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EAN : 9782081422711
196 pages
Flammarion (03/10/2018)
3.59/5   64 notes
Résumé :
«There is no society» : la société, ça n’existe pas. C’est en octobre 1987 que Margaret Thatcher prononce ces mots. Depuis, son message a été entendu par l’ensemble des classes dominantes occidentales. Il a pour conséquence la grande sécession du monde d’en haut qui, en abandonnant le bien commun, plonge les pays occidentaux dans le chaos de la société relative. La rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, nous fait basculer dans l’a-société. ... >Voir plus
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Guilly Christophe – "No society : la fin de la classe moyenne occidentale" – Flammarion / Champs-actuel, 2019 (978-2-0814-5180-3)

– réédition en format poche de l'ouvrage publié en 2018, augmentée d'"avant-propos" (pp. I à X) inédit consacré au mouvement dit "des gilets jaunes".

Cet auteur avait publié en 2014 un ouvrage intitulé "La France périphérique" (cf recension) qui avançait et démontrait une thèse à l'époque très novatrice, à savoir l'existence d'une population regroupée dans des territoires désignés par le terme à connotation essentiellement géographique "France périphérique".

Dans les analyses de Guilly, ce concept désigne grosso modo tous les territoires n'appartenant pas à une des grandes zones urbanisées du territoire français, instituées depuis en collectivité territoriale sous le terme de "métropole", une réforme glissée sournoisement et fort discrètement dans celle – ubuesque ou kafkaïenne – de la refonte des régions, qui servit de paravent alimentant les débats médiatiques.

"La France périphérique" est un ouvrage de type documentaire, le propos s'appuie sur de nombreuses analyses, études, statistiques et enquêtes ; son succès public fut accompagné de violentes "dénonciations" émanant de la "gauche bien pensante", celle des certitudes et des anathèmes, toujours promptes à dénoncer tout ce qui n'entre pas dans le moule dit "progressiste" qu'elles et ils définissent du haut de leurs certitudes et préjugés.

Par la suite, en 2016, Guilly a publié "Le crépuscule de la France d'en haut" que je n'ai pas encore lu, mais qui fit également l'objet d'attaques virulentes de la part de la nomenklatura s'autoproclamant "progressiste".

Le présent ouvrage est un pamphlet : las des attaques subies, l'auteur tente de répondre à ses détracteurs.

Malheureusement, il le fait souvent à l'emporte-pièce, sur un ton polémique, et sans appuyer suffisamment ses assertions sur des données précises et attestées. Il a même tendance à brasser un peu tout avec n'importe quoi, parsemant par exemple fréquemment son propos – centré sur la situation en France – d'allusions à la situation aux États-Unis ou en Angleterre ou dans de nombreux autres pays, allusions qui ne sont pas vraiment utiles à la démonstration voire la fragilise.

Ceci étant, son mérite consiste à dénoncer la "bunkerisation" de la classe dominante dans des centres hyper-urbanisés, tout en se prétendant "ouverte sur le monde" car fréquentant ses semblables tout aussi standardisés de par le monde, tout en méprisant sa population d'origine, jugée "blanche", attardée, rétrograde, passéiste, raciste et donc "fasciste".

Sur ce point, l'auteur n'a qu'à enfoncer des portes ouvertes, tant le mépris et l'arrogance caractérisent aujourd'hui la gouvernance d'un Macron. Et encore, l'ouvrage fut publié avant la crise sanitaire déclenchée par l'épidémie du coronavirus (COVID), qui est et restera dans les annales comme un modèle archétypal de gestion infantilisante, dé-responsabilisante, exercée par le biais de "commissions de spécialistes" créées sans aucune consultation des instances idoines : la comédie menée autour du port du masque lors du premier confinement, suivie de la fermeture des librairies et petits commerces jugés "non essentiels" et plus dangereux que les hypermarchés (!!!) lors du second confinement témoignent (s'il en était encore besoin) du mépris abyssal de cette caste de technocrates hors sol pour les "petits" et autres premiers de corvée. Pire encore, le Macron s'entoure ni plus ni moins que d'un "conseil de défense" composé de spécialistes auto-proclamés dépourvus de la moindre légitimité démocratique...

La première partie de l'ouvrage est résumée par son titre : "sur les ruines de la classe moyenne, le monde des périphéries a émergé". L'auteur y retrace la destruction systématique de la classe moyenne, dans les pays industrialisés et surtout en France, durant les quatre dernières décennies.

La désindustrialisation fut alors menée tambour battant par nos énarques bureaucrates, persuadés qu'elles et ils allaient "tertiariser" (cf p. 48) notre économie. J'ai moi-même entendu ces âneries à cette époque, proférées par de savants "professeurs" et "spécialistes", se résumant à une formule lapidaire : les pays du Tiers-Monde (dont la Chine) produiraient les biens industriels, tandis que nos grands esprits bureaucratiques géreraient tout ça. Une assertion qui trahissait un mépris abyssal pour les "sous-développés" et révélait une cécité caractéristique de cette nomenklatura confinée dans ses précieux dossiers, ne se déplaçant que d'aéroport en aéroport (comme un Attali) en se proclamant ainsi les champions de "l'ouverture sur le monde" !

L'auteur devrait appuyer ses propos sur des références beaucoup plus nombreuses, car les études ne manquent pas. Il fait par exemple allusion à la liquidation du bassin sidérurgique lorrain dans les années 1960 (j'y étais, j'ai vu et vécu ce désastre de mes propres yeux d'enfant), ainsi que celle du bassin minier du Nord, laquelle région avait juste auparavant connu le massacre de son industrie textile. Ces exemples mériteraient d'être approfondis.

A plusieurs reprises, dans le texte, l'auteur fait des allusions au soutien massif dont nos bureaucrates destructeurs bénéficièrent de la part du monde universitaire et médiatique : malheureusement, il ne fait à chaque fois qu'effleurer le sujet, sans approfondir ni fournir de références complémentaires.

C'est bien dommage, car c'est là un point essentiel, comme le montre le paragraphe (page 50) dont toutes les phrases commencent par "à la marge" car "depuis les années 1980, la crise de l'industrie et la relégation de certains territoires et de certaines catégories sociales sont habilement présentées comme une crise des marges".

Il oublie de citer le cas bien particulier de ces capitaines d'industrie qui naufragèrent sciemment les fleurons de l'industrie française créée par le gaullisme : l'histoire d'Alcatel fournit un exemple archétypal des agissements criminels de ces sinistres sbires. Ces dernières années, que ce soit en tant que ministre de l'économie ou que Président de la République, le Macron a de près ou de loin validé la vente d'Alstom-énergie à General Electric, d'Alcatel-Lucent à Nokia, de Technip à FMC-Technologies (ces "coïncidences" ont amené le député Olivier Marleix a demandé l'ouverture d'une enquête du PNF visant à vérifier si ces larges faveurs ne correspondraient pas – par le plus grand hasard – aux largesses et "dons" ayant permis le financement de la faramineuse campagne dudit Macron), sans oublier l'accord avec le Mercosur accentuant encore l'étranglement de l'agriculture européenne au mépris de toute précaution environnementale et sanitaire.

Il serait préférable de se concentrer sur des exemples précis plutôt que de piocher ça et là des exemples pris dans l'un ou l'autre pays, comme l'auteur le fait par exemple dans le sous chapitre "le processus de disparition de l'ancienne classe moyenne est engagé" (pp. 62-66), dans lequel on voit défiler des allusions à l'Allemagne, la Grèce, les USA, le Royaume-Uni et l'Espagne.

Le paragraphe consacré à la proche spoliation des retraités (pp. 66-70) relève lui aussi (pour l'instant) du pamphlet, mais seule l'épidémie du COVID parvint à arrêter – temporairement – la destruction pure et simple des caisses de retraite prévue par Macron et ses sbires, au nom d'une "justice" fallacieuse (sous le slogan "un euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous", l'une de ces lapalissades délibérément mise au point pour enfumer de larges catégories de gens, qui devront ensuite investir du temps pour comprendre comment ils se font gruger).

Le troisième sous-chapitre de la première partie (pp. 77-95) intitulé "qui veut être un déplorable ?" est l'un des plus intéressants, mais il est hélas tout aussi peu documenté. L'auteur y esquisse une réflexion sur la véritable mise à mort culturelle, sociale et politique dont la classe ouvrière et plus largement les catégories populaires d'origine européenne furent l'objet depuis les années 1980.

Son propos est hélas mal argumenté, et il ne cite pas les études approfondies déjà consacrées à ce thème : depuis les sketchs de Coluche et ses "histoires d'un mec", la nomenklatura bobo n'a cessé de salir et insulter cette catégorie de population (le "petit bllanc" obtu, macho, patriarcal, judéo-chrétien etc etc). L'auteur devrait par exemple citer les articles d'un mépris effarant publiés dans le journal "Le Monde" lorsqu'il s'agissait de rendre compte du mouvement de la "Manif pour tous"... sans oublier ceux concernant l'électorat du Front National, régulièrement réduit dans ces mêmes colonnes à une cohorte de sombres abrutis bas de plafond.

C'est là d'ailleurs une autre grande faiblesse de ce pamphlet : l'auteur n'aborde pas du tout la relégation culturelle portant sur les "évolutions de société" si tant plein "progressistes" imposées sans la moindre consultation populaire par la gauche caviar (abolition de la peine de mort, mariage dit "pour tous", adhésion à l'Europe, légalisation des drogues dites "douces", sans oublier la PMA et GPA à venir, accompagnés des manipulations et de la vente des embryons humains – déjà pratiqués).

Il n'aborde pas non plus la destruction systématique de la famille élargie (années 1960), réduite aux seuls parents pour devenir "monoparentale", puis la véritable chasse au mâle blanc dorénavant ouverte à tout vent via les réseaux dits "sociaux" (délation pétainiste généralisée avec "#metoo", harcèlement, destruction sociale de l'individu visée par la "cancel culture" etc). Il oublie d'évoquer la participation active de l'appareil judiciaire à ces lynchages médiatiques organisés.

Il ne fait qu'une rapide allusion à l'action de "la gauche" mitterandienne, celle qui détruisit le Parti Communiste (identifié comme le parti de la classe ouvrière, ce qui était certes très abusif) en privilégiant délibérément l'appel à toutes les "minorités" se proclamant victimisées (à commencer par "les jeunes" et "les femmes", "les minorités sexuelles", "les minorités ethiques" etc etc, notions attrape-tout s'il en est, pp. 88-90).

Cette brillante idée leur venait de leur pays idôlatré, les Etats-Unis (cf John Judis & Ruy Texeiras "the emerging democratic majority" publié en 2002).

La deuxième partie est centrée sur deux thèmes : la nouvelle caste des hyper-riches est délibérément "asociale" (p. 103-104) et se fiche éperdument des sociétés qu'elle vampirise (ce qui n'est guère contestable, mais aurait mérité de plus amples développements), car elle entérine l'abandon de la notion même de bien commun. Là encore, l'auteur devrait citer quelques études comme celle de François Flahaut "Où est passé le bien commun ?" (Fayard, 2011).

Lorsqu'il tente d'expliquer la "victoire" d'un Macron (p. 110) en citant les statistiques de votes supposés par catégories sociales, il oublie de mentionner d'emblée ce qui pourtant constitue une caractéristique essentielle, à savoir l'abstention massive qui augmente dorénavant inexorablement de scrutin en scrutin, témoignant du peu de foi accordé au système démocratique représentatif par des franges de plus en plus nombreuses de l'électorat.

Les deux paragraphes suivants s'intitulent "de l'antifascisme d'opérette au 'c'est plus compliqué que ça" (pp. 114-127) puis "la fuite de Varennes ou les nouvelles cités-Etats" (pp. 127-135). Là encore, il eut été judicieux d'approfondir les exemples concrets (qui finance "Terra Nova" ? avec quels effets ? p. 120) et surtout, pour ce qui concerne la "ghettoïsation par le haut des sociétés occidentales" (p. 127) dans des métropoles réservées, des "cités-états" (p. 132), l'exemple – certes probant – de la Catalogne ne suffit pas.

Le chapitre sur "l'abandon du bien commun" (p. 137-158) est beaucoup trop lacunaire (cf ci-dessus), et l'exemple suédois s'avère là encore fort insuffisant.

La fin de l'ouvrage (pp. 159-240) semble curieusement optimiste : croire que les classes populaires disposent encore de la faculté d'effrayer la caste des hyper-riches au point de les amener à "réintégrer la communauté nationale" (p. 229) ne semble guère crédible...

Dans la liste des points fondamentaux oubliés ici par Christophe Guilluy figure une omission de taille : lorsqu'il évoque l'électorat ayant contribué à la victoire d'un Macron (p.110), il met en relief le vote des fonctionnaires et des retraités (celles et ceux qui auront le plus à perdre des "réformes" destructives macroniennes).

Ce faisant, il oublie cette caste très particulière réunissant les cadres de haut niveau de formation, qui acceptent de vivre dans des conditions de vie dégradantes d'hyper-urbanisme, de travailler sans mesure ni limite dans des conditions pitoyables pour espérer monter en grade en écrasant leurs collègues, de sacrifier leur vie personnelle à leur si précieuse carrière. Ce sont elles et eux qui auraient "spontanément" financé par leurs "dons" massifs la campagne du Macron (cf le rapport de la Cour des comptes), alors qu'elles et ils se font littéralement broyer lors de "restructurations" sans fin : leur style de vie est magistralement rendu dans le roman de Vincent message intitulé "Cora dans la spirale" Seuil/Points, 2019 (à lire absolument). Cette caste des valets en livrée dorée n'est pas étudiée dans l'ouvrage, peut-être faut-il se référer à l'ouvrage du même auteur publié en 2016 "Le crépuscule de la France d'en haut" (à vérifier).

Pour donner une idée du style employé, voici deux paragraphes bien sentis :

"Dans tous les pays occidentaux, la vision irénique d'un multiculturalisme à 5.000 ou 10.000 euros par mois a pris le pas sur la réalité du multiculturalisme à 1.000 euros par mois" (p. 150)

"Si les élites mondialisées participent partout à la même captation des richesses et au même abandon du bien commun, dans aucun pays on ne croise des classes dominantes qui se sont autant dépouillées de leur histoire, de leur culture, de leur cadre national. Jamais une classe médiatique, politique et universitaire n'a autant dénigré, ostracisé, insulté son propre peuple duquel elle se retrouve isolée." (p. 178)

Pour conclure : c'est là un pamphlet, qui brasse beaucoup de sujets dont l'auteur n'est pas forcément spécialiste de sorte qu'il les effleure. En tant que géographe, je pense que Christophe Guilly devrait approfondir sa réflexion sur cette "métropolisation" des castes dirigeantes et ce rejet géographique de la "France périphérique".

Ses compétences dans ces domaines lui permettent de produire des ouvrages argumentés, ce qui plus intéressant qu'un pamphlet.

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Le titre reprend une phrase de Margaret Thatcher "There is no society" (1987) c'est-à-dire qu'avec l'accélération de la mondialisation économique, du libéralisme, la société se délite, les classes dominantes font sécession et abandonnent le bien commun.

Après les ouvriers, les paysans, c'est aujourd'hui la classe moyenne dans son ensemble qui disparaît. Les retraités en sont le dernier rempart, héritiers des 30 glorieuses mais vont être de plus en plus précarisés.

Comment faire société sans l'existence d'une classe moyenne majoritaire intégrée économiquement et culturellement ? C'est de moins en moins le cas.

Le mythe d'une majorité d'inclus sert les intérêts des classes dominantes, bénéficiaires de la mondialisation. Elles ont mis en avant les problèmes des banlieues, ethnicisé les débats pour laisser croire que les problèmes n'existent qu'à la marge. Pourtant de plus en plus d'Occidentaux ( le problème n'est pas spécifiquement français) ne sont plus intégrés, ne servent plus de référents culturels aux arrivants. Pire ils ont été méprisés, ostracisés et vivent aujourd'hui et pour la première fois hors des zones de créations d'emplois. Loin du mythe de la mobilité pour tous, ils subissent une sédentarisation contrainte, par les coûts immobiliers notamment.

Encore une fois, impossible de faire société sans une majorité d'inclus qui partagent des valeurs communes.

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« There is no society »... No society : La société, ça n'existe pas. Plus de 30 ans se sont écoulés, et l'écho du géographe Christophe Guilluy à la déclaration de la Dame de fer, Margaret Thatcher, semble porter le constat que le message a déjà été entendu de tous, ou peu s'en faut. Trente ans plus tard, le tableau que peignait la libérale et conservatrice anglaise est accroché au mur, comme un chef d'oeuvre que tout le monde peut à présent contempler, avec plus ou moins d'admiration ou de dégoût.

Au premier plan, on y voit la sécession du monde d'en haut et de celui d'en bas ; du premier de cordée et de ceux sur la corde raide ; des élites mondialisées et des « gens de quelque part » ; autrement dit, des winners et des « déplorables », pour reprendre l'expression d'Hilary Clinton. La scène ne manque pas de tragique, car on y voit périr un bel idéal, le bien commun, consumé par l'abandon après avoir été vermoulu par l'individualisme. Les revendications catégorielles forment aujourd'hui la mosaïque des contestations généralisées d'autrefois.

La classe supérieure, concentrée au coeur des métropoles a, semble-t-il, verrouillé un système où la novlangue du politiquement correct et l'influence médiatique ont entre autre relégué l'opinion d'une majorité qui se laisse pourtant de moins en moins prendre à ce jeu. Les injonctions de l'idéologie dominante restent désormais sans réponse. le marronnage des classes populaires est croissant. En attaquant les derniers protégés, retraités et fonctionnaires, les réformes les plus récentes s'attaquent à la branche sur laquelle Emmanuel Macron s'était assis pour se faire élire, et que Trump – car cette branche est là-bas sciée depuis longtemps – a cueillie sur le chemin de la Maison Blanche. le mépris de la bourgeoisie, que dénonçait déjà le sociologue Christopher Lasch il y a bien longtemps, procède au dernier élagage ; le tronc de l'arbre est nu, la partition annoncée par François Hollande peut se finaliser.

Car en arrière plan, l'enjeu n'est pas plus économique que sociétal ; le sujet n'est pas moins la dette globale que l'insécurité culturelle ; pas moins les dépenses publiques que l'accueil des immigrés ; pas moins les services publics que l'intégration de masses qui partout, à intensité variable, provoque par l'impossibilité de la tâche un durcissement de la politique d'accueil et une fermeture de frontière, comme en Suède. Même l'Algérie, face à l'immigration subsaharienne, prend ses propres mesures.

En Occident, on taxe, le plus souvent de racisme, cette fermeture d'esprit. Georges Marchais n'oserait plus demander l'arrêt de l'immigration.

Aujourd'hui, la classe dominante ouvre unanimement les bras au monde entier. le problème, c'est qu'elle ne les referme jamais. Paris, leur capitale, ne propose que 2 % des places d'hébergement pour demandeurs d'asile. C'est la périphérie, les départements, qui en toute responsabilité, tentent d'assumer le vivre ensemble largement prôné. Mais voilà, cantonner des étrangers dans des territoires où ne se créent pas les emplois, les faire évoluer aux côtés des pseudos « sans dents », ce n'est pas fournir un modèle qui permet autre chose que la communautarisation et ses travers.

Trente ans se sont écoulés. le tableau de Thatcher devient ringard, suranné. Certes, il n'est pas forcément prêt à être décroché, rangé aux oubliettes. Mais un vent nouveau tend à le faire vaciller, rien qu'un peu. Un vent désigné populiste qui souffle et déplace les ordres établis partout dans le monde. États-Unis, Brésil, Italie, Royaume-Uni, Autriche, … les exemples s'accumulent. Un mouvement de réel balaie les dénis. Christophe Guilluy poursuit son diagnostic et son analyse de la France périphérique. À mesure des années, le temps lui donne raison, mais n'éclaire pas sur les suites à donner. La société devra décider par elle-même.

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J'apprécie la perspective originale de Christophe Guilluy sur les enjeux d'inégalités sociales.

D'un côté, cet auteur est radical, et de l'autre, il est étrangement plus nuancé, au fond, que bien d'autres. À mon avis, il fait partie de cette nouvelle classe d'intellectuels déserteurs/chassés des universités à cause de leur lucidité, de leur refus de se conformer à la loi du marché, de se plier aux nouvelles normes du discours qui régissent les conditions de la « vérité ». Il y a donc du courage dans cet essai, publié en 2018.

S'exprimer au nom de la classe moyenne, en marge et contre l'idéologie dominante, bien sûr celle qui prévaut dans les médias et dans le milieu académique, ce n'est pas la chose la plus aisée à entreprendre.

Dans No society, l'appareil conceptuel développé par Guilluy et son école de géographie sociale est déployé pour traiter de la question plus particulière de la montée du populisme dans les pays Occidentaux ces dernières années. Selon lui, c'est la relégation de la classe moyenne par les classes dirigeantes, à un niveau territorial, économique, culturel, dans les périphéries des grandes métropoles, des centres où se créent les emplois, l'abandon de l'État-Providence, des avantages sociaux, bref du bien commun en général, qui explique la montée du populisme.

Le discours des médias mainstream, arrimé à l'idéologie de la nouvelle intelligentsia de gauche de ces élites, ne rend pas compte de cette réalité. En effet, rares furent les grands quotidiens de la planète qui adressèrent avec sérieux l'élection de Trump aux États-Unis en 2016. La plupart se sont contentés de le démoniser en le traitant comme au pire, une grave erreur, au mieux, un accident. Hillary Clinton, en qualifiant ces électeurs de « déplorables », achevait de trahir tout le mépris que les classes d'en haut portent envers des gens qui ont des intérêts pourtant ordinaires et qui sont ceux de la population majoritaire. Après la désindustrialisation de 1970, qui anéantit les catégories de la classe populaire, paysanne et ouvrière, Margaret Thatcher annonçait, une décennie plus tard, la disparition de la classe moyenne, dans un discours prononcé en 1987 et dans lequel elle dit la phrase à partir de laquelle s'inspire ce livre : « There is no society ».

Il n'y a donc plus de représentants au niveau politique de cette classe qui constitue pourtant le socle de la société Occidentale. Loin d'être tous des redneck sous-éduqués, les électeurs de Donald Trump sont des professionnels, des avocats ou des instituteurs, qui ne se sentent plus du tout en sécurité avec des dirigeants issus d'une classe d'hyper-riches, minoritaire, déconnectée de la réalité et qui se désengage peu à peu totalement du reste de l'humanité en sapant les bases de la société. le système économique en place est en crise. Tous connaissent ses limites, ne serait-ce qu'à cause des contraintes écologiques. Et pourtant, rien ne bouge. À la télé, on continue d'entendre parler du monde en termes de croissance des marchés boursiers. Pendant ce temps, les électeurs populaires dont la voix ne se fait plus entendre croissent en nombre, car c'est toute la classe moyenne qui s'ajoute aux oubliés, avec les paysans et les ouvriers.

À une verve incendiaire et des propos étoffés se mêlent toutefois quelques lourdeurs, comme des répétitions de phrases, d'idées, d'expressions. Ça frôle parfois les allures d'une longue rengaine d'un intello frustré...

N'empêche, je classerais quand même cette lecture comme nécessaire, parce que Guilluy élucide, il a une analyse pertinente sur un problème actuel et qu'il n'y a malheureusement plus aucun danger de retrouver ce genre de travail dans les médias traditionnels, où il est désormais interdit de parler de protectionnisme, de régulation des flux migratoires et de nationalisme sans se faire traiter de white trash arriérés et racistes.

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Le géographe Christophe Guilluy travaille depuis plusieurs années sur la « France périphérique ». Selon ce chercheur, on assiste depuis quelques années à la montée d'une critique globale de la mondialisation par la classe moyenne occidentale.

Son livre mesure, explique les ressorts qui animent cette « France périphérique », mise à mal par la mondialisation.

Le titre du livre fait référence au célèbre « there is no such thing as society » de Mme Thatcher en 1987 rapporté dans un magazine anglais qui poursuivait ainsi : « Nous sommes arrivés à une époque où trop d'enfants et de gens (...) rejettent leurs problèmes sur la société. Et qui est la société? Cela n'existe pas! Il n'y a que des individus, hommes et femmes, et des familles ».

Une bonne partie de la philosophie du programme libéral qui allait déferler sur l'Europe sociale héritée de l'après-guerre est énoncée ici.

Ce livre est fort bien écrit, les exemples sont tirés de la vie concrète des vrais gens, par opposition à ceux qui occupent (terme choisi avec précision) la scène politico médiatique. Les mécanismes de vote, de raisonnement et de décision des grandes catégories disséquées par l'auteur sont systématiquement contextualisés et replacés dans le cadre de ses études de géographe qui s'apparentent souvent à de la sociologie.

Il transforme certes des comportements individuels en généralités et à ce titre pourrait être critiqué mais globalement on retrouve les ressorts qui animent notre pays aujourd'hui. Lorsqu'on songe que ce livre a été écrit avant la crise des gilets jaunes, ses analyses revêtent une intensité particulière.

Des chiffres sont donnés, essentiellement issus des travaux universitaires de l'auteur mais il convoque également d'autres études, livres ou personnalités pour l'occasion.

A titre personnel, me défiant des chiffres auxquels on peut faire dire n'importe quoi, j'ai apprécié le sourçage systématique en fin d'ouvrage (plusieurs dizaines de pages). Pour ce genre d'essai vulgarisateur qui se veut plus qu'un moyen de prise de conscience (la plupart des lecteurs ont déjà perçu l'arnaque à l'oeuvre actuellement) il est utile de pouvoir creuser, retrouver tous les chiffres utilisés à la démonstration. Ainsi les discussions ultérieures autour de ce sujet pourront être avantageusement étoffées pour des non spécialistes.

La principale force de cet ouvrage réside dans cet équilibre entre précision et lisibilité.

Un très bon livre donc et il est dommage que l'auteur intervienne si peu dans les débats actuels, cela nous changerait des marionnettes médiatiques et autres perroquets élevés aux éléments de langages.

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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation

On peut aussi évoquer sans risque l'importance du nombre de pauvres et inversement s'indigner de l'enrichissement du 1% (voire du 0,1 %) des plus riches d'entre nous. Si elles pointent certaines dérives du modèle, ces représentations ne remettent pas en question l'essentiel : la permanence d'une classe moyenne majoritaire. Elles valident donc en creux le modèle économique existant. La classe moyenne ne serait ainsi qu'une classe en mutation, en voie de s'adapter aux nouvelles normes économiques et sociétales d'une société mondialisée. Les politiques et experts préfèrent d'ailleurs toujours utiliser les termes « mutation » ou « transition >> plutôt que ceux, trop clivants, de « rupture » ou de « fracture Cette novlangue ? « transitionnelle » ou « mutationnelle » permet opportunément de mettre sous le tapis l'idée même d'intérêts de classe divergents.

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De l’esclavage à la colonisation en passant par l’Holocauste ou l’oppression des homosexuels, les classes populaires passent quotidiennement au tribunal de l’Histoire. Le piège est imparable. Il rejette la majorité de ces catégories dans les poubelles de l’Histoire en offrant une nouvelle virginité à la classe dominante. Dans ce partage de l’histoire occidentale, les classes populaires sont ainsi contraintes d’en porter la face noire, tandis que les classes dominantes pourront se présenter comme les héritières d’une histoire positive (des lumières à l’émancipation des minorités). Le « sanglot de l’homme blanc » place ainsi les classes dominantes supérieures dans une posture de supériorité morale en désignant les véritables coupables que sont les classes populaires ».

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La panique qui gagne le monde d'en haut est liée remise en cause de la posture morale sur laquelle il avait assis sa domination. L'émergence d'une contestation populaire et périphérique déstabilise en effet moralement une bourgeoisie « cool » et bienveillante qui fondait son hégémonie culturelle et politique sur l'invisibilité des classes populaires. Prenant peur, une partie des élites renvoie les classes populaires au fascisme mais il est trop tard. Les classes populaires occidentales sont en train de gagner sur l'essentiel : la bataille des représentations culturelles. Exclues, ostracisées, précarisées, sans pouvoir économique ni politique, elles semblaient sorties de l'Histoire.

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En ostracisant leurs propres peuples, les classes dominantes occidentales ont créé les conditions de leur impuissance. En rompant le lien entre le haut et le bas, les élites favorisent l’autonomie des plus modestes qui ne se réfèrent plus au monde d’en haut. Sauf à militariser la coercition, la classe politique ne pourra pas compter long-temps sur le monde médiatique ou académique pour canaliser le monde d’en bas. Plus personne en bas ne prenant au sérieux les politiques, économistes, universitaires ou médias, le XXIe siècle s’ouvre sur un paradoxe majeur. Aujourd’hui, c’est le monde d’en haut qui perd son hégémonie culturelle.

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Après avoir fait imploser les vieux partis (et accessoirement le clivage gauche-droite), les classes populaires participent à la déconstruction des représentations du monde d'en haut.Majoritaires, réparties sur l'essentiel des territoires, elles portent désormais la dynamique politique. En Europe, comme aux États-Unis, la société populaire est en train d'inverser les notions de pouvoir et de puissance en bouleversant la géopolitique électorale et culturelle ; un constat qui nous rappelle que les rapports de force ne sont jamais figés.

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