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EAN : 9782070372263
627 pages
Éditeur : Gallimard (02/10/1980)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 234 notes)
Résumé :
Le Sang noir est l'histoire d'une journée de 1917, dans une ville provinciale de l'arrière. C'est à travers le calvaire du professeur de philosophie Merlin, dit Cripure (à cause de la Critique de la raison pure), le tableau d'une société de pharisiens, de grotesques, de haïssables, en face de gentils, de révoltés, de victimes. Cripure, lui, s'il a été un révolté, ne l'est plus guère. Il est la caricature d'un homme à la fin d'une civilisation, un homme extrêmement p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
alaiseblaise
  04 mars 2012
Oui, j'insiste, il faut lire «Le Sang noir» de Louis Guilloux sous peine, sous peine de, j'sais pas moi, sous peine d'ignorance de la nature humaine tiens.
«J'admire et j'aime l'oeuvre de Louis Guilloux, qui ne flatte ni ne méprise le peuple dont il parle et qui lui restitue la seule grandeur qu'on ne puisse lui arracher, celle de la vérité.» Albert Camus.
Cher lecteur, installez-vous bien inconfortablement dans ce chef d'oeuvre oublié de la littérature française que Jorge Semprun considérait comme l'un des plus grands romans du XXe siècle.
Plantons le décor. Sur scène, devant nous, tout près de nous, avec nous, à les toucher, à les sentir, à les écouter parler, crier, chuchoter et penser, des personnages uniques en leurs genres et pourtant si universels. Tous plus réalistes les uns que les autres. Guilloux se méfie de l'imagination comme de son ombre, comme de sa lumière. Il montre, il décrit. Il ne juge pas, il ne commente pas, il n'explique pas.
En coulisse, très loin, l'odeur de la boucherie des tranchées, le grognement ignoble des gueules cassées, le vacarme de la révolution russe, les cris des poilus mutins aussitôt fusillés.
Parfois le rideau frémit, une bise d'espoir, une brise de désespoir, le rideau se soulève et l'on voit tout: horrible!
Nous sommes en 1917 dans une ville de province qui pourrait être Saint-Brieuc, ville natale de Guilloux, qui veut, sans la nommer, nous parler d'elle. Ici l'avant c'est l'arrière.
Ce roman «qui offre de quoi perdre pied» (André Gide) transpire, respire à pleines pages Balzac, Céline, Nietzsche, Ibsen, Dostoïevski. Tout ça? Ben oui tout ça! «L'homme révolté» de Camus nous tend la main tout au long des pages. Mais ce roman bouleversant rit aussi à plein poumons comme une comédie de boulevard. Une vraie Comédie Humaine mon cher Honoré! Chacun y joue son rôle. «Ce qu'il y avait d'intolérable, c'est que c'était toujours l'épicier qui était l'épicier, l'avocat, l'avocat, que M.Poincaré parlait toujours comme M.Poincaré, jamais, par exemple, comme Apollinaire et réciproquement..."
Son «anti-héros» Merlin est professeur de philosophie (professeur de désordre) au lycée. A un an de la retraite. Ses élèves et les gens du village le surnomment Cripure car cet homme a mauvaise réputation. Cripure comme «Critique de la raison pure» (ou Cripure de la raison tique selon ses élèves) de Kant que ce professeur un peu loufoque aime tant commenter à ses élèves. Cripure donc a eu son heure d'importance à Paris: une thèse sur Tournier un philosophe (thèse jugée trop fantaisiste et refusée) et une étude sur la pensée médique. Il sait philosopher: «On vit comme si on avait une vie pour apprendre.» Imparable! Cripure est handicapé physique atteint d'une difformité si voyante.
Cripure le voilà et malgré ce portrait saisissant nous le prendrons en amitié. «Son petit chapeau de toile rabattu sur l'oeil, sa peau de bique flottante, sa canne tenue comme une épée, et cet effort si pénible à chaque pas pour arracher comme d'une boue gluante ses longs pieds de gugusse, Cripure avait l'air dans la rue d'un somnolent danseur de corde. Sa myopie accusait le côté ahuri de son visage, donnait à ses gestes un caractère ralenti, vacillant, d'ivrogne ou de joueur à colin-maillard.»
Louis Aragon disait de Cripure qu'il était «nécessaire à la pleine compréhension de l'homme d'aujourd'hui, une arme pour l'homme de demain contre l'homme d'hier.» Cripure fait bande à part dans le village. Il rejette le lache patriotisme des planqués de la grande guerre (officiers, ministres), il crache sur Dieu, l'argent et l'armée (depuis l'affaire Dreyfus). Mais il sait déjà que la révolution qui se prépare à l'est ne sera pas pour lui. Trop tard.
Cripure aura tout raté: sa carrière d'écrivain, ses amours... le Paradis artificiel sur Terre comme au Ciel! Il restera donc le bouc émissaire (à la peau de bique!) des «bien pensant» et des nantis. Ce Cripure c'est le portrait tout craché de Georges Palante le professeur de philosophie de Louis Guilloux lycéen à Saint-Brieuc. Palante, l'athée social, vénéré par Michel Onfray qui lui consacra son premier livre et adulé par Albert Camus, est le philosophe de l'aristocratisme individuel, l'auteur de «Combat pour l'individu» ou «La sensibilité individualiste». Palante était atteint d'acromégalie, une maladie dégénérative. Sa thèse avait été refusée. Tiens, tiens!
Mais dans ce roman il y a aussi Maïa la phénoménale compagne illettrée de Cripure, ses chiens à puces, son bureau poussiéreux bourré à craquer de livres, l'odieux Nabucet, le doux farfelu Moka, Faurel le député et son fils déserteur, Babinot le patriote ridicule, Kaminski le cynique et suffisant officier, Mme de Villaplane l'aristocrate déchue, Monfort l'étudiant poète-révolutionnaire, Glâtre le collectionneur d'images des catalogues de modes, la belle Toinette et son officier blond et beaucoup d'autres illustres copies conformes, informes, difformes à la nature humaine. de l'hypocrisie considérée comme un des beaux arts!
Simplement, avec pudeur et générosité, Guilloux sait révéler le Bien et le Mal qui déchirent les couples, empoisonnent les familles, attisent les luttes de classe, provoquent les guerres. A la vie, à la mort!
Cher lecteur, n'ayez pas peur des 600 pages. Elles se lisent à la mesure des courts chapitres (comme autant de nouvelles) qui rythment la lecture. Je vous le dis pompeusement, je pourrais écrire une thèse sur ce livre... Bon, pas sûr qu'elle soit acceptée par un académique jury bien pensant... «Ne vient de nous-mêmes que ce que nous tirons de l'obscurité qui est en nous, et que ne connaissent pas les autres.» Marcel Proust.
le sang obscur comme le sang noir de ceux qui n'ont plus que l'apparence de la vie...
Mais c'est aussi un beau roman d'amour. "Maïa, rouge et échevelée, le visage ruisselant de larmes, luttait de son mieux contre ceux qui étaient trop pressés de contempler la mort d'un autre, et retrouvait toute sa véhémence, tout son génie de l'injure."
Louis Guilloux (1899-1980) est un auteur trop méconnu. Ami de Camus et de Malraux, admirateur de Conrad, son nom est associé au Prix Louis Guilloux décerné chaque année à une oeuvre de langue française ayant une «dimension humaine d'une pensée généreuse, refusant tout manichéisme, tout sacrifice de l'individu au profit d'abstractions idéologiques».
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Woland
  28 février 2008
Auteur méconnu bien qu'il frolât de peu le Goncourt en 1935 et obtînt le Renaudot en 49 pour « le Jeu de Patience », Louis Guilloux nous a laissé plusieurs romans.
Mais son oeuvre la plus célèbre demeure « le Sang Noir », authentique et cruel petit joyau qui nous conte vingt-quatre heures de la vie d'une ville de province – laquelle pourrait être Saint-Brieuc, dont Guilloux était originaire – alors que les mutineries désorganisent le front en 1917.
Le héros de ce roman – ou son anti-héros car Cripure annonce à sa manière les losers que le roman et le cinéma américains ne tarderont pas à mettre en scène – est un professeur de philosophie nommé Merlin, comme l'enchanteur, mais que ses élèves ont affublé du surnom de « Cripure » par référence à cette « Critique de la Raison Pure » qu'il aime à citer.
De Merlin-Cripure, nous dirions aujourd'hui qu'il est un asocial. D'une intelligence brillante et d'une sensibilité tout aussi profonde, il n'a connu que l'échec : son mariage avec Toinette, la seule femme qu'il ait vraiment aimée, s'est conclu par l'adultère de la jeune femme avec un "officier blond" que Cripure fut trop lâche pour acculer au duel ; ses premiers écrits, dont un volume intitulé « La Pensée Médique », et qui avait attiré sur lui l'attention des initiés, se sont finalement échoués sur une thèse consacrée à un autre philosophe local, Turnier – thèse que Cripure, encore sous le coup de sa rupture avec Toinette, avait volontairement sabotée ; dans sa profession, il est périodiquement chahuté par ses élèves et, lorsque débute le roman, certains d'entre eux ont même entrepris de desserrer les écrous de sa bicyclette afin de provoquer un accident qui pourrait s'avérer mortel.
Cripure vit en ménage avec Maïa, une paysanne dévouée qui, en dépit de ses sautes d'humeur et de ses manies de paranoïaques, voue à "son homme" un amour réel. Ses autres compagnons sont quatre petits chiens avec lesquels il aime aller chasser tôt le matin lorsqu'il en a le loisir. Les puces qui infectent son bureau. Et bien sûr les livres et la poussière qui peuplent aussi ledit bureau.
Autour de lui, gravitent une foule de personnages qu'il est difficile d'oublier tant le trait du romancier s'est fait aiguisé : Nabucet, l'un des collègues de Cripure, homme cultivé mais dont l'hypocrisie nous fait gricer des dents et qui voue à Cripure une haine d'autant plus violente qu'il le sait bien supérieur à lui ; Moka, le surveillant "à la crête de feu et au visage de lait", l'un des rares « amis » de Cripure et son ancien élève, qui le révère à l'égal d'un dieu ; Faurel, le député, lui aussi ancien élève de Merlin, et qui tentera de le sauver des conséquences du duel que lui cherchera Nabucet ; l'ineffable Babinot, figure-type et outrancière du patriote revanchard dont les inepties militaristes et cocardières ennuient à peu près tous ceux qui le croisent et qui ne savent comment se débarrasser de lui ; pour lui faire pendant, Guilloux a imaginé le capitaine Plaire, sorte de ganache ami de Nabucet mais qui, à la fin du roman, se révèle homme d'honneur ; Otto Kaminski, officier d'origine juive, jouisseur et cynique, qui complote de quitter la ville en enlevant la fille du notaire – une brute, ce notaire, une horreur de père Evil or Very Mad ; Mme de Villaplane, sa logeuse, aristocrate déchue qui ne vit plus que dans ses rêves et qui finira par se suicider en apprenant le départ de son hôte …
Tout cela sur fond d'ombre et de pluie, dans une ville fantôme qui, je ne sais pourquoi, m'a évoqué tout à la fois le contraire absolu du « Clochermerle » de Chevallier, ces descriptions plus aiguës qu'on ne le pense que Germaine Acremant faisait de l'univers provincial d'avant-guerre et même certaines descriptions fantastiques de Jean Ray.
Bien que la ville soit éloignée du front, la Grande guerre, qui traîne en longueur, nous accompagne du début jusqu'à la fin du roman.
Par les convois de soldats d'abord, ces conscrits qui s'en vont se faire tuer pour que puisse survivre une armée de profiteurs. Par l'émeute qui éclate à la gare, lorsque certains soldats refusent de monter dans les trains alors que, sur le front, les mutineries de 1917 ont déjà commencé.
Mais aussi, mais surtout, par ces figures d' « embusqués » que représentent Babinot et Nabucet. Encore le premier a-t-il perdu son fils à la guerre – mais il est le seul à l'ignorer et le livre s'achève sans qu'on l'en ait prévenu - alors que le second, lui, n'est et ne se veut qu'un parasite dissimulé sous une courtoisie mondaine qui ne l'empêche pas de jeter des coups d'oeil trop appuyés à toutes les jeunes filles passant à sa portée - spécialement si elles sont ou trop jeunes ou trop pauvres pour se défendre.
Et le constat est effrayant car, pour nous qui savons, l'ombre de la Seconde guerre mondiale prend déjà racine sur ce terreau revanchard. Ce sont les Babinot et les Nabucet qui imposeront à l'Allemagne vaincue ce traité de paix indigne des vainqueurs. Ce sont eux qui permettront au sentiment nationaliste allemand de renaître dans des conditions telles que le Nazisme n'aura aucun mal à trouver des laudateurs. Ce sont eux encore qui, plus tard, se placeront sous la garde du régime de Vichy. Ce sont eux ...

Mais Cripure, lui, Cripure, paranoïaque et colérique, tendre et sensible, esprit brillant emprisonné dans un corps infirme qui le rendait « différent » dès sa naissance (Cripure souffre de « deux pieds de géant »), est d'une autre trampe. On se doute très vite qu'il ne verra pas l'Armistice mais on comprend aussi que cela vaut mieux pour lui : dans un monde où prolifèrent les Nabucet et les Babinot, un Cripure n'a plus sa place et doit retourner au mythe.
Cripure est un homme d'honneur qui ne croit plus en l'honneur mais dont la fierté suprême est de se tuer au nom d'un idéal qu'il sait irréalisable. Cripure met en somme ses actes en accord avec ses pensées - et il faut beaucoup de courage pour se livrer à cet exercice. Stupide, me direz-vous : ce n'est pas ainsi qu'on survit. Peut-être … Mais le souffle que Guilloux a su donner à son héros est tel que, lorsqu'il meurt, c'est cette grandeur que nous emportons avec nous. ;o)
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karenbzh
  09 juin 2016
Louis Guilloux, romancier français né et mort à Saint Brieuc (1899-1980).
Ce Briochin vivra de nombreuses années à Paris pendant lesquelles il fera des allers-retours réguliers entre Bretagne et Paris.
Saint Brieuc sera le théâtre de l'essentiel de ses romans, notamment dans le sang noir même si la ville n'est jamais directement citée.
Admirateur et ami d'Albert Camus, Louis Guilloux, quelque peu oublié aujourd'hui, souvent relégué à tort comme un écrivain de terroir a pourtant fait partie des grands noms de la littérature française.
Auteur populiste, il est également l'auteur de la maison du peuple, récit autobiographique dans lequel il revient sur ses origines prolétariennes et du Pain des rêves.
Le sang noir, chef-d'oeuvre qui a propulsé Louis Guilloux dans le paysage littéraire français, a été publié en 1935 aux éditions Gallimard. Il a manqué de peu le prix Goncourt.
Ecrit dans l'Entre-deux guerres, détail non négligeable puisqu'il parait à une époque où les intellectuels ont pris conscience de l'absurdité de la première guerre mondiale dont ils ont la conviction qu'elle sera la dernière.
Merlin, le personnage central de ce roman, anti-héros par excellence, est un professeur de philosophie baptisé Cripure par ses élèves. Il doit ce surnom à ses travaux sur Emmanuel Kant, Cripure étant la contraction de la critique de la raison pure.
Cet homme atypique est marginalisé par les notables de cette petite ville de province.
Malgré ce statut de marginal, chacun s'accorde pourtant à reconnaître que Cripure est un personnage important de cette petite société. On dénigre l'homme mais on admire le savant et l'imminent professeur qu'il représente et qui est un atout non négligeable pour la commune.
Il a fait sa renommée par la publication de deux ouvrages dans sa jeunesse : le premier sur Turnier, le second sur les Mèdes.
Il est pourtant vu comme un « raté » dont toute l'existence est risible : son mariage et sa séparation avec Toinette, son concubinage avec Maï, une goton illettrée qui le trompe mais l'aime comme une mère, son fils conçu avec une souillon et qu'il a refusé de reconnaître. Tout en Cripure est de nature burlesque. C'est pourquoi il rêve à un nouvel ouvrage où il pourrait enfin être reconnu à sa juste valeur. Cet ouvrage qu'il appelle sa « Chrestomatie » serait l'ultime ouvrage de sa vie. Sa disparition entre les crocs de ses chiens que pourtant il semblait aimer, contrairement aux autres hommes qu'il semble abhorrer, lui sera insurmontable et viendra se rajouter à la honte qui l'assaille.
Au début du texte, Cripure est victime d'une tentative d'assassinat, fait qui se reproduira plusieurs fois dans la journée. Au fil du texte, en découvrant les différents personnages, on comprend rapidement que Cripure suscite la jalousie chez certains notables, particulièrement Nabucet, son ennemi juré qui aurait tout intérêt à le voir disparaître de la cité et qui va précipiter sa chute.
Pour le personnage de Cripure, Louis Guilloux, bien qu'il s'en soit souvent défendu, s'est fortement inspiré de son professeur et ami, le philosophe Georges Palante.
A l'instar du personnage qu'il a inspiré, Georges Palante était surnommé Schopen en raison de son admiration pour Schopenhauer.
Georges Palante souffrait également de cette étrange infirmité qui handicapait Cripure et qui peut rendre le personnage burlesque.
Mais surtout, Louis Guilloux fait parler Georges Palante dans la bouche de Cripure. Tous deux ont des parcours similaires, partagent la même philosophie. Celle d'un individualisme pessimisme qui condamne une société hypocrite et bien pensante qui n'a de cesse de freiner l'homme dans sa quête.
Georges Palante est l'auteur de la sensibilité individualiste.
Dans le roman, il y a également un effet de mise en abîme avec la thèse de Cripure sur Turnier. Georges Palante avait lui-même écrit une thèse sur Jules Lequier dont la vie et surtout la mort ressemble trait pour trait à celle de Turnier.
Les deux philosophies de Georges Palante et Jules Lequier apparaissent donc nettement tout au long du roman.
Aux côtés de Cripure, Louis Guilloux décrit et retrace la journée de nombreux personnages, qui fait du Sang noir un texte digne d'un roman dostoïevskien. On y rencontre essentiellement les notables, acteurs de cette petite ville de province.
Un des points forts de ce texte se situe dans la durée de l'action qui se déroule sur vingt-quatre heures, le lecteur peut ainsi suivre chronologiquement les différents protagonistes dans leurs actes et pensées tout au long de cette longue journée.
A travers des descriptions extrêmement détaillées, on parvient au fil du texte à cerner les personnalités, souvent complexes, des personnages.
Roman à première vue sur la première guerre mondiale, le sang noir ne traite pas de la guerre à proprement parler.
Le front n'apparaît jamais directement, excepté dans les conversations.
Le récit se déroule à l'arrière, dans une petite ville de province où les habitants, loin de l'enfer du front, ignorants de sa réalité ne pensent qu'à un patriotisme démesuré, à outrance.
Ils ignorent ou feignent les réalités de cette guerre dont ils se portent les garants au nom de
la Mère patrie.
Leur quotidien est toujours le même qu'avant-guerre, préoccupés par leurs petits soucis futiles et matériels, indifférents de la boucherie qui se joue à quelques kilomètres d'eux, sur le front.
Ils targuent les jeunes embrigadés de conseils patriotiques avisés sans pour autant mettre leur propre existence et leur petit confort en danger.
L'idée essentielle que Louis Guilloux développe tout au long de son roman va donc bien au-delà du conflit franco-allemand qui n'est pas le vrai sujet du texte bien qu'il soit indéniable que Louis Guilloux dénonce la guerre et son hypocrisie. Cependant, le texte est ponctué de nombreux détails et anecdotes historiques sur la guerre de 1914 et surtout l'année 1917, date essentielle dans ce conflit marquant d'une part la révolution russe et d'autre part, les multiples rébellions de jeunes soldats français éveillés sur les réalités.
Par ses nombreux personnages, l'auteur cherche à démontrer avant tout la bassesse de l'Homme dont même l'enfer de la guerre ne parvient pas à corriger les vices.
Tout au long de cette journée, le lecteur suit ces notables égoïstes, hypocrites, pervers qui incarnent toutes les bassesses de l'être humain.
Ces vicissitudes exacerbées de ce petit groupe de notables amènent le lecteur à une réflexion générale sur l'Homme. le comportement de ces hommes pour qui les valeurs importent peu écoeurent peut-être même plus que la guerre elle-même.
Tout au long du roman, les personnages se livrent à des réflexions métaphysiques sur l'absurdité de la vie, mais aussi de la mort. Cette absurdité, accentuée par celle de la guerre, n'est pourtant pas liée directement à cette dernière.
Dans ce discours universel et sans âge, les personnages, particulièrement Cripure, réfléchissent à l'absurdité de devoir mourir et de passer ainsi de vie à trépas.
Mais outre ces personnages, la mort, personnage imperceptible, sournois, rôde, omniprésent.
Outre les victimes qu'elle atteint au loin au front, elle atteint là où on ne l'attend pas toujours.

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Polomarco
  08 décembre 2019
« Pendant les travaux, la vente continue », peut-on parfois lire sur certaines vitrines.
« Pendant la guerre, la vie continue », semble répondre en écho Louis Guilloux, qui décrit dans le sang noir, une journée de 1917, à l'arrière du front, dans une petite ville de province qui n'est pas nommée, mais qui pourrait être Saint-Brieuc, sa ville.
Le récit gravite autour de François Merlin, professeur de philosophie. On y observe, à travers les mesquineries et les turpitudes de quelques personnages hauts en couleur, la bêtise et la bassesse humaines, dont il va faire les frais.
Au début du roman, on fait la connaissance de ce héros, ou plutôt de ce anti-héros. Pendant que certains perdent leur vie dans les tranchées, François Merlin fait l'amer constat, à un an de son départ en retraite, qu'il a raté la sienne. Son infirmité –ses pieds immenses et déformés– le handicape ; sa femme, Toinette, l'a quitté, et il ne s'en est jamais remis ; Maïa, son ancienne domestique devenue sa compagne, est une souillon illettrée à « l'air ahuri de grosse commère » (page 450), qui, de surcroît, le trompe avec Basquin ; son fils Amédée –en tout cas, le fils de Maïa–, lui renvoie l'image de sa vie ratée (« il avait commis l'impardonnable sottise de légitimer cet enfant de trente-six pères » - page 18) ; sa thèse sur le philosophe Turnier, jugée fantaisiste, a été recalée par la Sorbonne ; ses collègues le raillent ; ses élèves, qui l'ont affublé du surnom de « Cripure », chahutent pendant ses cours et lui font des mauvaises blagues de potaches ; résolu à s'en plaindre auprès du proviseur, M. Marchandeau, il le dérange au moment précis où celui-ci vient d'apprendre que son fils va être fusillé pour mutinerie. Décidément, ce Cripure, « où n'était-il pas de trop ? » (page 395) ; enfin, son accoutrement, –sa peau de bique et son éternel filet pour les courses–, tout concourt à faire de lui « la risée de la ville » (page 38).
Puis, au fil du roman, la journée se déroule, au sein de cette petite société de notables de province. Ainsi, dans l'après-midi, Mme Faurel, la femme du député, va être décorée de la Légion d'Honneur par le Général, pour les soins qu'elle a prodigués aux blessés. Otto Kaminski, jeune interprète affecté à la Préfecture, se prépare à recevoir ses amis pour un thé chez Mme de Villeplane, dans la pension de famille dont il est désormais le seul pensionnaire. M. Marchandeau et sa femme déploient l'énergie du désespoir pour empêcher l'exécution de leur fils. M. Babinot ne sait pas encore que son fils est mort, mais ses collègues professeurs, eux, savent déjà la nouvelle et n'osent pas la lui apprendre… Quant à Cripure, il se trouve bientôt convoqué en duel, pour que soit réparé l'honneur de son collègue Nabucet qu'il a giflé, et se fait du mauvais sang.
La guerre constitue la toile de fond de ce superbe roman : les soldats qui partent en train la fleur au fusil et qui paraissent si peu se douter de la mort, les femmes qui travaillent aux usines, le maire qui fait sa tournée pour annoncer les décès aux familles, les permissionnaires qui ne veulent pas regagner le front, les mutineries qui se développent, la révolution qui se lève à l'Est, etc.
Mais elle n'en constitue pas le matériau principal. En effet, si le sang noir comporte peu d'actions et une intrigue limitée, il offre en revanche une galerie de portraits dépeints par une très belle langue. Certaines formules font mouche par leur côté pathétique, d'autres par une pointe d'humour qui n'est pas sans rappeler le Guépard.
Par exemple, lorsque Lucien Bourcier, le fils du censeur, refuse de revêtir son uniforme en vue de la cérémonie de remise de la Légion d'honneur à Mme Faurel, sa mère et sa soeur s'agitent et s'énervent. « Elles n'avaient pas encore fait donner les larmes, mais il était clair que ça n'allait pas tarder » (page 113). Rien n'y fait. Du député, M. Faurel, on apprend que « tout en lui trahissait l'homme qui a passé sa vie parmi les femmes » (page 205). Enfin, le maître de cérémonie, M. Nabucet, est dépeint comme un lèche-bottes de premier ordre : « Ah ! Mon Général, donnez-moi une botte à lécher, rien qu'une ! Et si par bonheur il vous en restait une vieille dont vous ne vous serviriez plus, mon Général, faites-moi la grâce de me l'offrir, je l'emporterai chez moi, je la lècherai à domicile … » (page 292).
Les relations entre Madame de Villeplane et Otto Kaminski offrent également d'autres grands moments dans la lecture de cet ouvrage. Madame de Villeplane « contemplait avec épouvante ce qu'avait été sa vie et quelque chose comme une volonté de justice se joignait en elle à son amour pour Otto. Il ne se pouvait pas qu'une vie de femme ne fût que ce qu'avait été la sienne. (…) Le sentiment poignant de la vie manquée, du temps perdu, donnait à sa volonté une force pathétique » (page 180). A cette femme, qui lui déclare qu'elle est tombée amoureuse de lui (« Oui j'ai soixante ans. Mais mon corps n'en a pas quarante, c'est vrai. Elle se leva soudain. Veux-tu que je mette nue devant toi ? Elle le défiait. Allons, du calme, fit-il … ») (page 444), Otto Kaminski préfère la jeune Simone Point, de quarante-deux ans sa cadette, qui ne souhaite que « se servir encore de lui pour franchir les derniers obstacles qui la séparaient de la liberté et de la richesse » (page 215), ce dont il ne se doute pas.
Enfin, l'annonce du duel est, à mon sens, le sommet de l'oeuvre. Le pathétique y atteint un sommet. Après que Cripure a expliqué à Maïa ce qui l'attend, il nous livre sa terrible réflexion : « Je n'ai plus qu'elle, murmura-t-il, et elle n'y comprend rien » (page 453). L'humour n'est pas en reste : « Un cas élémentaire. Une gifle : un duel. Il n'y a avait pas à chercher midi à quatorze heures : il fallait se battre à l'aube » (page 522).
On notera, en outre, certains mots, qui ont le charme de ceux aujourd'hui inusités : goton (page 10), requimpette (page 152), quinquet (page 163), lopes (page 171), charibotée (page 211), haridelle (page 246), esbigné (page 310), houseaux (page 339), fafiots (page 479).
Le sang noir reste néanmoins actuel par la réflexion intemporelle et universelle qu'il porte sur le sens de la vie, et donc sur celui de la mort, et inversement, c'est-à-dire, finalement, sur la condition humaine. Il y a dans cette oeuvre une part de Comédie humaine, à la manière d'un Balzac, et aussi une part de tragédie humaine, de la veine d'un Dostoïevski. Car, comme son nom l'indique, le sang noir est une oeuvre noire, profonde, puissante. A ce titre, il mérite de sortir de l'oubli dans lequel il est injustement tombé et de (re-)prendre place parmi les oeuvres majeures de la littérature française.
(Les numéros de pages renvoient à l'édition Folio de 1999).
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ChristianAttard
  23 août 2019
Misanthrope difforme, Merlin le professeur de philosophie dit Cripure, traîne sa lourde carcasse comme l'albatros de Baudelaire dans un monde qui se rit de lui, faute de le comprendre. Petits bourgeois veules et fonctionnaires obtus, badernes sans âmes s'agitent dans leurs misérables activités jusqu'à ce que leurs enfants meurent au front ou se fassent fusiller en insurgés.
Leur monde n'a plus de raison, en a-t-il eu jamais ?
Que vaut alors l'esprit dérisoire d'un vieux professeur de philosophie impuissant à comprendre cette folie guerrière, impuissant même à avoir su maîtriser le fil d'une vie pathétique.
Bien sûr, Cripure est un surnom et l'auteur de nous expliquer que c'est une contraction de l'oeuvre maitresse de Kant.
La langue des oiseaux nous donne à entendre « cri pur ». Et ce roman est en effet un long cri de plus contre la bêtise crasse des hommes. Dans un style original, ne manquant ni de souffle, ni de poésie l'auteur nous entraîne par tableaux successifs dans l'existence reconquise de son héros.
Méchant abject, personnages pittoresques, brossés avec subtilité et nuances mais sans concession, rendent ce roman crépusculaire attachant et prenant.
Le Sang noir est enfin et surtout une mise en double perspective de la vie du philosophe individualiste Georges Palante/Merlin, Merlin lui-même auteur d'une biographie d'un philosophe local et une illustration des thèses de ce même Palante sur l'anéantissement de l'individu par la société.
Bien évidemment, on songe à Céline pour la verve, la liberté de ton et l'on perçoit combien ce livre méconnu a pu influencer bien d'autres auteurs depuis sa parution en 1935. L'aura de Merlin ne fut pas sans me rappeler celle du héros de « Au-dessous du volcan » de Malcom Lowry par exemple ou le monde d'"Uranus" de Marcel Aymé.
Un grand roman donc et un beau et inoubliable personnage de littérature.
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critiques presse (1)
Bibliobs   16 janvier 2019
un des plus importants romans de l'entre-deux-guerres
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
RenodRenod   09 novembre 2015
Si l’on avait pu rêver que les bœufs aient jamais vécu en société à l’image des hommes, et qu’eût germé, dans leur cervelle de bœufs, l’idée de construire une église à leur image de bœufs, cette bâtisse opaque eût fourni un merveilleux exemple d’architecture bovine, sur quoi la sagacité des petits archéologues bovins eût pu s’exercer. (...) Or, ce bœuf, il n’y avait pas si longtemps qu’il était là. Les plus vieilles gens de la ville se souvenaient d’avoir connu à sa place un cimetière. Un beau jour, le bœuf était arrivé dans le cimetière, il s’y était rué, grattant la terre de ses sabots et faisant sauter les morts. Plus de cimetière. Mais les morts s’étaient vengés : ils avaient aussitôt transformé les maisons qui entouraient la place en tombeaux et c’est là qu’ils demeuraient depuis sous des déguisements divers. On pouvait sonner à leurs portes : ils ne se montraient jamais sans masques. Généralement, ils étaient très convenablement vêtus, ils avaient même des apparences de vivants, mais un œil un peu exercé pouvait aisément déceler la supercherie : c’étaient bel et bien des morts à qui l’on avait affaire, et malgré toutes les précautions dont ils s’entouraient, allant jusqu’à se faire décorer et « fabriquer » des enfants pour mieux cacher leur jeu, jusqu’à devenir quelque chose dans la cité, les uns professeurs ou médecins, les autres employés de banque ou commis d’enregistrement, ou même soldats, et ils étaient partis pour la guerre, ce qui était pousser un peu loin la plaisanterie, ils étaient quand même bel et bien des morts, des fantômes. Cripure s’en doutait, étant un peu du bâtiment et par ailleurs assez intime avec le Cloporte qui devait tenir par ici ses quartiers. Or, sans qu’il y eût à cela la moindre ironie, cette place toute grise, de pierre, de terre, de ciel, avec ses grandes façades grises et camuses et ses grises préméditations, et sur les toits les grises fenêtres des mansardes comme des guérites, cette place était donc ce qu’on appelait le cœur de la ville. Bœufgorod. Cloportgorod. Mortgorod. Un cœur de pierre, un cœur de bœuf, un cœur de mort. Jamais cette vérité n’était aussi bien apparue à Cripure qu’aujourd’hui où il était confronté avec l’animal qu’ils avaient l’audace de désigner par les noms en apparence les plus nobles et qui n’était rien d’autre, sous ces titres menteurs, qu’une volonté toujours négatrice. Non. Le bœuf disait toujours non. Le bœuf et toute sa charmante petite famille de préfectures et de casernes, de lycées et de banques, etc., le bœuf disait toujours non, jamais oui. Le regard de Cripure erra longtemps comme s’il eût cherché à pénétrer plus avant les énigmes autour de lui posées. « Pas une pierre qui n’appelle une bombe ! » murmura-t-il. « Et il y a des cœurs qui sont lourds comme des bombes », acheva-t-il rêveusement. Il regrettait les terroristes, dont il n’aurait pas été. Dont il n’avait pas été.
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   11 novembre 2015
Dans la gare, les poilus semblaient se calmer. La locomotive fut mystérieusement raccrochée et les hommes montèrent dans le train, où il ne restait plus une vitre, à peine une banquette. Quand le train se mit en marche, une bordée de sifflets jaillit. Les hommes penchés aux portières criaient : "Nous reviendrons !"
L'un d'eux saisit au passage la main d'un officier.
A la grande surprise de l'officier, l'homme ne lâcha pas son étreinte.
- Eh bien ? Qu'est-ce que vous faites ? Lâchez-moi, voyons !
Le train roulait. L'officier se mit à courir.
- Lâchez-moi !
- Tu ne veux pas venir avec nous ?
- Vous êtes fou, voyons. Lâchez-moi !
- Viens avec nous, va.
L'homme sourit.
Partout aux portières, on se penchait. Certains rigolaient. D'autres poussaient des cris.
- Tiens bon !
- Lâche-le pas, surtout !
- Lâche-le pas, nom de Dieu !
- Ah, la vache ! I roule sous l'train.
- Saute sur le marchepied, bougre d'andouille !
- Penses-tu ! Faudrait qu'il vienne jusqu'au bout, alors.
Le train prenait de la vitesse. Sur le quai, un employé sifflait à tue-tête. Assourdi par les clameurs, le mécanicien n'entendait rien et le train roulait toujours. L'officier courait maintenant de toutes ses forces, les yeux hors de la tête, fou de terreur.
- Foutu ! Même s'il le lâche, i roule sous l'dur.
- Tue-le !
- Mais non ... Monte-le à bord.
L'homme enfin lâcha sa prise et une immense clameur retentit. Rebondissant contre le train, l'officier fit deux ou trois tours sur lui-même, roula par terre, sur le quai, resta immobile.
Les poilus se penchaient pour mieux voir. L'un d'eux cracha :
- Fumier !
(page 379)
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RenodRenod   05 novembre 2015
Je détruis toute idole, et je n’ai pas de Dieu à mettre sur l’autel. Il faut avoir une bien piètre expérience de la vie pour oser croire à de pareilles foutaises. Les paradis humanitaires, les Édens sociologiques, hum ! Qu’il attende seulement d’avoir quarante ans, et d’être fait cocu par la femme aimée. Ensuite, on en reparlera. Ah ! là là. Dans ce monde, chacun se débrouille, chacun y est pour son compte, pour sa peau. Des conquêtes ? Celles qu’on opère soi-même. Oui : être un loup. »
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paestumpaestum   21 juin 2015
Ils étaient dans les cafés, ou déjà rentrés chez eux porter à leurs parents la nouvelle : bons service armé ou ajournés. On ne réformait pas. Des petits malingres portaient à leur chapeau le signe de la mort prochaine. Comme ils avaient l’air peu guerriers, cependant, faits pour la mort. Comme ils paraissaient peu se douter de la mort ! Presque tous les visages de ces jeunes gens, même les plus virils, exprimaient une confiance, une incrédulité d’enfant, une ignorance pathétique du mensonge. Il ne leur venait pas à l’esprit qu’on eût pu les trahir.

(Cripure) tant qu’il avait cru mépriser le monde, comme il avait été fort ! Mais le monde se vengeait. Cripure mesurait aujourd’hui combien il lui avait été facile de se poser en adversaire. Désormais, cette attitude n’avait plus aucun sens. L’aventure humaine échouait dans la douleur, dans le sang. Et lui, qui avait toujours prétendu, comme à une noblesse, vivre retranché des hommes et les mépriser, il découvrait que le mépris n’était plus possible, excepté le mépris de soi.

- Et j’ai cru moi-même, reprit Lucien, que le mépris c’était la grandeur. J’ai cru que toute pensée élevée était nécessairement méprisante. Je n’aime guère à me souvenir de ce temps. (…) La question n’est pas de savoir quel est le sens de cette vie, trancha Lucien. La seule question, c’est de savoir : que pouvons-nous faire de cette vie ?

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issablagaissablaga   09 juin 2014
Tant qu'il avait cru mépriser le monde, comme il avait été fort ! Mais le monde se vengeait. Cripure mesurait aujourd'hui combien il lui avait été facile de se poser en adversaire. Désormais, cette attitude n'avait plus aucun sens. L'aventure humaine échouerait dans la douleur, dans le sang. Et lui, qui avait toujours prétendu, comme à une noblesse, vivre retranché des hommes et les mépriser, il découvrait que le mépris n'était plus possible, excepté le mépris de soi.
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