AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782246129967
200 pages
Éditeur : Grasset (05/05/2004)
4.08/5   77 notes
Résumé :
Un peu avant la guerre de 14, à Saint-Brieuc, un cordonnier essaie de créer dans la ville une section socialiste, puis entreprend de construire de ses mains une "maison du peuple", et son fils - encore un enfant - assiste à ses efforts désespérés pour donner un espoir au peuple.
L'art de Guilloux, pudique et tendre, est déjà tout entier dans ce premier roman qui annonce une des œuvres majeures de son temps.
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
4,08

sur 77 notes
5
6 avis
4
3 avis
3
2 avis
2
0 avis
1
0 avis

Renod
  18 novembre 2014
J'avais vaguement entendu parler du roman « le Sang noir » et de son auteur, Louis Guilloux. J'ai découvert qu'il était né à Saint-Brieuc, ville à laquelle il est resté attaché toute sa vie, et que son oeuvre appartenait au mouvement réaliste. J'aime beaucoup les Côtes d'Armor, j'ai eu la chance d'y séjourner fréquemment, et j'apprécie ce courant littéraire. Je me suis donc lancé dans la lecture de son premier roman, « la Maison du peuple », publié en 1927.
Ce roman est une chronique familiale, inspirée de l'enfance de l'auteur. Louis Guilloux raconte la vie modeste d'une famille briochine au début du XXème siècle. le père, cordonnier, perçoit des revenus faibles et irréguliers qui lui permettent à peine de subvenir aux besoins de sa famille. Son épouse se charge de l'éducation de leurs trois enfants. le lecteur n'est pas invité à s'apitoyer sur le sort de cette famille. le récit est toujours très simple et poignant, mais il ne tombe jamais dans le pathos. La famille est pauvre mais digne. Voici un exemple de cette dignité : le narrateur ne découvrira le logis de sa grand-mère qu'à sa mort ; celle-ci ne laissait jamais ses proches entrer chez elle pour leur cacher son indigence. Les évènements les plus durs d'une existence sont racontés avec des mots très simples, sans emphase, en courtes scènes : le chômage du père, la maladie de la mère, le décès de l'aïeule, les problèmes d'argent.
Ce roman est aussi une chronique politique qui raconte le développement d'un mouvement socialiste dans la ville de Saint-Brieuc (ce cadre n'est jamais dépassé). le père participe à la création d'une section locale. Cet engagement n'est pas sans risque. Les militants sont régulièrement sanctionnés, certains doivent même quitter la ville. Il fait campagne pour son parti lors des élections municipales. C'est une victoire et un désenchantement puisque cette élection fera naître de nombreuses divisions au sein du groupe. le mouvement renaît doucement. Les militants décident de construire bénévolement une « maison du peuple », un lieu de rencontre, d'échange, de culture et de propagande.
Mais la construction de cette maison va être interrompue par la mobilisation de 1914, la Première Guerre Mondiale va débuter… Et interrompre, à Saint-Brieuc comme partout en Europe, l'essor d'un mouvement socialiste et pacifiste.
Louis Guilloux parvient en quelques mots à restituer un univers familial et le contexte d'une époque. Il rend le plus beau des hommages à ces gens modestes qui ont su rester dignes et ont su trouver, malgré les sanctions, la force de s'engager, de se battre et d'espérer.
Un très beau texte.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          182
oran
  22 juin 2019
Encore un livre découvert par la préface d'Albert Camus...
La maison pour tous, un lieu rêvé pour échanger, partager, se cultiver... qui verra le jour, plus tard, bien plus tard sous la forme, notamment des Maisons pour Tous (MPT)
Une chronique intéressante parce qu'enrichie des souvenirs personnels de Louis Guilloux .
Commenter  J’apprécie          242
Isacom
  15 novembre 2021
La préface a été rédigée par Albert Camus lui-même, alors je ne vais certainement pas tenter de vous redire la même chose en moins bien. Lisez la préface.
Nous sommes à Saint-Brieuc au début du 20è s. ; le livre s'achève à l'été 1914 par la mobilisation générale. Il relate la création de la première section socialiste, ses débats et ses divisions, et le début de la construction de la Maison du peuple.
J'ai été profondément touchée par ce récit du monde dans lequel ont vécu mes grands-parents : une ville sans électricité, où ne circulent que des voitures à chevaux, les multiples artisans dans leurs petites échoppes, la campagne toute proche. Un monde où on prenait soin des objets, achetés pour durer une vie : le père est cordonnier, la grand-mère réparatrice de parapluies.
Émue également par les personnages - le roman est très largement autobiographique - de la grand-mère, de la mère, pivot du foyer ouvrier. À une exception près, les femmes briochines en 1913 semblaient davantage tournées vers la statue de la Vierge Marie que vers le drapeau rouge. Mais qu'ils sont touchants, ces dialogues entre le père revendicatif et la mère soucieuse qui tente de calmer le jeu, mais en définitive fait confiance à son homme...
La nouvelle qui complète le recueil, “Compagnons”, est également magnifique d'humanité et de sensibilité.
LC thématique de novembre 2021 : ''Faites de la place pour Noël”
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          146
pchion
  10 novembre 2016
Je connaissais Louis Guilloux de nom. J'ai découvert ce volume là sur les conseils d'un ami et je n'ai pas regretté mon choix de lecture. L'histoire est profondément touchante et humaine, sans sombrer dans le mélo, et elle remet à la place centrale des "gens de rien" qui constituent l'âme d'un pays. Ils n'ont pas de diplômes ronflants et ne se lancent pas dans des analyses sociologiques percutantes, non. Ils se contentent de raconter leur quotidien et celui de leurs proches, de ceux qui vivent comme eux. C'est beau parce que porteur d'espoir et que cela permet de ne pas désespérer de voir un jour la justice et la liberté triompher.
Commenter  J’apprécie          160
Apoapo
  15 décembre 2016
La Maison du peuple, premier roman de Louis Guilloux (1927), est un récit à l'évidence largement autobiographique qui relate en parallèle la vie, "pauvre mais non misérable", de sa famille à Saint-Brieuc, du début du siècle jusqu'à la guerre de 14, c'est-à-dire jusqu'au seuil de son adolescence, et d'autre part les tentatives de son père, François, cordonnier, de fonder une section socialiste dans la ville avec ses camarades, puis de bâtir une Maison du peuple, où se tiendraient des conférences, des pièces de théâtre, des activités culturelles pour les enfants, où il y aurait une bibliothèque. Les difficultés et les dangers de telles initiatives politiques jugées alors très subversives, la rudesse de la vie ouvrière de l'époque, les rivalités et opportunismes de toujours, mais aussi les solidarités parmi les humbles sont décrites dans un style qui relève encore du naturalisme du siècle précédent.
Suit la longue nouvelle Compagnons, une histoire d'amitié entre maçons à l'heure où le protagoniste va mourir de crises cardiaques (non soignées). Publiée en 1931, la nouvelle est aussi un portrait de la classe populaire, mais sa prose est déjà sensiblement plus moderne, notamment par l'usage d'une langue imagée et argotique adaptée aux personnages, ce qui peut nous rendre le texte plus touchant encore car plus proche de nous.
Les louanges d'Albert Camus ne sont pas de circonstance. La promesse du chef-d'oeuvre, le Sang noir, est là : on ne s'y trompe pas.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          71

Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
HardivillerHardiviller   21 décembre 2020
Presque tous les écrivains français qui prétendent aujourd'hui parler au nom du prolétariat sont nés de parents aisés et fortunés . Ce n'est pas une tare , il y a du hasard dans la naissance et je ne trouve cela ni bien ni mal . Je me borne à signaler au sociologue une anomalie et un sujet d'études . On peut d'ailleurs essayer d'expliquer ce paradoxe en soutenant , avec un sage de mes amis , que parler de ce qu'on ignore finit par vous l'apprendre .
Il reste qu'on peut avoir ses préférences et pour moi , j'ai toujours préféré qu'on témoignât , si j'ose dire , après avoir été égorgé . La pauvreté , par exemple , laisse à ceux qui l'ont vécue une intolérance qui supporte mal qu'on parle d'un certain dénuement qu'en connaissance de cause . Dans les périodiques et les livres rédigés par les spécialistes du progrès , on traite souvent du prolétariat comme d'une tribu aux étranges coutumes et en parle alors d'une manière qui donnerait aux prolétaires la nausée si seulement ils avaient le temps de lire les spécialistes pour s'informer de la bonne marche du progrès . De la flatterie dégoutante au mépris ingénu , il est difficile de savoir ce qui , dans ses homélies est le plus insultant .Ne peut-on vraiment se priver d'utiliser et de dégrader ce qu'on prétend vouloir défendre ? Faut-il que la misère soit toujours volée deux fois ? Je ne le pense pas . Quelques hommes au moins avec Vallès et Dabit , ont su trouver le seul langage qui convenait . Voilà pourquoi j'admire et j'aime l'œuvre de Louis Guilloux , qui ne flatte ni ne méprise le peuple dont il parle et qui lui restitue la seule grandeur qu'on ne puisse lui arracher , celle de la vérité .

ALBERT CAMUS
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          77
AVAV   08 août 2012
"Il faut dénoncer ce qui n'est pas juste. Dire la vérité est une tâche difficile, mais la seule digne d'un homme. Parce que je dis la vérité, on m'attaque bassement. Vous connaissez les articles des journaux réactionnaires et les bruits qui circulent en ville sur mon compte. On m'accuse d'avoir des maîtresses parce que je défends toujours les femmes, de m'être marié pour de l'argent... Laissons. On dit aussi que je suis un révolutionnaire, un incendiaire..."
Tous le regardaient, dévorés de curiosité et d'étonnement. Le Docteur s'était brusquement exalté.
"Eh bien, oui, je suis un incendiaire, mais c'est aux consciences que je mets le feu..."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
AVAV   11 août 2012
Il se remit à taper sur son cuir. Il maniait le marteau avec violence. Les coups tombaient, nets sur la pierre noire, arrondie aux bords, et creusée au milieu par l'usage, une pierre rapportée de la grève il y avait des années. Ma mère écoutait le marteau sonner sur la pierre. Elle avait appris à reconnaître que le marteau avait un langage, et qu'il ne disait pas toujours les mêmes choses. Il y avait des jours où il était joyeux et d'autres où il était triste. Il y avait aussi des jours où il était violent comme l'orage et défiait le monde entier. Elle écoutait le marteau et comprenait ce qu'il disait : rien ne me fera plier, rien ne me fera plier...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
meknes56meknes56   15 août 2019
Depuis plus de quarante ans qu'il était sur le métier, mon grand-père n'avait jamais cessé de verser sa cotisation à la Société de secours mutuels. Il était vieux et usé.
- Qu' est-ce que tu veux de plus? disait-il à mon père; si tu es malade on t'envoie le médecin, et la Société te paie un bout des frais.
Il ne craignait que la maladie. Et puisqu'il fallait travailler, tant qu'il avait ses bras, il ne se plaignait pas.
- Bien sûr, répondait mon père. Mais tu ne me feras pas croire que, si les ouvriers étaient organisés, ils ne seraient pas un peu mieux.
- Bah ! le monde est comme il est. Tu ne le changeras pas.
Il avait toujours travaillé pour M. Saris, qui lui avait fait donner la médaille des bons serviteurs. Mon grand-père avait mis cette médaille dans un cadre qui était accroché au mur.
- Tant que t'as pas un mauvais patron, de quoi as-tu à te plaindre ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
lemillefeuilleslemillefeuilles   04 octobre 2021
- Es-tu syndiqué ?
Si l'autre répondait que non, il lui expliquait :
- Qu'est-ce que tu feras tout seul ? Les bourgeois sont plus malins que toi. Ils te roulent. Mais si tous les compagnons veulent se sentir un peu les coudes...
Commenter  J’apprécie          150

Videos de Louis Guilloux (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Louis Guilloux
Extrait du recueil LES NOMADES, MES FRÈRES, VONT BOIRE À LA GRANDE OURSE de Abdourahman A. Waberi
Abdourahman A. Waberi connaît parfaitement ce monde du désert. Il nous offre ici, dans cette méditation sur soi et sur la route, une oeuvre profondément vraie, avec ce grand sens du dépouillement et de l'essentiel. le poète offre ici le voyage et le chemin. Dans ce livre, chaque mot a sa place, et le désert respire et le désert inspire… en échos avec des auteurs comme Rabah Belamri, Edmond Jabès, etc. qui eux-mêmes touchent à cet art de l'esquisse et de la miniature. Un livre d'une grande beauté.
Abdourahman A. Waberi est né en 1965 à Djibouti. Il enseigne aujourd'hui les littératures françaises et francophones et la création littéraire. Il collabore avec «Slate Afrique», «Le Monde» et d'autres journaux et magazines français. Il est l'auteur de «Le Pays sans ombre» (1994), «Cahier nomade» (1996) et «Balbala» (1998) et plus récemment «Aux États-Unis d'Afrique» (2006) et «La divine chanson» (2015) qui a reçu le prix Louis Guilloux. Il a publié le recueil de poésie «Les nomades, mes frères, vont boire à la grande ourse» chez Mémoire D encrier (2013).
+ Lire la suite
autres livres classés : prolétariatVoir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura






.. ..