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Critique de Blackbooks


Blackbooks
  05 octobre 2019
Aligner des mots qui vous hantent, que vous haïssez...

Écrire quand le doute enchaîne vos mots. Écrire, poser les mots pour se construire, un à un, les tailler, les démonter, les ériger pour se forger poète, pour se libérer. Jeter sur des carnets l'écume des poèmes qui se brisent dans les flots de la tête. Ouvrir les fenêtres de la pensée, des mots parfaits, de la césure idéale. Barrer, rayer, avorter la phrase enfantée. Se laisser emporter par l'incertitude, l'insatisfaction et recommencer sans cesse jusqu'à naître, n'être plus que poésie.

Souffrir l'écriture, saigner, éviscérer les mots pour les apprivoiser, les dénuder. Ôter le maquillage des rimes, l'explétif, pour ne conserver que les silences des sens, le vertige des mots, les orages intimes, ouvrir les écluses du coeur, de l'âme, se donner jusqu'à l'abandon.

Trier, lire, s'emplir des autres pour "se" puiser, devenir les mots puis les ponctionner jusqu'à l'âme, jusqu'à ne plus être que des lignes, l'essence de la poésie. « J'aurais tant à noter. Tant de choses tournoient en ma tête. Mais le temps ? Il semblerait que je veuille m'épuiser, me vider, tant [je] mets d'ardeur, de fièvre à tout sortir de moi, à m'analyser, me poser. Mais suis-je inépuisable, infini ? Est-ce qu'un jour, il ne m'arriverait pas d'être vidé, nul comme un vieil habit. Et en moi, il n'y aura plus rien. Alors pourquoi vouloir toujours tout extraire de moi-même » (9.1.29).

Créer l'inexistant, son firmament poétique, fouiller les cendres des grands, les flammes qui hantent les vivants pour se voir, se trouver poète. Renier les germes pourris pour faire croître son oeuvre, bouturer sans cesse les idées confuses qui fusent dans la tête et s'évaporent sur le papier. Bâtir l'homme à coup de pelle dans le ciment des proses pour ériger le poète.

Tergiverser, réfuter ce qui émane de soi, vomir ses créations jamais parfaites. Recommencer, reprendre pour jeter, pour douter encore un peu plus. Sempiternel travail de destructions, de déstructuration véritable abiogenèse.

Des cahiers de souffrance, d'intolérance de soi, d'autodestruction de ce qui jaillit de la plume. Remplir des feuilles pour ne pas rater le vers, le poème, résister à l'envie d'anéantissement, chercher le réconfort, l'envie, la reconnaissance. Exister. Une genèse fragile, intense, une pénitence vers l'éden poétique, entrecoupée de déluges artistiques, d'inondation de déprime, d'irritation envers l'homme. Guillevic n'est encore qu'Eugène Guillevic mais les mots futurs se forgent lentement dans ses cahiers, dans cette intimité des lignes, le poète prend son envol dans son firmament.

Je remercie Babelio et l'Atelier contemporain pour la découverte de ces Écrits intimes.
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