de l'éventualité d'une transcendance, de la possibilité d'un couple, est-ce que le personnage d'Hervé la recherche vraiment ?

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Au début, Vincent meurt.
A la fin, Hervé rencontre Vincent.

En apprenant la mort de celui dont il fut dévoré d'amour, Hervé Guibert dans une de ses autofictions habituelles nous livre, à rebours, des fragments de son journal pour nous raconter qui était son Vincent. Et à travers les mots on découvre un jeune homme qui aurait pu paraître excessif si Guibert ne l'était encore plus, toujours plus. Et puis Vincent il aime surtout les femmes, la drogue et l'alcool alors pour le détourner de ses démons, il faut toute l'imagination débridée de l'écrivain pour le retenir, le revoir, l'attendre des nuits durant, l'espérer, l'aimer lui et encore plus son absence, prêt à n'importe quoi pour cet amour qui est si peu payé de retour. Parce que Vincent l'a bien compris, Guibert est fou de lui, alors selon ses humeurs et ses aspirations il choisit d'en faire ce qu'il veut. Un jour câlineur, le lendemain bourreau. Et puis des exigences, d'argent, de drogue, de temps... Guibert amoureux accepte tout, se soumet, oublie sa dignité, s'oublie lui-même, qu'importe du moment qu'il revoit Vincent le lendemain.

♪ You took your life, as lovers often do
But I could have told you, Vincent ♪
♫ This world was never meant for one
As beautiful as you ♫

Journal d'une passion à sens unique, Fou de Vincent nous dévoile un Hervé Guibert dont on ne sait plus si c'est d'amour qu'il se transit ou d'attente et d'espoir forcenés car bien entendu, moins Vincent lui cède, plus il en est dingue et s'il avait semblé ne pas prendre autant de plaisir à ce tourbillon masochiste que sans aucun doute il se délecte à entretenir, on souffrirait avec lui. Mais finalement puisque chacun paraît y trouver son compte...

On retrouve dans Fou de Vincent l'exacte recette dont sont cuistancés les textes les plus admirables de Guibert quand sans retenue ni fausse pudeur celui-ci, entre érotisme poétique et obscénité débridée, laisse s'exprimer tout son mal être et nous enseigne que l'amour, loin d'épanouir son homme, se doit d'en faire baver des ronds de chapeaux pour qu'on accepte, un jour, d'y prêter attention.
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Fou de Vincent. Fou de désir. Fou.
Hervé Guibert raconte, à travers son journal, son histoire d'amour avec Vincent, jeune homme extrême et excessif dont l'autodestruction mènera à la mort.
Les fragments d'amour sont fugaces et intenses. Les hommes ne se voient pas souvent, ils partagent quelques soirées, quelques jours de voyage.
Très vite, Vincent mène la danse. Il décide de tout, il est le maître du jeu. Commence alors une véritable torture pour Hervé G., qui se sait terriblement et passionnément amoureux, à tel point que la perte de la dignité, la souffrance de l'absence et l'incertitude constante encerclent ses pensées.
Un amour violent, tendre, enjoué, destructeur. Vincent est une personne (un personnage) complexe, très ambivalente, à la fois dans sa vie et dans son désir.
La langue est impudique et crue mais toujours poétique, amoureuse et respectueuse. Les images sont belles.
Une histoire d'absolu.
Hervé Guibert a des choses à nous dire de l'amour. Véritablement.
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Une gueule d'ange. Un regard bleu glacier. Une douceur mêlée de cynisme, une douleur infinie, une puissance incandescente. « le pied » somme toute, du moins le disait-il.

En 1990, un an avant son décès, la France toute entière s'émeut et se scandalise à la découverte de A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, le dernier roman d'Hervé Guibert, 35 ans et déjà petit génie des Lettres Françaises. Dans la célèbre émission télévisée « Apostrophe », à la veille de la mort de l'auteur, face à un Bernard Pivot qui n'en menait pas large, la magnifique présence du jeune homme prend le pays à la gorge. Sa candeur, son aplomb, son obscénité, fascinent. Il séduit autant qu'il inspire le rejet. On s'offusque de sa crudité. On ne comprend pas comment un si parfait visage peut formuler de telles abjections. On admire aussi. Et on a raison.

C'est par l'émission de Matthieu Garrigou-Lagrange, sur France Culture, que j'ai pour la première fois entendu parler d'Hervé Guibert. Prise d'intérêt pour cet homme dont je ne saisissais encore qu'à peine la puissance, je me suis plongée dans toute une série d'archives, d'interviews et de lectures à son sujet. J'ai été subjuguée par la quantité d'écrivains et de lecteurs pour lesquels il y avait un « avant » et un « après » Hervé Guibert. Des hommes et des femmes qui parlaient de lui avec un respect, un amour et une admiration infinie. Pour l'homme qu'il était mais surtout pour l'auteur.

Très vite, quelques uns de ses romans se sont dégagés du lot. Fou de Vincent, publié en 1989 en faisait partie. Hervé Guibert y racontait sa relation érotique et obsessionnelle avec Vincent, au prisme de fragments aussi crus que sublimes.

Au creux de ce roman, c'est tout Hervé Guibert qui transparait. Ses amours, ses doutes, ses souffrances, sa vie brisée par les années sida, la peur de l'infection, les amis qui tombent les uns après les autres dans une douleur infinie, la maladie, celle qui aura raison de lui en 1991 ; il n'avait que 36 ans.

Dans une langue crue, brute, parfois dénuée de tout sentiment de manière à laisser l'émotion s'épanouir majestueusement, Hervé Guibert nous livre tout de cette passion déchirante pour celui qu'il nomme l'enfant. Noirceur michelangelesque, candeur infinie. Son écriture est celle de la chair, du sexe, de la « sueur de l'absolu ». C'est une poésie de la pornographie à l'état pure, une ode à un érotisme cru et incarné. A la beauté des gestes rime la pureté des mots. Chaque phrase, choisie au hasard au coeur du roman, est un miracle de littérature, une petite perle, souvent cabossée, parfois abîmée, mais toujours précieuse. Cette rhétorique de l'écriture de la chair rend chaque page plus sublime que la précédente. Et cette magnificence n'est pas le fruit d'artifices et de pulsions conventionnelles.

Sa fascination pour les corps l'amène à la description de morceaux de chair bien éloignés des canons et des standards, des corps menant leur propre vie, parfois laids, disgracieux, sales, mais toujours beaux, au fond de ses yeux. Son propre corps, alors même que celui-ci commence à la trahir (les premiers symptômes du Sida apparaissent) se transforme en objet d'écriture et la proximité de la mort métamorphose sa désillusion en un acte de courage incommensurable.

C'est par l'écriture de Fou de Vincent, qu'Hervé Guibert tente d'oublier cet amour. Il le magnifie autant qu'il le salit, l'abîme et le sculpte, le dévore et le rejette. Par la force de ses mots, le soin porté au choix des phrases, à l'ordre des fragments, il dresse le portrait magistral d'une liaison aussi destructrice que salvatrice, aussi douce que sauvage.

Un roman à faire sien de toute urgence.


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J'ai été attiré par le titre (ah bon !), sans savoir qu'il s'agissait d'une oeuvre sacralisée. Ce très court texte n'est clairement pas consensuel. Cette sorte de journal nous livre des réflexions du narrateur follement amoureux de ce Vincent : jeune, plutôt hétéro, qui va choper le sida dans ces années 80. Comme ce sont des phrases de ci de là, c'est décousu. Et, en plus, c'est à rebours de la vraie chronologie : Vincent commence par mourir. Notre narrateur en est affectivement dépendant, à l'attendre, à le sucer jusqu'à la lie (au sens propre comme au figuré). Il en souffre de cette absence et, en même temps, il n'en décroche pas, et il abuse de son sexe. L'excès vient d'ailleurs de l'utilisation de la déclinaison de "sucer" et "bite" dans toutes les phrases ou presque : un concours (gagné haut la main !) d'utiliser ces mots le plus de fois possible en un minimum de pages. Limite dérangeant mais fait pour.
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critiques presse (1)
LesInrocks
13 janvier 2021
Ecrivain, metteur en scène et cinéaste, Christophe Honoré avait fait d'Hervé Guibert l’un des personnages de son spectacle Les Idoles en 2019. Il nous dit pourquoi l’écrivain fut la sienne.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
“Ça m'as rappelé ces nuits blanches juvéniles à deux, les toutes premières, où la sensualité l'emporte sur l'épuisement, où la recherche vaine du plaisir devient plus exaltante que le plaisir attendu, et où les corps se mettent à dégager une étrange odeur, au-delà de la sexualité, une sueur d'absolu.”
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Dans la nuit du 25 au 26 novembre, Vincent tombait d'un troisième étage en jouant au parachute avec un peignoir de bain. Il a bu un litre de tequila, fumé une herbe congolaise, sniffé de la cocaïne. Le retrouvant inanimé, ses camarades appellent les pompiers. Vincent se redressa brusquement, marcha jusqu'à sa voiture, démarra. Les pompiers le coursent, s'engouffrent dans son immeuble, montent avec lui dans l'ascenseur, pénètrent dans sa chambre, Vincent les injurie. Il dit : « Laissez-moi me reposer », eux : « Andouille, tu risques de ne jamais te réveiller. » Dans la chambre d'à côté, ses parents continuent de dormir. Vincent a foutu les pompiers dehors. Il s'est endormi comme un charme. À neuf heures moins le quart, sa mère le secoue pour l'envoyer au travail, il ne peut plus bouger d'un pouce, elle le transporte à l'hôpital. Le 27 novembre, prévenu par Pierre, je rendis visite à Vincent à Notre-Dame-du Perpétuel-Secours. Deux jours plus tard il mourait des suites d'un éclatement de la rate.
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Toujours heureux de retrouver son visage, sa paupière lourde et son oeil décalé par la fatigue, sa bouche étroite et charnue craquelée par le tabac, là où je ne l'attends pas : dans le portrait de Horst par Bérard, parmi les pages de l'album que je feuillette, dans ces photos de Buster Keaton, intercalées dans ses Mémoires que je lis pour fuir la noire complication de Faulkner.
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Voir Vincent le soir est une joie dès le réveil, dès la veille au soir, dès le matin de la veille, dès le soir de l'avant-veille...
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Relu hier soir avec émotion, en attendant Vincent, des Fragments d'un discours amoureux : l'impression que je poursuis souvent des choses indiquées par Barthes.
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Videos de Hervé Guibert (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hervé Guibert
Mathieu Lindon Une archive - éditions P.O.L où Mathieu Lindon tente de dire de quoi et comment est composé son livre "Une archive", et où il est notamment question de son père Jérôme Lindon et des éditions de Minuit, des relations entre un père et un fils et entre un fils et un père, de Samuel Beckett, Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Marguerite Duras et de Robert Pinget, de vie familiale et de vie professionnelle, de l'engagement de Jérôme Lindon et de ses combats, de la Résistance, de la guerre d'Algérie et des Palestiniens, du Prix Unique du livre, des éditeurs et des libraires, d'être seul contre tous parfois, du Nouveau Roman et de Nathalie Sarraute, d'Hervé Guibert et d'Eugène Savitzkaya, de Jean Echenoz et de Jean-Phillipe Toussaint, de Pierre-Sébastien Heudaux et de la revue Minuit, d'Irène Lindon et de André Lindon, d'écrire et de publier, de Paul Otchakovsky-Laurens et des éditions P.O.L, à l'occasion de la parution de "Une archive", de Mathieu Lindon aux éditions P.O.L, à Paris le 12 janvier 2023.

"Je voudrais raconter les éditions de Minuit telles que je les voyais enfant. Et aussi mon père, Jérôme Lindon, comme je le voyais et l'aimais. Y a-t-il des archives pour ça ? Et comment être une archive de l'enfant que j'ai été ?"
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